Voyez plus haut, chap. ιν, ὃ 2, p. 111 et suiv
cédents'; mais c'est au début seulement du troisième, qu'après une discussion sur le mot αὐτός et sur la nécessité de l'ajouter aux formes simples du pronom dans les phrases où le verbe a un sens réfléchi, il se pose enfin cette question générale : d'où vient l'irrégularité en Syntaxe? Il y répond par quelques pages d'une philosophie originale et qui nous donnent comme la clef de toute sa doctrine sur ce sujet :
« Il faut donc exposer avec soin ce qui produit l'irrégularité, et pour cela il ne faut pas se borner au vain travail de rassembler des exemples de figures, comme ont fait quelques auteurs, proclamant trés-haut des solécismes, mais sans en dire la raison ; car si vous ne faites pas voir celle raison, tous vos exemples sont en pure perte* » .... Et il cite quelques vers d'Homére, où l'on a seulement montré la faute, sans en rendre compte ; mais il ne veut pas, dit-il, s écarter, pour cette discussion , du principe qu'il se propose d'éclaireir.
« Je n'ignore pas non plus que quelques-uns sont venus troubler cette conviction unanime des grammairiens, que le barbarisme est la faute qui porte sur un mot séparé ; le solécisme, au contraire, celle qui porte sur l'union de plusieurs mots entre eux, citant
1. Synt., LI, 21 : Καὶ γὰρ dv τῷ χαθόλου τὸ τοιοῦτον δεδείξεται, ἡνίχα χατὰ τὸ εὔχαιρον περὶ αἰτίας χαταλλήλου xal ἀκαταλλήλου διαληψόμεθα. CF. 1, 3, 5 (à la fin), 7, 15, etc.
pour preuve qu'il peut y avoir solécisme dans l'emploi d’un seul mot, comme si l’on disait οὗτος, celuë-ci, en parlant d’une femme’, et comme [dans cette phrase d’'Homère, Zliade, 11, 278]:
Ὡς φάσαν à πληθύς, « Ainsi parlèrent la multitude, »
Ces preuves et d’autres que l’on cite sont puériles. D'abord, aucun nominatif ne forme un sens complet si l’on n’y joint un verbe, et un verbe qui n'exige pas après lui un autre nom à un cas oblique : ainsi Οὗτος περιπατεῖ, « Celui-ci se promène », offre un sens complet, mais non pas : Οὗτος βλάπτει, « Celui-ci nuit », car il y manque un nom à l’aceusatif, τινά. D'un autre côté, si nous disons : Τίς σε rude; « Qui vous « a frappé? » le pronom οὗτος, celui-ci, qui sert de réponse, a pour verbe le verbe même de la phrase interrogative. Il en est de même dans : Τίς χαλεῖται Αἴας ; « Qui s’appelle Ajax? »---- Οὗτος, Celui-ci. I n’est donc pas vrai que le solécisme porte sur un seul mot; et il semble que, dans l'exemple ci-dessus, l'expression au moins est irréprochable; seulement 1} y ἃ désaccord entre le pronom et la personne indiquée. Aussi est-il évident que ce solécisme de nouvelle invention, par l'emploi du pronom οὗτος, n'aurait pas lieu durant la nuit, et qu’il faudrait ajouter à sa définition : « lorsque le fait de syntaxe n'a pas lieu dans l'obscurité. » Car c’est en plein jour que notre vue distingue les genres; [mais dans la nuit, le solécisme ne serait pas aperçu]. Conclusion ridicule; car les solécismes tombent sous le sens de l’ouïe et se
