‹ Apologie du christianisme (volume 2)Chapitre 10 sur 26 · L. C VI · texte numérisé non relu

L. C VI

« décisions. Les saints Pères, dans les conciles, n'apportent a pas non plus des preuves toujours convaincantes ; le « plus souvent ils se contentent déraisons vraisemblables « et probables. Dussent les Papes errer çà et là, dans la dé- « duction des motifs de leurs décisions, cela ne porterait a encore aucune atteinte à leur autorité de juges suprêa mes. y> Autant pouvons-nous en dire des lettres dans lesquelles les Papes, à propos d'une question de foi ou de mœurs, avertissent, redressent, blâment, conseillent, sans vouloir cependant porter une décision dogmatique définitive et obligatoire pour toute l'Eglise *.

On ne saurait nier qu'à l'égard de telle ou telle décision pontificale, des difficultés peuvent s'élever sur la question de savoir si et jusqu'à quel point elle est obligatoire. Mais la îocutio ex cathedra a encore cela de commun avec les décisions des conciles 2. Celte controverse se tranche par le consentement de l'Eglise, par le commun enseignement des théologiens, et surtout par la conduite pratique de l'Eglise même ^.

Maintenant que, dans ce qui précède, nous avons rigoureusement déterminé et clairement exposé le point précis de la question, il ne nous sera pas difficile de justifier le dogme de l'infaillibilité de la chaire apostolique romaine, tel que Ta formulé et promulgué le concile du Vatican.

Ce dogme n'est que la conséquence nécessaire des promesses faites à saint Pierre et à ses successeurs. Ces pro-

* Id. C. VI, p. 165.

* Ainsi il y a controverse sur le point de savoir si Vinstruction pour les Arméniens^ du pape Eugène IV, sur le concile de Florence, est une définition dogmatique à l'égard de ce qui est dit de la forme et delà matière des sacrements, ou bien un simple renseignement pratique.

3 Tanner, Di- fide. IV. dub. 6.

messes, nous les avons déjà examinées de près et discutées lorsque nous avons traité de la primauté en général. L'infaillibilité n'est autre chose que le plein pouvoir de !a chaire apostolique se manifestant sur le terrain de la doctrine. La primauté dans la doctrine est partie essentielle et intégrante de la puissance primatiale en général i. Il ne faut pas oublier que l'Eglise est bâtie sur la vérité de la doctrine de la foi. Pierre est le fondement de l'Eglise =^, il ne peut donc chanceler, c'est-à-dire errer dans la toi sans que tout l'édifice de l'Eglise tombe.

La foi est l'élément vital de l'Eglise, et le maintien de la foi dans sa pureté est sa principale et plus noble tâche ; elle est la colonne et le fondement de la vérité. Si elle est inébranlable, c'est parce qu'elle est infaillible. Mais ce qui la rend inébranlable, c'est le fondement sur lequel elle est bâtie, c'est-à-dire Pierre. Pierre est donc l'intermédiaire, l'instrument visible dont se sert le chef et le protecteur invisible de l'Eglise pour maintenir celle-ci dans l'infaillibilité: donc Pierre est lui-même infaillible. « Tu es bien heureux, dit le Seigneur ^, parce que mon Père lui-même t'a instruit; l'opinion des hommes ne t'a pas égaré, mais une inspiration du ciel t'a guidé. Ce n'est pas la chair et le sang, mais celui dont je suis le Fils unique, qui m'a révélé lui-même à toi. Je te le dis en vérité, comme mon Père t'a révélé ma divinité, ainsi je veux te révéler ta prérogative : Tu es Pierre, c'est-à-dire

1 Concil. Vatic, 1. c: Ipso autem apostoîico primatu... supre^ mam quoque macjisterii potestatem comprehendi. Schulté, le chef des vieux-catholiques allemands. Op. cit. sup. p. i93; Quellen des Kirchenrechts, p. 85.

2 Matlh.,xvi, 18.

3 S. Léon le Grand, Sermon, iv, 'i.

comme je suis la Pierre angulaire et fondamentale, et que nul ne peut en poser une autre, de même, loi aussi, tu es Pierre, et je te communiquerai ma force; et ce qui m'appartient à moi en propre et par nature, sera tien par participation avec moi. Sur ce solide appui, dit-il, je bâtirai le temple éternel; et mon Eglise, dont le faîte doit monter jusqu'au ciel, sera assise sur la fermeté inébranlable de cette foi... Dieu munira son Eglise d'une telle force que ni la corruption de l'hérésie ni l'incrédulité païenne ne la vaincront... *. » — a Cette foi de Pierre, dont le Seigneur a loué la fermeté, Pierre Ta transmise à ses successeurs ; ainsi que dure ce que Pierre a confessé en Jésus-Christ, ainsi dure ce que Jésus-Christ a institué dans la personne de Pierre ^. » — « L'ordre établi par l'éternelle vérité demeure donc, et Pierre, conservant la fermeté du roCj qu'il a reçue du Seigneur, n'abandonne plus jamais le gouvernail de l'Eglise ^. » En Pierre la fermeté de tous est affermie, et les secours de la grâce sont ordonnés de taçonque la fermeté qui a été communiquée par Jésus-Christ à Pierre, est passée de Pierre aux apôtres*. La confession de Pierre, voilà donc le fondement, et sa fermeté est celle d'un rocher que nul choc ne saurait ébranler ^. Donc l'Eglise est bâtie sur Pierre seul, il est la base dont personne ne doit se séparer, car « s'il s'élève des hérésies, c'est uniquement parce que l'on cesse d'obéir à l'évé-

• ni, 2. 5 ni, 3.

que * » ; et c'est l'union de tous avec lui qui seule garde l'uni é de la foi -,

Pierre est le suprême Pasteur à qui a été confiée la garde de tout le troupeau, à tous ses degrés, agneaux et brebis ^. « Les apôtres étaient plusieurs, dit saint Augustin *, mais c'est à un seul qu'il a été dit : Paissez mes brebis, et le Seigneur a mis l'unité dans l'apôtre Pierre seul. » Avant tout il a pour mission de conduire le troupeau dans le pâturage de la doctrine pure et parfaite % de le préserver du poison de l'erreur. Quant aux brebis sur lesquelles, par l'ordre du Seigneur, Pierre doit exercer aussi sa charge pastorale, elle'* ioivent écouter sa voix et le suivre, sous peine d'être exclues de la bergerie^. Tous doivent donc être d'accord avec Pierre dans la foi : c'est pourquoi la foi de Pierre est infaillible, puisque autrement il n'aurait pas le droit de paître, ni les brebis le devoir de lui obéir.

Le Seigneur a prié pour la foi de Pierre, et les frères sont renvoyés à Pierre pour obtenir la fermeté dans la foi '^. Mais évidemment Pierre ne pourra confirmer la foi de ses frères, que si cette même foi ne chancelle jamais en lui, mais demeure et se conserve à jamais dans une fermeté et une pureté inaltérables. « Le danger d'être tentés menaçait tous les apôtres ; cependant la sollicitude

* Cypr. Ep. 55, 73.

* Iren. I. c. i!i, 2.

' Joann. xvi, 15.

■* Serm. xlvi, 13.

* Bernard. De Considérât, iv. 3. Evangelizare pascere est. fi Joan. X, 4 , 16.

' Luc, XXII, 32.

du Seigneur se porte tout particulièrement sur Pierre ; il prie spécialement pour que Pierre garde sa foi, comme si la sûreté des autres dépendait de la fermeté des sentiments du prince des apôtres *. »

« Qui peut douter, dit Bossuet 2, que saint Pierre n'ai reçu par cette prière du Christ que le Père céleste écoute toujours 3, une foi constante, invincible, inébranlable, et si abondante d'ailleurs qu'elle fût capable d'affermir non seulement le commun des fidèles, mais encore ses frères les apôtres, et les pasteurs du troupeau, en empêchant Satan de les cribler ? Et cette parole revient manifestement à celle où il avait dit : Tu es Pierre, je t'ai changé ton nom de Simon en celui de Pierre, en signe de la fermeté que je te veux, communiquer, non seulement pour toi mais encore pour toute mon Eglise, car je la veux bâtir sur cette pierre. Je veux mettre en toi d'une manière érainente et particulière la prédication de la foi, qui en sera le fondement ; et les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle, c'est-à-dire qu'elle sera affermie contre tous les efforts de Satan, jusqu'à être inébranlable. Etcela, qu'est-ce autre chose que ce que Jésus-Christ répète ici : Satan a demandé de vous cribler ; mais, Pierre, j'ai prié pour toi : ta foi ne dé faudra pas ; et toi confirme tes frères. J'ai prié pour toi en particulier, pour toi avec distinction : non ■qu'il ait négligé les autres; mais, comme l'expliquent les saints Pères, parce qu'en afifermissantlechef il voulait empêcher par là que les membres ne vacillassent. C'est pourquoi il dit: J'ai prié pour toi, et non pas: J'ai prié pour vous. 11 y

^ S. Léon, Serm. iv, 2.

2 Méditât, sur l'Evangile, 70* jour,

' Joan., II, 42.

devait toujours avoir un Pierre dansl'Eglise, pourconfirmer ses frères dans la toi : c'était le moyen le plus propre pour établir l'unité de sentiment que le Sauveur désirait plus que toutes choses , et cette autorité était d'autant plus nécessaire aux successeurs des apôtres, que leur foi était moins affermie que celle de leurs auteurs ^ » a Puisque tu es le prince des apôtres, dit Théophylacte 2 commen tant les paroles du Seigneur, confirme les autres, ce rôle te convient, car tu es après moi la pierre fondamentale de TEglise. » a Sois la force et la lumière de ceux qui viennent à moi par la foi », commentaire de saint Cyrille d'Alexandrie ^. Saint Bernard ^ écrit au pape Innocent II r « C'est au tribunal de votre apostolat qu'il faut traduire tous les périls et tous les scandales qui s'élèvent dans le royaume de Dieu, surtout quand ils arrivent au sujet de la foi. En effet, les dommages de la foi ne peuvent être mieux réparés qu'au lieu où la foi ne peut souffrir d altération. Or telle est la prérogative de ce siège: car à quel autre a-t-il été jamais dit : Pierre, j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaillît jamais ? C'est donc du successeur de' saint Pierre que l'on exige ce qui suit : Et lorsque tu seras converti, aie soin d'affermir tes frères. »

Seul un docteur infaillibe peut affermir dans la foi, et c'est à un maître infaillible que les frères devront avoir recours, pour trouver la force qui affermit.

Sur le fondement de la sainte Ecriture s'élève le témoignage des saints Pères. Toutes les subtilités d'in-

1 Médit. 72.

8 In hune locum.

» Ap. Mign. I, 72, p. 916.

* Ep. 490.

tei'prétation que l'on a pu et que l'on pourra encore inventer pendant des siècles n'empêcheront pas que saint Irénée \ dans le passage que nous avons cité plus haut, n'indique l'accord avec l'Eglise fondée à Rome par saint Pierre et saint Paul, comme le cn>'n Mm de la foicatholiijue. « Pierre, selon un commentaire d Origène ^, est le fondement de l'Eglise et le roc inébranlable sur lequel Jésus- Christ a bâti son Eglise. » Jésus-Christ,dit saint Cyprien ^, a bâti son Eglise sur Pierre ; de là procède Tunité du sacerdoce ''; l'Eglise romaine est donc la racine et le sein maternel de l'Eglise catholique ^, et l'erreur ne peut trouver d'accès en elle ^. Etre d'accord avec le Siège apostolique, c'est donc la même chose que d'être d'accord avec toute l'Eglise catholique ' ; car de même qu'il n'y a qu'un Dieu et un Christ, ainsi n'y a-t-il qu'une Eglise et une chaire doctrinale bâtie par la parole du Seigneur sur Pierre *. Réciproquement être séparé de Rome, c'est, au jugement des Pères, la même chose que de n'être plus dans la pureté de la doctrine catholique et apostolique 9.

* Advers. Hceres. ni, 2.

2 Hom. V. in Exod., p. 145.

3 Ep. 73, 79. Cf. Ep. 70 : Una est Ecdesia a Christo Domino super Petriim origine et ratione fundata.

* Ep. 55.

» Ep. 45.

* Ep. 59.

' Ep. 52.

8 Ep. 43.

~ Ne sedes quoque apostolica per eum poHneretur contagiis perfidorwn. digmimque es!<et... catholica atque apostolica integrilate atque coinmirnione secludi. Gelas. Ep. 26 (édit. Thiel. p. 3'2o). Si saint Cyprien résista au pape saint Etienne sur la question du baptême des hérétiques, il ne faut pas en conclure qu'il niât l'du-

608 CILiPITRE XXIV.

€ La chaire épiscopale romaine a été donnée à Pierre, dit saint Optât de Milève *, afin qu'une chaire unique servît de centre à l'unité de tous, afin que les autres apôtres ne dressassent point chacun sa chaire particulière, de sorte que celui-là fût devenu schismatique et pécheur, qui aurait érigé une autre chaire contre cette chaire unique : Cette chaire unique est le premier des biens que possède l'Eglise 2. Dans le pape Sirice qui l'occupe présentement, toute la terre trouve le lien d'une communion universelle 3. » Cette chaire romaine est « unique en son genre ^ » . Que signifie cette parole, sinon que celui qui est assis sur cette chaire unique, celui par la communion de qui la : communion catholique est gardée, possède dans l'Eglise une autorité doctrinale unique en son genre et par conséquent infaillible, à laquelle tous se soumettent, parce que c'est seulement ainsi que toute l'Eglise trouve l'unité de sa foi ?

Ainsi, d'après saint Cyprien et saint Optât, il existe une cliaire unique, la chaire dePierre, d'où descend l'enseignement qui s'adresse à tous les hommes, comme dans chaque

torlté dans la chaire apostolique, qu'il défend et à laquelle il en appelle si souvent. Cette question était à ses yeux une question de discipline; il dit, Epître 73, qu'il ne veut pas empêclier : Quominus unusquisque, quod putat, sentiat, et quod sentiat, faciat. 11 pouvait s'appuyer de la prati:jue des Églises d'Asie et d'Afrique, comme des déclarations des synodes d'Afrique, de Synnade et d'Iconium. Le pape saint Etiennj prenait pour règle !a pratique romaine, mais il n'avait pas encore rendu un jugement définitif avec menace d'excommunication. Saint Cyprien resta en communion avec Sixte IL La controverse avait donc été réglée.

* C Parmen., ii, 2.

* Cathedra singuhiris. Cap. ii. 2. Cathedra unica. ii. 3.

LA P.UMALTù DOCTRINALE. 009

Église parliculière.il n'y a qu'un seul évêque, un seul docteur autorisé. Sur la chaire unique et par elle, l'unité de toute l'Eglise est fondéeetgarantie, demêmequedanschaqueEgliseparticulière l'unité de foi est sauvegardée par de l'évêque ^ Là, siège la plushaute autorité doctrinale qui l'autorité doctrinale soit au monde; là, se trouve le faîte de l'autorité, dit saint Augustin 2, Quiconque s'en sépare, se sépare aussi de la religion chrétienne '. De là dépendent l'unité et la pureté dans la foi. En nous appuyant sur cette ferme autorité, nous montons jusqu'à Dieu ^. Car tel est son crédit qu'elle a servi de caution aux Evangiles euxmêmes '.

Parlant de l'ancienne Rome par opposition à la nouvelle (Constantinople), sair.t Grégoire de Nazianze® s'exprime ainsi : « La foi de la vieille Rome fut de tout temps la vraie, et vraie elle demeure encore aujourd'hui, reliant par un nœud sacré toutes les régions qu'éclaire le soleil couchant ', comme il sied à la Reine de l'univers. »

Pour le même Père, Pierre est le rocher indestructible sur lequell'Eglise est édifiée 8. Selon saint Ambroise, celui

1 Cf. Ignac. plus haut, p. 46.

2 Culmen auctoritatis. August. De utilit. cred. n. M. Culmen apostolicum. Boa. I. Ep. 15. (Ap. Gonst. 1042.) Arx saccrdotii. Bonif. I. Ep. IV. (Op. Const. 1019.)

3 Fit chrisliancB religionîs extorris. Id. Ep. lii. (Ap. Const. il 037.)

• August. I. c.

• Id. C. Epist. fuadam. c. 5.

6 De vit. sua, vers 571 .

' Par opposition à l'Orient que l'arianisme couvre de ses ombres épaisses.

• TltTptif app«>«'o«, >€ytT»if x;i»)i<fa KaiX^inf. In laudib. Virgin, ■II. p. 224. éd. Caillau.

Apol. Dtr CHRIST. — Tome V. 39

610 CHAPITRr^ XXIV.

qui est d'accord avec l'évêquedeRome est d'accord avec tous les évêques catholiques *. Son principe, sur cette matière, est celui-ci : « Où est Pierre, là est l'Eglise ^ » ; car il a été dit à Pierre : Sur toi je bâtirai mon Eglise. L'union avec Pierre est donc le critérium de la communion catholique. Saint Ambroise écrit au nom du concile d'Aquilée aux Césars, de ne pas souffrir que la foi de l'Eglise romaine soit troublée, car delà découlent tous les dioits de la vénérable communion 3, ce qui veut dire que, qui n'est pas en communion avec cette Eglise, n'est pas lion plus en communion avec l'Eglise catholique.

Nous avons déjà entendu le jugement de saint Jérôme sur la puissance du Siège apostolique. La foi du pape Innocent est pour lui la règle de la vraie foi *. A l'occasion d'une querelle dogmatique, il consulte la chaire de Pierre et déclare au pape Damase • : « Comme je ne veux suivre personne que Jésus-Christ, je m'attache à Votre Sainteté, c'est-à-dire à la communion avec la chaire de Pierre ; je sais que c'est le roc sur lequel l'Eglise est bâtie ; quiconque mange l'agneau hors de cette maison, est impie. Tout ce qui n'est pas dans l'arche de Noé, périra. Je ne con nais pas Vitalis, je repousse Mélèce, je ne sais rien

* De obit. fratr. Satyr. I. 47: Percunctatusque ex eo{episcopo) est, utrumnam cum episcopis catholicis, hoc est cum Romana Ecclesia conveniret.De Pœnit. i. 7, 33 ; Non habcnt Pétri sedem hareduatem,qui Pelrinonhabent.il nomme aussi Pierre le vicaire du Chj'ist. In Luc. x, 175.

