‹ Apologie du christianisme (volume 2)Chapitre 6 sur 26 · In Joann., Hom. lxxxvmi · texte numérisé non relu

In Joann., Hom. lxxxvmi

* Gai., II, 2.

504 CHAPITRK XXIII.

la même charge, pour montrer combien il a à cœur le soin de ses brebis. » — « A qui », demande saint Bernard *, « toutes les brebis ont-elles été confiées indistinctement et sans restriction ? — Paissez mes brebis. — Lesquelles'/ Celles de telleville ou de telle autre, de cette nation, ou de ce royaume? Non, mes brebis, dit-il simplement. Là où rien n'est distingué, rien non plus

.n'est excepté- ».

Aussi Pierre entre-i-il dans l'exercice de sa primauté

^tout après l'ascension du Seigneur, il complète le collège apostolique et porte la parole devant le peuple ^, il opère le premier miracle '', le premier il comparaît devant le grand Conseil ^ ; il fait la première visite des Eglises ®; le premier encore, en conséquence d'une ré-

;vélation particulière, il porte l'Évangile parmi les gen-

^tils '^. Il préside dans le Concile de Jérusalem *, il lance l'anathème contre Simon le premier hérétique ' ; dans rénumération des apôtres, il figure toujours en

j^; 1 Loc, cit., XI, 8.

£. ,2 Paître employé pour gouverner est une expression familière faux saintes Ecritures (Jéréu. xxni, 2, 4. Is., xnv, 28. Ezéch., fjcxxiv, 23), et même aux écrivains profanes (Hom. II., II, 85, 1^43,. Les termes T«//*a/'v£(ï et ^oVk£<ï embrassent toutes les foncctioas spirituelles dans l'Eglise, l'enseignement aussi bien que le 'gouvernement. Comp. Act. desAp., xx, 2>. I Petr., v. 42,

' Act. des Ap., I, 15 ; ii, 44.

• Ibid., m, 1.

• Ibid.,i\, 4.

• Ibid., IX, 32.

' Ibid., X, 5.

• Ibid., XV, 7, 9 Ibid., vin, 20.

ttte *, il est expressément nommé le premier 2. w approuve les écrits de saint Paul ', et celui-ci va le voir pour recevoir de lui le sceau de la communion ecclésiastique*. Pierre est si bien distingué dans les évangiles parmi les autres apôtres,il est si régulièrement placé tout à côté de Jésus-Christ, dans une place à part et comme un

intermédiaire entre le Seigneur et lesautresdisciples,qu'aucun de ceux-ci ne pourrait lui être comparé.Tous les moments importants dans la vie de Jésus sont mis dans un certain rapport avec lui,etavec lui seul. C'est à lui particulièrement que la résurrection de Jésus est annoncée et par l'ordre du Sauveur ^ ; ses fautes et ses humiliations à lui seul se trouvent racontées dans les Ecritures du Nouveau Testament ; si l'histoire évangélique relate la fermeté de sa foi et l'ardeur de son amour, ainsi que l'éminente distinction qui en est la récompense, elle dépeint encore plus soigneusement la profondeur de sa chute. A nul autre Jésus-Christ n'a consacré tant de soin pour l'instruire et le former 6. A nul autre comme à celui-ci, il n'a prédit le genre de sa mort et son élévation à la plus haute dignité. Et encore devait-il dans sa mort ressembler à son maître.

Ceci donc e&t certain: Pierre est le fondement de l'É-

1 Marc, I, 3G.

2 Matthieu, x, 2. nfôirK 2i>((», i Myi/4,ii»s ntrf»(. Dans l'ordre chronologique de la vocation, saint André était le premier.

3 IIFetr., m, 15.

*Gal., n, 2. Aprèsun séjour de cinquante jours auprès de saint Pierre, saint Paul commença la mission.

• Marc, XVI, 7. I. Cor., xv, 5.

