‹ Apollonius DyscoleChapitre 47 sur 90 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le verbe est la plus importante de toutes les parües du discours ; la distinction du verbe et du nom est, en quelque sorté, le premier résultat de l'analyse grammaticale du langage : elle se trouve déjà dans le Cratyle de Platon, et il est probable que Platon n'en est pas l'inventeur. Mais s’il ἃ été facile de distinguer le verbe dans la variété des éléments d’une phrase, il n’a pas été aussi facile de le définir. Cette force de l'affirmation, du jugement, que le verbe exprime , et qui est la vie même des langues, fait aussi qu'il attire à lui toutes les notions accessoires de la proposition. Dans une langue comme la grecque, où chaque mot tend à exprimer beaucoup d'idées, par les modifications d'un même radical, le verbe, plus qu'aucun autre mot, aime à rassembler dans son unité, outre la notion du jugement, celle de la personne, du temps, etc.; et 1] a fallu de longs efforts d'attention pour dégager du milieu de cet organisme complexe l'élément essentiel, celui qui constitue la nature même du verbe et qui en fait le principal instrument de la parole humaine. Aristote semble, à vrai dire, le premier qui se soit posé ce problème avec une rigueur scientifique, et s’il ne l’a pas résolu, du moins a-t-il laissé l'empreinte de son esprit observateur dans une définition du verbe et dans quelques remarques qu'il faut avoir soin

d'en rapprocher. La définition même d’Aristote a été souvent reproduite, mais, en général, assez mal comprise, parce qu'on ne l'a pas reproduite dans son intégrité : « Le verbe, disait-il après avoir défini le nom, est un mot qui signifie, en outre, le temps, dont aucune partie ne signifie séparément du tout, et qui est toujours le signe de ce qu'on dit d'une chose ; » ou en d’autres termes, le signe de l’affimation'. On croirait lire déja un chapitre de la Grammaire raisonnée de Port-Royal ; mais Aristote nous détrompe bien vite par les explications qui suivent ces lignes, lorsque , par exemple, il refuse le nom de verbe à toute expression négative, comme οὐχ tyaive*, et à toute forme qui exprime un autre temps que le présent. On voit que le logicien l'emporte ici sur le grammairien et qu'il confond deux choses distinctes : le rapport du signe avec la pensée de l'homme, et le rapport de cette pensée avec la vérité absolue. Pour le grammairien, en effet, la négation et l'affirmation d'un fait sont, au même titre, des locutions verbales ; peu importe la mesure de vérité qu’elles expriment. Au point de vue de la logique, on peut aussi dire avec raison que toute assertion, tout jugement , au moment où on l'énonce , implique le présent , c'est-à-dire que tout homme qui parle pense au présent ce qu'il parle ; mais l'objet de sa pensée se rapporte indifféremment à l'une des trois époques de la durée, le pré-

1. Ῥῆμα δέ ἐστι τὸ προσσημαῖνον χρόνον, οὗ μέρος οὐδὲν συημαίvet χωρίς, καὶ ἔστιν ἀεὶ τῶν χαϑ᾽ ἑτέρου λεγομένων σημεῖον. (de l'Interprét,, chap. τα, On ne retrouve dans la Poétique, chap, xx, que la moins bonne partie de cette définition.

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