2 In Ps. XL. 30. IJbiPetrus, ibi Ecclesia; il continue : ibi nulhvwrs, sed vita œterna: et ideo addidit: Etportœ inferi non prce valebunt ei, ei: Tibi dabo claves regni cœlorum.

3 Ep. XI. 3.

■• Ep. cxxx. 46.

* Ep. XV, Cf. Apolog. adv. Rufin. i. i.

LA PRIilAUTÉ DOCTRiNALlî. Cil

de Paulin. Celui qui if amasse point avec toi, dissipe: c'est-à-dire celui qui n'appartient pas à Jésus-Glirist, appartient à l'antéchrist. . Celui qui adhère à la chaire de Pierre est mon homme... Je conjure Votre Sainteté de me faire savoir avec qui en Syrie je dois entrer en communion. » D'après saint Jérôme, la chaire de saint Pierre doit confirmer l'enseignement de la chaire de l'évangéliste saint Marc \

Nous avons déjà en partie rapporté le témoignage de saint Augustin. II invite les donatistes à revenir s'incorporer à la vraie vigne : ce qui se fait en rentrant en communion avec le siège de Rome, parce que l'Eglise est bâtie sur ce rocher, contre lequel ne prévaudront point les portes orgueil]eus3s de Tenfer^, parce que la plénitude de la foi catholique se trouve chez les successeurs de Pierre^... Il ne faut qu'une seule foi, dit le poète Prudence, celle que garde la chaire de Pierre ^.

Una fides vigeat, prisco quœ condita templo est : Quam Paulus retinet, quamqu3 cathedra Pétri.

C'est dans cette chaire d'unité, dit saint Augustin *,que Dieu a mis la doctrine de vérité. » « Dans ce siège si ancien et si solirlement établi réside la foi catholique claire et certaine '. » C'est pourquoi saint Augustin, avec les

* Ep. 94 ad Pammach.

2 Psalm. c. Donat: Numérale sacerdotes vel ah ipsa Pétri sede, et in ordine illo 'patrum, quis eut successit, vUete.

Ipsa est petra, quam non vincunt superbœ inferorum portœ Talis si quis ad te veniat, plenus calhoHca fide. Quales illos sanctos viros omnes solemus audire, etc.

3 Peristeph. xui. 31.

* Augusl. Ep. cv. 16.

» Id. Ep. 190. 23.

Si 2 CHAPITRE XXIV.

évêques réunis à Carthage, implore d'Innocent I*"" une décision contre l'hérésie des pélagiens ; l'accord avec Rome est pour lui la marque certaine de l'accord avec l'Eglise catholique *. Célestin et Pelage avaient eux-mêmes déclaré vouloir se soumettre au jugement du Pape ^. La condamnation portée , l'évêque d'Hippone s'écrie : Rome a répondu, la cause est finie ; plaise à Dieu que l'erreur le soit également ^.

Un homme qui fut en son temps la lumière des cathoiiques d'Orient, le grand patriarche d'Alexandrie, saint Cyrille, s'adressa au pape Célestin en le priant de lui faire savoir s'il pouvait continuer la communion ecclésiastique avec Nestorius, patriarche de Gonstantinople,ou de déclarer hautement que personne ne pouvait conserver de relations avec un homme enseignant ce qu'enseignait Nestorius. Quant à lui, il se conformera au jugement

1 Non credideris veram fidem tenere catholicam, qus fidem non doces esse servandam Romanam. Serm. De accèdent, ad grat.Ap. Mai, N. Bibl. PP. i. p. 273.

2 August. Depeccat. orig. n.7. Contr. duos ep. Pehg.adBonif. 31, 6.

3Serin. 431, n. iO.Inderescriptavenerunt^causa finita est; uti- »am. aliquando finiatur error! Cf. ad Bonifac. n. 3 : Tota duhiiatiosublata est (par la décision papale). Putotibi eam partem orlis sujficere debere (pour une décision définitive) , in qua primum Apostolorum suorum voluit Dominus gloriosissimo martyrio coro- 'tare. August. Contr, Julian. i. 13. Si saint Augu-ftin excuse saint Cyprien de sa résistance au pape saint Etienne (de Baptismo, il. 4. m. U-i. 18), par cette raison que la question navait pas encore été élucidée par un concile général, il ne nie point parla yautorité du Saint-Siège. Saint Etienne n'avait point porfé uq jugement définitif; la question semblait purement disciplinaire (de même aussi pour Firmilien dans saint Cyprien. Epit. 75. Cf. Basil. Ep. 188, 296). Saint Augustin avait donc raison, dans une question si difficile, de trouver qu'une enquête sur la pratique ie toutes les églises était nécessaire. Cf. Balle hini 1. c. xni. a3.

du Pape, a pour ne pas être exclu de la communion et

tout l'Occident».

«Avant tout, écrit saint Pierre Ghrysologue » à Eutychès, abbé à Gonstantinople, nous vous recoraraandoa£ de suivre docilement ce que le Pape de la ville de Rome a écrit. Car saint Pierre, toujours vivant dans son propr* siège, qui est ie siège présidentiel de l'Eglise, procure i ceux qui le désirent le bienfait de la foi 3. „ n répétait simplement ce que saint Léon le Grand avait dit avacî lui, ce que le légat Philippe avait déclaré au concile d'Eplièse.

« Le bienheureux apôtre Pierre,écrit le pape Sixte III * a transmis à ses successeurs le don qu'il avait reçu^ Qui oserait se séparer de la doctrine de celui que 3e Seigneur lui-même a choisi parmi les apôtres pour l'irigtruire spécialement ? » « Nous devons persévérer dans sa Joi, afin que, suivant avec un sens droit les traces des apôtres, nous méritions d'être comptés parmi les catho'ûques^» 'C'est faire offense au Siège apostolique, écrit Innocenter, de tenir pour douteuses les décisions qu'iU rendues... Les autres églises doivent recevoir de lui leurs décisions doctrinales conformément à l'esprit de tradition et à la discipline ecclésiastique, de la même manièrc que les eaux, découlant de leur source, répandent daiH

1 Ep. Cœlestin. vni. 7. Cf. plus haut, p. 83. Inter Leoa. éd. Baller. Ep. 23.

3 Serm. ni. 3:Beatus Petrus in accepta fortitudine petrœ per~ severanssusceptaEcclesiœ gubeniacula non relimit. Coac. Eubes. Art III. op.Mansi iv. p. .|29o. Sanctus Beatissimusque Petrus apostolorum pnnceps et caput fidei columna et Ecdesiœ catholici tundamentwn... ad hoc usque tempuset semper in suis successoribus vivit et prœsiJet et judicium exercet.

* Ep, 47|ad Joan. Antioch. ap. Const. p. 1260.

toutes les directions leurs ondes fraîches et limpides. Dès que s'élève quelque part une question de foi , c'est le ievoir des évêques de se tourner vers Pierre, auteur de leur nom et de leur honneur *. » « Notre autorité, écrit le pape Zosirae ^ aux évêques d'Afrique, est de telle nature que personne ne peut appeler de notre jugement. » Mais il veut communiquer l'état de la question aux évêques, non qu'il ignore ce qu'il y a à faire (dans l'hérésie des pélagiens), non comme s'il pouvait prendre des mesures fausses, mais afin de les associer à ses conseils et d'agir de concert avec eux. « Dans la promulgation de la vérité, écrit Sixte III à saint Cyrille d'Alexandrie, l'Eglise romaine a toujours gardé une seule et même foi ^. » t Car, remarque le pape Gélase ^, Jésus-Christ n'a point parlé en vain, lorsqu'il a dit que les portes de l'enfer ne

1 Ep. 29. ad Conc. Cr.rthag. ap. Gonst. 889: Scierdes quid Apostoiiccs Sedi debeatur,a qiio ipse episcopatus et Ma audoritas nominis hujus emersit... Patres non humnna, sed divina decrevere sententia, ut qiiidquid quamvis de disjnnctis remotisque \iro~ vinciis ageretur, non prius ducerent faciendum, nisi ad hujus sedis nolitiam perveniret, ut tota hujus auctoritate justa qucB fuerit pronuntiatio finnaretur.

L'image de l'eau et de la source e.-t adoptée, parce que, dans la symbolique de l'ancienne Eglise, Moïse frappant le rocher de sa verge est le type de saint Pierre. Cf. Honia sottej'r a nea, par Kraus, p. 209. Ep. 30. ad conc. Milev. ap. Const. p. 896: Diligenter et congrue apostolici consulitis honoris [honoris illius, quem soUiciludo manet omnium ecclesiarum] arcana super anxiis rébus, qua $it tenenda sententia: antiquœ scilicet regulcB formam secuti, quam toto semper ab orbe mecum noslis esse servatam... Scientes quod per omnes provincias de Apostolico fonte petentibus responsa semper émanent. Prœserlim, quoties fidei ratio ventilatur, arbi^ tror, omues fratres et coepiscoposnostros nonnisi ad Petrum, i. e. tut nominis et honoris auctorem referre debere, quod per totum mundum possit ecdesiis omnibus in commune prodesse.

3 Ep. xii. ap. Const. p. 975.

' Ep. I. ap. Const. p. 1234.

* Commonitor. ad Faust, ap. Thiel. Ep. x, p. 347.

LA PRIMAUTÉ DOCTRrNALE. 615

prévaudront jamais contre la confession de saint Pierre C'est pourquoi nous n'avons pas à craindre d'échec pour la décision ecclésiaslitjue, elle qui s'appuie sur la parole du Seigneur, sur la tradition de nos prédi'cesseurs et sur l'autorité des canons, Je sorte qu'elle fait loi dans toute l'Eglise. «Si l'Eglise romaine pouvait faillir,dit ailleurs le même ', quel moyen aurions-nous de nous préserver de n'importe (juelle erreur et qui redresserait nos égarements ^ ? »

Condamné sur une fausse accusation d'hérésie, Théodoret,évêque de Gyr, recourut à saint Léon le Grand ; il explique ainsi la raison de son appel ^ : v. L'Eglise romaine possède la suprématie sur toutes les Eglises qui sont dans l'univers pour plusieurs raisons : mais la principale est qu'elle est toujours demeurée exempte de la tache d'hérésie, et qu'aucune opinion opposée à la foi ne prend chez elle ; elle a toujours gardé la foi de> apôtres dans toute sa pureté. » Saint Théodore Studite dit des iconoclastes "• : t Ils se sont séparés du corps du Christ el de la chaire suprême, à laquelle le Christ a rerais les clefs de la foi, et conire laquelle n'ont jamais prévalu et ne prévaudront jamais les portes de l'enfer, c'est-à-dire la bouche des hérétiques, ainsi que le lui a promis celui qui ne

* Ep. 12. ad Anast.

2 Hoc ist quod SeJes apostolica magnopere prœcavet, ut quia munda radix est apostoli gloriosa confessio, nuUa rima pravitatit, nuUa prorsus contagione maculetur. Nam si, quod fieri non posse confidimus, taie aliquid provcniret, vel cuijam resistere, vel unde correctionem errantibus procuremus.

3 In(er Epp. Léon. éd. Baller. E. \ 06.

< Ep. 11.63. ap. Mign. T. 99. p. 1281. —Il écrit diuis le même sens au pape Paschal iMign. 1155), à Léon 111 (Mign. 1019), a l'Eoipereur Qlign. 1331).

ment pas. » Saint 3Iaxime de Constantinople écrit : « Tout regarde vers Rome, ainsi que vers le soleil, pour recevoir d'elle la vraie foi ; là est ie fondement de toute l'Eglise, contre lequel les portes de l'enfer ne prévaudront point; Rome garde la clef de la foi et de la confession orthodoxe ; à qui s'adresse à elle elle ouvre la porte de la vraie religion, mais elle ferme la bouche à l'hérésie et au blasphème ».

La profession de foi du pape Hormisdas est d'une importance capitale*. Le concile du Vatican la rapporte en ces termes : « Le salut est avant tout de garder la règle de la vraie foi. Et comme la parole de Noire-Seigneur Jésus- Christ disant : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon église, ne peut être vaine, elle a été vérifiée par les faits, car, dans le Siège apostolique, la religion a toujours été conservée immaculée et la sainte doctrine toujours enseignée. Désirant donc ne nous séparer en rien de sa foi et de sa doctrine, nous espérons mériter d'être dans l'unique communion que prêche le Siège apostolique, en qui se trouve l'entière et vraie solidité de la religion chrétienne 2. » Cette profession de foi fut composée par le pape Hyrmisdas en ol7, et proposée à la souscription des évêques qui renoncèrent au schisme des acaciens, comme condition de leur réintégration dans la communion de l'Eglise. Jean, patriarche de Gonstinople et 2,500 évêques y souscrivirent. Les évêques qui la signèrent furent seuls admis à composer le huitième concile (869) 3.

* Opusc. theoî. II. p. 72. éd. Combef.

« Op. Mansi. VIII. 441, 453.

3 A la fia il est dit: « C'est pourquoi nous suivons en tout le

Siège apostolique, et confessons ce qui a été dérrété par lui ».

Bussuet dit à ce sujet [Defensio declar. cler. Gallic. X. 7]: Om-

Etienne de Dora adressa au siège de Rome une lettre, qui fut lue publiquement devant le concile de Latran sous Martin le^ et dans laquelle il invoquait le secours du Pape contre l'hérésie des monothélites: « Nous voudrions, dit-il,

nés erqo Ecclesiœ sub signala formula profitebantur Romanam fidem Sedis apostolicce, et Ecclesiœ Romance fidem intégra et perfe ta soliditate consiare, acné unquam deficiat, recta Domini pollicilatione firmatam Xempehac idemab Episcopisad Metropolilanos, ah his ad Patriarchas^a Patriarchis ad Papara emitti oportebat, ut omnium confessionem unam exciperet,ac pro confessions fidei cornmunionem omnibus unitatemqne rependeret Hanc professionem eodem initio, eadem conclusione, additis subinde hceresibus atque hœreticis, qui suis temporibus Ecclesiam conturbassent. per secuta scecula frequentatam, scimus. Hanc uti sanrto Hormisda Papa, sanctoque Agapeto ac Nicolao I omnes episcopi fecerant; ita eisdem verbis Hadriani II in concilio œcumenico vui legimus. Bac ergo ubique diffusa, omnibus sœculis propagata, ab œcumenico concilio consecrata, quis respuit Christianus? — Cf. Fénelon, Deuxième mandement sur la constitution Umgemtus. — Après cela nous ce nous étonnons pas si Tournely (De Ecclesia, II, -134) écrit: Non dissimulandu ti , difficile esse iîi tanta testimoniorum mole. ..non agnoscere ApostoliccB Sedis seu Romance EcclesicB certam et infalliiilem auctoritatem ; et longe difficilius esse, ea conciliare cum declaratione Gallicana, a qua recédera nobis non permittitur.

Bossuet. lui aussi, sentait le poids des preuves. Il voulait en conclure qu'il fallait attribuer l'infaillibilité à la succession entière des pape? a la papauté, mais non à chaque pape pris en particulier. {Def.declar.X.l. Ut in aliquibus fides vacillet autconcidat, non tamen déficit in totum, quœ statim revictura sit.) Mais qu'un seul Pape erre et une seule fois, est-ce qu'alors la succession n'est pas rompue? Et si un particulier peut faillir, n'avons-nous pas à redouter toujours la même possibilité pour chacun, et alors celte infaillibihté de la papauté [in abstracto) ne devient-elle pas illusoire pour un cas particulier quelconque? C'est justement parce que cette succe.-sion n'a jamais été interrompue qu'elle forme pour saint Augustin une preuve convaincante contre les donatistrs (Ps. c. Donat.) : In hoc ordine successionis nullus episcopus Donatista invenitur. Et puis ;ue ceite inraillibilité ne peut avoir d'autre principe que Dieu, pourquoi irions-nous raccourcir la puissance de Dieu? o'est-ii pas plus digne d'elle de prévenir la chute d'un Pape que de venir le rele\er après qu'il serait tombé? On aurait tort d'alléguer ici la distinction du Pape saint Léon entre la chaire et la personne qui l'occupe !£p.. 106: Aliud sunt sedes, aliud

018 CHAPiinE xxiv.

prendre les ailes de la colombe et son vol rapide pour porter ces paroles à cette chaire suprême à qui tout est sous mis, et auprès de qui toute blessure trouve sa guérison : c'est la fonction que le Pontife romain a toujours exercée dès le principe en vertu de son autorité apostolique et canonique. C'est à lu! qu'a été donné l'ordre de paître les brebis de l'Eglise catholique, lorsque le Seigneur dit à Pierre : Pierre, m'aimez vous ? paissez mes brebis. Parce qu'il montra, avant tous les autres, une foi ferme en la divinité deNotre-Seigneur, il fut jugé digne de confirmer la foi chancelante de ses compagnons et de ses frères spirituels, et il reçut de notre Dieu, fait chair pour nous, une puissance et une autorité supérieure à toute autre. » C'est pourquoi, remarque-t-il plus loin, Sophrone, patriarche de Jéru-^alem, l'a envoyé à Rome où sont les fondements de la doctrine orthodoxe *.

La prérogative du Pontife romain a été aussi reconnue par les conciles. Saint Léon le Grand, ayant, dans son

Prœsidentes). Saint Léon voulait seulement faire comprendre par laque les vices d'un évoque (d'Alsace) ne peuvent préjurlicier aux droits de la chaire épiscopale, que ies avantages de la chaire episcopale sont liés à la charge que revêt la personne privée (ni tant que personne privée, et^que, par conséquent, ils ne peuvent >e p' rdre p r la faute de celle-ci. Mai-^, d'un autre ( ôté, la charg;; s'exerce par celui qui l'occupe. G'e^t pourquoi, aux yeux de l'antiquité ecclésiastique, la chaire romaine est identiqu- avec le l'ape de Rome. Ego Beatitudini TnCB, id est Cathedrœ Petri. communione consorior. éciit saint Jérôme au pape Damase. Gaihedra Pétri per universum orbemPapœ Zosimi ore bquitnr, dits int Prosper.C. Collât, n. <5).La manière de voir opposée disd.igueen rela papauté, la hiérarchie el l'Eg ise considérées dans leur idée, et la papauté, la hiérarchie et l'Eglise dans leur manifestation roncrètc, c n-équemment, elle conduit à cette doctrine protestante qid oppose l'Eglise invisible, idéale et vraie à sa manifestation concrète, empirique el défectueuse.

' En. t4. Ep. 4 20: Quce nostro priiis minislerio Dominiis defi^ nierai.

