Mèmes remarques dans le traité de l'Adverbe, p. 333, ΟἹ
L'auteur applique ensuite ce principe aux conjonctions, puis il ajoute : « La distribution des mots selon le rôle qui leur est propre est donc ce qui fait ressortir les erreurs de position, 51} s’en trouve et de quelque nature qu’elles soient, grâce à la suite régulière des formes grammaticales’. On peut s’en convaincre et par les discussions qui précèdent, et par les exemples qui vont suivre. Le mot ἐμοί ne peut être mis à la troisième personne, le mot oi l'exclut formellement de ce rôle. Et oi, à son tour, ne peut être employé à la première personne pour la même raison ; comme aussi γράφω et γράφει ne peuvent s'employer l’un pour l’autre. Et il en est de même pour les secondes personnes. Comment donc le pronom αὐτός, qui est de la troisième, peut-il se construire avec la premiére et la seconde? parce qu'il n'existe pas de pronom personnel qui lui soit corrélatif et qui puisse faire ressortir l’impropriété de cette attribution; car c’est, Je crois, de ces termes corréiatifs que vient la régularité pour les parties du discours distribuées ainsi selon la suite de leurs formes régu-
p. 541, 613. L'auteur y renvoie lui-même à la fin de ce paragraphe.
1. Αἱ δὴ οὖν λέξεις, ἀναμεμερισμέναι χατὰ τὰς ἰδίας θέσεις, τὰς ὁπωσδήποτε παρεμπιπτούσας εἰς οὐκ ἐπιδάλλουσαν θέσιν διελέγχουσι διὰ τῆς ἐξ αὐτῶν ἀκολουθίας. P. 205. Bekker. Cf. II, 22, p. 167 : Ev τῷ καθόλου τὸ ποιοῦν ἀκαταλληλότητα οὐκ ἄλλο τί ἐστιν À χυριωτέρου σγήματος πορχτροπὴ κατὰ τὴν αὐτῷ ἐπιδάλλουσαν σύνταξιν. Le mis. 2548 porte παρεχτροπή, par suite d’une correction. Après cé mot on attendrait plutôt παρά que κατά. Toutefois Portus rend le texte assez clair en traduisant : « in ea constructione quæ illi convenit, » comme s’il y avait ἐν τῇ œvrw , etc., « dans le cas d’une construction où cette forme grammaticale serait à sa place. »
lières'. Et il est évident que le mot qui ἢ ‘appartient pas à une série de pronoms personnels ne peut jamais pécher contre la règle des personnes; pourvu qu'il soit en rapport de genre, de cas et de nombre avec les autres mots, il s'accorde régulièrement avec eux; ainsi on dira bien ἐμὲ αὐτόν οἱ ἡμᾶς αὐτούς. C'est ce que démontrent encore les autres pronoms, qui, ne distinguant pas les genres, se construisent sans irrégularité avec chacun des trois genres. Nous disons donc σὺ αὐτός Où σὺ αὐτή, el encore ἐμοὶ αὐτῷ Où ἐμοὶ αὐτῇ, et il n'v ἃ pas là un vice de langage, puisqu'il n'existe pas de forme qui puisse le faire ressortir *. Pour la même raison on peut dire ὅδε ἐγώ, et οὗτος yo. Enfin, si l’on demande pourquoi ἑαυτούς s'emploie aussi pour une premiere personne, on répondra que la faute existerait si le mot ἐμαυτούς existait pour la rendre sensible; mais comme ce mot n'existe pas , la syntaxe des personnes se trouve d'autant plus libre.
« Même raisonnement au sujet des verbes. Tous les modes se subdivisant en personnes et en nombres, font ressortir, par ce fait même, les irrégularités qui portent sur la persoune et sur le nombre. Néanmoins l'infinitif, qui n'admet pas ces distinctions, peut se rapporter à toutes les personnes et à tous les nombres : Τράφειν ἐμέ Où ἡμᾶς OÙ σέ Où ὑμᾶς " mais comme,
1. Ἔνθεν γὰρ οἶμαι ἐῤῥνηχέναι χαὶ τὸ ἀκόλουθον πρὸς τὰ ἀναμερισθέντα μόρια ἐν τῇ δεούση ἀκολουθία. Traduction de Portus : « Hinc enim puto fluxisse consequentiam ad partes distributas in sua quasque consequentia. » De telles traductions aident peu , on l'avouera, à comprendre un texte diflicile,
2. Καὶ où χαχία τὸ τοιοῦτο, ὅτι μὴ ἐνεχώρει τὸ δυνάμενον ἐξε» λέγξαι τὴν xaxiav, Ρ, 300.