1. Sextus Empiricus, sans nommer notre auteur, cite précisément cet exemple de solécisme, Contre les Gramim., 8 212.
reconnaissent au désaccord des mots rapprochés dans une méme phrase; ils sont donc sensibles méme pour un aveugle, puisque l'aveugle ne manque pas du sens auquel la voix s'adresse, je veux dire de l'ouie !, ΄
« Enfin, selon l'opinion de nos adversaires, un changement de genre dans la premiere partie de la phrase pourrait aussi rentrer dans la définition du solécisme, ce qui est puéril, comme la conclusion précédente. Dire d'une femme : Οὐτός ue ἔτυψεν, « Celui-ci m'a frappé, » n’est pas une faute de langage, car les règles de la grammaire sont ici observées. Mais dire, en parlant d'une seule femme : Aÿrr με ἔτυψαν, « Celle-ci m'ont frappé », c'est incontestablement un solécisme {quoique le genre féminin soit bien appliqué}, à cause du désaccord entre les mots. L'accord, en effet, et le-désaccord'ne tiennent pas aux choses dont on parle, mais au rapport des mots entre eux, et les mots ont la propriété de se transformer selon le besoin, sans que rien soit change dans les
1. Καὶ φαίνεται ὅτι ὅσον ἐπ᾽ αὐτῷ 6 λόγο: χατώρθωται, παρὰ δὲ τὴν ἐξ αὐτοῦ γενομένην δεῖξιν τὰ τοῦ γένους ἐνήλλαχται. Σαφὲς δὲ ὡς οὐδὲ ἐν νυχτὶ ἐγχωρήσει ὁ χαινότερον ἐπινοηθεὶς διὰ τῆς οὗτος ἀντωνγυμίας σολοιχισμός, καὶ δέον προσθεῖναι τῷ ὅρω, « ὅτε μὴ ἐν νυχτερινῷ χαταστήματι εἴη τὰ τῆς συντάξεως "» δῆλα γὰρ τὰ ὑπ᾽ ὄνιν πίπτοντα τοῦ γένους ἐστίν * ὅπερ γελοῖον ᾿ οἱ γὰρ σολοιχισιμοὶ ἀχοῦ ὑποπίπτουσιν, ἐλεγόμενοι dx τῆς χατὰ παράλγεσιν τῶν λέξεων συνούσης ἀχαταλληλίας, ὧν χαταλαμδάνουσι χαὶ οἵ τεδουμμένοι τὰς ὄψεις * οὐ γὰρ ἔλλιπεῖς εἰσὶ τοῦ ἐξιδισποιουμένου τὴν φωνήν, λέγω τῆς ἀκοῦς. P. 198. Donatus ap. Putsch., Gramm. lat., p. 1768 : « Multi errant qui putant etiam in una parte orationis fieri solœcismum, si aut demonstrantes virum hanc dicamus, aut feminam Aune : aut interrogati quo pergamus respondeamus, ÆAomæ : aut unum resalutantes salvete, cum utique præcedens demonstratio, vel interrogatio, vel salutatio vim connexæ oratiomis ubuineat. »
226 APOLLONIUS DYSCOLE. — (ΠΑΡ. VI.
idées qu’ils expriment. On peut dire au neutre : Τοῦτό με ἔτυψεν, « Cela m'a frappé; » dans cette phrase même . , . . ’ . A 8 il ny a rien d'irrégulier, car, à la rigueur, on pourra toujours rapporter le verbe au nom neutre γύναιον. De même [dans ce passage d'Homere, Oryssee, XII, 74] :
Lerrse Νεφέλη δέ μιν ἀμφιβέδηχε Κυανέη " τὸ μὲν οὔποτ᾽ ἐρωεῖ, le mot τὸ peut se rapporter au neutre νέφος, qui est synonyme de νεφέλη. De même un pluriel s’accordera avec un singulier , [comme dans cet exemple d'Homére, Odyssée, XVI, 264]:
me Ἦ μάλα δὴ τάδε δώματα κάλ᾽ ᾿Οδυσῆος "
es Οὐχ ἄν τίς μιν ἀνὴρ ὑπεροπλίσσαιτο.