LA PRIMAUTÉ DOCTUINALE. 619

épître dogmatique adressée à Flavien, patriarche de Constantinople, jugé et condamné l'hérésie d'Eutychès \ ne permit pas que la question fut remise en discussion 2. Et dans leur réponse au Pape les Pères du concile de Chalcédoine (451) s'expriment ainsi : « Vous avez gardé la foi qui est venue] usqu'à nous selon l'ordre du législateur suprême, et vous êtes pour nous tous comme le porte-voix de Pierre... Vous êtes la tête, et nous sommes les membres. Les évêques ajoutent que le Christ leur avait apprêté un festin spirituel dans la lettre du Pape. Ils font ressortir la coupable conduite de Dioscore, qui a non seulement osé réintégrer dans sa charge Eutychès déposé par le Pape, mais qui a été jusqu'à excommunier le Pape lui-même, à qui la garde de la vigne du Seigneur a été confiée et sur qui se fonde l'unité du corps de l'Eglise '. Le projet de composer une nouvelle formule de foi fut repoussé par eux ; qui n'est pas avec Léon, déclarèrent-ils, est hérétique *. Pour conclusion, ils prient le Pape de sanctionner leurs travaux ^. Pour l'instruction des évêques d'IUyrie et de Palestine, on confronta la lettre de saint Léon le Grand avec le Symbole de Nicée et de Constantinople, aussi bien

1 Ep. 93 ; Rejecta penitus atidacia disputandi contra (idem divtnitus inspiratam vana en'antium in/îdeiUas conquiescat nec liceat defendi, quod non iicet credi.

2 iQterEp. Léon. Ep. 98. Mansi. vi. 148: Quam... ex prcBcepto legislatoris venientem u-nque ad nos ipse so^vasti, vocis B. Pétri omnibus constiliUiis inlerpres (^tain xafl/o-Ta'^ntvof.)

3 Mansi, 1. C. 149 : Autou toÛ tÎT? a^TsAov tm» cpuAaxvfï loLpei nv (fUTtifOS i'jririra.yfi.iiiv... to a-wfict rîTs êKKAna-zaï ii*vi a-vtvJ'cl,—

* Mansi, VI. 953, 972.

• Rogamus igitur, et ttiis decretis nostrum honora judicium, et sicut nos capiti in bonis adjecimus con^onaiifiam, sie et summitas tuafiliis, quoUdecet, impleat. Int. Léon. Ep. 98.

qu'avec l'exposition de foi donnée à Ephèse par saint Cyrille ; mais cela n'eut lieu qu'à la quatrième session, et il s'agissait non de mettre en doute la décision du Pape ni de la soumettre à un examen, mais simplement d'éclairer les membres errants, afin que, la magnifique preuve de l'unité étant mise sous leurs yeux, « la vérité tût plus clairement connue, et imprimée plus avant, l'autorité des supérieurs sauvegardée, la liberté des inférieurs conservée intacte, et la contradiction vaincue, afin que ce qui mérite d'être réprouvé pour soi ne parût pas étouffé dans un silence de parli pris i ». Il n'avait consenti à la tenue du concile qu'à la condition que « la pieuse sentence portée par lui ne serait point contestée, pas même en apparence ; que toute dispute sur un sujet où la foi est fixée serait pour toujours éteinte, et toute controverse réduite à l'unité de la paix et de la croyance ^ ». H ne convenait pas que la discussion s'ouvrît comme sur une chose incertaine 3. Il n'est pointquestion, disait-il, quelle foi on doit tenir, mais à qui on doit pardonner ''.

* Léo. Ep. 190. ad Theodor. : Qui (Deus) nullum nos in nostris patribus detrimentum sustinere permisit, sed quœ noslro prius ministerio definierat, universcB fraternitatis irretractabili firmavit assensu: ut vere a se prodiisse ostenderel, quod prius a prima omnium sede formatum, totius Christiani orbis judicium recepisset, et in hoc quoque capiti membra concordent... Ipsa veritas et clarius renitescit et fortius retinetur, dum, quœ fides prius docuerat, hCBc postea examinatio confirmavit. Multum sacerdotalis officii meritum splendescit, ubi sic summorum servatur aurtoritas, ut in nulle inferiorum putetur imminufa libertas; et ad major em Dei gloriam proficit finis examinis quando ad hoc se accipit exercendi fiducia, ut vincatur adversitas, ne, quod per se probatur reprobum, silentii prcBjudicio videatur oppressum.

* Quasi de incerto. Ep. 82.

LA PKIilAUTÉ DOCTRhNALE. 621

Au concile d'Ephèse (43f), Philippe, légat du Pape, qui présidait l'assemblée, put proclamer les principes rapportésplushaut sur la suprématie pontificale, et approuvés par le consentement des Pères. Les légats devaient, est-il dit dans l'instruction que ceux-ci avaient reçue du Pape Célestin *, conserver l'autorité du Siège apostolique, s'en tenir à leurs instructions, juger les questions posées, mais ne pas se compromettre dans les controverses. Dans sa lettre adressée au concile, le même Pape déclarait encore: « Nous envoyons, comme représentants de notre soUicitude, nos frères et collègues, hommes éprouvés et de même sentiment que nous, les évêques Arcade et Project, et notre prêtre Philippe, qui assisteront à ce qui se fait et exécuteront ce que déjà nous avons ordonné. Nous ne doutons point que votre sainteté ne s'y accorde, attendu que la chose dont il s'agit sera décrétée pour la paix de l'Eglise universelle. » Dans la sentence prononcée contre Nestorius, les Pères s'exprimèrent ainsi : a Nous, contraints par les saints canons et par la lettre de notre Saint-Père Célestin, évéque de l'Eglise romaine, nous en sommes venus à cette lugubre sentence... *. »

Le Pape Agathon ^, se référant à saint Luc (xxii, 32), déclara dans une lettre, lue devant le sixième concile œcuménique qui donna son assentiment, que, « par la <^râce de Dieu et selon la promesse du Sauveur, TEglise romaine n'a jamais dévié de la tradition apostolique, ni donné dans aucune nouveauté hérétique : telle elle a reçu la foi dès le commencement, telle elle la conservera sans altération

* Cœlestin. Ep. 24. ap. Const. p. 41 52. 2Ep. -18, ap. Const. p. M6\.

• Aiayxafus xa.Ti-jiiyfiîirls Mansi. t. IVj p. ^2^^.

622 CHAPITBE XXIV.

jusqu'à la lin >. C'est pourquoi la profession de foi proposée par les légats ne devra pas être discutée, mais admise comme certaine. La lettre du Pape fit loi dans le concile et détermina la décision. Les Pères déclarèrent que Pierre avait parlé par la bouche d'Agathon \

Cette magistrature suprême, définitive , infaillible du Siège apostolique n'exclut cependant point le droit qui appartient aux évêques comme docteurs et juges dans la foi. Unis en concile avec le Pape, leur chef, les évêques enseignent et jugent avec lui ^. Si les évêques n'avaient que voix consultative au concile, le concile ne se formerait point exclusivement de l'assemblée des évêques, successeurs des apôtres et pasteurs divinement institués; les théologiens et les savants auraient le même droit que les évêques, ce qui ne fut jamais admis dans l'Eglise '. Seuls les évêques lient et délient, ordonnent et défendent.

* Ep. ad Constant. Pognon, ap. Mansi. xi. 240.

2 Sacro approbante concilio... Sedentibus nobiscum et judicantibus univei'sisorbis episcopis. Concil. conslil.ut. Vatican. De Fide cath. Pram. Goncii. Lateran. iv. v, Viennense.

3 Melch. Can. 1. c. v. 5. p. i30 : Episcopos concilii in fidei caTisanon modo consiliarios esse, verum etiam judices. Atioqui non solum Episcopi ad ferendam sententiam sijnodalem adhiberentur, sed etiam docti theologi et viri in Ecchsia prudentes. Quod inauditum est, contraque formam Actorum decimo quinto presser iptam, ubi apostoli tantum cum presbyteris de (idei quastione judicarunt . Cum igitur Ecclesia perpétua ususoli Pastores in concilio sedeant. consequens fit, censores eos esse, non modo consultores. Nam si, ut consulerent, advocarentur, iis Episcopis, qui théologies rudes et imperiti essent, nuUus esset omnino in concilio locus, quando theologiœ qucsstio veniret in dubium. PrcBterea non Romanus episcoptu modo, verum etiam Episcopi claves regni cœlestis habent, ergo in causa fidei ligandi quoque et absolcendi potestatem. « Visuni est i>,inquiunt, « Spiritui sanctoet nobis », nihilultra vobisimpo' nere oneris, quam hcBc necessaria, etc. Omnes ergo episcopi, onus prœceptumqne imponunt, omnesque simul sententia synodalis auctores sunt.

Le consentement des évoques et le jug<^nient qu'ils rendent en commun avec le Pape, n'est don;; pas un acte de simple soumission et d'obéissance, comme c'est le cas pour les simples fidèles; c'est une sentence juridique qu'ils prononcent en union avec celui qui est juge suprême dans l'Eglise *. « Comme la tête et les membres sont un seul corps, remarque Melchior Cano, ainsi le Pape et lesévêques dans le concile sont une seule autorité. Au concile de Jérusalem, ce sont tous les membres de l'As^ semblée qui disent : // a plu au Saint-Esprit et à nous; tous sont donc auteurs de la sentence conciliaire. » L'infaillibilité personnelle que les apôtres possédaient sous la forme de l'inspiration n'altéra en rien la sentence véritablement juridique de l'apôtre saint Jacques, no:i plus que celle de^^ autres apôtres au concile de Jérusilera : la suprême juridiction du Siège apostolique n'exclut pa^ davantage la fonction juridique oflBcielle de tous ceux qui ont été institués juges de la foi par le Saint-Esprit. Celui-là est juge en matière de foi, qui, en vertu de sa charge et de son office, connaît le vrai et le faux, c'est-àdire ce qui est contenu dans le dépôt delà foi ou ce qui y contredit. C'est pourquoi les évoques sont encore juges de la foi alors mêmequ'ils énoncent de nouveau comme une doctrine de foi et comme faisant partie de la révélation, une vérité de foi qui a déjà été reconnue comme telle, soit en concile, soit par le commun enseignement de l'Eglise, soit par le témoignage formel de la sainte Écriture ; et lorsqu'ils expriment leur adhésion à une sentence ren-

* De là celte formule de souscription épiscopale dans les anciens conciles: Defini&ns subsaripsi. Héfélé, Hisioire de l Eglise,!, p. 48.

624 CHAPITRE XS.1V.

due par le juge suprême, ils cesseraient par cela même d'être véritablement juges!

Il n'est pas du tout de l'essence d'une sentence judiciaire que celui qui la porte l'ait portée arbitrairement ou capricieusement, et qu'il ait pu, selon sa fantaisie, décider le contraire. S'il en était ainsi, les conciles qui ont répété les décisions des conciles antérieurs sous de nouvelles formes et en les appuyant de motifs nouveaux, n'auraient pas prononcé judiciairement. Et cependant même les conciles provinciaux ont repris pour leur propre compte les décisions de conciles généraux sans 1 aisser pour cela d'agir judiciairement, a Nous avons d'abord, par un jugement unanime, disent les Pères duquato;lième concile de Tolède *, comparé les actes du sixième concile œcuménique avec ceux des anciens conciles..., et les ayant trouvés d'àccord en tout avec ces anciens décrets, nous les avons confirmés- »

Les évéques exercent leur office de juges de trois manières, et se distinguent ainsi du reste des fidèles qui accomplissent un simple acte d'obéissance. Premièrement ils contrôlent, par PEcriture et la tradition, les décisions soit des conciles antérieurs, soit du Siège apostolique, non pour décider arbitrairement, mais pour scruter les motifs des décisions^dogmatiques, afin de pouvoir encore les approfondir et leur donner un développement plus lumineux et plus complet; car ils sont institués de Dieu pour être docteurs, juges, gardiens et défenseurs de la foi. La vérité brille d'un éclat plus vif et s'affermit à proportion, lorsque l'examen confirme ultérieurement ce que la foi avait d'abord enseigné (par la décision du

1 Léo. M. Ep. 420.

lA PRIMAUTÉ DOCTRINALE. 625

Si5^e apostolique). La dignité du ministère épiscnpal se montre aussi dans tout son éclat, en ce que l'autorité du rang suprême est sauvegardée sans préjudice de la liberté des subordonnés. Et l'enquête tourne à la plus grande gloire de Dieu, lorsqu'elle est instituée et poursuivie avec l'intention que les tendances hostiles soient vaincues et que ce qui est sujet à réprobation ne paraisse point seulement étouffé par un silence calculé * .

Deuxièmement, après un examen approfondi de la vérité dogmatique déjà proclamée par le Siège apostolique, ayont mis leurs lumières en commun, ils découvrent l'expression, souvent concentrée en un seul mot, qui définit le mieux le dogme et qui est la plus propre à rendre le sens vrai et plein de la décision et à le défendre de toute fausse interprétation contre la sophistique de l'hérésie. Car ce n'est pas seulement la vérité dogmatique prise en soi, mais encore l'expression, le mot qui la marque exactement, qui est objet]de la décision dogmatique.

Troisièmement, les évêques prononcent avec autorité et comme j uges sur le dogme, parce qu'ils ont le devoir etla charged'exécuterlejugementprononcé, en obligeant leurs subordonnés à s'y soumettre, ce qui ne saurait appar-

1 Augustin. De Trinit. vu. 4 : Quid restât^ nisi ut fateamur, loquendi necessitate parla hcBc vocabida, cum opiis esset copiosa dispiitatione adversus insidias vel errores hcsreticorum ? Ambros. De Fid. ni, 3 : Idio Patres Nicœni verbum o^onva-iof in traclatu fidei posuerunt, quod viderint, adversariis id esse formidini, ut vehiti evaginato ab ipsis gladio ipsorum nefandce caput hcPreseos amputarent. Athanas. De décret. Nie. syn. \\, 19. Tliom. Summ. theolog. 1. q. xxix, art. 3. ad i : Ad tnveniendum nova nomina \antiquam fidem significantia coegit nécessitas disputandi cum harelicis. Auctor, fid. prop. 29 : Subtrahitur notitia vocis ab Ecclesta eonsecratœ ad illius {dngmatis] tuendam professionem adversus '•eses.

Apol. du Christ. — Tome v. 40

tenir à ceux qui assistent au concile avec voix consultative seulement.

Ainsi s'affirme l'autorité judiciaire des évêques dans le jugeuient qu'ils portent en commun avec le Pape et comme subordonnés à l'autorité du Saint-Siège. Aussi bien, le pouvoir pastoral qu'ils exercent dans l'Eglise leur a-t-il été accordé en tant qu'ils sont unis et subordonnés à celui qui possède le plein pouvoir ecclésiastique. Ainsi, chez les évêques, l'acte d'autorité est en même temps acte d'obéissance ; mais en obéissant, pai ce qu'ils se savent membres d'un même corps et qu'ils ne font qu'un avec la tête, ils exercent, en même temps, leur autorité.

Une conséquence évidente de l'infaillibilité de la chaire pontificale, c'est que, pour la décision des questions de foi, la convocation d'un concile général n'est pas absolument nécessaire. Plusieurs hérésies, par exemple le pélagianisme dans les temps anciens, et, dans les temps modernes, le jansénisme et le quiétisme, furent condamnées et étouffées par la seule autorité du Siège apostolique. Toutefois, beaucoup de cas peuvent se présenter qui rendront utile et commanderont même de convoquer un concile général, quand ce ne serait que pour répondre au désir général de la chrétienté, ainsi que le fit saint Léon le Grand pour le concile de Chalcédoine, lorsque d'ailleurs aucun obstacle extérieur, ne s'opposera à celte convocation. Le concile est donc un des moyens indiqués par la Providence pour fixer la vérité dans les questions de foi, quoique ce moyen ne soit pas le seul. Le concile de Trente exprimait la confiance qu'il avait que, si l'acceptation de ses décrets rencontrait quelques difficultés, le Siège apostolique userait, entre autre* moyens, de la convocation d'un concile général, s'il le

LA PlUMAUTE DOCTRINALE. 627

jugeait nécessaire ou plus commode <. Il peut arriver

qu'une question dogmatique présente des difficultés de

telle nature que le Pape lui-même juge nécessaire d'en

confier l'examen non plus seulement aux représentants

de l'Eglise romaine, au collège des cardinaux et aux con-

rrrégations, mais à un concile général ; car Dieu a ouvert

à son Eglise plusieurs voies pour l'investigation de la

vérité*. « Le Pape saint Etienne, dit Bellarmin »,

ne voulut pas trancher définitivement la question du

baptême des hérétiques ; mais des conciles ultérieurs se

chargèrent de ce soin. En attendant, des recherches

actives furent faites de toutes parts, des principes fuient

ainsi éclaircis et développés, qui jetèrent une vive lumière

sur catte question et sur beaucoup d'autres. •» Le Pape

Célestin permit le concile d'Ephèse, qui n'était pas d'une

absolue nécessité : ni le Pape ni saint Cyrille ne le

1 Sess. XXV. cap. ultim. De reform. in fine : Quod si in his reciptendis altqua difficidtas oriatur, aut aliqua inciderint, qua declarationem mit defmitionem postulant, prœter alia remédia in hoc consiho instituta confidit sancta Sijnodus, ut vel evocatis ex illis frœsertm provinciis, unde diffîcultas orta fuerit, ils. quos eidem negotio tractando vidcrit expedire, vel etiam concitii generalis celebratione, si necessarium judicaverit vel commodiore quucunque ratione ei si visum fuerit, provinciarum necessitatibus pro Dei gloria et Ecclesim necessitate consulatiir.