• Marc, v, 37 : Matth., xiii, 11 ; xvii, 24 ; Luc, xxn,24. Gorap. DœJling., Op. cit. sup.

glise de Jésus-Christ en même temps que son suprême pasteur et son docteur universel. Tout ce que l'on objecte à rencontre est sans portée. Les disciples disputent entre eux, pour savoir qui est le plus grand parmi eux, et cela même suppose parmi eux un supérieur et des inférieurs. Le propre exemple du Seigneur, qui, bien que leur maître, se dit leur serviteur, montre quelle est la nature de la puissance ecclésiastique et indique son but élevé «. Si Paul reprend Pierre de ses ménagements pour les préjugés judaïques, ce serait se tromper du tout au tout que de voir là une négation de la primauté de Pierre ; il ne s'agit que d'une remontrance fraternelle adressée par un apôtre à un apôtre ; et contredire et reprendre dans certaines circonstances même un supéueur est non seulement un droit mais un devoir 2. Le fait prouve même la primauté de Pierre ; car plus sa position était haute, plus sa connivence devenait dangereuse, et plus 11 était nécessaire de la faire cesser. < Et encore », dit Bossuet, « que cette faute lui fût commune avec Jacques, Paul ne s'en prend pas à Jacques , mais à Pierre qui était chargé du gouvernement ». » La mission que Pierre et Jean re-

1 Gai., n, 14.

2 Thom., inEpist. ad Gal.^ n, 41 ; Dicendum est quod apostO' lus fuit par Petro in executione auctoritatis non in auctoritate regiminis. Ex prœdictis ergo habemus exemplum, prœlati quidam humilitatis, ut non dedignentur a minoribas et subditis corrigi, subditi vero exempluin zeli est libertatis, ut non vereantur pmlatos corrigere, prœsertim si crimen est publicum et in periculun multitudinis vergat.

3 Sermon sur Vunité de lËglise. — Les chrétiens juifs, et même Barnabe si attaché à saint Paul, suivaient l'exemple de Pierre, et sa conduite paraissait devoir imposer un joug inutile aux gentils. Pour montrer aux Galates qu'il possédait l'autoriié apostolique, saint Paul se vante d'avoir osé résister à Pierre luiroôme.

çoivent d'aller à Saraarie non seulement ne contredit pas mais confirme la position de Pierre dans l'Église. C'est ainsi que les Églises d'Asie envoyaient ieurs évêques *, et les Juifs leurs grands-prêtres ^.

Ces pouvoirs que le Seigneur remettait à saint Pierre comprenaient une véritable juridiction sur toute l'Église et ne se bornaient nullement à un simple privilège honorifique, non plus qu'à un droit de surveillance ^. C'est par là seulement que Pierre est pour le Temple spirituel de l'Église visible ce qu'est le fondement pour un édifice matériel ; il le fonde et le maintient en état ; il n'est pas seulement le couronnement et la clef de voûte de l'édifice, il en est encore la base et la pierre d'appui *. Pour que le symbole des clefs ait toute sa signification, il faut que Pierre soit le grand intendant de la maison de Dieu, celui qui ferme et personne ne peut ouvrir, avec un pouvoir suprême et unique, ne dépendant de personne que de Jésus-Christ seul; le pouvoir pastoral ne prend un sens complet que si Pierre exerce la souveraineté dans le royaume de Dieu et s'il est celui à qui tous, grands et petits, doivent obéissance.

A la vérité, le Seigneur adressa aussi aux autres apôtres ces paroles : « Ce que vous lierez sur la terre sera lié dans t le ciel, et ce que vous délierez sur la terre sera délié

* Ignat., ad Philod., c. 49.

* Joseph, Archœol., xv, 7.

* Comme l'a prétendu Fébronius, après A. M. de Dominrs, Taa Espea et les protestants. De statu Ecclesiœ tt légitima potestate romani Pontificis. Francof. et Lips., 1763, tom. I, c. i, § i. Cf. ejusd. Retract., Pos. ni.

Comp. plus haut, S. Cyprien.

t dans le ciel * : x mais il les leur adressa en tant qu'unis à Pierre ; ils ne reçurent donc ce pouvoir qu'en union avec Pierre leur chef; par conséquent ils ne peuvent lier ce que celui-ci délie, ni délier ce qu'il a lié. Ils exercent donc leur pouvoir dans h dépendance de Pierre à qui seul les clefs ont été données. Pierre seul reçut les clefs de l'Église, et celle-ci fut donnée à garder comme une maison bien close. C'est à lui seul qu'a été remis le pouvoir et la suprême décision qui ouvre ou ferme cette maison. Il en est des clefs de l'Église comme de celles d'une ville ou d'une maison. Elles ne peuvent en définitive se trouver dans les mains que d'une seule personne, quand même encore plusieurs autres auraient la disposition des clefs particulières deh différents appartements de celte maison -. » Pierre, au contraire, a le pouvoir des clefs pour lui seul, et il ne dépend point des autres dans l'usage qu'il en fait ; ce qu'il lie, personne ne peut le délier, ce Pour fonder Tunité, Pierre fut établi chef des autres apôtres et il fut seul à recevoir les clefs du royaume des cieux, pour les communiquer ensuite aux autres ^, parce qu'il avait été le premier et le seul à répondre: a Vous êtes le Christ *, Fils du Dieu vivant. » Considérée de ce point de vue, la constitution donnée par