Dans le second vers on pense à οἶχος, synonyme de δώματα. Du moins le poëte ajoute lui-même
Apollonius reconnaît cependant que l’on peut douter si certains mots composés ne renferment pas, en dehors de toute construction, une sorte de solécisme, par exemple évdéxuros, évdexérà , qui offrent l'alliance irrégulière d’un neutre avec un masculin ou avec un féminin; mais il résout très-heureusement la difficulté en faisant remarquer que cet adjectif ne se compose pas de ἕν indéclinable et de déxaros-n-0v, mais qu'il se dérive du nom de nombre ἕνδεκα. Puis, après avoir développé cette démonstration, « mas ilya, dit-il, une cause plus compréhensive de l'irrégularité ; la voici :
« Des parties du discours, les unes ont des nombres et des cas, comme le nom et les autres mots qui ont la même propriété; les autres, des personnes et des
nombres, comme les verbes et les pronoms; d'autres, des genres , comme les noms, dotit nous venons de parler, et tous les mots qui peuvent marquer la différence des sexes. Quelques-unes enfin n’ont pas une seule de ces propriétés, et se présentent toujours sous la même forme; telles sont les conjonctions, les prépositions et presque tous les adverbes. Or les parties variables du discours, en transformant leurs thèmes particuliers pour prendre les désinences, énumérées plus haut, des nombres, des personnes et des genres, se partagent, dans la composition des phrases, entre les alliances qui leur conviennent'. Ainsi un pluriel va rejoindre un pluriel à la même personne : Γράφομεν ἡμεῖς, « nous écrivons, » γράφουσιν οἱ ἄνθρωποι, « les hommes écrivent. » Mais le nombre ne reste pas toujours le même quand il y a passage d'une personne à une autre ; on peut dire : Τύπτουσι τὸν ἄνθρωπον, « ils frappent l'homme » , aussi bien que : Τύπτουσι τοὺς ἀνθρώπους, «ils frappent les hommes, » De même pour le rapport des genres et des cas. On dira : Ἡμῶν αὐτῶν ἀχούομεν, parce que les deux personnes sont les mêmes; au contraire, s'il y a transition d'une personne à l'autre, les cas et les nombres peuvent ne plus coïncider : Ἡμῶν αὐτὸς ἀχούει, ἡμῶν αὐτοὶ ἀχούουσιν. Que si les cas venaient à s'accor-
1. Τὰ à) οὖν προκείμενα μέρη μεταληφθέντα ἐξ ἰδίων μετασχηματισμῶν εἰς τὰς δεούσας ἀχολουθίας τῶν προχατειλεγμένων ἀριθμῶν À προσώπων À γενῶν τῇ τοῦ λόγου συνθέσει ἀναμεμέρισται εἰς ἐπιπλοχὴν τοῦ πρὸς ὃ δύναται φέρεσθαι. Ce que Priscien semble traduire, XVII, 21, p. 80 : « Quæ sunt declinabiles, eum ex propris figurationibus ad convenientes supra dictorum numerorum, vel generum , vel casuum, vel personarum, vel temporum consequentias accipiuntur, in orationis construétione, id est dispasitione, ad aptam congruentiam referri débent. -
