‹ Apollonius DyscoleChapitre 72 sur 90 · Synt., NL · texte numérisé non relu

Synt., NL

ἄνθρωποι et λέγει τὰ παιδίχ Si le verbe marque le nombre, il doit évidemment, avec un pluriel, prendre la terminaison du pluriel, et il est clair que [dans Homère, {liade, W, 135]: Σπάρτα γέλυνται suit mieux l'analogie que δοῦρα σέσηπε. L'irrégularité se verra d'autant mieux en considérant la premiere et la seconde personne. Si φιλοπονοῦμεν παιδία ὄντα est une locution régulière, il n'en est pas de même de φιλοπονῶ παιδία ὄντα, ni de φιλοπονεῖς παιδίχ ὄντα. Comment donc accorderait-on que φιλοπονεῖ παιδία ὄντα soit une locution raisonnable? Voilà pour démontrer ce qui devrait être la regle.

« Maintenant, je crois que cet usage du verbe au singulier ἃ pour unique raison l'homophonie du nominatif et de l'accusatif dans les noms neutres, ce qui n'a pas lieu pour les masculins et les féminins. De là vient qu'avec le nominatif masculin ou féminin l'irrégularité est évidente, Ainsi ἄνδοες γράφει ne peut s'entendre à l'accusatif; car s'il y avait transition d'une personne à une autre, [en d'autres termes, si les hommes était le régime du verbe au lieu d'en être le sujet}, on aurait ἄνδρας γράφει. C'est ainsi que la différence des sons pour les divers cas montre quelle construction est régulière et quelle construction est irrégulière. Mais, [dans l'alliance du verbe avec un pluriel neutre}, lirrégularité n'apparaissant pas dans l’une des deux constructions, et la régularité dans l’autre, il est arrivé que la construction naturelle, c'est-à-dire l'accusatif, l'a emporté pour les deux cas. Ainsi on dit γράφει τὰ παιδία, comme on dirait γράφει

χαὶ ἐν διαφόρω τὸ ἀρσενιχὸν À θηλυκόν. Cf. IV, 14 : Οὐ γινώσχει ταῦτα τὰ ἐπιῤῥήματα) τὴν παράθεσιν τῆς ποοθέσιως.

τοὺς παῖδας. Au masculin, les sons de l’accusatif et du nominatif différent, car ce serait γράφει οἱ παῖδες. Mais au neutre, le nominatif, qui fait une irrégularité, se confondant par la forme avec l’accusatif, l’incohérence devient difficile à saisir. J'ai donc fait voir et l'irrégularité et ce qui nous empêche de la sentir!. »

Apollonius se trompe; il n’a établi que la seconde parte de sa thèse. Züx τρέχει est, en effet, un solécisme moins choquant que ne serait ἄνθρωποι τρέχει : celte observation excuse l'idiotisme ; elle n’en donne pas la cause, qui, si je ne me trompe, reste encore à trouver.

2° Beaucoup plus complexe que la syntaxe d’accord, la syntaxe de régime suppose, pour être traitée philosophiquement, d’abord une bonne théorie des cas, puis une bonne théorie des modes et des temps.

On 8 vu plus haut ἡ qu’Apollonius avait écrit un traité ou tout au moins un chapitre spécial sur les cas. Malheureusement il nous en reste peu de chose, et tout nous porte à croire que le sujet n’y était pas

1. Ici encore je transcris une par tie du texte, par défiance de ma traduction, quoique le sens général de ce morceau ne me laisse aucun doute : Ἀναμερισθεῖσαι οὖν ai πτώσεις ἐν ἰδίαις φωναῖς διέχριναν τό τε χατάλληλον χαὶ τὸ ἀχατάλλ nov. Où τοῦ τοιούτου δὲ nan: κατ᾽ οὐδέτερον on συνέθδαινε τὸ μὲν ἕτερον À svt τερόν πὼς ἔκειν, λέγω τὸ χατ᾽ αἰτιατικήν, φέρε εἰπεῖν " | βάφει τὰ παιδία, ὡς εἰ χαὶ γράφει τοὺς παῖδας" xATEL μὲν ἐν τῷ ἄρσενιχῷ oue αἱ αὐταὶ φωναί" Γράφει γὰρ oi παῖδες, ἐν δὲ τῷ οὐδετέρῳ ταὐτὸν, ὅπερ ἦν ἀνακόλουθον τῇ πρὸς τὴν αἰτιατικὴν ὁμοφωνίᾳ συν se τὸ σῆμα δύσληπτον ἐποίει τὸ ἀχατάλληλον. ᾿Εδείχθη ἄρα χαὶ ὅτι ἀχατάλληλον χαὶ διότι λανθάνει.