1 Matih., xvHi, 18.

2 Dœlling., Op. cit. sup., p. 32.

* Optât Milt-v. C. Parmen., vn, 3, comp. I, 10: Glanes soins Petnis accepit. — Léo ad Ep. Vienn., Ep. \0 : Hujus enim muneris sacramentum ita Dominas ad omnium apostolorum ofjîcium pertinere voluit, ut in B. Petro apostolorum omnium et summo principaliier collocaret, et ah ipso quasi quodam capite doua sua relit in corpus omne manare, ut exaortem se mysterii inteUigeret esse divini, qui ausus fuerit a Pétri soliditate recedere.

* Hilar. in Matth. xvi, 47 ; Chrysost. Hom. in Matth., Liv, 2.

ÉPISCOPAT El l'RlMAUTÉ. 509

le Christ à son Eglise est donc une constitution monarchique*. Néanmoins, l'Eglise diffère en trois manières des monarchies temporelles. Elle n'estpas monarchique aupoint que la puissance du chef soit unique et absorbe tout autre pouvoir; cette puissance est la plus haute mais non pas l'unique ; car les évêques ont aussi été établis parle Saint- Esprit pour régir l'Eglise en commun avec le Pape et sous lui ^. Ensuite, cette puissance du chef est déterminée par les limites que le Christ lui a marquées par sa parole, par sa loi et ses institutions; puis, elle est exercée comme il convient à des « serviteurs et à des dispensateurs ^» de l'exercer. Enfin, elle ne s'exerce point à la manière de la souveraineté temporelle, mais en toute humilité et charité, principalement par la parole et par l'exemple des pasteurs.

Tout ce qui est bon à dire du ministère ecclésiastique en général est aussi bon à dire et d'une manière encore plus excellente de la souveraine puissance de Pierre. Ce n'est pas à la a communauté ^ » ; ce n'est pas à l'Eglise universelle queJésus-Chrisl a remis les clefs, et l'Eglise n'a pas délégué ce pouvoir à l'apôtre Pierre et à ses successeurs ; les clefs ont, au contraire, été remises à Pierre immédiatement, directement et formellement pour le plus

1 Cf. Benettis, Privilégia S. Pétri rindic, vol. I, p. 80. Zaccaria, Antife bron. vindi, I, p. 342 seq.

2 Act. des Ap., XX, 23. Bernard, loc. cit., III, 4.

3 ICor, IV, 1. Petr., iv, iO.

* Confes. August. : Trihuit (Christus) principaliter claves Ecdesiœ et immédiate. De mêmeE. Richer tDe potestate ecclesiasUca, 16, 11), Launov, Dupin, Van Espen, Febror.ius (tom. I, cap. 1, § 6, Aud. fid., prop. ii, m), Quesnel (prop. xc).

5i0 CHAPITRE XXllI.

grand bien de PEglise *. C'estj en effet, à Pierre seul que le Seigneur parle : c'est à lui seul qu'il donne un nouveau nom; c'est lui seul qu'il proclame bienheureux à cause delà révélation que le Père céleste lui a envoyée; c'est à lui seul que le Seigneur demande s'il l'aime, et s'il l'aime plus que les autres ; c'est Pierre qui est rais à part et en face des autres apôtres, dont il doit confirmer la foi 2. Ce n'est pas au nom de ses collègues dans l'apostolat que Pierre reçut les clefs, pas plus qu'il ne confessa en leur nom la divinité de son maître, pas plus qu'il ne le renia en leur nom et comme leur représentant. Sans doute, dans un certain sens, il représente PEglise, mais comme la tête représente le corps ; le père, sa famille : le roi, son royaume, et non comme un fondé de pouvoir et un mandataire des apôtres ou des fidèles ^. L'Eglise n'était point encore fondée, et déjà Pierre était son chet désigné ; elle devait être fondée par son moyen et sur lui. C'est dans la personne de Pierre que l'Eglise a recule pouvoir de lier et de délier ■'; c'est à Pierre que les clefs ont été données, et par le moyen de Pierre à l'Eglise ^. Ainsi donc, la citadelle du sacerdoce a été confiée à

1 August. Tract. (jXXIV, tn Joaw. Enarrat. inPsAOS. — Petav. De hierarch. Eccl. III, -16.

2 Cf. Ast. Am. Hom. vm in SS. Petr. et Paul., éd. aligne, t. XL, p. 280.

3 August. Tract. CXXIV, 5, in Joan. : Ecclesics Petrus apostolus propter apostolatus sui primatum gerebat figurata generalitate personam.