52 APOLLONIUS DYSCOLE, — CHAP. vif.
d’un autre côté, l'infinitif est susceptible de la distinction des voix et des temps, l'irrégularité s'y montre par rapport à ces formes. De plus, le mode infinitif, étant privé, comme par sa nature, de la propriété de montrer les sentiments de l'âme, ne trouve pas d’obstacle à prendre la place des autres modes, [qui expriment ces sentiments divers]. Ajoutez qu'il a aussi cette propriété que tous les modes se peuvent ramener à lui : car le mot γράφε, écris, peut se 1 ésoudre en : Γράφειν σοι προστάσσω, « 16 vous ordonne d'écrire », le commandement et le pronom y étant impliquées, deux choses que ne comporie pas linfinitif. De même, περιπατοίης équivaut à εὔχομαί σε πεοιπατεῖν, et γράφεις, à ὁρίζομαί σε γράφειν, etc... Pourquoi d’ailleurs, dans ces changements, les cas qui se joionent au verbe deviennent-ils indirects de directs qu’ils étaient? c'est ce que nous expliquerons en détail dans le chapitre du verbe’, où nous traiterons particulièrement de la syntaxe des infinitifs.
« On trouve une preuve nouvelle de notre principe dans l’usage des participes, auxquels le verbe d’où ils dérivent ajoute la distinction du genre, du cas et du nombre, mais sans leur laisser ni celle des personnes ni l'expression d’un acte de la pensée? ; comme ils n’admettent point ces dernières distinctions, nous pouvons dire sans erreur à l'égard des
1. Ἀχριδώσομεν ἐν τῷ περὶ ῥημάτων, c’est-à-dire dans le chapitre xx du même livre. De même plus bas, chap. vi, les mois ὥς γε ἀχριδέστερον ὑποδείξομεν ἐν τῇ δεούση συντάξε! τῶν ῥγιμάτων, se rapportent au chap. ΧΧΧΙ.
2. Παρὸν κὰκ τῶν μετοχῶν αὐτὸ πιστώσασθαι, αἷς προσδίδωσι uv h ἐκ τῶν ῥημάτων μετάληψις γένος χαὶ πτῶσιν χαὶ τὸν ἐν τούτοις ἀριθμόν, ἀφαιρεῖται δ᾽ αὕτη προσώπου διάχρισιν καὶ ψυχικὴν ἔννοιαν.
personnes : Γράψας ἀνέστην, OU ἀνέστες, OÙ ἀνέστη, οἱ ἃ l'égard des modes : γράψας ἀνασταίην OÙ ἀνάστιθι. Au contraire, les propriétés qui restent au participe, celle des voix et celle des temps, si on les applique mal, peuvent donner lieu à des locutions irrégulières. »
Apollonius applique encore sa démonstration aux genres des noms et adjectifs, puis une seconde fois, comme s il ne l'avait pas déjà fait plus haut , aux verbes et aux adverbes de temps, puis aux voix du verbe. De là il revient aux nombres et aux cas des noms, particuliérement au vocatif, et il discute avec Tryphon la question de savoir si le pronom est un vocatif où un nominauf, ou l’un et l’autre à la fois’, ce qui le conduit à examiner la même question de l'existence du vocatif dans les pronoms possessifs. 1] s'arrête enfin dans cette longue digression pour examiner en détail la syntaxe du verbe, qui fait l'objet propre de son troisième livre.
Arrétons-nous au même endroit , mais pour jeter un coup d'œil en arrière sur l'ensemble de cette théorie, avant d'en apprécier les applications.
En reprochant à ses prédécesseurs d'avoir inutilement accumulé des exemples de solécisme san, donner la raison des prétendues fautes de langage qu'ils signalaient, Apollonius nous laisse croire que son essai de syntaxe philosophique était à peu pres sans modele. Or, aucun autre témoignage ne contredit formellement cette induction. L'auteur d'un manuel de Syntaxe grecque rédigé au commencement du ix* siècle de notre ère, Michel le Syncelle, énume-
1. II, 8 :... Τὴν πρὸς αὐτὸν ἀντίῤῥησιν γενομένην ἐπιτομώτειοὸν ἐχθυησόμεθα. Il se réfère ici au traité du Pronom, p. 65 et suivantes