2. Chapitre 1, p. 14. Cf. Chapitre νι, 8. 1; et Th. Rumpel : Die Casuslehre in besonderer Beziehung auf die griechiesche Sprache (Halle, 1845), livre savant où toutefois la doctrine d’Apollonius a été trop négligée.

traité avec la rigueur désirable. Apollonius ne s'est jamais rendu compte du rapport intime des flexions casuelles avec les prépositions, et il ne paraît pas avoir jamais ramené les cas à un nombre précis d'idées élémentaires : le chapitre qu'on trouve sur ce sujet dans la Syntaxe de Michel le Syncelle peut bien provenir en partie des écrits d'Apollonius ; mais il est difficile de rien affirmer à cet égard, parce que le compilateur, après avoir mentionné une fois pour toutes dans sa préface les auteurs qu'il avait consultés, néglige ensuite de faire la part de chacun d'eux dans les doctrines que résume son utile manuel. Quoi qu'il en soit, nous retrouvons l’ingénieuse sagacité d'Apollonius dans plusieurs passages de la Syntaxe où il essaye d'expliquer l'union des cas avec certaines formes verbales.

Le dernier chapitre du troisième livre est consacré tout entier à ce sujet. Un seul chapitre, si long qu'il soit, c'est peu, sans doute, pour tant et de si délicates questions, et l'on ne s'étonnera pas d’y trouver bien des lacunes. 11 v a d’ailleurs beaucoup d'ambition à vouloir expliquer pour tous les verbes la raison de leur construction avec le génitif, le datif ou l'accusatif'; mais on doit dire que, dans le détail, les efloris d’Apollonius ne sont pas toujours malheureux.

Ainsi il montre tres-bien comment, en général, tout verbe d'action qui se construit avec l'accusatif change de sujet et de régime lorsqu'il passe à la

1. Srn., III, 32, au commencement, il avoue lui-méme la difficulté de la tâche qu'il s'impose : Καὶ δῆλον ὅτι διὰ τὸ συνὸν πλῆθος τῶν ῥημάτων χαὶ τὰ τῆς συντάξεως ἰδιώματα δυσπερίληπτα γενήσεται, ἅπερ οἶμαι κατὰ τὸ δέον προσδιευχρινήσειν.

forme passive et amène après lui un génitif avec la conjonction ὑπό, par. Puis, rencontrant, comme une objection embarrassante, les verbes à forme active ou moyenne qui se construisent directement avec le génitif, par exemple, ἀχούειν, ὀσφραίνεσθαι, γεύεσθαι, elc., il résout ainsi la difficulté : L'état exprimé par les verbes de sensation est réellement passif par rapport aux objets extérieurs, ou, en d’autres termes, le sujet de ces verbes, actif en apparence, est passif en réalité puisqu'il subit l’action des objets extérieurs, et par exemple, la voix pénétrant dans l’ouie constitue le corps tout entier à l'état passif. Cela suffit pour expliquer Pemploi du génitif, mais du géniuif sans la préposition ὑπό, qui convient à la passivité proprement dite, tandis que dans les verbes de sensation, comme ἅπτεσθαι, toucher, γεύεσθαι, gotiter, est impliquée comme une sorte d'activité de l'âme allant au-devant de l'impression qu'elle va recevoir !.

