Voyez plus haut, note 13, et HI, 13 : Ἑξῆς brrtor nai
δὶ τῆς χαθηλιχῇς συντάξεως τῶν ῥημάτων. CF. Lange, p. 33-35,
244 APOLLONIUS DYSCOLE. — CHAP. Vii.
dans une philosophie de la syntaxe, les définitions et les principes généraux sont mal placés au milieu des analyses particulières qu'elles doivent éclairer?
Ce tort d’Apollonius tient à un autre qui n’a peutêtre pas fixé jusqu'ici l'attention des critiques, et que J'essaverai de faire comprendre aussi brièvement qu'il me sera possible.
Dans l'examen des mots, l'esprit cherche voloniers un ordre qui réponde soit à leur invention successive ou supposée telle, soit à leur utilité respective. Des spéculations comme celles que développait Apollonius dans son ouvrage sur la Division des parties du discours et qu’il résume en tête de la Svntaxe', sont donc une introduction naturelle à l'étude spéciale des catégories du langage. Là, en effet, il s’agit de considérer les mots séparément, dans leurs caractères particuliers ; si l’on tient compte du rapport qu'ils ont avec d’autres mots, c'est pour mieux définir la nature de chacun, c'est pour le mieux caractériser dans son isolement. Le grammairien qui écrit une syntaxe se place à un autre point de vue : il étudie surtout l’ensemble d’une phrase, la distribution et le lien des parties qui la composent. Le fait que considère la théorie des parties du discours , c’est un rot; le fait que considere la syntaxe, c'est un rapport; la premiére peut et doit ciasser des mots; la seconde doit surlout classer des rapports”.
Il est donc peu utile, si Fon écrit une syntaxe, de
{. Voyez plus haut, chap. 1, S2, p. 18, et chap. mx, p. 67 Οἱ 5110.
2. Hermann, de Emend. rat. Gramm. gr., Præf., p. 15& « Omnino hujuscemodi observationes, quibus nuñc fere constat
songer tant à l'importance relative des mois, et de commencer par la syntaxe des noms ou par celle des verbes, sous prétexte que le nom ἃ été inventé avant le verbe, ou le verbe avant le nom. Mais il faut chercher quelles espèces de rapports le nom et le verbe ont entre eux ou avec les autres mots, classer ces diverses espèces, en donner la raison, et éclairer ainsi la pratique du langage par l'analyse des régles et des lois secrètes qui les justifient.
Apollonius, au contraire, aborde ce que j'appellerai le problème syntaxique précisément comme il aborde la théorie des Parties du discours; il traite successivement de la manière de construire les noms ou les pronoms avec l'article, puis les pronoms avec les verbes, etc. Nous avons vu que, dans ses traités spéciaux sur les parties du discours, il étudiait d'ordinaire la construction de chacun de ces mots avec les autres mots; or on dirait que les chapitres de syntaxe, épars dans ces huit traités, ont formé en se réunissant la première base de son grand ouvrage sur la Syntaxe. Dans la Syntaxe, en effet, les huit parties du discours se succèdent selon l'ordre déterminé par Apollonius avec tant de rigueur ; seulement il y développe ce qui n'était d’abord que rapidement indiqué, ou quelquefois il se contente de résumer, comme à propos des mots χρή et δεῖ, ce qui se trouvait développé dans un traité spécial, Voilà peut-être pourquoi il s'avise si tard de dégager du milieu des exemples les principes mêmes de la syntaxe; voilà
græca syntaxis, aptiores lexicis quam doctrinæ grammaticæ sunt. Nam quæ vere syntaxis dici mereatur, ea in quosdam locos describenda est, ut tanquam ὁ fontibus suis singula constructionum genera repeti possint, »
pourquoi sa nouvelle théorie s’arrête, pour ainsi dire, tout court, après l'exposition des principes, sans produire une division vraiment philosophique des faits. À ce défaut de méthode on reconnaît comme l'inexpérience d’un premier essai, et l’on est d'autant plus porté à croire avec M. Bernhardy, que personne, en effet, avant Apollonius n'avait encore tenté de donner une forme scientifique à la syntaxe grecque *.
Si Apollonius, malgré toute la force de son esprit observateur, échoue en partie dans la solution générale du problème de la syntaxe, voyons du moins comment il avait su expliquer quelques règles particulières de l'accord et du régime.
