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Apollonius, de l’Adr., p. 534 , se garde de cette erreur

144 APOLLONIUS DYSCOLE. — CHAP, V.

sent, le passé ou le futur. Le grammairien peut donc considérer comme verbes les locutions : « Il s’est bien porté; il se porte bien ; » et c'est accorder trop peu que de les nommer avec Aristote, «non pas des verbes, mais des flexions ou des cas du verbe, πτώσεις ῥήματος. »

Ailleurs?, Aristote semble , au premier abord , reconnaître un verbe substantif, distinct des verbes attributifs, car il observe que le mot ὑγιαίνει équivaut à ὑγιαίνων ἐστί. Mais il ne tire pas de cette observation toutes les conséquences qu’elle renferme.

Dans un chapitre de son livre sur l’Interprétation, ou plutôt sur le Langage, 11 Jette, comme en passant, cette idée vraiment profonde, que lui-même 1] n'analyse pas et dont la portée semble avoir échappé à ses commentateurs : « Toute proposition n'est pas un jugement, mais seulement celles qui impliquent vérité ou mensonge. Or, toute proposition n'implique pas vérité ou mensonge. Ainsi le vœu est une proposition, mais qui n'exprime ni vérité, ni erreur. Nous laisserons de côté les propositions de ce genre, qui appartiennent à la rhétorique et à la poétique. Le jugement, au contraire, est l’objet propre de la science qui nous occupe‘. » En effet, la logique est,

4. Sur les divers sens du mot πτῶσις, voir une nate de Leo Magister, dans les Scholia ir Aristotelem, p. 104, éd. Brandis.

2. Métaph., IV, T : Οὐδὲν διαφέρει τὸ Ἄνθρωπος ὑγιαίνων ἐστίν à τὸ Ἄνθρωπος ὑγιαίνει. Il écrit lui-même, dans la Poétique , chap. xiv : Δεόμενόν ἐστι pour δεῖται

3. Chap. 1v : ᾿Ἀποφαντιχὸς δ᾽ οὐ πᾶς λόγος, ἀλλ᾽ ἐν ᾧ τὸ ἀληθεύειν ἢ ψεύδεσθαι ὑπάρχει: οὐκ ἐν ἅπασι δ᾽ ὑπάρχει, οἷον ἣ εὐχὴ λόγος μέν, ἀλλ᾽ οὔτε ἀληθὴς οὔτε ψευδής" οἱ μὲν οὖν ἄλλοι ἀφείσυωσαν' ῥητορικῆς — Ammonius, dans son Commentaire, montre bien que à εὐχὴ

DU VERBE. 145 de sa nature, sans passion ; elle emploie donc le verbe à l'indicatif, qui est le mode de l'assertion pure et simple. Si elle s'écarte de cette règle, c’est pour orner un peu son langage et se donner, à l’aide de quelques artifices, un mérite qui lui est vraiment étranger. La rhétorique et la poétique, au contraire, ont pour objet le langage du cœur autant que celui de la raison ; il leur appartient d'étudier toutes ces locutions qui expriment le doute, l'espérance, le commandement, etc.

Ainsi se mêlent, dans ce premier essai d'une théorie du verbe , les aperçus incomplets, les erreurs, les idées neuves et fécondes. On y voit les premiers tâätonnements d’une science qui cherche sa propre méthode et qui ne s’est pas encore dégagée du milieu des autres sciences philosophiques ; mais on y sent aussi la main du génie’.

Les disciples immédiats de Platon et d’Aristote ont peu fait pour les progrès de la grammaire”. Les Stoiciens apportent, dans cette étude, plus de néologisme que d'idées nouvelles. À propos du verbe, l'appareil de leurs divisions techniques semble beaucoup promettre, mais il s’en faut que leur théorie réponde à ces promesses.

répond à l’idée du verbe à l’optatif, ce que le dernier traducteur français n'a pas remarqué, Protagoras avait déjà distingue les modes du verbe par les mots εὐχωλή, ἐρώτησις [JA ἀπόχο ισις, ἐντολή. Voy. Diog. Laerce, IX, 53, et Suidas, au mot Protagoras.