Jusqu'ici on se laisse volontiers séduire par ces spécieuses subtilités. Mais lauteur va plus loim; il veut expliquer pourquoi le verbe ὁρᾶν, vorr, fait exception à la règle précédente, et rentre dans la règle générale des verbes actifs qui appellent apres eux l’accusatif : c’est, dit-il, parce que dans la vision, l’homme est plus actif que dans aucune autre sensa-

1. ΠΙ, 32, p. 290 : Οὐ μέντοι μετὰ τῆς ὑπό τὰ τῆς συντάξεως γίνεται, καθὸ καὶ ἐνέργεια σύνεστιν À γενομένη ἐχ τὴς διαθέσεως, ἐπεὶ τὸ ἅπτεσθαι μετ᾽ ἐνεργείας καὶ ἀντιδιατίθεται διὰ τῆς τῶν θερμῶν ἐπαφῆς, ἢ ψυχρῶν ἢ ἄλλων τῶν τοιούτων, Analyse trop brièvement résumée par Priscien, XVIII, 19, p. 171, et par l’auteur anonyme d’un abrégé de Grammaire dans les “πορεία græca de M. Boissonade, II, p. 347.

tion, car il reste toujours maitre d'écarter l'impression en fermant les yeux.

On lui pardonnera plus volontiers peut-être une distmction entre les verbes ἐρᾶν et φιλεῖν, distinction fondée sur une exacte analyse du cœur humain, et justifiée par l'autorité des meilleurs écrivains grecs. ᾿Ερᾷν et φιλεῖν se traduisent tous deux en français par aimer ; mais l'un désigue, sinon l'amour tout sensuel, du moins la passion ardente et irréfléchie ; l’autre, l'affection calme et sage d'une äme qui se possède et se gouverne : de là vient, dit Apollonius, que ἐρᾷν se construit avec le génitif, parce que l’objet aimé domine celui qui l'aime, et que celui-ci est en quelque sorte à l'état passif; au contraire, φιλεῖν, qui comme διδάσχειν Où πείθειν, exprime un acte de l'âme libre et raisonnable, se construira naturellement avec l’accusatif". Que si, quelquefois, des sentiments qui se rattachent à cette affection de l’homme pour l'homme, s'exprimeront par des verbes qui se construisent avec le génitif, par exemple χήλεσθαι, φροντίζειν, c'est que la vigilance, l'inquiétude, etc., sont des états où nous souffrons pour autrui*,

4. II, 32, p. 291 :Οἱ γοῦν φιλοῦντες παιδεύουσι (?), πάλιν τῆς διαθέσεως χοινῆς τῆς προχειμένης ἐπ᾽ αἰτιατιχὴν συντεινούσης. Οὕτως ἔχει καὶ τὸ διδάσχειν χαὶ τὸ πείθειν" τόγε μὴν ἐρᾶν ὁμολογεῖ τὸ προσξιατίθεσθαι ὑπὸ τοῦ ἐρωμένου. .. Καὶ σαφές ἐστιν ὡς συνετοῦ μέν ἐστι χαὶ ἀγαθοῦ τὸ φιλεῖν, χαθάπερ χαὶ πατέρες παῖδας φιλοῦσιν " οὐ μὴν συνετοῦ τὸ ἐρᾶν, ἀλλ᾽ ἤδη παρεφθορότος τὸ λογιστιχόν. Planude résume cette observation, mais d'une facon qui n'en laisse pas voir toute la finesse : Περὶ Συντάξεως ῥημάτων, dans Bachmann, Anecd, gr., 1. 11, p. 292.

2. IL, 33, p. 290 : Πολυμερεστάτη ἣ χατ' αἰτιατιχὴν σύνταξις, ἑνὶ συμφωνοῦσα τῷ ἀναδέχεσθαι τὴν ἐξ εὐθείας ἐνεργητιχὴν διάθεσιν : Ὁρκίζω σε, πείθω σε, x.7.À, Priscien, XVII, 19, p. 474 : « Multifida est cum accusativo nstructio. »