der, comme dans : Ἡμεῖς αὐτοὶ ἀκούομεν, cet accord ramenerait l'identité de personnes, à moins que les deux pronoms ne fussent séparés par une conjonction, comme dans : Ἡμῶν χαὶ αὐτῶν ἀκούουσιν. Même règle pour les genres. Nous dirons οὗτοι οἱ ἄνδρες, ou, à un cas oblique, τούτους τοὺς ἄνδρας * mais si les personnes sont différentes, cet accord des cas est détruit : Τούτους γυνὴ bbotcev. Il est inutile d’amasser ici des exemples, car ce principe n’est pas douteux. À moius donc qu'il ne survienne pour un mot quelque évidente raison d'attribution particulière, il pourra indifféremment se construire avec tous les autres mots, à quelque genre, cas, nombre ou personne qu'ils soient employés , selon leur aptitude à recevoir quelqu'une de ces formes; rien dans sa forme primitive ne s’oppose à cet accord. Soit, par exemple, le mot bien ou quelque adverbe semblable ; on peut l’employer avec toute personne, avec tout nombre : « J'ai bien écrit, vous écrivez bien, » et de même aussi avec toute espèce de temps. Toutes ces constructions sont évidemment régulières, car l’adverbe ne pouvant avoir ni les personnes, ni les nombres, ni les cas, ni les temps que le verbe admet, peut trouver quelque obstacle à s'unir avec un verbe; mais la raison ne s’en verra pas dans la forme invariable du mot. Il n’en est pas ainsi pour bon, qui est à la troisième personne et au singulier ; il demande un verbe au même nombre et à la même personne. D'un autre côté, comme il ne renferme aucune idée particulière de temps, il peut indifféremment s'unir
aux divers temps d'un verbe. Au contraire , les adverbes de temps, qui se rapportent à des époques spéciales de la durée, peuvent s'accorder indifférem ment avec toutes les personnes et tous les nombres du verbe, mais non pas avec le futur ou le présent ; il n'en est pas de même quand ils s'appliquent à toutes les époques de la durée, comme »naintenant et autres semblables’, [car alors ils se construisent avec tous les temps du verbe].
« On en peut dire autant des adverbes qui ont le sens d'un mode particulier, comme εἴθε, ἄγε : l'impératif ne peut s’accorder avec l'optatif, et ainsi εἴθε répugne à l'impératif, comme ἄγε répugne à l'optatin.
4. "Ἔνθεν πάλιν τὰ τετμημένα τῶν ἐπιῤῥνιμάτων εἰς διαφόρους 700 νους τοῖς μὲν διαφόροις πρυοώποις καὶ ἔτι ἀριθμοῖς συντάσσεται, οὐ μὴν τοῖς τοῦ μέλλοντος ἢ τοῦ ἐνεστῶτος, οὐ μὴν πάλιν τὰ ἐν παρατάσει τοῦ ὅλου χρόνου παραλαμδανόμενα, λέγω ἐπὶ τοῦ νῦν χαὶ τῶν διιοίων. Les mots οὐ μὴν avant τοῖς, et τὰ avant ἐν παρατάσει sont ajoutés par M. Bekker d’après le ms. 2548. L'ancien texte etait imintelligible, et Portus avait essaye de le corriger ; celui de Bekker laisse encore à désirer quelque chose. Après ἐνεστῶτος on s'attend, au moins, à trouver τὰ ἐν παρωχημένῳ Jaubavoueva, Où τὰ ὅμολογοῦντα τὸ παρῳχῆσθαι. Mais ces mots n'étant pas absolument necessaires, j'ai cru devoir traduire le texte tel qu'il est. Quant aux mots ἐν παρατάσει τοῦ ὅλου χρόνου, que Portus entendait dans le sens de τὰ παρατατιχά, c.-à-d, l'imparfait, le sens n’en est plus douteux aujourd'hui, si l’on en rapproche la phrase suivante d’un passage du traité de l'Adverbe , où Apollonius expose precisément les mêmes idées (p. 533) : Τὰ χρονιχὰ ἐπιῤῥήματα συμφωνοῦσαν τοῖς τοῦ ῥήματος χρόνοις ποιεῖται σύνταξιν.... (Suivent les exemples.) Τὰ μέντοι οὐ διορίζοντα τὸν χρόνον, χοινὴν δὲ παράτασιν δηλοῦντα τοῦ παντὸς χρόνου, συμπαραλαμδάνεται χατὰ πάντα χρόνον, ὡς ἔχει τὸ Νῦν ἐφρόνησα, νῦν φρονῶ, νῦν φρονήσω "ἤδη ἔγραψα, ἤδη γράφω, ἤξη γράψω.