2 0rsi, de Roman. Pontifie, auctorit. Tom. I. 2. Melchior Ca- T1U8, 1. c. V. in fine. Romanus Pontifex non temere et stulte, sede considerate et sapienter débet fidei controversias definire, 'adoocando scilicet r.onsiliarios vel plures, vel pandores, juxta rei de qua disserittir, gravitatem. Juvant enim patres conciliisummiPontificis fidem atque doctrinam... Facit quoque concilium plausibiliorem populo fidem propter acceptissima multorum testimonia atque judicia. Nam et leges, quœ communi optimatum consensu et rogantur et feruntur, libentius populus accipit, quam si a reae

solum ederentur. ^

* De Roman. Pontif. iv. 7.

jugeaient nécessaire » -, le Pape avait même donné pour îustruction à ses légats de juger, sans discuter; mais la (uissanle influence de Nestor'.us, archevêque de Constantinople, qui avait su gagner à sa cause plusieurs .hêqueset l'empereur lui-même, ne pouvait être brisée •jue par l'autorité imposante d'un concile général 2. Ici comme à Chalcédoine, d'après le jugement de saint Léon, ce que l'on se proposait, ce n'était pas de mettre la vérité en ([uestion, comme si elle eût été douteuse, mais d'augmenter le prestige et l'empire de la toi en la montrant armée de l'autorité de tant d'évêques et du poids de leurs raisons, mais d'étouRer net toute résistance, d'éclairer les errants et de couvrir de confusion les récalcitrants et les opiniâtres. Où il paraît plus nécessaire d'assembler les évêques en concile, c'est quand il s'agit de questions de discipline. Là les conseils et les jugements des évêques sont de la plus haute importance ; car la puissance a été donnée à l'Eglise pour l'édification '.

< Digneris igitur nobis declarare, quid tibi videatur, et utrum aliquando cim illo communicare oporteat, an libère denuntiare, neminem cum eo, qui talia sentit, etdocet, communicare. Opus est autem, ut tucB pietatis sipcr hac re sententia tum piissimis Maceàoniœ episcopis, tum omnibui Orienti^ anlistilibus per litteras manifesta fiât, mis enim cupientibus ansam dabimus {•fatro/AU e?op^*«), ut uno animo in una sententia persistant, et rectO; fidei qv.œ impugnatur, opem ferant. Cyrill. ad Cœlestia. ap. Const. p. 1093.

2 Bossuel. Defens.Declar. Cler. Gallic. n\, 1,0): Plane confitemur Cœleslini sententiam, ita ut Cyrillus speraverat, valituram fuissead novamhœresim comprimendam, 7im graves suborti motus res^ue ea visa essel, quœ ad universalem syno.lum deferretur. ^^estorius,regi(Bcivitatis episcopus ea aurtoritate poUebat, ea specie rietatis hominum aniinis illuserat, eussibi conciliaverat episcopos, ea denique gratiaapud Theodosium juniorem imperatorem et proleres eral, ut facile omnia commoveret.

- Ballerini, Vindic. Auctor. Pontif. vni, 8.

Dans un certain sens donc, l'autorité d'un concile est plus grande que celle du Siège apostolique tout seul, parce que le corps épiscopal tout entier, agissant de concert avec le Pape, présente une plus grande masse de témoins et (ie juges en faveur de la vérité catholique contre l'erreur, que si le Pape était seul. Mais si cette autorité devient plus grande extérieurement, extensivement , matériellement \ elle demeure foncièrement, intensivement et formellement la même -. Car a aussi longtemps que le Pape n'a point confirmé les décrets d'un concile, quelque nombreux qu'il soit, ces décrets ne sont point encore ceux d'un concile général- Un concile général n'est donc pas possible séparé du Pape ^ ».

Quant à former une institution absolument nécessai.e, sans laquelle l'organisme de l'Eglise ne saurait fonctionner d'une façon normale, tel n'est pas le concile. D'abord, ceh ne peut pas être, puisque la possibilité de tenir un concile

* La maxime: Orbis major est Urbe, Yaul sous ce rapport. Sairit Léon le Grand (Ep. 33,, parlant du jugemcr' du concile, dit p/entusJMdici«m, ce que Thomassin (Dissert, xir, 14, in conci!. Chalced). explique ainsi: pleniore judicum numei^o et pompa majore eamdem, suaju fidem sententiamque invariabilem pro,.iulgatam.

2 Bellarm. De concil. ii. 19 : Si accipiatur Ecclesia ciim Paija, tune major est aurtoritas Ecclesiœ extensive, quam Pap(B sdins, intensive auttm ceqiialis.

3 Héfélé, Histoire des conciles. I, 47. Si l'infaillibilité ne résulte pas de !a force du sens chrétien, dit le protestant Bœttichei- (Preuves de la foi, 18T2, p. 541), ce don est alors purement divin. Dans ce cas, il est évidemment plus raisonnable de la faire résider dans l'esprit d'un seul chef, que dans toutes les tètes dont se compose un concile. D'après Bœtticher, l'infaillibilité du Pape est la conséquence logique de la doctrine de l'EgUse visible, dont le chef visible est le Pape. C'est seulement par la négation de ces deux principes, pense-t-il. que l'on peut se soustraire à cette conséquence, et il a raison. Attaquer seulement l'infaillibilité du Pape, et laisser passer celle de T Eglise, c'est, selon Frohschaoimtr

630 CHAPITOE XXIV.

ne se présente que rarement : ensuite, cela n'est pas, puisque les plus beaux temps de la vie de l'Eglise, les trois premiers siècles, n'ont pas connu de concile général.

L'histoire nous présente, de la situation et de l'action du Siège apostolique dans l'Eglise, un tableau brillant, une image glorieuse sur laquelle, seule, la conduite et la condamnation du pape Honorius semble jeter quelque ombre. N'a-il pas adopté l'erreur des monolhélites ? Ne fut-il pas, pour ce fait, condamné comme hérétique par le sixième concile ?

La question d'Honorius a été depuis longtemps, mais principalement dans ces dix dernières années, l'objet de controverses multiples. Que faut-il en penser ?

Dans une lettre ins'dieuse et longuement étudiée, Sergius, patriarche de Constantinople, s'était adressé au pape Honorius, faisant miroiter à ses yeux le succès, longtemps désiré, de la réunion des monophysites avec les catholiques. Il le suppliait d'intervenir avec toute son autorité à rencontre de ceux qui rejetaient la formule, une opération théandîique unique {/lia eitt>/p«K»î £ï£'p>t/«), déjà employée par Denys l'Aréopagite *, moyennant laquelle tout pouvait se concilier. Saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, rejetait la formule, et c'était lui que Sergius avait en vue sans le nommer. Les monothélites abusaient de cette expression,

(Importance politique de l infaillibilité du Pape et de l'Eglise, <87i), s'arrêter à mi-chemin, c'e~t u:i moyen terme impossible à tenir. De même le prolestant Fromann, Histoire du concile du Vatican, 1873 : Les nouveaux adversaires de l'infaillibilité pontificale ont posé pour l'oecuménicité d'un concile des conditions tout à fait irréalisables, je veux dire l'adoption unanime de ses décitions par tous les membres de l'assemblée conciliaire : avec cela le magistère infaillible se trouve supprimé en fait.

1 Ep. 4, ad Caj.

qui en soi contient un sens droit, savoir l'unité de la personne divine, qui a une opération divine et humaine *, de manière que Dieu, dans l'humanité qu'il a prise, n'opère pas le divin sans coopération de l'humanité, et réciproquement que l'humanité n'opère pas l'humain sans coopération de la divinité. On ne devait pas, remarque Sergius, parler de deux volontés en Jésus-Christ, comme si c'étaient deux volontés opposées entre elles, comme sij tandis que le Verbe veut opérer l'œuvre du salut, la volonté humaine luttait à rencontre *. Tel est le sens selon lequel Honorius comprenait la controverse, et c'est dans ce sens qu'il déclara qu'il n'y avait pas deux volontés en Jésus-Christ, savoir une volonté qui obéit à Dieu et une autre qui lui résiste, pas de concupiscence, laquelle, en un certain sens, est une volonté de la chair, une seconde volonté.

Cette explication de l'écrit d'Honorius est celle de l'écrivain qui l'a rédigé, de l'abbé Jean, son secrétaire, qui avait répondu au nom du Pape 3. C'est aussi celle du pape Jean IV, deuxième successeur d'Honorius ; enfin, c'est celle du saint abbé Maxime *. <£ Quel est, dit ce dernier '^ rinterprète le plus autorisé de cette lettre, de l'homme

1 Concil. Later. (649) sub Martin. I. Act. v. Can. 45 : Si quis Dei virilem operationem, quod GrcBci dicunt Qta.iJ'fixni, unam operationem insipienter suscipit, non autem duplirem esse confitetur seeundum sanctos patres, hoc est divuiam et humanam, aut xpsam Dei virilis qucB posita est, novam vocabuli dictionem unius esse designativam, sed non utriusque mirifica et gloriosœ unionis demonstrativam, condemnatus sit. Cf. Explication de S. Maxime, abbé.

2 Maasi. xi. 534.

3 Mansi. x. 689, 739.

"• Mansi. x. 683 seqq. 739.

' • Disput. c. Pyrrh. Mansi, 1. c. 740.

éclairé qui l'a écrite au nom du Pape, l'abbé Jean encore vivant, ou bien de ces liornmes de Constantinople à la langue double et ténuéraire? o

Mais, sans sortir de l'écrit du Pape, nous sommes en état de montrer que le sens en est pleinement catholique. Entrant dans le vifde la question, telieque l'avait exposée Sergius, le Pape dit : « Nous contes'<ûns donc une volonté « en Jésus-Christ, parcecjueh divinitéa pris notre nature » mais non pas notre péché, et notre nature telle qu'elle a « été créée avant que le péché Peut corrompue .. N'ayant « pas pris le péché, il n'a pu avoir part à la tache de la « nature pécheresse... Donc, le Sauveur n'a point pris la t nature corrompue, qui aurait contredit à la loi de t l'esprit... Il n'y a en lui aucune volonté différente et I contraire, attendu qu'il est né au-dessus de la nature a humaine. El, quand il est écrit : Je ne suis pas venu t pour faire ma volonté, mais celle de mon Père, ces ■j. parole ■> ne désignent pas une volonté différente, mais t l'humanité que le Seigneur a prise pour la sauver (lilté- « raleraent, l'économie du salut de rhumanité prise) '. » Cette uniquevolonté, c'est l'unique volonté humaine d'ac-

^ Tii! oi'y.oïo^iaf rîi'f avSpMTiTdTCf rîTf ■jrpos-AnÇjïiVxf. Mansi, Xf. p.

539. La oiKovo^ia, le mystère de l'iin arnalionj se dit chez les Pères par opposition à la 9{oAc>(a, le mystère de la sainte Trinité. Cf. Mansi, I. c. p. 756. Cette simple observation a sufû pour faire justice d'une interprétation étrange de Dœllinger [Papstfabeln, p. 132). Selon lui, Honorius aurait ex[)liqué les passages décisifs de l'Ecriture dans le sens d'une simple économie, ou manière de dire employée par Jésus-Christ, c'est-à-dire dans le sens d'une accommodation qui n'est pas à prendre dans le sens propre, et au moyen de laquelle Jésus- Christ aurait voulu nous avertir de soumettre noire volonté à celle de Dieu. Cette interprétation a de quoi surprendre chez un théologien tel que Dœllinger : on la comprendrait venant de quelqu'un qui n'aurait jamais ouvert les Pères de l'Eîlise.

LA PRlilAUTli DOCTRINALE. 633

^ord avec la volonté divine, l'unique opération déivirile dans le sens du concile de Latran. S'il continue en visant saint Matthieu, xxvi, 39, et saint Luc, xxii, 42, et en di- « sant : Ceci a été écrit à cause de nous, pour nous mon- « trer l'exemple, afin que nous marchions sur ses traces ; « il instruit ses disciplescomme un bon maître, afin que « chacun de nous préfère en tout non sa volonté, mais t celle du Seigne:ir » ; personne n'a le droit d'en conclure que, dans la pensée d'Honorius, Jésus-Christ disait ces paroles seulement pour l'apparence, et qu'il n'a pas réellement soumis sa volonté humaine à Dieu.

Dans sa seconde lettre, le Pape dit : « Nous devons « confesser deux natures dans un même Seigneur Jésus- « Christ... deux natures qui opèrent et agissent chacune « avecla participation de l'autre, la nature divine opé- « rant ce qui est de Dieu, la nature humaine exécutant ce u qui est de la chair... Au lieu d'une opération, comme « disent quelques-uns, il nous faut confesser sincèrement « un seul Seigneur opérant dans l'une et dans l'autre <c nature ; et au lieu de deux opérations, il faut plutôt « prêcher avec nous que les deux natures, la divinité et « l'humanité, dans la seule et même personne du Fils « unique, opèrent, sans confusion, sans division, sans « altération, chacune ce qui lui est propre ^. > En parlant de la sorte, dit Héfélè ^, Honorius exprimait la doctrine orthodoxe, et il serait alsolumsnt injuste de le taxer d'hérésie. Il ne faisait que redire ce que saint Léon, dans sa lettre dogmatique au patriarchi3 Flavien, avait proposé au concile de Chalcédoine comme étant l'expres-

* T«f (tvt çvVf/f... îvifyoxJs-a.< to. 'Uiol. Mansl, XI, p. 579, -oSi. 2 Histoire des conciles, III, p. 1 i7.

sion de la foi catholique K Ces paroles, affirmant une double opération, furent adoptées par le VI« concile qui condamna le monothélisme. Honorius a donc confessé les deux opérations non seulement quant au fond, mais encore expressément.

Il fut d'accord avec Sergius pour dire que l'on ne devait pas se servir des expressions d'une ou de deux volontés, pour ne point paraître, aux yeux des simples, donner dans l'erreur soit de Nestorius, soit d'Eulychès -. « De savoir si, à cause des œuvres de la divinité et de « l'humanité, on doit dire ou entendre une opération ou « deux, c'est ce qui ne doit pas importer, et nous le lais- « sons aux grammairiens, qui ont coutume de vendre a aux enfants les mots qu'ils ont inventés. » « Il ne nous « faut ni définir ni prêcher une opération ou deux », estil dit dans un fragment de la seconde lettre.

De là, il résulte ceci : qu'Honorius, à cause de son autorité comme Pape, fut sollicité par Sergius de rendre une décision ; qu'il fut exact sur le fond de la question et correct dans l'expression, mais qu'il ne voulut pas prendre de décision dogmatique sur les expressions à employer. En négligeant d'user de l'expression, deux volontés, il commit une faute, parce que, dans la circonstance, il rendait la défense de la vérité plus difficile aux catholiques, tandis que, pour nous servir d'une locution vulgaire, il donnait un coup d'épaule aux hérétiques.

C'est pourquoi Honorius fut condamné par le sixième concile œcuménique, no» pour être tomhe lui-même dans terreur et Vawir enseignée^ mais, ainsi que le pape Léon II,

1 Agit utraque forma r.um atterius commu7iionef quod propriwn est. Verbo scilir.et opérante, quod Verbi est, et carne exsitquente qund rarnis est

Lk l>H:iIAUTÉ DOCTRINALE. 63o

dans sa lettre à Constantin Pogonat, l'explique en confirmant le jugement porté* , a parce que, au lieu de purifier cette Eglise apostolique par la doctrine traditionnelle des apôtres, il a permis que la ( tradition j immaculée fût maculée par une tradition profane. » Ecrivantà Ervige, roi d'Espagne, Léon II ^ dit encore : « Et Honorius, qui a laissé maculer la règle de la tradition apostolique, qu'il avait reçue immaculée de ses prédécesseurs». Enfin même explication dans la lettre du même Pape aux évêques d'Espagne : « Et fJonorius qui, au lieu d'éteindre dans sa naissance la flamme de l'hérésie, comme il convenait à l'autorité apostolique, l'a fomentée par sa négligence ».

D'ailleurs, ce sens ressort de la teneur de la sentence conciliaire elle-même. Elle est ainsi conçue : « Nou$ anthématisons Théodore... (suivent les autres noms) et avtc eux ^ Honorius. » On retrouve la même rédaction dans redit que l'empereur publia pour l'exécution des décrets du concile: a Nous frappons d'analhème tel et tel et de plus Honorius, quia favorisé l'hérésie et s'est montré peu d'accord avec lui-même ^o.Dans la treizième session où il fut condamné pour s'être, dans sa lettre à Sergius, rallié à l'opinion de celui-ci et avoir confirmé sa perverse doctrine*, Honorius apparaît également séparé des autres. C'est d'après cela qu'il faut juger de toutes les allégations où Honorius se trouve mis au rang des hérétiques ^.

3 Kai <rvi ctvTK. 1. C. p. 665.

• Concludamus, dit le gallican Noël Alexandre iR. E. Tom. X. p. 410, seqq.), Honorium a sexla synodo condemnatum non fuisse

»j;jt) CHAPITIJK XXIV.

C'est pourquoi le saint abbé Maxime, qui combatl t avec tant de vigueur les raonothélites, mettait aussi le pape Honorius parmi les adversaires de cette hérésie i . Si la lettre du Pape eût été considérée comme une décision dogmatique par le concile, celui-ci n'aurait pas admis la déclaration du pane Agathon disant que le Siège de Rome n'avait jamais erré. Les légats du Peuple n'auraient pas non plus souscrit à la condamnation d'Honorius, si ceileci avait élé entendue autrement que dans le sens indiqué par le Pape Léon II. D'ailleurs, Honorius a droit, comme tout théologien, à ce que son écrit soit interprété dans le sens orthodoxe, tant que la lettre et le contexte ne l'excluent pas absolument.

Le sévère jugement porté contre Honorius prouve précisément que, de tout temps, l'Eglise a regardé la papauté comme l'asile et le refuge suprême de la foi contre l'hérésie.

Cette manière de voir et d'agir de l'ancienne Eglise, qui nous révèle sa foi dans l'infaillibilité du Siège apostolique, résulte nécessairement de l'essence même de la primauté et de son rapport avec l'Eglise.

lia nature, la constitution de l'Eglise visible est déterminée par l'unité visible de tous les membres entre eux et avec leur chef. Mais cette unité consiste, avant tout dans l'unité de la toi ; la toi est le fondement de l'Eglise

ut hœreticum, sed ut hœreseos et hœieticorum fautorem, atque reum 7iegligentiœ in illis coercendis... Honorius monothelitarum voces îisurpavit, sed mente catholica, et sensu ab eoruni errore ')enitu-> alieno, siquidem absohde diias volunlates Christi non ne~ .^amt, sed voluntates pugnantes.