254 APOLLONIUS DYSCOLE, — ΠΑΡ, VII.

De même que l'accusatif s'applique à un tresgrand nombre de rapports, de même le génitif s'applique à d’autres idées que celle de passivité. Toute idée de propriété appelle l'emploi du gémtif, et tout pronom possessif se résout en un pronom personnel ou un nom au génitif. Or l’idée de commandement et de prééminence est très-voisine de celle de propriété, d’où il résulte que tous les verbes qui expriment l'exercice d'un pouvoir ou d'une autorité quelconque, βασιλεύω, στρατηγῶ, τυραννῶ, elc., se construiront avec le génitif. ILest vrai que les rapports sont exprimés d’une manière inverse lorsque, comme dans Ἀριστάρχου δοῦλος, « l’esclave d’Aristarque », c'est le nom du maître qui est au génitif. Mais, dit Apollonius, autre est la syntaxe des noms, autre celle des verbes ; il failait ici un génitif, sans lequel nulle idée de possession ne peut être exprimée; or dans la locution où figure un verbe, le personnage possesseur ou supérieur est employé au nominatif; aussi c'est le personnage correspondant qui se mettra au génitif.

Quant au datif, il exprime essentiellement aftribution où appropriation, περιποίησιν, définition vraie

1. ΠΙ, 82, p. 293 : Οὐ ταὐτὸ μέρος λόγου ὄνομα καὶ ῥῆμα, καὶ εἶ τοῦτο, οὐ πάντως καὶ τὰ τῆς συντάξεως εἰς ταὐτὸ del 6 ἕν μόνον αἰτήσει, τὴν γενικήν, ἧς χωρὶς οὐδέποτε χτῆσις ἐπινοεῖται. Τὰ ῥήματα πτῶσιν ἔχει ὀρθὴν Ξαρυφισέα μένην, ἢ καὶ συμ. φέρεται.. Ἀνάγκη οὖν πᾶσα τὸ ϑαδυφιφεξμθνν πρότωπον ἐκ τῶν ῥηυάτων ἐν πτώσει ὀρθῇ χκαταγίνεσθαι, τὸ δὲ τούτου πρόσωπον ἀνθυπαγόμενον μὴ ἐν ἄλλῃ πτώσει καταγίνεσθαι ἢ τῇ γενικῇ, ἧς ἄνευ οὐ συνίσταται xtr= τικὴ σύνταξις. Tout ce passage d’Apollonius sur la syntaxe du génitif est reproduit et accompagné de quelques notes intéressantes par un des éditeurs du Classical Journal de Valpy, iuin, 1827,n 70, p. 284.

en général et qu'Apollonius n'a pas de peine à démontrer pour le plus grand nombre des exemples, mais qui donne aussi lieu à bien des difficultés. Ne pouvant le suivre dans ce détail, arrétons-nous de préférence, avant de finir ce chapitre, à une question qui tient le milieu entre la syntaxe d'accord et la syntaxe de régime, et qui a fort préoccupé notre auteur; car après l'avoir posée des son premier livre', il y revient deux fois dans le troisième ; je veux parler de l'emploi de l'accusatif devant un infinitif.

Dans les locutions comme : Χρή ou δεῖ ἀναγινώσχειν Διονύσιον, « il faut que Denys lise », Θέλω σε ἀχούειν Διονυσίου, « je veux que vous écoutiez Denys », il est évident que Διονύσιον et σε expriment la personne qui fera l'action, ou, selon notre langage moderne, sont les sujets du verbe qu'ils accompagnent; et pourtant ils sont à l'accusatif, au lieu d’être au nominatif, ce qui contredit une des régles élémentaires de la Syntaxe. Mais, répond Apollonius, ces accusatifs ne sont pas appelés par l'infinitif; car dans les locutions épistolaires, comme : Φίλιππος Ἀθηναίων τῇ βουλῇ ai τῷ δήμῳ yaigew, on voit que l'infinitif se construit avec le nominatif, comme les quatre autres modes

du verbe *; mais δεῖ et χρή sont synonymes de

4. 1, 8 :... ὑμᾶς γράφειν, Éxelvouc γράφειν. Ἀλλ᾽ ἕνεστιν ἐξαιρέτως ἐν τοῖς ἑξῆς ἔτι περὶ τούτων διαλαδεῖν, ἐν οἷς χαὶ ζητήσομὲν διὰ τί ἐπ᾽ αἰτιατιχὴν φέρεται. Priscien, ΧΥΠΙ, 19, p. 169, constate simplement le fait et n'y paraît soupconner aucune difficulté.