1. Voir quelques autres aperçus d'Aristote sur la grammaire générale : De l'Interpr., chap. n; Réfut. soph., chap. 11, p. 13 et 14; Topiques, V1, 4; Problèmes, XI, 1 ; de l'Ame, H,8 III, 2.

2. Lersch, Sprachphil. der Alten, 11" partie, p. 22 et suiv. , p. 47 et suiv.

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Suivant les Stoïiciens, « le verbe est une partie du discours signifiant une affirmation ércomplexe*; » mais le verbe n'est autre que l’infinitif. Toutes les fois que l'affirmation se complique d'un sujet exprimé au nominatif, comme dans: «Socrate se promène, » alors elle s'appelle χατηγόρημα, assertion, Où σύμδαμα, accident, événement. Quand le nom complémentaire n'est pas au nominatif, comme dans : Σωχράτει μέλει, le verbe ou plutôt la proposition entière s'appelle rapaciubaux, événement indirect, par opposition à l'emploi du nominatif, qui estle cas direct par excellence. Quand la proposition dite σύμδαμα où χατηγόρημα a besoin, pour se compléter, d'un autre mot, celui que nous appelons le régime, comme dans : « Platon aime Dion », elle s'appelle ἔλαττὸν ἢ σύμδαμια OÙ ἔλαττον ἢ κατηγόρημα, NOIRS qu'événement où bien qu'assertion. Enfin si c’est le παρασύμῥραμια qui ἃ besoin d’un sécond substantif, comme dans : Σωχράτει μέλει ᾿Αλχιδιάδους, alors le verbe s’appellera ἔλαττον à παρασύμδαμα,, moins qu'événement indirect : ces dernières distinctions deviennent presque intraduisibles en français”. Quant au participe, les Stoiïciens l’appelaient tantôt un verbe participial, μετοχικὸν ῥῆμα, tantôt un verbe décliné, πτωτικὸν ῥῆμα, ou enfin, comme si les deux précédentes locutions ne leur paraïssaient pas assez obscures, appellation réciproque ou réfléchie, ἀντανάγλαστον προσηγορίαν, sous prétexte que le participe se résout en un nom appellatif, comme dans : « Le lecteur est lisant, »

4. Ῥὴῆμά ἐστι μέρος λόγου σημαῖνον ἀσύνθετον χατηγορίαν. Diog: Laerce, VII, 58. Cf. Apollonius, Syré., I, 8.

2, Ammonius, «d Aristot., p. 104, éd. Brandis ; Apollonius, Synt., ΠΙ, 32;-Diog. Laerce, VII, 68.

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— « Le coureur est courant’. » C'est quelque chose, sans doute, que d’avoir reconnu la nature verbale du participe ; mais là se borne , à ce qu'il semble, tout le mérite de cette ambitieuse théorie.

Entre les Stoïciens et Apollonius nous ne retrouvons guère plus aujourd’hui, sur ce sujet, chez les grammairiens grecs, que des observations de détail sans importance ou d'insignifiantes défimitions comme celles que renferme le Manuel de Denys le Thrace. La théorie d’Apollonins lui-même nous est imparfaitement connue, parce que nous avons perdu son traité du Verbe. Mais heureusement pour nous un scholiaste de Denys le Thrace avait extrait de cet ouvrage la définition même du verbe , et il l'a expliquée d'une facon qui s'accorde si bien avec les témoignages épars dans les autres écrits d’Apollonius, qu'on ne peut douter de son exacte conformité avec la doctrine du maitre.

« Le verbe , disait donc Apollonius, est un mot qui, par des formes particulières, exprime le temps, l'activité ou la passivité, les personnes et les nombres, lorsqu'il montre aussi les dispositions de l'âme”. »

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