* Fulgent. (467i, De fid. ad Petr., c. x : Pœnitentia peccatori tum prodest, si eam in Ecdesia cathoUca gerat, cui Deus in persona B. Pétri ligandi solvendique tribuit potestatem.

5 Tertull. Scorp., n" 10 : Mémento claves Dominum Petro et per Pelrum Ecdesia reliquisse.

ÉPISCOFAT ET PRIMAUTÉ. 511

Pierre par la parole du Seigneur *, et l'apostolat et l't'piscopat ont en lui leur origine ^. De même qu'il n'y a qu'un Dieu, un Christ et une Eglise, ainsi n'y a-t-il qu'une chaire doctrinale établie sur Pierre par la parole (lu Seigneur 3. Sans doute, le Seigneur voulait communiquer à tous les apôtres ce mystérieux office; mais il voulut aussi le remettre principalement à Pierre, chef des apôtres*; de sorte que si tous avaient une égale vocation, il a néanmoins été donné à un seul d'avoir la prééiniueiice sur tous^. C'est pourquoi tous, soit séparés, soit réunis ensemble, ont été soumis à la juridiction d'un .eul.

Donc: « Si quelqu'un dit que le bienheureux apôtre « Pierre n'a pas été constitué parle Christ Notre-Seigneur, « le prince des apôtres et le chef visible de toute l'Eglise « militante, ou que le même Pierre n'a reçu directement « et immédiatement du Christ Notre-Seigneur qu'une pria mauté d'honneur et non de véritable et propre juridi c- « lion, qu'il soit anathèrae. »

Passons à la deuxième question : La primauté de Pierre est-elle une simple prérogative personnelle, ou bien un ministère permanent dans V Eglise?

Saint Léon donne la réponse : L'ordre établi par l'éter-

î Arx sacerdotii dominicavoce commissaest. Bonif. (422). Ep.IV, ad Ruf. Thesscl.

2 lunocent. (447), I, ad Victr. Rothom., Ep.II, 2.

3 Gypr., Ep. XLIIL

* Léo M. (461), Ep. X,ad Ep.Vienn. : Hujusenimmunerissacramentum ita Dominus ad omnium apostolorum ofjicium pertinere voluit, ut in B. Petro, apostolorum omnium summo, principaliter collocaret.

• Id.Epist.XIV : Ciint omnium paresset electio, unitatem datum sit, ut cœteris prceemineret.

gl2 CHAPITRE XXIII.

' nelle vérité continue de durer, et saint Pierre, conservant cette consistance de roc qu'il a reçue, n'a pas abandonné le gouvernail de l'Eglise, qui lui a été mis en main % et il ne cessera jamais de siéger dans sa chaire de docteur «. Donc, il vit toujours dans ses successeurs gouvernant et dirigeant l'Eglise ^.

Le Seigneur était venu pour rassembler ce qui était dispersé,unir ce qui était divisé, afin que tous fussent un, comme lui-même est un avec son Père. « Père saint, a dit-il •, conservez en voire nom ceux que vous m'avez