4° L'accord du nom avec l'adjectif est, selon Apollonius, le produit d’une sorte d'imitation. Par exemple, le nom ayant des genres, il est naturel que l'adjectif imite, pour marquer les différents genres, les terminaisons du nom”; explication fort simple, qu'il est facile autant que légitime de généraliser. En effet, l'adjectif est, par sa nature, beaucoup moins disposé que le substantif à recevoir les flexions du senre, du nombre et du cas. Le substantif a un rapport naturel avec la variété des sexes, et il tend ainsi à la reproduire par une certaine variété de termi-
1, Wissenschaftliche Syntax der griechischen Sprache , p. 37 (Berlin, 1829).
2, Synt., 1, 21 : Tryphon prétendait que ὦ peut être un article, puisque τῶν en est un; Apollonius se moque de ce raisonnement. Ληρῶδες δὲ τὸ τοιοῦτον" πάνυ γὰρ ἄρθρον τὸ τῶν διὰ τὴν
£ τ La A / VOUS μίμημα ἐστιν ὀνοματιχῆς συνεμπτώσεως χατὰ γένη, χἂν ἐν σχή- / « 2 - \ , ματι χαταγίνηται, ὡς ἐν τῷο Ma τῷ θεὼ, etc.
naisons ; c'est le substantif qui exprime des êtres au singulier ou au pluriel; c'est le substantif qui tour à tour sujet ou régime dans la phrase, prend, selon les rôles divers, les terminaisons du nomiuatif, du génitif, etc. L'adjectif, au contraire, signifiaut surtout une qualité que l'esprit abstrait, par une vue particulière, du substantif auquel elle appartient, est essentiellement une expression invariable , comme nous le voyons presque toujours en allemand, toujours en anglais. S'il se rapproche du substantif par la forme et s’il en prend quelquefois les terminaisons, cela semble moins l'effet d’une nécessité grammaticale, qu'un pur accident, où un jeu d'imitation, assez commun dans les idiomes synthétiques, où la richesse des formes va bien au delà des besoins du langage , et tend à flatter l'imagination après avoir satisfait la raison”.
L'accord du verbe et du sujet offre à notre grammairien deux difficultés, dont l'une a perdu aujourd'hui toute importance et dont l'autre est un véritable idiotisme de la langue grecque.
Apollonius connait très-bien le rapport des pronoms avec les flexions pronominales du verbe ; mais nous avons vu qu'il n'admet point, en général, l'alliance d'un nom avec un verbe à la première personne, comme dans : Ἀπολλώνιος γράφω, parce que pour lui le nom est toujours à la troisième personne el indéterminé, tandis que l'essence du pronom et des flexions pronominales est de déterminer la
1. Voyez sur cette partie émaginative des langues, G. de Humboldt : Lettre à M. Abel-Rémusat sur la nature des formes grammaticales en général, et sur le génie de la langue chinoise en particulier, (Paris, 1827), p. 2, 13, 19, etc
personne dont il s’agit’. Il ne comprend pas que le noi est, en général, érdifjérent à la distincuüon des personnes plutôt qu'il n'appartient nécessairement à la troisième, et que, par conséquent, il peut sans irrégularité s'allier à la première personne d’un verbe. Le vocatif seul se refuse à cette alliance, parce qu'il est précisément la forme du nom que l'usage a consacrée pour les cas où l’on s'adresse à une seconde personne, comme Apollonius l’a fort bien montré ailleurs ἢ.
Nous sommes plus embarrassés pour expliquer, même aujourd'hui, la regle connue dans nos grammaires sous le titre de ζῶα τρέχει, ou l'alliance d’un sujet au pluriel neutre avec un verbe à la troisième personne du singulier. Sur ce point, les mauvaises raisons que donne Apollonius”? pour justifier un caprice de la syntaxe hellénique, méritent peut-être quelque indulgence.
« Les verbes, dit-il, ne distinguent pas les divers genres, mais 115 distinguent le nombre, la personne et les autres idées dont ils sont susceptibles. Ils n’auront donc pas de formes différentes pour le neutre d'une part, et, de l’autre pour le masculin ou le féminin. Comment donc peut-on dire : Λέγουσιν οἱ
4. Synt., IL, 11 : Προφανῶς ἀκατάλληλα, ce qui veut dire que cette locution est un solécisme. Priscien, XVII, 1, p. 108 : « Dicendo Priscianus scribo, Apollonius scribis, solœcismum facimus, »
2, Synt., I, 10 τ χωρὶς ὥς xAnTuxAc' αὕτη γὰρ “πρώτη ἐπιστρέφει τὴν ἐχ τῶν τρίτων προσώπων θέσιν εἰς τὸ δεύτερον, διὰ τὴν ἐξ αὐτῶν γενομένην ἀντίληψιν τοῦ ἀναδεξαμένου προσώπου τὸ ὄνομα. Cf. 1Π͵ 8, 9.