2. III, 16, p. 241 : Οὐ γὰρ À τῶν ἀπαρεμφάτων χρῆσις τὸ τοιοῦτον ἀπαιτεῖ" ποόχειται γοῦν À ἐπισταλτιχὴ σύνταξις οὐχ οὔσης αἰτιατιχῆς πτώσεως. Sur ces dernières constructions il s'est explique plus haut, 1, 12; II, 14.

λείπει, qui appelle après lui l’accusatif, comme fait ἐθέλω dans cette locution : Περιπατεῖν ἐθέλω ἤπερ γράφειν, (( j'aime mieux me promener que d'écrire », et par conséquent, dans toutes les phrases qui expriment une nécessité ou un acte de volonté, l’accusaüf est gouverné soit par le verbe δεῖ ou l’un de ses équivalents, soit par l’un de ces verbes que les Grecs appelaient προαιρετιχαά ἦ ς Οἱ sent facilement la faiblesse d’une telle explication; elle laisse inexpliqués tous les cas où la proposition infinitive est évidemment le sujet et non le régime de la proposition personnelle qui l’accompague, comme dans cette phrase de Tyrtée :

Τεθνάμεναι γὰρ καλὸν (ἐ sriv) ἐ ἐνὶ προμάχοισι πεσόντα Ἄνδρ᾽ ἀγαθόν, περὶ À πατρίδι μαρνάμενον.

« Il est beau pour l’homme de cœur de tomber au premier rang, en combattant pour sa patrie, »

et dans les locutions sembiables qui sont, il est vrai, plus rares peut-être chez les Grecs que chez les Launs. L'erreur principale d’Apollonius consiste à nier que l'infinitif appelle avant lui l’accusatif, et cette erreur même vient de ce que les anciens grammairiens ne se sont Jamais fait une juste idée de la nature de l'infinitif, et qu'ils n’ont pas su y reconnaitre un des modes de la proposition subordonnée. Mais, sur ce point, les modernes eux-mêmes ont longtemps disputé sans pouvoir s'entendre. Il y a plus d’un siècle que Périzonius, dans son commentaire sur la Minerva de Sanchez, écrivait en propres termes : «L'accusatif joue devant l’infinitif tout à fait le même

1. Synt., I, 42; ΠΙ, 32, p. 287; de l’Adv., p: 540 , etc. Priscien, XVIII, 4, p. 122.

rôle que jouent le nominatif et la personne devant les modes définis » ', opposant ainsi sans le savoir à l’assertion d’Apollonius une assertion toute contraire, qui, selon nous, est la vérité même; mais sommes-nous bien sûrs que cette vérité soit généralement admise, et que la doctrine d’Apollonius n'ait pas encore conservé chez nous quelques partisans ?

On croit apercevoir chez les anciens, en dehors des écrits d’Apollonius, la trace de certains progrès dans les théories relatives à la syntaxe. Sextus Empiricus , dans son livre contre les Grammairiens , où il ne cite aucun écrivain notoirement postérieur à l'ere chrétienne, traite du solécisme comme d'une question familière aux écoles, et la définition qu'il transcrit de ce vice de langage jouissait apparemment d’une autorité toute classique, car il ne prend pas la peine d'en nommer l'auteur’. Quand ἰδ grammairien romain Comminianus distinguait deux

1. 1, 12, p. 84 : « Accusativus ante infinitiva præbet per omnia vicem nominativi et personæ ante finita, atque adeo sicuti adjectiva quædam dicuntur omnis generis; sic omnis personæ sunt infinita, » Ces dernières observations sont, du reste, conformes à la doctrine d’Apollonius sur Pinfininf (Symtare, 1, 8, p. 32). Sur la controverse relative à cet emploi de l’accusauf, voyez surtout ὦ. Fuisting : « De natura accusativi cum infinitivo apud Latinos. » (Munster, 1838, in-4) ; et Th. Rumpel : Déc Casuslehre, etc., p. 186-489. J'ai essayé ailleurs d'appliquer, en le développant de la façon la plus élémentaire, le principe si nettement, mais si brièvement exprimé par Perizonius. Voyez No tions de Grammaire comparée, chap. xvm, ὃ 2,