1 Concil. Valic, loc. cit., cap. i. Voici la teneur de tout lechinitre • De anostolici primatus in B. Petro instttutwne : Docsmus itaqueet dedaramusjuxta Evanrjeliitestimonia pnmatum jurisdictioms in universam Dei Ecdesiam immédiate et directe beato Petro anostolo promissum atque collatum a Christo Domino fuisse. Ad unum enim Simonem, cuidixerat : Tu vocaberts Cejjhas (Joan., I 49) nostquamiliesmmediditconfessioneminquiens: luesLhnstus Filius Deivivi, solemnibus his verbis allocutus est Dommus . Beàtus es Simon Bar Jona, quia caro,et sang uis non revelavit tibi sed Pater meus, qui in cœlis est : et ego dico tibi, quia tu es Petrus, et super hanc Petram œdificabo Ecdesiam rneam, et portœ inferi non prmelabunt adversus eam : et tibi dabo claves regni cœlorum : et quodcumque Ugnveris super terram, erit ligatum et in cœlis ; et quodcumque solvens super terram, erit solutum et in cœlis Mallh., xvi, 16, 19). Atque uni Simom Petro contuM Jésus postsuam resurrectionem summi pasloris etrectoris jurisdictionem in lotum suum ovile dicens : Pasce agnos vieos : Pasce oces measlios^n., xxi, 15, 17;. Huic tam manifeste sacrarumScripturarum doctrinœ, ut ab Ecclesia catholica semper intelleda est, vperte opponuntur pravœ eorum sententiœ, qui constttutam a Christo Domino in sua Ecclesia regiminis informam pervertentcs, nenant soium Petrum prœ ceteris apostolis. sive seorsum singulis, rne omnibus simul, vero proprioque jurisdictionis primatu fuisse a Christo instructum ; aut qui affirmant , eumdem pnmatum non immédiate, directeque ipsi B. Pelro, sed Ecclesiœ, et per hanc tUty ut Ecclesiœ ministro, delatum fuisse.

2 Serm. III, 3.

3 Serm. IV, 2.

* Philipp. Leg., in Conc. Ephes., act. m (Wansi, IV, 296).

« donnés, afln qu'ils soient un, comme nous sommes un. t Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour « ceux qui doivent croire en moi sur leur parole, afin que « tous ensemble ils soient un. Et je leur ai donné la « gloire que vous m^avez donnée, afin qu'ils soient un « comme nous sommes un. » Ainsi le modèle de notre unité c'est Dieu même, c'est le Christ, qui est un avec son Père. Tous ceux qui ont été régénérés par le saint baptême sont citoyens d'un même royaume, enfants d'un même père, membres d'un même corps qui est le corps mystique du Christ i. « Le nom d'Eglise », dit saint Chrysostome \ « signifie unité, unanimité, o

Cette prière du Sauveur est décisive pour la nature et les destinées de l'Eglise. Elle n'est pas seulement pour les apôtres, dont les jours sur la terre étaient comptés, mais encore pour tous ceux qui croiront en Jésus-Christ dans toute la suite des siècles, car l'Eglise doit durer jusqu'à la fin et réunir ses enfants de toute nation. Donc ces paroles contiennent, fondent et gardent la constitution fondamentale de l'Eglise et son unité qui est une marque de la divine mission de Jésus-Christ \ « Le Seigneur, dit saint Cyprien ^ a bâti son Eglise sur Pierre. Une seule Eglise a -donc été bâtie par le Seigneur sur Pierre, principe et fondement de l'unité. » — Le Seigneur dit à Pierre: « Je te le dis, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point. Et je te don-

1 Joan, XVI r, 11.

» Joan, v, 19 ; xi, S2. I Cor., xii, 12 ; x, 17. Ephcs., iv, 4.

• Hom. I, 1 , in I Ep. ad Cor.

* Joan., XVII, 22 : Afin que le monde croie que tu m'as en-

Apol. du Cheist. Tome v. 33

514 C.ÎAPMRE XXIII.

nerai les clets du royaume des cieux ; et tout ce que ta lieras sur la terre sera aussi lié dans le ciel, et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans le ciel. » Et après sa Résurrection il lui dit encoia: t Pais mes brebis ». Il bàîit son Eglise sur ce seul apôtie, et il idi remit la charge de paître ses brebis. Et si après sa Résurrection il donne aussi aux autres le pouvoir de lier et de délier en ajoutant: « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie », il n'en est pis moins vrai que, pour affirmer publiquement l'unité de l'Eglise, il a érigé une chaire unique, et pour mieux assurer et montrer cette unité, il a voulu qu'un seul en fût le principe et l'origine. Certainement les autres apôtres étaient ce qu'était Pierre et revêtus de la même dignité et de ia même puissance, mais ie commencement de cette puissance procède de l'unité, atin que l'Eglise soit manifestement une. Celui qui nj conserve pas cette unité qui est dans l'Eglise, comment peut-il croire qu'il conserve la foi ? Celui qui abandonne !a chaire de Pierre, comment peut-il espérer être encore dans l'Eglise?... Ainsi l'épiscopat est un (parla subor lination au loyer de l'unité), et les membres individuels n'y participent qu'en communion avec tout le corps '. Ainsi l'Eglise elle-même est une, et dans sa fécondité cioissante elle s'étend de plus en plus sur les multitudes. Les rayons du soleil sont nombreux, mais la lumière est unique. Les rameaux de l'arbre sont nombreux, mais le tronc est unique et fondé sur une racine inébranlable. On voit plusieurs ruisseaux couler d'une source unique, et les eaux se répandre à pleins bords par ces fleuves divers ; mais l'unité se retrouve à la source.

lEp. LXX, c. ni, 7.