rant dans sa préface les cinq auteurs anciens qu'il avait pu lire sur ce sujet, nomme tout d’abord Apollonius et son fils Hérodien'. Tryphon, Habron et les autres grammairiens cités souvent par Apollonius ne le sont jamais que pour des théories partielles ou même pour des discussions de grammaire toute pratique. On connait les titres de plusieurs ouvrages grecs, aujourd'hui perdus, qui traitaient de la syn-
1. L'auteur de ce manuel ἃ été longtemps méconnu, et l’ouvrage lui-même, publié dès le commencement du xvi° siècle sous le nom de Georges Lécapène, n’a guère attiré l’attention des philologues, J'en transcrirai ici, à titre de renseignement littéraire , la préface, d’ailleurs très-courte , en completant lPédition de 1525 (la seule que j'aie sous les yeux), à l’aide de deux manuscrits de la Bibliothèque impériale, les n° 2535 et 2557, qui nous fournissent l’importante addition τῷ σοφωτάτῳ χαὶ Διο-νυσίῳ τῷ, et dont le second attribue formellement louvrage à Michel le Syncelle dans le titre que voici : Μιχαὴλ πρεσδυτέρου [καὶ 9] συγγέλου τοῦ ἀποστολικοῦ θρόνου τῶν “Ἱεροσολύμων μέθοδος
\ cr - , 7 “ 2 2 ,ὔ 2 περὶ τῆς τοῦ λόγου συντάξεως σχεδιασθεῖσα ἐν "Edéoon τῆς Mecoxo-
4 Le | ! S / \ 4 \ ; / Ὥ ταμίας, αἰτήσει Λαζάρου διαχόνου xat φιλολόγου χαὶ λογοθέτου. Suit la préface : Περὶ τῆς συντάξεως τοῦ λόγου διδασχαλίᾳ πολλή τε χαὶ
-" / / u Ὁ CO βαθεῖα καθέστηχε, φιλομαθέστατε Λάζαρε, πολλοῦ τε χαὶ μαχροῦ δεο-μένη χρόνου καὶ μείζονος ἢ τῆς καθ᾽ ἡμᾶς δυνάμεως, Πολλὰ γὰρ περὶ αὐτῆς τοῖς ἀρχαίοις διαπεπόνηται, ᾿Απολλωνίῳ τε τῷ σοφωτάτῳ, τῷ - γι Ἀεὶ VTE LS τω οὖ ik F ἡ.) : ’ ᾿ ἐπίχλην Δυσχόλῳ, καὶ “Ηρωδιανῷ τῷ πολυμαθεστάτῳ, χαὶ ᾿Απολλωνίω τῷ νέῳ, καὶ τοῖς Atrixiotats, καὶ Ἀρχαδίῳ τῷ σοφωτάτῳ, χαὶ Διονυσίῳ τῷ Βυζαντίῳ : ὧν ταῖς πραγυνατείαις εὖ ἐντετυχηχὼς θαυμάσαις αὐτῶν τὸ πολυμαθὲς καὶ τοῦ ἑλληνισμοῦ τὴν ὑγιᾶ καὶ χατάλληλον χρῆσιν, χαὶ τὴν ἀχριδὴ καὶ πολύτροπον χαὶ πολυσχήμονα πάσης τῆς ἑλληνιχῆς διαλέχτου ποικιλίαν. “Ὅμως οὖν, ὡς οἷόν τέ ἐστι, σὺν Θεῷ τῷ σοφωτάτῳ γοῦν πεϊράσομα! σύντομόν σοι ποιήσασθαι μέθοδον εὐρύθιου .άριν διιλίας αἰτήσαντι, xat τοῦ ἔχειν εἰς μνείαν τῆς περὶ ἡυᾶς διαθέσεως δμιηρά τε καὶ ἐχέγγυα. Voyez Fabricius, Bibl. gr., vol. VI, p. 297, 298, où il transcrit la première partie de ce morceau. Cf. Zbid., p. 343, et p. 382, où il cite l’édition de Venise 1745, comme la première (c’est jusqu'ici la seule) qui ait restitué l’ouvrage à son véritable auteur ; et Cramer, Anecd, Oxon., IV, p. 272,
taxe. Au temps méme des Antonins , Téléphe de Pergame écrivait cinq livres περὶ ξυντάξεως λόγου ἀττιχοῦ, Pausanias de Césarée un livre περὶ Συντάξεως, Ælius Théon d'Alexandrie un recueil intitulé : Znréuare περὶ Συντάξεως λόγον. Peut-être avant cette époque se placent le traité du rhéteur Tibérius περὶ Λόγου τάξεως χαὶ συντάξεως ' et le traité περὶ Καταλληλότητος que s’attribue le métricien Dracon*. Mais aucun de ces ouvrages ne semble avoir rien fourni à la science d'Apollonius ; pourrait-on croire qu'il n'eût trouvé aucune occasion de les contredire, lui qui se montre si prompt à ces sortes de disputes ? Aurait-il supprimé à dessein tout nom propre par ménagement pour ceux qu'il combattait ? Il est probable, au contraire , que si, avant Apollonius, on avait recueilli déjà les prineipales règles de la syntaxe grecque, avec des exemples empruntés à l'usage ou aux écrivains , ces compilations laissaient presque tout à faire à un grammairien jaloux d'expliquer les faits par leur raison intime et de les coordonner en un ensemble régulier. Ses prédécesseurs et ses contemporains lui avaient tout au plus préparé des matériaux. À ce titre , les rhéteurs aussi lui étaient utiles par leurs traités sur les tropes et sur les autres figures de rhétorique. Ainsi, un petit traité des Figures de construction, qui porte le nom de Lesbonax”, contient quelques faits