2. S 210, p. 646, éd. Bekker : Σολοιχισμός ἐστι παράπτωσις ἀσυνήθης κατὰ τὴν ὅλην σύνταξιν χαὶ ἀναχόλουθος. Sextus a cité ailleurs des définitions ou des opinions de Denys le Thrace, de Cratès de Mallos, d'Asclépiade de Mvyrlee , ete,

espèces de solécismes : 1° ceux qui se font par l’emploi d’un mot pour un autre; 2° ceux qui tiennent aux accidents de chaque mot, et quand il subdivisait cette seconde classe de solécismes en plusieurs espèces : les solécismes qui portent sur la qualité, ceux qui portent sur le genre, sur le nombre, etc., il considérait les faits de syntaxe comme nous voudrions qu’Apollonius les eût considérés, c’est-a-dire comme des rapports, réguliers ou EE A entre les parties du discours et leurs diverses formes; c’était se placer à un point de vue plus élevé que n'a fait le philologue alexandrin. Or, ces idées de philosophie grammaticale paraissent remonter jusqu'aux écoles grecques, peut-être même jusqu'à Hérodien, car on possède sous le nom de cet auteur deux opuscules où les fautes de langage, χακίαι, selon l'expression déjà usitée dans Apollonius, sont ramenées à trois genres principaux : le solécisme, le barbarisme et l’impropriété ou ἀκυρολογία ᾿. Ces deux opuscules

1. Sosipater Charisius, ap. Putsch. Gramm. lat. Auctores, p. 238 : « Solœcismus est oratio inconsequens ; fit autem per par- tes orationis, aut per accidentia partium orationis.….. Conjunctio posita pro adverbio. Per accidentia partium orationis fit solæcismus in plures species divisus : per qualitates, genera, numeros, casus, personas, modos, tempora, comparationes. » /d., p. 239 : « Aliis ita placuit definire de solæcismo. Solæcismus est non conveniens orationi sermonis verborumque junctura. Solœcismus quoque fit modis quatuor : adjectione, detractione, immutatione, transmutatione. : Cf. Donatum, Zbid., p. 1768.

2. Boissonade, Ænecdota græca, vol. IIL, p. 241 et 202. Cf., p. 229, l’opuscule d’un certain Polybius, et p. 238 , celui d’un anonyme, sur le même sujet. — Parmi les ouvrages perdus de Théophraste , on trouve mentionné , Gans la liste de Diogène Laërce, un traité περὶ Σολοιχισμιῶν ; mais c’est peut-être un ouvrage de morale, qui traitait περὶ ἠθικῶν σολοιχισμιῶν, des solé-

peuvent n'être pas de la main méme d'Hérodien ; mais, Comme tant d'autres qui portent ce nom célèbre, ils contiennent au moins en substance la doctrine du maitre qui, sur tant de points, continua et développa les théories d’Apollonius. Nous savons, en effet, par le témoignage de Michel le Svncelle, qu'Hérodien avait écrit un traité de Syntaxe.

Le même auteur et Suidas attribuent un livre semblable à Arcadius d’Antioche, qui avait aussi publié un abrégé de l'Orthographe d'Hérodien. Apollonius le Jeune et Denys de Byzance sont encore cités par Michel le Syncelle comme de graves autorités en matière de syntaxe. Mais les ouvrages de ces écrivains ont aujourd'hui disparu.

Quant à Priscien que sa naissance, son érudition et son langage rattachent aux écoles de l'Orient comme à celles de l'Occident, on peut dire que, sur les questions de syntaxe, il ne jure que par Apollonius”. Dans les deux derniers livres de ses Znsttu-

cismes ex conduite. Voyez un opuscule sur le même sujet, publie par M. Boissonade, Anecdota græca, vol. LI, Ρ. 538, et pour le sens primitif du mot σολοιχισμός, les textes réunis dans mes Votions élémentaires de Grammaire comparée, note 68 de la troisième edition.