ÉPISCOPAT ET PRIMAUTÉ. 5l5

Essaie d'arracher un rayon da soleil, son centre ; l'unité re permettra pas cette division. Enlève un rameau de l'arbre; brisé, il perd toute végétation. Isole le ruisseau de sa source, il se desséchera. Ainsi l'Eglise, éclairée de la lumière du Seigneur, lance ses rayons par tout l'univers; il n'y a cependant qu'une seule lumière qui se répand partout, et l'unité du corps ne souffre pas de division. L'Eglise étend par toute la terre les rameaux qu'elle pousse dans sa vigueur ; elle répand au loin ses ruisseaux qui coulent avec abondance; mais il y a une source qui est unique, une origine qui est unique, une mer qui est unique, et dont l'abondante fécondité va toujours se déve. loppant *. »

Comme saint Cyprien, saint Optât de Milève (371) dit 2; « Pour le bien de l'unité, Pierre mérita d'être préféré à tous les autres apôtres, et il reçut seul les clefs afin de les communiquer aux autres. Tu ne peux nier, » objecte-t-il au donatiste Parménien, « que Pierre, en sa qualité de chef des apôtres, a établi dans Rome sa chaire épiscopale... Cette chaire unique était destinée à élre un centre d'unité pour tous, et les autres apôtres n'ont pps eu la prétention d'ériger chacun une chaire indépendante; il eût été un schismatique et un pécheur, celui qui eût dressé une autre chaire contre cette chaire unique ^. > Saint Jérôme (f 420) parle de même: « Parmi les douze, un seul est choisi, afin que, par l'institution d'un chef, toute occasion de schisme soit écartée ''. > D'après saint Augustin, Pierre est le prin-

1 Episcopatus unus est, cvjus a singulisinsolidum pars tenetur,

2 Gypr., De unitat. EccL, c. IV, A.

3 Cont. Parmen., VII, 3; II, 2.

*Adv. Jovinian., I, 26.

516 CHAPITRE XXIIl.

cipe d'unité de l'Eglise, c'est pourquoi ce qu'il a reçu, toute l'Eglise l'a reçu en lui et par lui i. « De cette chaire », confessent les Pères du concile d'Aquilée, « émanent les droits de la vénérable communauté, les droits de tous et de chacun 2. De là jaillit la dignité et toute la considération du nom épiscopal ^, La chaire de Pierre est donc la cause visible et instrumentale, le principe énergique qui opère et qui conserve l'unité visible dans l'Eglise; mais le Christ avec sa grâce est le principe invisible et suprême de cette même unité * ; quiconque se sépare de la chaire de Pierre, se sépare donc de Jésus-Christ et de son Église s. Les Églises particulières ne devaient pas se grouper petit à petit dans le 'Ours des siècles et former ainsi la grande communauté ecclésiastique; non, l'Eglise devait procéder d'un principe d'unité visible institué avant tout par Jésus-Christ ; c'est en se tenant fermement unie à ce centre invariable que 1 Église devait s'étendre et se propager, sans cesser d'être une, par tous les temps et par tous les lieux. Le pian adopté par lésus-Christ pour la fondation de l'Eglise et pour la loi Je son développement est donc diamétralement contraire à ce qu'une récente école protestante ^ a rêvé. L'ancien protestantisme voyait dans la papauté l'œuvre du diable

1 In Joan. Tract. CXYIII, n° 4 : Ideo umis pro omnibus, quia tinitas est in omnibus. '

2 Ap. Ambros. (397), Ep. CI, 1 ; Ep. XL, 4.

» Innocent I. Ep. XXIX, ad Episc. conc. Carlh. — Plenitudo fontalis auctoritatis episcopalis. Germon [Destat. Eccl. Cuns., 3).

• Catechism. Rom., p. I, Q. x, cap. x : Unum esl Eccksice rector et gubernator, indivisibilis quidem Chrittus.

• Cypr., I, c. 6, 7.