1 Mansi, X, 74\

2 Joaa. 47. Ephe.^. 2, 4.

LA PlUMAUTK DOCTRINALE. 637

et (lu salut *. Pour la conservation de l'unité, Notre- Scigneur Jésus-Christ a institué la primauté. Il devait donc la munir d'une force qui la mît en état de pouvoir, d'elle-même et par elle-même, retenir tous les membres de lEglise dans l'unité de la foi et empêcher les schismes. Je «lis d'elle-même et par elle-m.éme ; car si ces décisions dogmatiques ne devenaient obligatoires qu'après avoir obtenu l'assentiment de l'Eglise universelle ou tout au moins celle de l'épiscopat, alors l'autorité du Pape ne serait plus suffisante pour maintenir l'unité dans l'Eglise. Si un décret du Pape n'avait de valeur qu'à cette condition, quelle prérogative la Chaire apostolique , cette cathedra singularis aurait-elle donc sur tout autre siège dans l'Eglise ? La nécessité de cette condition mériterait d'être démontrée par les raisons les plus évidentes et les plus fortes, puisque Jésus-Christ, en conférant à saint Pierre une si haute prérogative, en le destinant à devenir le fondement de l'Eglise^ le pasteur du troupeau, en l'invitant à confirmer ses frères dans la foi, ne mentionna point cette condition restrictive de sa puissance, puisque les conciles et les symboles de foi qui désignent le Pape comme père et docteur de tous les chrétiens, et l'Eglise romaine comme la mère et la maîtresse de toutes les Eglises, ne Tont pas non plus ajoutée. Le plein pouvoir que les conciles reconnaissent au Pape ne deviendrait-il réellement plein que par l'adhésion subséquente de l'Eglise 2? Cet accord universel, ce consentement tacite de tous, qui doit, dit-on, communiquer aux décisions papales leur valeur et leur force obligatoire, ne sera-t-il pas

1 Ambros. De Incarn. i. 5. Coacil. Trident. Sess. vi. cap. 8.

2 Roinani Pontificis definitiones ex sese, non autem ex consensa Ecdesiœ irreformabiles esse. Gonc. Valic. 1. c.

638 CHAPniiE XXIV.

lui-même un sujet de controverse, sur lequel le fidèle voudra avoir cette clarté et cette certitude qui est nécessaire à l'acte de foi et qu'il ne pourra obtenir ? Est-ce que ce ii'est pas précisément la chaire apostolique, vers laquelle chacun se tourne, qui, par Pautorité de ses déclarations, manifeste et certifie cet accord et ce consentement universel ? Si la valeur des décisions papales dépendait de l'adhésion de l'Eglise universelle, il serait absolument impossible aux fidèles, quand des hérésies s'élèvent, d'obtenir la certitude sur le devoir de la foi dans les questions controversées. Toutes les hérésies, depuis l'arianisme jusqu'au jansénisme, ont toujours eu grand soin de présenter leurs opinions comme étant celles de l'Eglise universelle, ou tout au moins celles de la partie la plus intelligente et la meilleure. C'est avec ce prétexte qu'elles refusent d'obéir aux décisions papales. Le consentement général de l'Eglise est bien le sceau qui marque en définitive la vraie doctrine, mais il n'est pas pour nous le moyen le plus prochain de le connaître. Ce moyen le plus prochain, c'est l'enseignement de la chaire apostolique. Celui-ci fonde le consentement général des membres s'unissant à la tête, des brebis entendant la voix du Pasteur suprême. Voilà pourquoi cette chaire est la première dans l'Eglise , pourquoi elle est unique en son genre. Voilà encore pourquoi il faut que les sentences doctrinales du Pape possèdent une autorité qui excluenttoutdoute.il faut qu'il soit infaillible par luimême, en vertu de la prérogative attachée à la primauté doctrinale, et non qu'il le devienne par l'adhésion de toute l'Eglise à ses décrets * .

* Le Pape possède un pouvoir fondamental non seulement dans le domaine du droit, mais encore dans celui de la foi et de la doctrine. Schulté, Droit ecclésiastique, p. 193.

LA PRIMAUTÉ DOCTOÎNALE. 639

Considéi'onsle même sujet à un autre point de vue.

De l'aveu même de Febronius * et des gallicans, un rôle supérieur et principal appartient au siège de Rome dans les questions de foi ; mais, selon les mêmes, ses décisions ne nous obligeraient que provisoirement, et nous devrions seulement yobéir tant que l'Eglise n'aurait pas réclamé. Qu'est-ce à dire? Croire provisoirement peut s'entendre dans le sens de croire pour un temps, jusqu'à meilleures enseignes. Mais cela implique contradiction, car l'acte de foi repose essentiellement sur une certitude qui ne souffre pas de doute. Une croyance provisoire contredit le motif sur lequel nous nous appuyons pour croire, c'est-à-dire l'autorité de Dieu infaillible; elle contredit le Saint-Esprit en tant que principe énergique dans lequel et par lequel nous croyons ; elle contredit absolument le caractère surnaturel de la foi catholique. Ou bien, faut-il prendre cette obéissance provisoire dans le sens d'une profession de foi purement extérieure et n'ayant rien de commun avec la conviction intérieure ? Mais ceci a été condamné par les évoques français eux-mêmes^ ; et sur la requête des chefs les pluséminents du gallicanisme, de Bossuet entre autres, le Siège apostolique déclara s

1 !.. c. II. 4. art. 4. Decl. Gallic : In fidei qucestionibus prcBciimnx summi pontijîcis esse, ejusque décréta ad omnes et singulas Ecdesius pertinere, nec tamen irreformabile esse judicium, nisi Ecch'sia. consenstis accesserit. — Maret, du Concile général et de la paix religieuse. Il, 63 seqq. 299.

2 Lettre à Innocent X, du 15 juillet 1655. Il y est dit que les décisions papales s'appuient sur uns autorité divine : ûioina ipque ac summa per vniversam. Ecclesiam aucioritate niti, cni (hristiani omnes et officio ipsius quoque mentis obsequiiim prœslare tenentiir.

3 Dans la Constitution Vineam Domini rlonnée par Clémen! XI, 44 juillet 470" : Ut quœvi'^ in posterum er^'oris nccasio penitus

640 CHAriTIlE XXIV.

qu'il n'est pas permis de prononcer une profession de foi à laquelle on n'adhère pas du fond de son cœur, décision qui fut adoptée par l'Eglise gallicane et promulguée dans tous les diocèses *.

La raison de cette condamnation est claire. La foi aussi est un acte d'obéissance. L'obéissance de la foi, dit l'Apôtre- ; d'ailleurs : Réduisant toute intelligence à la servitude de l'obéissance au Christ ^, ce que saint Chrysostome explique parla conviction obéissante et soumise "*. Soumettre àla vérité divine infaillible, qui se manifeste par l'enseignement de l'Eglise, notre raison humaine que Dieu a faito et qui est dans la dépendance absolue de son auteur et par elle-même sujette à l'erreur, c'est le premier et principal devoir de toute religion', c'est le fondement de notre justification. Aussi la foi est-elle le strict accomplissement d'un précepte divin ®. Mais croire de cœur et

prœscindatur, atque omnes catholicœ Eccleiiœ filii ipsam aiidire lion tacendo solum [nam et iinpii in lenebris conlicescunt), sed ut interius obsequendo, qu œveii est orthodoxi hominin obediettia, condiscant, hac nostra perpétua valitura constitutione, obedientiœ, quœ prœinsertis constitutionibus apostoUcis debetur, obsequioso illo silentio minime satis finri... non ore solum, sed et corde i\'cipi {damnatum sensum] debere, nec alia mente, aiiimo aut creduUlale supradirtœ formules licite subscribi posse.

1 Bdlierini, 1. c. xiii. 75.

2 Rom. \, 5.

3U. Cor. 10,5.

* In Rom. 16,-19. Hom. 32, 1.

' Concil. Vatic. De fid. cathol. caa. I de fide. : Si quis dixerit, rationem humanam ita independentem esse, ut pies ei a Deo imperarinon possit, a, s.

* Un grand nombre de prêtres obéissaient à l'Evangile. Act. 6, 7. Rom. 7. 15; 16, 26; 10, 16. Gai. 3, 1 ; 5, 7. — I Tim. 6, 3. — 2 Thesi. 1,18. Les incrédules sont les désobéissants. Tit. 4, 10.

LA PRIMAUTÉ DOCTIUNALE. Gil

confesser de bouche, c'est la condition de la justice et du salut 1. C'est la volonté qui détermine l'intelligence à adhérer ; par elle la foi devient libre et méritoire 2 ; formellement, la foi est un acte de l'intelligence ^. Ce fut précisément ce précepte de la foi, avec lequel l'Eglise se présente à nous pour nous l'imposer, qui poussa saint Augustin, dans sa jeunesse, entre les bras des manichéens*. Mue par la grâce, notre volonté détermine notre intelligence à faire acte d'adhésion, alors que la nécessité de l'adhésion n'est pas imposée par une vérité dont l'évidence n'est pas en soi absolue : et c'est précisément en cela que consiste le mérite delà foi ^.

Donc une confession purement extérieure, « un respectueux silence », n'est ni un acte de foi, ni un acte d'obéissance, mais un mensonge et une hypocrisie. Sans doute là où un acte extérieur d'obéissance à la loi suffit comme dans les relations de la vie civile, l'autorité peut et doit borner là ses exigences. Nos pensées et nos sentiments intimes ne relèvent pas du for extérieur. Mais, en matière de foi et de doctrine, l'acte extérieur n'a de prix que comme manifestation et expression de l'acte intérieur. Par conséquent, dans les questions de foi, l'autorité

* Rom. 10, 10. Cf. August. De Qd. et sym'o. c. 1.

2 Marc 16, 16. Rom. 10, 16. Conc. Trid. Sess. vi. cap. vi.

3 Ipsum credere est acttis intcllectus nssentientis veritati ex imperio volunlatis. Thom. Summ, Theolog. n, 11, qu. u, art, 9.

* De ulilit. cred. n. 1.

" Simt quœdam apprehensa, quœnonadeo convinnmt intellectum qui possit assentire vel dissentire, vel saltem ussensum vel consensuni suspendere propter aliquam causam, et in talibus assensus vel dissensus in nosira potestate est et sub imperio (voluntatis) cadit. Thom. Summ. Tlieol. t, h, qu. xvu, art. 6. Et ideo quantum ad utrumque [quoad exercitium et quoad specificationem) actus fidei estmeritorius. Id. I. c. Cf. n, 11, q. ix, art. 9,

Apol. du Chkist. — Tome v. 41

642 CHAPITTE XXIV.

ecclésiastique ne peut exiger l'acte extérieur qu'en raison et à cause de l'acte intérieur.

Croire provisoirement ! mais cela implique contradiction. Si tous doivent croire provisoirement et se taire jusqu'à ce que l'Eglise réclame, l'Eglise ne réclamera jamais, car elle ne saurait tout ensemble et se taire et réclamer *. D'un côté, le plein pouvoir appartient au Pape dans l'Eglise ; de l'autre, ce même Pape dépendrait dos évêques, de manière que les choses qu'il enseigne demeureraient indécises, jusqu'à ce que les évoques eussent approuvé. Alors même que le Pape promulguerait une vérité dogmatique à croire sous peine d'excommunication, nous, devrions encore douter et attendre jusqu'à ce qu'une remontrance publique, ou une adhésion tacite, vinssent^ nous faire savoir si nous devons croire ou non. Mais qui donc constatera cette adhésion tacite, laquelle, précisément parce qu'elle est tacite , sera difficile à constater ? En vertu de sa charge, le Pape doit commander, et nous, obéir ; et cependant il sera aussi incapable de celui-là, que nous de celui-ci. Contredire l'enseignement du Pape suffirait pour ébranler la certitude de la foi. Quel parti prendre ? Contredire ? Nous

1 Selon Febronius I. c. et les néo gallicans (Cf. Maret, le Pape et les évêques, p. 55), un évêque particulier ne doit pas se mettre en révolte contre les décisions papales, non dogmatizando contrarium quandiu non réclamât Ecdesia. Les fidèles attendent qu'ua concile ait décidé la controverse, ou bien qu'une majorité bien constatée se soit prononcée pour le Pape. G'est-à-dire qu'il faut donner au mal le temps de croître assez pour devenir incu'-able. Mais, pour pouvoir adhérer, il faut aussi avoir la liberté de se déclarer en sens contraire. Et, cependant, c-^la est interdit. Febronius n'est donc pas conséquent avec lui-même en accordant aux églises particulières le droit de s'opposer à une décision pa~ pale, lorsqu'elles la trouvent en désaccord avec leurs traditions. Ce serait introduire la révolution dans l'Eglise.

n'oserions. Croire ? Nous ne le pouvons. C'est le système le plus iou qu'on ait jamais inventé i I

Essayons maintenant d'embrasser d'un seul regard la doctrine de l'infaillibilité papale.

1 Schullé [Quellen des Kirchenrechts, p. 85) explique ceci : La primauté a été accordée au Pape pour maintenir l'unité, pour empêcher tout désaccord, pour maintenir constamment l'Eglise dans le droit chemin. Comm^ moyen d'atteindre ce but, la plus haute juridiction lui a été donnée. 11 suit de là^ nécessairement, qu'il a autorité pour décider non seulement les questions de discipline, mais aussi les quêtions de droit et de doctrine... L'Eglise ne fait pas les dogmes elle les proclame seulement. Comme ses proclamations sont nécessaires toutes les fois que des doutes s'élèvent^ qu'un pointde doctrine est attaqué, que des controverses se produisent sur le sens d'un dogme ; comme il est impossible dtî con\oquer des conciles généraux à toute occasion ; coinme d'ailleurs une semblable autorité est réclamée par l'esprit de la constitution ecclésiastique, il faut, de toute nécessité, que ce droit de proclamer le dogme appartienne au Pape. A-t-il rendu une décision dogmatique, en vertu du droit de législation qu'il possèie, elle devient aussi obligatoire que n'importe quelle autre loi qu'il fera. — Page 98 : Une telle influence (de la part des évêques) ne se conçoit pas dans les constitutions dogmatiques. Celles-ci ont pour objet des choses qui ne peuvent absolument pas être traitées autrement dans l'Eglise (comme dans les mesures disciplinaires). Puisqu'un décret du Pape, en celte matière, ne saurait être soumis au jugement de chaque évêque, la publication de constitutions dogmatiques et leur exécution est rigoureusement nécessaire. Benoit XIV (ix^ 4, 3) dit là-dessus : MuUo minus hic agitur de Pontificiis conHitutionibus dogmaiirAs, quce ad fidem pertinent ; cum in his irreformahile sit Romani pontificis judicium. — La possibilité de la suspension entraînerait la possibiliié du changement, autrement dit, de l'erreur. Ce n'est pas encore aujourd'hui un dogme formel que le Pape soit infaillible de lui-même ; cependant l'affirmalion, ou même la simple déclaration tacite qu'il peut rendre des décisions erronées, est impossible, par la nature même de la question.

D'ailleurs, la réformation des décisions papales par les évêques est contraire à la définition du deuxième concile de Lyon : Sicut prœ ceteris (Romaniis pontifex) tenetur fidei veritatem defendere, sic et, si quae de p,de subortœ fuerint quœstiones, suo debent judicio DEFiNiRi. Cf. Conc. Vatican. 1. c. cap. iv. Le mol definire, arrêter définitivement, exclut toute réformation ou confirmation du décret du Pape par les évêques. Autremsnt, le Pape ne serait plus le docteur, il n'enseignerait pas, il serait enseigné ; il ne conduirait pas, il serait conduit.

Elle se fonde sur la nature même de l'Eglise. Le Seigneur a promis à son Eglise une durée éternelle ; elle doit subsister jusqu'à la fin des temps. Les formes extérieures peuvent changer ; ce qui tient à l'essence, ce qui fait que l'Eglise est la véritable Eglise de Jésus-Christ ne change point ; la foi et les éléments constitutifs de l'organisation que Dieu lui-même a donnée à l'Eglise demeurent immuables. De même que l'Eglise ne pourrait pas être la véritable Eglise de Jésus-Christ sans la vraie foi, de même elle ne serait pas l'Eglise instituée par Jésus-Christ sans le chef visible qu'il a donné, sans le Pape ; elle ne le serait pas davantage sans le collège des évêques,qui ont été unis au Pape, comme les membres du corps le sont à la tête. Donc la véritable Eglise de Jésus- Christ ne sera jamais sansle fondement qui lui a été donné, jamais sans le pasteur suprême institué par le divin Fondateur, jamais sans celui qui confirme la foi de ses frères. Mais, à son tour, le fondement ne sera jamais sans le temple qui repose sur lui, ni le suprême pasteur sans le troupeau qui entend sa voix, ni le confirmateur de la foi sans les frères qui reçoivent de lui la stabilité dans la foi. Si le chef vivant, si le Pape légitime pouvait se séparer du corps de l'Eglise et de ses membres principaux qui sont les évêques, si à leur tour ceux-ci pouvaient se séparer de leur chef, alors l'Eglise, ce corps mystique du Seigneur, dans lequel son esprit habite et gouverne, l'Eglise que l'apôtre appelle Christ ^ à cause de son intime union avec Jésus-Christ, l'Eglise serait détruite, les portes de l'enfer auraient prévalu contre elle, les promesses seraient frustrées.

1 I. Cor. 12.12.

Mais cela ne peut pas être. Ce que le Seigneur a donné à son Eglise, il ne le lui reprend plus ; il l'assiste par sa puissance et par son esprit, jusqu'à la fin. C'est pourquoi il ne peut jamais arriver que le Pape, exerçant son pouvoir et sa charge comme fondement, comme pasteur suprême et comme docteur de l'Eglise, ne trouve pas des fidèles qui s'édifient sur lui, qui l'écoutent, qui reçoivent ses enseignements, et enfin qui se joignent à lui dans l'unité vivante de la foi etde la communion ecclésiastique. Or, ceux qui se tiennent en communion avec lui, ce sont les membres unis avec la tête, les successeurs des apôtres unis avec Pierre, ce sont les membres de la vraie Eglise du Christ, qui ne font qu'un avec la tête et par suite un entre eux. Où ils sont, là est la vraie Eglise catholique, dont Punité forme la marque distinctive la plus haute et la plus éclatante.