1. Michel le Syncelle, Préface, transcrite plus haut, p.234, note, δὲ Suidas, au mot #rcadius,

2. XVII, 4, éxitio : « Quoniam im ante expositis hibris de partibus orationis in plerisque Apollonii auctoritatem sumus secuti, aliorum quoque sive nostrorum sive Græcorum non prætermittentes necessaria, et si quid ipsi quoque novi potuimus addere : nune quoque ejusdem maxime, de ordinatione sive constructione dictionum, quam Græci σύνταξιν vocant, vesligia sequentes, si quid etiam ex aliis vel ex nobis congruum inveniatur, non recusamus interponere. » ΤΠ le cite formellement, XVI, 20, p. 77; 26, p. 99; 27, p. 102, 103; XVII, 4, p. 122,

tions grammaticales, livres spécialement consacrés à la syntaxe comparative du grec et du latin, et qui ont été souvent lus dans les écoles comme un traité distinct des seize livres précédents ‘, on trouverait difficilement une idée générale de quelque importance qui ne soit empruntée à l'ouvrage d’Apollonius. C’est partout la même méthode et la même doctrine, et quelquefois ce sont les mêmes digressions. Priscien analyse d'abord les aperçus qui ouvrent le premier livre περὶ Συντάξεως, et il discute, comme Apollonius à la fin de son chapitre ur, la question de savoir pourquoi les locutions interrogatives appartiennent toutes au nom ou à l'adverbe, et, toujours par le même esprit de stricte imitation, quoique la langue latine n’ait point d'article proprement dit, il commence par traiter des mots qui, en latin, se construisent comme l’article grec?. Puis il passe à la syntaxe du pronom, et, comme Apollonius, il renouvelle, sur la nature de ce mot, des discussions qui ont déjà trouvé leur place dans le traité des Parties du discours ; s'’arrêtant, comme l’auteur grec, avec une complaisance qui nous étonne, à éclaircir des difficultés purement imaginaires*, rattachant de même à des remarques sur la

1. 1] 86 trouve copié, comme un ouvrage distinct, dans les mss. de la Bibliothèque impériale, n°° 7494, 7498, 7509, 7547, 7570.

2. XVII, 3, p. 21 : « Sed quoniam Apollonius , de constructione, id est περὶ συντάξεως, scribens, ab articulis, qui nominibus adhærent, cœpit, nos quoque ab eis, quæ loco articulorum sumi possunt apud nos, incipiamus. »

3. XVII, 19, p. 72, τ : « Quæritur quæ sit differentia inter genitivum primitivi et possessivi z7ei, tui, etc. » .....ϑ « Apud Græcos etiam articulus huic conjunctus discernit ambiguitatem : Ὃ τοῦ ἐμοῦ ἀγρός, ἣ τῆς ἐμῆς σωφροσύνη, etc. »

syntaxe du pronom une formule générale des lois syntaxiques'. Il semble toutefois qu'à partir de cet endroit, sa confiance faiblit ou son courage se fatigue. Priscien trouve peut-être Apollonius trop philosophe, trop préoccupé des règles, au détriment des exceptions, qui, si souvent, l'emportent sur les regles dans l'usage. Aussi, après s'être acquitté en une page de cette théorie dont nous avons plus haut fait ressortir toute l'importance, il s'empresse d'énumérer les figures qui, en latin comme en grec, contrarient la régularité de l’ordre grammatical, et il multiplie, pour chacune d'elles, les exemples empruntés aux auteurs classiques dans les deux langues *. Revenant ensuite, sans autre facon, à la syntaxe des pronoms personnels”, et par une transition toute naturelle, à la syntaxe des verbes , il se propose de traiter spécialement ce dernier sujet dans son dix-huitième livre ; mais il ne se dissimule pas que sa méthode d'exposition entraine bien des redites* : c'est précisément le défaut que nous avons reproché à la méthode suivie par Apollonius. Priscien , du reste, l'atténue ici

Page 1