• Planck, Engelhardt, Marheinecke.

et l'antechrist \ ou tout au moins une usurpation intolérable; le protestantisme contemporain a été moins violent, sinon plus véridique, et il a dit que la papauté était lê résultat d'un développement historique plusieurs fois séculaire. Les choses ne se sont point passées ainsi. Li primauté de Pierre est le fondement, la pierre angulaire sur laquelle s'appuie et s'élève l'Eglise visible de la nouvelle alliance; la primauté pontificale maintient, soutient et porte l'Eghse, elle fait plus que d'en être le faîte et le couronnement. L'unité extérieure et visible de la chaire de Pierre est ce qui joint et contient l'Eglise extérieure et visible en un grand tout unique; tout pouvoir dans l'Eglise n'existe qu'en union dans cette chaire. Car, « les hérétiques », dit saint Optât de Milève ^ a n'ont point reçu les clefs, Pierre seul les a reçues. » Avant que l'Eglise fût fondée, avant même que le sacrifice sanglant eût été offert sur la croix, la pierre fondamentale de Funité de l'Eglise avait déjà été choisie, et le porte-clefs, le chef visible du royaume du Christ, désigné. Déjà^le suprême pasteur avait été installé avant que les ouailles qui devaient être confiées à sa garde eussent été rassemblées. En Pierre, les docteurs et les pasteurs étaient liés d'avance avec les simples fidèles pour former l'unité. L'Eglise pouvait s'étendre et reculer indéfiniment sa circonférence en partant de ce centre qui embrasse, porte et resserre tout, de cette racine sur laquelle se fixe et s'affermit l'arbre de l'Eglise; la multitude des fidèles n'en serait pas moins

* Art. Smalc. p. 314 : Papamipse ipsum verum Antechristutn.

2 C. Parnem., I, \0 : Omnes hœretici neque claves hibent, qua$ Pelrus solus accepit.

5tg CHAPITRE XXni.

< comme un peuple uni à son roi, un troupeau groupé sous la houlette de son pasteur » ».

Ce pouvoir, « que le Christ donna d'abord à Pierre, sur lequel il fonda son Eglise et dont il fit le principe de l'unité 2 », doit naturellement durer aussi longtemps que dure sa raison d'être et la fin pour laquelle il a été créé, c'est-à-dire la fondation et le maintien de l'unité dans l'Eglise, et par conséquent le maintien de l'Eglise ellemême. Le pouvoir les clefs doit donc durer autant que l'Eglise, c'est-à-dire ^usqu'à la fin des temps. De là la nécessité que la primauté soit permanente dans tous les âges. Le pouvoir de Pierre, aussi bien que celui des apôtres, lui a été donné dans l'Eglise et pour l'Eglise; il ne lui a pas été donné pour lui-même, mais il a été donné à l'Eglise dans la personne de Pierre et par lui ; c'est pourquoi il ne s'est pas éteint à la mort de Pierre \ Puisque la prééminence de Pierre est le fondement de l'Eglise, el e doit donc durer autant que l'Eglise; puisque Pierre est le dépositaire du pouvoir des clefs, il faut nécessairement que Pierre demeure dans l'Eglise, tant que 1 Eglise subsiste; puisque Pierre est le pasteur de tout le troupeau du Christ, il faut que sa fonction pastorale s'étende sur toutes les générations chrétiennes et sur tous les fidèles. L'institution de l'épiscopat donnant aux Eglises particulières un principe efficace d'unité, l'Eglise universelle

l Cypr., Ep. LXVI, c. viiu

a Id. Ep. XLVIII.

3 Ces ce que prétendaientles montanistes les J^^f '«ns lej V- : Tûnt.,11 Dp nndi'^it. C XXI : Quia dixit IJomvws

ferentemf

ÉPISGOPAT ET PRIMAUTÉ. 519

avait d'autant plus besoin d'un évèque des évéques^ :\ïin que le corps visible du Christ ne s'en allât pas eu lambeaux et qu'il ne pérît point dans les déchirements qui n'ont jamais manqué à l'Eglise; ce que l'âge apostolique possédait ne pouvait faire défaut aux temps postérieurs. Voilà précisément pourquoi la primauté ne saurait être considérée comme une simple prérogative honorifique dans l'Eglise, ni le chef de l'Eglise comme un primus inter pares. Il faut que ce chef soit muni de tous les pouvoirs sans lesquels l'unité ne saurait être maintenue dans l'Eglise, et principalement du pouvoir législatif et judiciaire suprême. Car le salut de l'Eglise repose sur la dignité du grand-prêtre; si celui-ci ne possédait pas un pouvoir tout spécial et dominant, nous verrions dans l'Eglise autant de schismes qu'il y a de prêtres •.