On a dit: le Pape est infaillible lorsqu'il exprime au dehors ce qui est dans la conscience de l'Eglise, et qu'il s'en fait l'organe. Cette condition sera toujours réalisée. Jamais la chaire apostolique n'imposera à la croyance de PEglise universelle une décision dogmatique contre laquelle les évêques devraient élever des remontrances, par la raison qu'elle ne serait pas contenue dans le dépôt de la foi et qu'elle nuirait à celle-ci; non, cela ne peut pas arriver, et cela n'arrivera pas. Cela ne s'est pas encore vu, quoique le Siège apostolique ait déjà rendu bien des décisions, et cela ne se verra pas, précisément parce qu'un tel événement abolirait l'union de la tête avec les membres, anéantirait l'Eglise, ferait mentir honteusement les promesses du Seigneur. Il peut bien arriver qu'une fraction du corps épiscopal élève des objections contre les décisions dogmatiques prononcées par le Pape et soutenues par les membres restés unis à leur

646 i:hapitre xxiv.

chef, comme il peut arriver qu'un parti d'évêques prenne une attitude scliismatique en face d'un concile général comme à Ephèse, à Chalcédoine et ailleurs. Mais alors la question de savoir où se trouve la vraie Eglise n'est pas difficile à résoudre. Ubi est Petriis, ibi Ecdesia, c'est-à-dire où est la tête avec les membres, là est la vraie Eglise: les autres sont morts, étant séparés du corps vivant de lEglise. Ils s'efforcent peut-être de fonder une église humaine \ à côté de l'Eglise catholique divinement instituée, et contre elle; mais ils entreprennent Timpossible. La branche détachée du tronc se dessèche ; ils ne font qu'ajouter un anneau de plus à la longue chaîne des scandales et des défections que l'Eglise souffre et qu'elle répare dans chaque siècle. Mais le Seigneur a prédit tout cela; et, recouvrant toujours de nouvelles forces à chaque perte qu'elle fait, l'Eglise reprend sa route et continue sa marche en avant.

Le Pape ne serait pas infaillible si l'Eglise ne l'était pas *; mais c'est le propre d'une tête vivante que les membres lui soient unis intimement. Le Pape ne serait donc pasinfaiilible s'il n'était pas la tête ou le chef de l'Eglise, chef qui a reçu de Jésus-Christ sur l'Église et sur tous les évêquesune autorité qui leur fait un devoir de se tenir unis à luidans l'unité de la foi et delà communion ecclésiastique, comme de fait on les voit adhérer constamment à lui par le lien de cette double unité, et reconnaître leur propre foi dans chacune de ses sentences doctrinales; car il faut bien que la parole du Seigneur s'accomplisse. Ainsi, dans ses

* Humanam conatur facere Ecck^iam. Cypr. Ep. 62.

2 Romamim Pontificem ea infaUibilitate polîere, qua divinus Redemptor Ecclesiam suam in dejinienda doctrina de lide et inoribus instructam esse voluit. Conc. Vaiic. 1. c.

LA PRIMAUTÉ DOCTRINALE. 6i7

décisions dogmatiques, le Papeestce qu'il est et fait cequil fait en vertu de la nature de la primauté, il agit comme la tête vivante d'un corps vivant qui ne peut se séparer de sa tète. Croyant à l'institution divine de l'Eglise comme à sa durée indestructible, c'est avec la même certitude que nous devons croire à la permanence invariable de son unité, laquelle se manifeste par la communauté de foi des membres avec leur chef, et c'est précisément pour cette raison que, pour pouvoir adhérer aux décisions dogmatiques du Siège apostolique, nous n'avons pas à attendre Tadhésion des membres. Celle-ci se produira , parce qu'il faut nécessairement qu'elle se produise, puisque les membres doivent obéissance h la tête, et que la parole du Seigneur promettant à son Eglise une durée indestructible ne peut être déjouée ni par la ruse ni par la violence des hommes *.

C'est pourquoi toute décision rendue parle Pape ne saurait procéder autrement que du fond même de la croyance de l'Eglise universelle. Qu'on ne dise donc pas: Nous ne pourrons pas faire qu^il ne soit pas possible que le Pape tombe personnellement dans l'erreur et qu'ensuite il promulgue son erreur ex cathedra. Cette dernière supposition n'est plus possible après la promesse du Seigneur et à cause de cette promesse. C'est aussi une chose possible en soi que chaque évêque en particulier et par conséquent tous les évêques tombent dans l'erreur et qu'ils la proclament en concile, et qu'ainsi ils se séparent tous de

^ Melch. Can. 1. c. v. 5 : Ecclesics vere auctoritatem eam nunc appello, quœ synodorum etiam generaUum ac sinnmi Pontificis est. Hœc enim est una res prorsus, ut non différât multitm inter Ecclesiœ coniliorum Sedisque ApostoliccB judicia ; propterea quod connexa hœc et colligata sunt, quemadmodum esse videmus humanum corpus et caput.

leur chef dans la foi, car ils sont libres; mais, à cause de la promesse que Notre-Seigneur a faite à l'Eglise d'une perpétuelle unité, cela n'est plus possible. En soi il est possible également que chaque fiièle, et partant, tous les fidèles dévient de la foi, et qu'ainsi l'Eglise cesse d'exister, car leur foi est une foi libre; mais, après la promesse d'une durée perpétuelle que l'Eglise a reçue de Jésus-Christ, cela n'e.-t plus possible. Sans porter préjudice à la libéré humaine, Dieu exécute infailliblement les desseins qu'il a une fois arrêtés *. Loin de pouvoir déjouer ses plans, la liberté est précisément rinstrument(non pas l'instrument de mort) dont il se sert pour les mettre à exécution.

Par la rai?on que la vraie Eglise ne sera jamais divisée dans la foi, on ne verra jamais non plus l'épiscopat catholique embrasser une hérésie et se mettre en opposition avec le chef de l'Eglise 2, En ce sens, nous devons reconnaître que l'épiscopat catholique, lui aussi, est infaillible, non pas d'uneinfaillibilité indépendante decelle du chef de l'Eglise ou en opposition avec elle, mais d'une infaillibilité quiest l'effet d'un seul et même esprit de Jésus-Christ agissant

i Aiigust. Enrichid. c. 97. Non superatus ah hominis infirmitate omnipoientis voluntas. De spirit. et lit. c. 33 : Non vincitur Dei voliintas^quœ semper invidaest. — Thom. Aquin. Summ. Theolog. 1. q. Lxxxni. art. i : Deus..., movendo causas voluntarias, non aufert, quin actiones earum sint voluntariœ, sed potius hoc fucit.

2 Melch. Can. 1. c. v : Pondus conciliis dat summi Pontificis auctoritas ; quœ si desit^ nulli sunt satis, sint quamlibet plurimi. Nec si major pars Patruni vsre senLiat, summus Pontifex repugnabit. Id enim ad peciiliarem Christi procurationem pertinet semper que pertinuit, ne Ecclesia in factiones duas dividatur. — De môme Staitler (Loc. theolog. § i30): Ex qua parte Primas EiCieslœ stut, et Episcopos certo qnocumque numéro sibi inœdificatos habet, ibi mra Christi Ecclesia est.

LA IRIMAUTÉ DOCTRINALE. 649

perpéluellementdanslEgliseetenseignantla vérité. Quant à savoir où se trouve l'épiscopatcalholique, l'épiscopat de la vraie Eglise du Christ, l'approbation de ses dock^ines par leSiège apostolique tranche la question; là, eneifet, où les membres sont en communion avec le chef, là se trouve l'unité voulue de Dieu, c'est-à-dire l'Eglise catholique. Ceux qui contredisent le Saint-Siège, ce sont les membres qui ne communiquent plus avec la tête, des branches séparées du tronc; ils n'appartiennent plus à l'Eglise catholique, ils ne sont plus des membres légitimes de Tépiscopat 1. La papauté et l'épiscopat sont donc tous les deux les dépositaires et les dispensateurs de l'eiseignement dans l'Eglise, mais non pas sur le pied d'égalité. 11 appartient au chef d'enseigner les membresqui sont obligés d'adhérer à ses enseignements, mais non réciproquement. Voilà pourquoi nous disons infaillibilité du Pape, et non infaillibilité de l'épiscopat.

Demandons-nous, pour finir, en quel sens le dogme de l'infaillibilité du Siège apostolique est nouveau. Ainsi

1 On ne peut donc pas dire que la définition de rinfaillibilité du Siège apostolique, prononcée par le concile du Vatican, soit « une révolution religieuse, d'autant plus profonde qu'il s'agit « ici du fondement destiné à porter et à soutenir la foi religieuse <x de l'humanité, et qu a la place de l'Eglise universelle dans l'es- « pace ei dans le temps, on substitue un seul homme, le Pape) ». — Ce n'est pas l'Eglise qui est le motif de notre foi, mais l'autorité de Dieu qui se manifeste ; l'Eglise n'est que la fidei régula proxima qui nous propose la révélation divine à croire : mais ceci, encore, ce n'est pas toute l'Eglise qui le fait, mais seulement l'Eglise enseignante, le Pape et les ëvèques. Or, le Pape et les évèques ne se montrent jamais séparés ; toujours nous somme? conduits par toute l'Eglise enseignante, c'est-à-dire par l'épiscopat catholique uni avec le Pape. Car le Pape, comme pape, non comme homme isolé, en vertu de son plein pouvoir et de sa charge de docteur apostolique, ne sera jamais que l'organe même de l'Eglise, qui, tout entière. Eglise enseignante et Eglise enseignée, parlera par sa bouche.

que le remarque le concile du Vatican, ce fut l'affaire des conriles, a principalement de celui de Trente, de définir « avec plus de précision les dogmes de notre foi et d'en « donner une exposition plus complète, de condamner f les erreurs et de leur opposer une digue ^ ». Ces paroles, qui marquent clairement la part qui est celle des conciles dans la définition des dogmes, serviront à nous orienter dans la question de savoir si, et jusqu'à quel point, un accroissement du contenu du symbole catholique est admissible, dans quel sens, par conséquent, un dogme peut être dit nouveau.

Une chose à reconnaître avant tout, c'est qu'il n'a été et qu'il ne sera jamais donné dans l'Eglise à aucun docteur d'aucun temps de posséder la vérité chrétienne, d'une manière plus approfondie, plus étendue et plus complète que les apôtres ^. Ceux-ci avaient reçu la foi immédiatement par rinspiration du Saint-Esprit, et ils en connaissaient la vérité parfaitement, puisque c'était par eux que 'e Seigneur voulait la révéler au monde. Nécessairement rien n'appartient au dépôt de la foi catholique, qui n'ait été publié par Jésus-Christ et les apôtres. Il est certain néanmoins que ces vérités révélées ne furent pas, dès l'origine, léguées à l'Eglise avec tous ces éclaircissements, res commentaires et ces applications, qu'elles ont reçus et peuvent encore recevoir dans le cours des siècles, afin de mieux dissiper les erreurs qui s'élèvent pour les obscur-

i Condl. Vatic. De ûde cathol. init, : Hinc sandissimœ religionis dogmati ]ref:sius definila, uberiusque exposita, errores damnati atque cohibiti.

2 Lugo. De fide. Disp. ni. Sect. V. n. 67. Fatendum videtur, nunquam conlhgere magis explicitam rerum fidem, quam fuerit in apostolicis et vrimis christianœ religionis capitibus.

LA PRIMAUTÉ DOCTRINALE. 65l

cir *. Ainsi, bon nombre de vérités qui servent à produire une intelligence plus exacte, une élucidation plus large des dogmes, nese trouvaient contenues qu'en germe et implicitement dans la tradition apostolique ; beaucoup de choses étaient moins claires et moins développées qu'elles ne le sont présentement. Favorisée par les circonstances, ou pressée par les hérésies, mais toujours sous la conduite de la divine Providence, l'Église enseignante a la mission de développer les doctrines qui lui ont été communiquées en germe, d'en éclaircir les obscurités, d'en approfondir la connaissance, d'insister sur les simples aperçus, de montrer les relations et les applications et tout l'ensemble de la révélation. A mesure que l'intelligence de la vérité chrétiennes'accroitetse déploie, le trésor profond, inépuisable des divins mystères s'ouvre de plus en plus devant nous ^. Les enseignements de

1 C'est ainsi que saint Athanase justifie l'expression «^oovViof 'De décret. Conc. Nie. n. 19, 23). — Saint Grégoire deNazianze, parlant de définitions plus précises de la divinité du Saint-Esprit, dit (Orat. xxxi. 24) : Les expressions qui ne sont pas dans la sainte Ecriture, peuvent cependant se comprendre par la sainte Ecriture.

2 Cf. Thom. Summ. Theol. n, ii. q. 1. art. 10. ad 1 : In doctrina Christi et Apostolorum veritas fidei est sufjicienter explicata. Sed quia perversi homives apostolicam doctrhiam et (eteras doctrinas et scripturas pervert'unt, ideo necessaria fuit explicatio fidei contra insurgentes errores. — Suarez, De fid. Disput. n, sect. 6 : Simpliciier asserendum est, Ecclesiam non (radere novam fidem, sed antiquam semper stabilire et explicare... Verum est, aiiqiiam propositionem explicite nunc credi de fide giiœ antea explicite non credebatur ab Ecclesia, quamvis implicite in antiqua Ecclesia contineretur. — Kilber, De fide, p 230 : ArticuH fidei a tempore Christi et Apostolorum non creverunt simpliciter, sed tantum secundum quid. Quia experientia et repetito sœpius usu constat, quodex tempore Apostolorum oceasione hœresum vel alterius necessitatis Ecclesia per varias definitiones multos fidei articulas et traditiones clarius explicavit, aut revelationes ad objecta

6b2 CHAPITRE XXIV.

TEglise ne deviennent pas plus vrais, ils deviennent seulement plus clairs * .

Sous Ifcà trois points de vue indiqués, Vincent de Lérins reconnaît un progrès dans la foi. « La religion pour- « rait », dit-il, a se comparer au développement du « corps ; le corps croît et se développe dans le cours des a ans, et cependant il reste ce qu'il était. La religion € chrétienne est comme un grain de froment que l'on « sème en terre, qui se développe et produit des fruits « dont les hommes se nourrissent; mais sa nature, comme € grain de froment, n'a point changé. L'Eglise, cette c gardienne attentive et prudente du dépôt de la foi, n'y « change rien, n'en retranche rien, n'y ajoute rien; mais ce elle met tous ses soins à travailler et à faire fructifier a le fonds qui lui a été légué dans le commencement, <c ainsi qu'à conserver ce qui est acquis, c'est-à-dire cona firme et défini. Ce qui, dans le principe, était seulement « l'objet d'une foi implicite, elle s'applique à le démêler € pour le mieux comprendre. La postérité comprend ce € que l'antiquité vénérait sans en avoir une intelligence t aussi nette : ce que vous parvenez à mieux comprendre, « enseignez-le, pourvu que, en parlant d'une manière tt nouvelle, vous ne disiez rien de nouveau ^, »

Plus les dogmes sont profonds et mystérieux, plusaussi ils contiennent de vérités et offrent de ressources pour

particularia tanquam implicite l'eveiata extendit, assistente semper Spiritu sancto, ne in ejusmodi decisionibus erraret. — Greg. de Valentia, tom. III. Di^put. i. qu. i : Fartasse latent adhuc in Ecclesia aliquœ verilates.

1 Suarez, 1. c. Ecclesia non facit no\um fidei articulum, sed tantum déclarât. — Thom. 1. c. ad 2 : Les conciles peuvent won quidem aliam fidem facere, sed eamdem magis expositam.

2 Commoaitor. n. 27.

subvenir aux besoins des temps et pour la réfutation des erreurs que l'esprit humain oppose à la vérité divine. Il en résulte naturellement que toutes les applications dont ils sont susceptibles n'ont pu être explicitement indiquées dès le principe dans la tradition ecclésiastique. C'était d'autant moins indispensable que le Seigneur a promis à l'Eglise de lui envoyer l'Esprit de vérité, qui doit lui enseigner toute vérité * .

a Pour qu'une proposition devienne un dogme catholique, dit Véron ^, il faut qu'elle réunisse deux condi-

* Joann. M, 26. August. C. Crescon. i, 32 : Cum inter episcopos anterioris œtatis hœc quœstio fluctuaret, et varias haberet inter se collegarum salca unitate sentcntias, hoc per universëm Ecclesiam observari placuit, quod tenemus. Cf. de Baplism. ii. 5. In Ps. 34, 22 : Midto latebant in scripturis, et cumprœcisi essent hœretici... asserta sunt quœ latebant.

2 Regul. fid. § 2. — Lugo, De fid. Disput. i, sect. ■13, § i : Dupliciter potest Ecclesia aliquid definire, quod antea non ^erat obligatioadcredendum ; primo si ex duabus prœmissis revelatis aliquam conclusionem deducat et eam delîniat. Secundo, qunndo ex uno prinàpio revelato et altero non reveîato aliquid dechicit atque définit... Ante illam definitionem Ecclesiœ jam objecttim hoc erat implicite et confuse a Deo revelatum et acvedente Ecclesiœ definitione incipit apparere explicite... Fatemur Ecclesiam non definire de fide propositionem. quœ jam antea revelata non fuerit a Deo, scilicet in particulari vel in generali; definicio autem Ecclesiœ facit, ut xd nobis constet atque ideo incipiat obligatio credendi détermina te. Cf. Melch. Can. 1. c. vi, in fine : Hoc etiam (ad doctrinam catholicam pertinet), quod ex altéra propositione revelata et altéra certa in lumine naturati syllogismo collectioneque evide-nti confîcitur. — Benetlis. Privileg. S. Pétri vindic. P. II. T. V. art. 1 2 : Multa fide divina teneri atque credi, quœ non quidem explicite, directe et immédiate revelata sunt, sed duntaxat implicite, médiate et indirecte. Gela peut arriver : i° ut propositio particulari s in universali contenta ; 'î'^ ut propositio ex prcEmissis consequens; 3° ut pars in toto contenta ; i^ ut propositio confusa et obscura, quœ comprehenditur in propositione clara et distincta. — Nombre de vérités nefurent, dans le principe, qu'exprimées pratiquement dans l'Eglise, qui, plus lard, les proclama formellement lorsque le besoin s'en fit sentir. Cf. Suarez, 1. c. n. sect. 6. — Saint Augustin s'exprime ainsi au sujet de la grâce delà

654 CHAPITRE XXIY.

lions : elle doit exprimer une vérité qni soit contenue dans la révélation, et être promulguée par l'autorité chargée d'enseigner dans l'Eglise. Une vérité peut être contenue daus la révélation, mais d'une manière implicite et assez obscure pour n'avoir pas encore été proposée à la croyance des fidèles par l'Eglise, à qui il appartient d'expliquer le sens de la divine parole, soit écrite, soit traditionnelle. C'est ainsi qu'on voit se formuler dans l'Eglise de nouvelles décisions dogmatiques, par exemple celle qui déclare valide le baptême des hérétiques. » Tous les théologiens s'accordent à dire que ces sortes de propositions ne sont point de fide catholica avant la définition de l'Eglise. Cependant, tout homme qui reconnaît avec évidence qu'une vérité est contenue dans les documents de révélation, est obligé, en conscience {fide divina), d'y croire, quand même elle n'aurait pas encore été définie expressément par l'Eglise. Par la décision ecclésiastique la vérité de foi divine est simplement affirmée comme telle par l'autorité compétente, et Terreur rendue impossible.

De cette manière il y a dans l'Eglise un accroissement, un progrès dans la foi, mais pas d'altération *.

persévérance finale (de Dono persever. n. 63) : De hac re, quam nunc adversus novos hœreticos non commemorare tantum, sed plane tueri et defendere compellimur, nunquam tacuit Ecc'.esia inprecibus suis, etsi aliguando in sermonibus exserendam nullo urgente adcersario non putavit. Et par rapport à certaines expressions peu précises employées par les Pères (Gontr. Julian. I, 6 ): Vobis nondum litigantibus securiusloquebantur. Cf. Melch. Can.l. c. xn, 14.

■• Vincent. Lirin. 1. c. 38 : Ita tamen, ut vere profectus sit ille fidei, non permutalio. Siquidem ad profectum pertinet, ut in semetipsa tinaqiiœque res amplificetur ; ad permutationem vero, ut aliquid er alio in aliud transvertatur. Crescat igitur oportet, et multum vehementerque proficiat tam singulorum quam omnium,

De là se déduit le sens vrai de la règle de saint Yincent de Lérins,dont on a si souvent abusé dans ces derniers temps : « Ce qui a étécru en tout lieu , en tout temps, et partout, voilà ce qui est catholique ^ ». Une nouvelle hérésie s'élève, un parti se sépare de la communion catholique, la lèpre menace de gagner tout le corps, les novateurs allèguent des textes anciens et obscurs; saint Vincent veut offrir aux fidèles ^ un signe extérieur facile à reconnaître, qui les préservera des illusions de l'erreur. Il ne parle nullemant des principes suivant lesquels les conciles et les papes doivent procéder dans leurs décisions dogmatiques. II parle seulement de la foi de l'Eglise enseignante ^, qui est la règle de la catholicité; il ne veut pas parler de la totalité des fidèles. Il parle, en troisième lieu, non de ces doctrines de foi qui sont à développer par ceux qui, dans l'Eglise, ont

iam nnius hominis quam totius Eccîesiœ, cetatum ad seculoriim gradibus inteliigentia, scientia, sapientia; sed in suo dumCaxat génère, in eodem scilicet dogmate, eodem sensu eademque sententia.

1 L.C.2 : Magnopere curanJum est, ut id teneamus,quodubique, quodsemper, quod ah omnibus creditttm est ; hoc est enim vere proprieqiie catholicum, quod ipsavis nominis ratioque déclarât... Sed hoc ita demum fiât, si sequamur universitatem, antiquitatem, consensionem.

2 Quid igitur faciet christianus, sise aliqua Ecclesia particida ab universalis fidei communione prœciderit... si novelta aliqua contagio non particidam tantum, sed totam pariter Ecclesiam coinmaculare conetur? G. 4. Captant plerumque cujuspiam veteris viri scripta paulo involutius édita, quœ pro ipsa sui obscuritate dogmati suo congruant. G. 7.

3 Si in ipsa vetustate omnium tel certe pœne omnium sacerdotum pariter et magistrorum definitiones sententiasgue sectemur. C. H. Melch. Caa. 1. c. i\ , 6 : Duo sunt rerum gênera, quœ ab Ecclesia creduntur. Unum, quod ad omnes ceque pertinet ; et in hoc. génère non est vaide difficile omnium fidem sensumque cognoscere... Allerum est genus earum rerum, quce cognoscere nos rudium et imperitorum in Ecclesia, sed majorum et sapientium

charge de le faire, mais de celles qui sont déjà clairement et r>oshi\ement enseignées {fides explicita). En ce sens, la règle est absolument vraie: ce qui contredit la croyance «yénérale par rapport à ces vérités n'est point catholique. Mais que dire de ce qui e&t encore obscur et qui se [trouve seulement en germe dans la révélation? En raison des vérités de cette catégorie, saint Vincent déclare qu'il fattt qu'il y'ait, dans l'Eglise, un progrès i , qui développe ce qui est en germe, qui éclaircisse ce qui est trouble, qui démêle et détaille ce qui n'est connu qu'en gros et en général. A ce qui est contenu de la sorte dans la tradition ecclésiastique, le critérium de saint Vincent ne peut point s'appliquer. Une chose, en effet, qui ne se trouve qu'implicitement contenue dans le dépôt de la foi, ne saurait, par cela même, être l'objet d'une foi explicite. Si le critérium en question était règle absolue, même pour cette catégorie de vérités, alors tout accroissement dans la foi, tout progrès, toute définition dogmatique deviendrait impossible. A l'égard de ce que tous croient partout et toujours explicitement, il n'est pas besoin de définition. Pour les autres vérités de foi, celles qui sont contenues implicitement dans la révélation, elles n'ont point, par là même, été crues expressément de tous, ni partout, ni toujours : donc, si on leur appliquait la règle, aucune définition ne pourrait avoir lieu.

interest.Quo in generesi vulgarem plebis sententiam roges,perinde erit, ut si a cœco sensum colorum postules... In fide earum rerum, quce propriè sunt doctorum atque sapientium , solum horum sententiam expetendam, vulgi ne exspectandam quidem... At vero utrarumque rerum decretis atque legibus nec sapientes omnes habere locum; sed ii tantum, qui sunt EcclesicB pastores. Cl. v. 6.

1 Fas est enim, ut prisca illa cœlestis philosophiœ dogmata pro~ cessu temporis excurentur, limentur, poliantur. Accipiant evidentiam, lucem, distinctionem. C. 30. •

LÀ PRIMAUTÉ DOCTRINALB. 657

La règle de Vincent de Lérins n'est donc vraie et juste que dans le sens positif et affirmitif : ce que tous croient de tout temps et partout est catholique. Que si ce triple caractère manque, cela ne prouve pas cependant qu'une vérité ne soit pas contenue en principe et implicitement dans ledépôt de la foi; cela prouve seulement queTEglise lie l'a pas encore expressém înt définie comme article de foi. Les définitions dogmatiques sont précisément nécessaires, non pour affirmer ce qui est déjà cru universellement et l'a toujours été et en tout lieu, mais pour décider si dans ce que l'on croit déjà, quelque chose est contenu et quoi, afin de le préciser mieux et de l'élever, parle ministère de l'Eglise enseignante, au rang d'un dogme positif obligeant tout le monde à le croire, afin, encore, de signaler l'erreur contraire et de la condamner,

Yincent de Lérins est donc bien éloigné de vouloir donner l'accord effectif des fidèles pour la règle de foi la plus haute et qui fasse autorité. Il dit lui-même que le venin de l'arianisme s'était immensément répandu, que la question du baptême des hérétiques en avait fourvoyé uu grand nombre *. La règle de la foi est pour lui l'Eglise enseignante qui parle dans les décerts des conciles généraux, aiusi que dans les décisions de la chaire

1 G. 4. Cap. 38, 42. D'après Vincent de Lérins, le Siège apostolique de Rome est le gardien de l'antique foi. Ç. 9 : Mos iste semper in Ecclesia viguit, ut quo quisque foret religiosior, eopromptius novellis inventionibus contrairet. Exemplis talibus pîena iunt omnia. Sel ne longum fiât, unum aliquod et hoc ah Apostolica potissimum Sede sumemus, ut omnes luce clarius rideant, beatorum apostolorum beala succesiio quanta vi semper, quanto studio, qv nita contentions défendent susceptœ semel relîgionis inteqritortem... Cum ergo undique ad novitatem rei cuncti reclamarent |(ians la question du baptême des héréiiques), atque omnes quaquaversum sacerdotes pro suo quisque studio reniterentur, tune beatcB memoriœ Papa Stephanus apostolica Sedis antistes cum cete- Apol. du Christ. — Tome v. 42

romaine. En cas d'hérésie naissante, alors que l'Errlise n'a pas encore parlé, le fidèle doit recourir aux Pères et aux docteurs catholiques d'une orthodoxie éprouvée i, c'est-à-dire, comme nous nous exprimerions aujourd'hui, au commun enseignement des théologiens 2.

Dire, après cela, qu'une décision dogmatique ne peut intervenir qu'à la condition de l'unanimité morale des juges de la toi, c'est une prétention insoutenable et qui iombe d'elle-même devant ces principes ^. Quoique fort désirable en général, une telle unanimité ne fut jamais exigée dans aucun concile, et elle ne pouvait l'être, parce qu'il y a toujours une opposition, quelque faible qu'elle soit, et que, de fait, il y en a toujours eu : le maintien d'une telle condition aurait donc pour résultat de rendre impossible toute décision, ainsi que tout rétablissement de la paix dans l'Eglise *.

La doctrine de l'infaillibilité de la chaire romaine n'est

ris quidem coUegîssuis, sed tamenprœ eeteris restitit, dignum, ut opinor^ existimans, si reliquos omnes tantum fidei devotione vinceret, quantum loci auctoritate superahat... Quis ergo tune universinegotii exitus ? Quid utique, nisi usitatus et solitus ? Retenta est scilicet antiquilas, explosa novitas.

2 Cf. Melch. Can. I.c. vi, 6.

* Cette prétention était celle des gallicans (Defens. Declar. Cler. Gallic. vn. 4] et des jansénistes.

* Au concile de Nicée, il se trouvait plus de vingt évêques ariens ; quelques-uns i-efusèrent de souscrire (Héfélé, Hist. des conciles, I. p. 272, 282); au premier concile de Constantinople^ vingt évêques macédoniens quillèrenl l'assemblée par esprit d'opposition (Héfélé, II. p. 8) ; malgré l'opposition de Jean et de ses quarante-trois évêques, le Concile d'Ephèsc lança l'anathèiue contre Nestorius (Héfélé, II. p. i66, 474). Au concile de Chalcédoino, on fit remarquer aux évêques opposants que leur opposition était sans effet (Héfélé, II. p. 437). Môme chose pour les conciles postérieurs.

donc pas nouvelle *. La nouveauté apportée par la définition du concile du Vatican n'atteint pas la substance de la croyance catholique, mais seulement l'exposition de ce'te croyance, formulée comme dogme exprès de l'Eglise. Avant cette définition, le catholique était obligé, en conscience, d'obéir aux décisions du Pape; mais aujourd'hui, 11 doit obéir, sous peine d'être retranché de la communion de l'Eglise. Conome Fichier ^ en convient, Bellarmin, sur rinfaillibilité du Pontife romain, n'a fait que reprendre l'opinion de la plupart des théologiens scolastiques. Au moyen âge, elle était si gtinéralement admise, que la doctrine opposée aurait été condamnée comme hérétique, au dire de Gerson lui-même * ; et lorsque le Pape iMartin V, se fondant sur les antiques maximes de l'Eglise, défendit d'appeler du Pape à un concile général, il condamna, par là même, l'opinion de Gerson, concernant la supériorité du concile sur le Pape. Car, si le Pape n'était pas infaillible, le concile aurait à se prononcer en dernier ressort sur ses décisions.

L'enseignement unanime des théologiens est d'une très grande importance dans PEglise ; y contredire dans les questions de foi n'est pas héréaie^ mais confine à l'hérésie. Un tel accord prouve que la doctrine est puisée à la source de la tradition. S'il en était autrement, l'Église serait donc

* Les ariens reprochaient déjà aux Pères de Nicée qu'ils innovaient, prétendant conserver, eux, la vieille doctrine de l'Eglise. Les ariens étaient les vieux-catholiques de ce temps-là. Cf. Héfélé, Hist. des Concil. ï. p. 438. Les décrets du concile d'Ephèse furent aussi une doctrine nouvelle, au dire des historiens. (Héfélé, op. cit. p. 228.) Même objection contre le concile de Chalcédoina.

2 Geschichte der Kirchlichen Trennung Zwischen dem Orient vnd Occident. IL p, 690.

3 Depotestate eccles. Consid. ii.

e(jO CHAPITRE XXIV.

induite eu erreur par ses théologiens eux-mêmes, car ce sont eux qui forment la partie active de renseignement ec';lé.ias'ique. L'Église serait compromise et semblerait partager une erreur à laquelle elle ne ferait pas d'opposition et que son silence autoriserait. Si d'ailleurs nous y faisons attention, nous verrons que les décisions de l'Église sont préparées et amenées à maturité par la théologie ;il n'est donc pas possible que tous les théologiens enseignent ensemble une même erreur *. C'est pourquoi Pie IX parle de l'adhésion que nous devons non seulement aux décrets des conciles et aux décisions des Papes, mais encore au commun enseignement des théologiens 2.

La doctrine de la faillibilité du Siège apostolique fut

1. Melc. Can I. c. vn. 3. p. 491 : Concordem omnium theologonim scholœ de fide aut moribus senleutiam contradicere, si hœresis non est, al hœresi proximuni est... Nullwn tam proprium scholœ decretinn est, quod vel ex sacris littei-is, tel ex apostolorum traditio7ie velex ronciliorumetPontificumdeftnitionibus non habeatceriam originem... Prceterea, siqua in qnceatioae universi tkeoloyi eadem inter se conrinunt, pvoferto si in eo errant, Ecdesiam ilem errandi periculo exponunt. Sive tnim qui confessiones audmnt, sive qui ad populuin habent conciones utrique plebem instituunt, ut a theologis accepenint. lia fil, ut Ecclesia eoruin in fide communem errorem dissimulando , Christi fi,deles suo silentio deàperet... Si quas Ecclesi hœreses condemnavit ; si qua de fide et moribus décréta tulit, in utrisque sdiolasticorum studio et diligentia vehementer adjiUa est... quamdiu Christi corpus, i, e. Ecclesia fuerit, ud divin.im procurationem pertinebit, ut ii, qui in Eccle4a sacrœ d)Ctrinœ dodores habenlur, tanquam a Deo dali veritatem in fide teneant, ne populus parvulormn more circumferatur.

2. Pius IX. d. d. 21 Dec. 'I8G3 ad archiepiscopum Monach. : eapientibus caîholicis haud salis esse, ut prœfata dogmata recipiant... $iil ad e% quoque extendenda {subjectio}, quœ ordinario lotius Ecclesiœ per orbem disperses universali et constanti consensu a caîholicis theo'ogis ad fidemperlinere retinentur... quœ communiet constanti calholicorum consensu retinentur utlheologicce veritales et conclusiones lam cerlœ, ut opiniones ejusdem doctriœ capitibus adcersœ, quanquam hœreticœ dici nequeant, tamen aliam Iheologicam mereantur censuram. — Syllab. Prop. xxn; Obligatio, qua cathùlici magistri et scriplores omnino adstringuntatur, coarctur in iis tantum, quœ ab infallibdi Ecclesiœ judicio vehti dogmata ab omnibus credenda propom'ntur.

exprimée pour la première fois dans l'assemblée du clergé de France de 1682. Mais, ainsi que nous l'avons déjà vu, les fameux quatre articles n'étaient point le résultat d'une science libre et exempte de prévention ; ils n'étaient que l'œuvre de théologiens decour au service de l'absolutisme gouvernemental etde la bureaucratie '. Louis XIY voulait faire prévaloir son système de violence et d'absolutisme mêmecontre l'Eglise et contre son chef. Les quatre articles devinrent, dans la main des parlements, infectés de jansénisme, un instrument d'ojipression contre la liberté de l'Eglise et un encouragement pour les tendances schismatique *. Fénelon, après avoir donné lui-même l'exemple de la soumission la plus complète et la moins équivoque aux décisions du Saint-Siège, avertissait qu'on se tînt en garde contre les empiétements du pouvoir temporel. Ei dernièrement un écrivain protestant français avouait que le gallicanisme faisait de l'Eglise la servante des princes, et que ses fameuses libertés n'étaient que les libellés du roi de régler les affaires spirituelles aussi bien que les temporelles. Les appelsau futur concile, la constitution civile du clergé, le schisme et la chute de la religion, tels furent les fruits amers d'une doctrine fausse en principe, ilalgré la contrainte gouvernementale, la doctrine de l'infaillibilité du Pape conserva de nombreux partisans. Jusqu'au, milieu du siècle dernier, partout, excepté en France, elle fut maintenue par les théologiens, à de rares exceptions

1 Gérin, Recherches historiques sur l'assemblée du clerjé de France, I6S2. Paris, 1869. Lacretelle, Histoire de France ru xviu» siècle.

2 La plupart des évêques, disait le procureur pénéral Harlay, aurai ni rélracté leur jugement le lendemain, s'ils en aval -nt éa la permission. Gérin, p. 3oo. — li faut irav.àller à réformer la facuilé de théologie, disait le môme, pour la rajinlenir dans la devoir.

662 CHAriTRE XXIV.

près *. A partir de cette époque, l'absolutisme de l'Etat e< le jansénisme s'efforcèrent de répandre aussi l'erreui opposée hors de France ; Nicolas de Hontheim (Febronius) et les Uléologiens de Joseph II se firent les dociles instruments de ces tendances. Un intérêt mal entendu avai» aussi fait laisser dans l'ombre l'infaillibilité du Pape, dans Tespoir de gagner les protestants. Beaucoup encore furent bientôt entraînés par le courant rationaliste à dénaturer les dogmes fondamentaux de la religion et à les nier. Malgré tout, cependant, si l'on réunissait les ouvrages des théologiens de tout pays, ceux des gallicans ne seraient à l'égard des autres que dans la proportion de trois à cent. Ainsi, la grande majorité des théologiens demeure toujours fidèle à l'infaillibilité 2. Jamais l'opinion contraire n'a pu se poser comme également autorisée en face de celle-là ; tout au plus a-t-elle été tolérée par l'autorité ecclésiastique, en ce sens qu'elle n'était pas encore flétrie comme une hérésie formelle ; mais jamais elle ne passa pour un sentiment correct et en harmonie avec la doctrine

1 Ep. Benedict. XIV. Ad Inquisit. Hispan. d. d. 1748. Cf.Petr. de Myrca, Observationes supra thèses Ctaromontanas, a. 47. L'épiscopat français de ce siècle s'est prononcé pour rinfaillibilitédans plusieurs conciles provinciaux, ainsi que ceux d'Allemagne, de Belgique, d'Angleterre et d'Amérique. Cf. Schneemane, Stimmen ans Maria-Laach. x. p. 238.

2 Rump, Die Unfehlbarkeit des Papstes, 1870. Gûntlier et Veith eux-mêmes ont reconnu rinfaillibililé du Pape. Le premier a dit {Sud-und Nordluhter, p. 254): « La base de l'œuvre du Saint- Esprit se trouve comme partie intégrante dans cette infaillibilité, si détestée, qu'exerce le dépositaire de la primauté ecclésiastique dans la conduite des intérêts de la foi. > Voici le témoignage du second [Weltleben und Christenlhum, p. 163) : » Il est de l'essence de l'organisme ecclésiastique que cette infaillibilité de la foi appartienne aussi au suprême Pasteur qui occupe le Siège apostolique. î — Grairy [Connaissance de Dieu, II. 412.Paris, iSSGjdit: « Presque tous les catholiques croient, et tous admettent en pratique que: le Souverain Pontife, jugeant solennellement {ex cathedra) en matière de foi ou de mœurs, est infaillible. »

de l'Eglise ; elle fut même plusieurs fois réprouvée, tandis que la doctrine de l'infaillibilité fut de tout temps en vigueur dans l'Eglise comme règle de la vie pratique.

Parmi les nombreux dommages que l'Eglise elle-même a eu à souffrir de l'influence du protestantisme et du rationalisme, que le concile du Vatican * a déplorés et auxquels il cherchait un remède, figure notamment celuici, savoir que : c beaucoup des enfants de l'Eglise catho- « lique se sont écartés du sentier de la vraie et fidèle « piété, et que, dans l'obscurcissement graduel des véri- « tés, leur sens catholique s'est atfaibli ». C'est pourquoi, prenant occasion des erreurs qui ont fait irruption dans certains esprits depuis le concile de Trente, sous les noms de gallicanisme, de fébronianisme et de joséphisme, lEglise a enfin converti en dogme formel une croyance qu'elle avait toujours portée en substance dans son cœur, qu'elle avait appliquée et fait passer dans la vie pratique, mais qu'elle n'avait pas encore formellement proclamée comme article de foi. Développer complètement, formuler avec la dernière précision, une croyance substantiellement préexistante, voilà justement en quoi consiste ce progrès de la foi catholique si éloquemment loué par saint Vincent de Lérins, et qu*- .'es conciles ont mission de provoquer et de réaliser. Les systèmes précités ayant tenté d'ébranler la croyance à l'infaillibilité du Siège apostolique, comme si elle n'était point fondée sur TEcriture, ni sur la tradition, et la controverse ayant été portée sur le théâtre retentissantdela publicité, les esprits des fidèlesse sentaient émus et inquiets, et une décision définitive était nécessaire pour ramener le calme et la paix. Gomment I depuis des

1 Ainsi la proposit. 7 de Pierre d'Csma, 1479 : Eccîesia urbis Romœ errare jiotest. Prop. 27, 58. Luther. Prop. 85 : Aucior (i.lei, où la réprobaùon des quatre articles est réitérée.

6()i CIIAPliRE XXVI.

siècles, tous les fidèles, les prêtres et les évêques en tête, se soumettent avec autant deconfiance que d'humilité aux décisions du siège de Rome, ils y adhèrent du fond du cœur, -ésolûment et sans arrièer-pensée, sacrifiant quelquefois leurs plus chères opinions, et cela sans attendre qu'une opposition se produise, ou qu'une approbation tacite intervienne, et ces décisions des Papes ne seraient pas infaillibles ! Mais alors, sur quoi donc se fonderait une telle soumission ? Si le Pape n'est pas infaillible, comment a-t-on pu voir en lui le juge en dernier ressort de la foi ? D'un autre côté, des hommes érainents par leur science et par leur position dans l'Eglise ont employé une yaste érudition et toutes les ressources d'un génie perçant à vouloir démontrer que plusieurs Papes ont erré, que ni l'Ecriture, ni la tradition, ni les conciles, ni les saints Pères, ni les grands docteurs n'ont reconnu l'infaillibilité du Siège apostolique; que prétendre soumettre lafoi aux décisions du Pape, c'est une usurpation injustifiable d'un droit qui n'appartient qu'à Dieu et aux conciles généraux, enfin, une oppression criante des consciences : dès lors, quelle perplexité dans les âmes I

Une décision suprême devait nécessairement intervenir. Si ceux-ci ont raison, il fallait que l'empire exercé sur notre foi par le Siège apostolique fût dénoncé comme abusif, sans fondement, illicite, contraire à l'essence de lafoi, préjudiciable à l'Eglise et funeste au salut des âmes ; il fallait que les décisions papales fussent déclarées faillibles et révocables. Si, au contraire, la primauté doctrinale est réellement infaillible, il fallait aussi, de toute nécessité, que le concile proclamât cette croyance de l'Eglise par une décision formelle et solennelle, et qu'il l'affirmât de nouveau en l'établissant sur des bases inébranlables.

C'est ce qui a eu lieu. La décision a été portée. Tous

les évêques du monde catholique, sans en excepter un seul, ont adhéré. La divine Providence a visiblement tout disposé; comme toujours l'homme s'est agité, et Dieu l'a mené d'une manière admirable. Les oppositions qui s'étaient déclarées d'abord, n'ont servi qu'à raviver la vigueur de la foi catholique, laquelle consiste simplement à faire l'abandon complet de notre raison à Jésus-Christ et à son Esprit, qui gouverne l'Eglise et qui a parlé par l'Eglise *. Toute nouvelle définition d'un dogme catholique est une bénédiction pour l'Eglise, une source de lumière et de force qui jaillit d'en haut, et nous laisse voir de plus en plus près Celui qui est la vérité même. A peine trois ans 2 se sont écoulés depuis le concile du Vatican, et déjà un fait incontestable se montre même aux yeux les moins clairvoyants : c'est que le Saint-Esprit a communiqué à l'Eglise une nouvelle lumière et une nouvelle force, afin qu'elle puisse sans dommage traverser les jours difficiles qui étaient si proches et dont nul mortel n'avait soupçonné la venue.

De nouvelles et violentes tempêtes, les plus formidables peut-être qu'on ait jamais vues, menacent l'Eglise. Des assauts terribles nous attendent; encore un peu, et nous serons au fort de la lutte. Unis dans la foi sous un Pape infaillible, étroitement serrés les uns contre les autres par lelien deTunit-î ecclésiastique, maintenant nous sommes forts, et notre Eglise est une citadelle 3 désormais inexpugnable qui renferme la vérité catholique, le vrai christianisme et, avec lui, les biens les plus grands et les

1 Quantum quisque amat Ecclesiam Dei, tantum habet Spiritum Sanctum. Aiigust. Tract, xxxii, 8, in Joan. * L'original allemand date de ^873.

8 Arx sacerdotii. Bonifac. l. Ep. iv. — Arx auctoritatis. August. Ep. cxvni, cap. ix.

plus précieux delà vie, et qui les gardera, fût-ell e assaillie par Jes plus furieuses persécutions.

Vraiment, l'autorité doctrinale infaillible n'est point du tout ce jojg accablant de l'esprit, cette indigne chaîne dont la folie de ce monde s'efforce de nous fairel'effrayantepeinture. « Le théologien vraiment digne de son nom et de sa vocation est à la fois libre et lié, libre quoiqu'il se sache lié, ou plutôt parce qu'il se sait lié. Il ne fait pas consister la liberté à laissererrer son esprit à Taventure, sans boussole ni gouvernail, sur la mer sans rivage des opinions et des interprétations^ à renoncer à toute connaissance fixe, comme aussi à tout pouvoir de convaincre les autres. Il se sent libre, au contraire, parce que, par un choix volontaire et intelligent, il s'est une fois pour toutes abandonné à l'autorité de l'Eglise pour être conduit et enseigné par elle, sachant que Dieu l'a faite et instruite, afin qu'elle soit la gardienne des vérités du salut et l'institutrice des peuples. C'est dans l'Eglise et par l'Eglise qu'il est devenu libre. L'Eglise l'a délivré de l'incertitude, qui est aussi un pénible esclavage, de l'instabilité inquiète des pensées et de la conscience, du doute poignant, de la perplexité où se consume un esprit qui n'est siir de rien, pas même des principes qui sont les fondements et les points de repère de ses invfstigations. Il se sait maintenant affranchi de la perspective accablante que, dans dix ou \ingt ans, il reconnaîtra peut-être qu'il s'était trompé et qu'il écartera alors, comme une vaine illusion, ce qui lui paraît maintenant si sûr et si certain. Il a épousé l'autorité pour toujours, et toute sa vie intellectuelle ne fait plus qu'un avec elle; et son intimité avec elle va toujours croissant, tellement que, dût-elle s'effacer et devenir muette pour lui, il ne croirait, n'entendrait et n'enseignerait pas au Irement qu'elle. Il est la partie qui se

LA fRIMAUTÉ DOCTRINALE. 667

sait en parfait accord avec le tout; il est un membre adhérant au corps, et comme tel, par le simple rapport organique qui l'unit à lui, il participe ù la lumière qui éclaire tout le corps*. »

« Il est incontestable, dit Goethe 2, qu'aucune doctrine ne nous délivre de nos préjugés, excepté celle qui sait auparavant abattre notre orgueil. Et quelle est la doctrine qui bâtit sur l'humilité, sinon celle qui vient d'en haut? » Mais la vraie humilité, celle qui nous délivre du doute poignant et de l'incertitude anxieuse, où se trouve-t-elle, sinon dans notre soumission et notre abandon à une autorité vivante existant en dehors et audessus de nous ? Le protestantisme ne la connaît point, car la foi qu'il se forge à lui-même, en puisant dans l'Ecriture, est son oeuvre propre. Les adversaires de la primauté doctrinale infaillible ne la connaissent point; il est vrai que l'autorité à laquelle ils se veulent soumettre n'est pas seulement la lettre morte de l'Ecriture, c'est la tradition de l'Eglise, mais la tradition telle qu'ils la reconnaissent, qu'ils la délinissent, qu'ils l'interprètent à leur point de vue et l'appliquent eux-mêmes; ce n'est point l'autorité telle que la fixe et la proclame la parole vivante qui descend de la chaire de Pierre, ce n'est point celle devant laquelle saint Cyprien, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Augustin, saint Optât, saint Jérôme s'inclinaient avec respect, celle qui a reçu mission d'enseigner toute l'Eglise. Pour le grand martyr saint Ignace d'Antioche, l'évêque était le centre de son Église particulière, et le père auquel tous doivent se soumettre avec un abandon plein d'amour et de confiance. L'évêque des évoques, qui

1 Dœllinger, Verhandlungen der Versammlung Kath. Gelehrlen inMunschen. Regensburg, 1863, p. 53.

2 Œuvres, XIV, p. 253.

siège sur la chaire de Pierre est aussi le centre de l'Église universelle, le père de la chrétienté en qui et par qui s'unissent tous les fidèles, parce que celui qui est lié à lui est aussi lié par lui à toute l'Eglise catholique *. Sans lui, qui est l'anneau le plus élevé de la chaîne, tous les membres de la hiérarchie tombent les uns après les autres; avec la hiérarchie tombe le sacerdoce, tombe l'Eglise, comme institution visible établie par Jésus-Christ, c'està-dire le ccrps du Christ et du christianisme. L'Eglise tombant, le christianisme tombe aussi en même temps.

La guerre faite à l'Eglise depuis trois cents ans montre tout ce que vaut la Papauté. Le Pape n'est pas l'Eglise ; mais l'Église estfondée sur lui, il est Pinstrument visible voulu de Dieu, par le moyen duquel Punité, et par conséquent l'existence mime de l'Eglise, est sauvegardée. Sans lui la grande Eglise universelle, qui embrasse tous les peupies, se brise et b'émie.teen ces églises nationales qui ne sont que des instruments dans les mains des chefs d'Etat, que l(S peuples méprisent, que l'esprit de Jésus-Christ a délaissées et qui languissent sansdignitéetsanspuissance. Si donc la chaire apostolique romaine pouvait être brisée, avec elle serait brisée l'unité de l'Eglise, et alors ce serait fait de l'Eglise elle-même. Après cela, le christianisme passerait lui-même du domaine de la vie réelle dans celui de Phistoire. Ses ruines formeraient encore un objet de recherches savantes, sujet de dispute pour les archéologues-, mais il ne remplirait plus le monde de son souffle et de sa vie; l'influence qu'il exerce sur les individus comme sur les nations qu'il sauve, qu'il consacre et qu'il bénit, serait abolie pour jamais.

1 Fidem matn quam vocat ? Eamne, qua Romana pollet Ecclesia ? '<i Romanam responderit, ergo catholici sumus. Hieronym. Apolog. ad'/. Rufin. l. 4.

DU CHAPITRE ViNGT-Q U A.TRIÈME

CONSTITUTIO DOGMATJCA PRIMA DE ECCLtSlA CHRlSTI, GAP. IV.

Ipso autem Apostolico primatu, quera Romanus Poiitifex, tanquam Pétri prinoipis apostolorum successor, in universara Ecclesiam obtinet, supremara quoque magisterii potestatera comprehendi, haec sancta Sedes semper tenuit , perpetuus Ecclesise usus comprobat , ipsaque œcumenica concilia, ea imprimis, in quibus Oriens cum Occidente in fidei charitalisque unionem conveniebat, declaraverunt. Patres enim coiicilii Coustantinopolitani quarli, majorum vestigiis inhaerentes , hanc solenanera ediderunt professionem : Prima salus est, rectae fidei regulam custodire. Et quia non potest Doraini nostri Jesu Christi praetermitti seatentia dicentis : t Ta es Petrus et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meara », haec, quae dicta sunt, rerum probantur effectibus, quia in Sede apostolica immaculata est semper catholica reservata religio, et sancta celebrata doctrina. Ab hujus ergo fide et doctrina separari minime cupientes, speramus, ut m uua communione quam Sedes apostolica praedicat,

670 CUAPITRE XXIV.

esse mereamur,in qua est intégra et vera christiana soliditas *. Approbante vero Lugdunensi concilio secundo, Graeci professi sunt: sanctam Romanam Ecclesiam summum et plénum primatum et principalum super universam Ecclesiam catholicam obtinere, quem se ab ipso Domino in beato Petro Apostoiorum principe sive vertice, cujus Romanus Pontifex estsuccessor, cum poteslatis plenitudine récépissé veraciler recognoscit; et sicut prae caeteris tenetur lidei veritatem defendere; sic et, si quae de fide subortœ fuerunt quaestiones, suo debent judicio definiri. Fiorentinum denique concilium definivit: Pontiticem romanura, verum Christi Vicarium, totiusque Ecclesiae caput et omnium christianorum patrem ac doctorera existere; et ipsi in beato Petro pascendi, regendi ac gubernandi universalam Ecclesiam a Domino nostro Jesu Christo plenampotestatem tradilamesse.

Huic pastorali muneri ut satisfacerent, prœdecessores Nostri indefessam semper operam dederunt, ut salutaris Christi doctrinaapud oranes terrae populos propagaretur, parique cura vigilarunt, ut, ubi recepta esset, sincera et puracoDservaretur. Quocirca totius orbis Antistites, nunc singuli,nunc in synodis congregati, longam Ecclesiarum consuetudinem, et antiquae regulae formam sequentes, ea praesertim pericula, quas in negotiis lidei emergebant, ad hanc Sedem apostolicam retulerunt, ut ibi potissimum resarcirentur damna fidei, ubi fides non potest sentire defectum •. Romani autem pontifices, prout temporum et

1 Ex formula S. Hormisdœ Papce, prout ab Hadriano II Concilii nmienici VIII, Conslantinopolitani IV proposita et ab iisdem bscripta est.

* Cf. S. Bern. Epist. cxc.

rerum conditio suadebat, nunc convocatis œcu.ii nieis conciliis, aut explorafa Ecclesiae per orbem dispersas sententia, nunc persynodos parliculares. nunc aliis, quœ divina suppedilabat Providentia, adhibitis auxiliis, ea tenenda definiverunt, quae sacris Scripturis et apostoiicis traditionibus consentanea, Deo adjutore, cognoverant. Neque enim Pétri successoribus Spiritus Sanctus promissus est, ut eo révélante novam doctrinarn patefacerent,sed ut, eo assistentCj traiiiara per Apostolosrevelationem seu fidei depositum sancte custodirent et fideliterexponerent. Quorum quidem aposlolicam doctrinarn omnes venerabiles Patres amplexi et sancti Doctores orthodoxi venerati atque secuti sunt ; plenissime scientes, hanc sancti Pétri sedem ab omni semper errore illibatam permanere, secundum Domini Salvatoris nostri diversam poHicitationem discipulorum suorum principi factum : « Ego rogavi pro te, ut non deficiat fîdes tua, et tu aliquando conversus confirma fratres tues ».

Hoc igilur veritatis et fidei nunquam deficientis charismaPetroejusqueinhac cathedra successoribus divinitus collatum est^ ut exceiso su3 raunere in omnium salutem fungerentur, ut universus Ghristi grex per eos ab erroris venenosa esca aversus, cœlestis doctrinae pabulo nutriretur, ut sublata scliismatis occasione Ecclesia tota una conservaretur, atque suo fundamento innixa firma adversus inferi portas consisterez

At vero cum hac ipsa aetate, qua salutifera apostolici muneris efficacia vel maxime requiritur, non pauci inveniuntur qui illius auctoritati obtrectant; necessarium omnino esse censeraus, prserogativam, quam unigenitus Dei Filius cum summo pastorali officio conjungere dignatus est^ solemniter asserere.

Itaque nos Iraditioni a fidei christianae exordio prae-

ceptœ fideliter inheerendo, ad Dei Salvatoris nostri gloriara, religionis catholicae exaltationem et christianorum populorura salutem, sacro approbante concilio, docemus,et divinitus revelatutn dogma esse definimus : Roraanum Pontificem, cuni ex cathedra loquilur, id est, cum omnium christianorum Pastoris et Doctoris munere fungenspro suprema sua apostolica auctoritate doctrinam de fid3 vel moribus ab universa Ecclesia tenendam définit, per assistentiam divinam, ipsiin beato Petro promissam, ea infallibilitate pollere, qua divinus Redemptor Ecclesiam suam in defînienda doctrina de Me vel moribus ins tructam esse voluit; ideoqueejusmodi Romani Pontifiais definitiones ex sese, non autem ex consensu Ecclesise, irreformabiles esse.

'- Siquis autem huicNostr8edefînitionicontradicere,quod Deus avertat, praesumpserit; anatheraa sit.

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