Ainsi de la seule idée d'une Église visible unique gouvernée par l'épiscopat, résulte la nécessité absolue de la primauté. En celle-ci nous voyons la personnification unique, vivante et constante du grand principe d'autorité, qui est seul en état de maintenir l'unité dans la foi et de diriger d'une main ferme et sûre vers le but suprême, l'action de tou5 les ordres et de tous les membres du gran d organisme de l'Eglise, i Point de primauté de puissance dans l'Eglise », dit Hugues Grotius 3, z point de fin aux controverses. » Il n'est pas d'ennemi du christianisme », disait Thomas Morus, qui ne haïsse foncièrement le Saint- Siège, et pas d'ennemi de Rome qui tôt ou tard ne trahisse la religion chrétienne *. i — « La position quels Seigneur

* TertuU. De pudicit., c. i.

• Hieronym. Adversus Lucif. Calar., n. 9,

• Pro pace Eccles., tit. vu.

* Resp. ad Luth., ex.

a faite à saint Pierre i, dit un écrivain protestant contemporain, « n'a rien de capricieux ni de purement personnel, elle repose sur une loi vitale du royaume de Dieu. Toute communauté a besoin d'être gouvernée par une seule personne. L'Eglise est assujettie à cette loi non moins que les autres sphères de la vie humaine: si l'on veut qu'elle présente une communauté réelle, une société vivante, il faut qu'elle possède son unité numérique, et par conséquent un orgaurj de cette unité ^. »

Ce que le bien de l'Eglise exige, ce qui est une condition de son existence, le Seigneur le lui a donné en lui donnant Pierre. La parole: « Tu es Pierre », est une parole créatrice ^ ; ce n'est pas l'esprit des hommes, ni la faveur des princes, ni les avantages personnels des successeurs de Pierre, ni la pression ou la faveur des circonstances qui ont donné à l'Eglise son fondement, sa constitution et sa force; c'est la parole du Seigneur qui a tout fait.

Donc, en vertu d'un droit divin et par la volonté de Jésus-Christ, Pieri'e a un successeur dans sa primauté; dans ce successeur et par lui, « il continue de siéger dans

1 Lecbler, la Doctrine du saint ministère. Stuttgard, 1857, p. 139. En 1519, Luther écrivait encore ce qui suit en s'adressant au Pape (OEuvr., éd\i. d'iéiia, tome I, p. lô'J. Cf. p. 47 et -144; : Ad\ienne maintenant que pour: a, je ne veux plus savoir qu'une chose, savoir que Votre Sainteté est la voix da Christ, qui agi: et parle par elle. — J'affirme devant Dieu et devant toutes 1 > créatures que je n"ai jamais eu et que je n"ai encore pas la volonté, que je ne me suis jamais sérieusement proposé de m'attaquer à TEglise romaine et à Votre Sainteté ni par la violence, ni par la ruse. Oui, je confesie franchement que la puissance poniiûcale est au-dessus de tout, et que rien au ciel ni sur la terre ne lui est supérieur, excepté Jésus- Christ, seul, qui est e maître de tout.

* Quibus verbis Christus, quisuam maxime unam volait Ecc'esiam, creavit viagistratum ampUssima prœ cœteris potestateet majestate,quiomnes moveat ad unitatem. Bossuel, Defens. declar. ckr. GaUic, XI, 1.

sa chaire de Docteur catholique, il vit, il marche à la tête de l'Eglise pour distribuer la vérité de la foi à ceux qui la désirent *. » Dans ce successeur Pierre demeure toujours présent comme « racine et générateur de l'unité ecclésiastique 2; car, comme ce que Pierre a confessé en Jésus- Christ ne cesse pas d'être, de même ce que Jésus-Christ a institué en Pierre ne peut pas ne pas continuer d'exister 3. i Tout ce que Jésus-Clirista promis, confié et donné à saint Pierre, ill'a aussi promis, confié et donné à ses successeurs. Les pleins pouvoirs accordés à saint Pierre ont été en même temps, par disposition du donateur, transmis immédiatement en sa personne à ses successeurs, de sorte qu'il faut voir la série entière des successeurs de Pierre dans la personne de ce dernier, à qui il a été dit : Paissez mes brebis ''.

Quel est donc le successeur de saint Pierre?

Dans la personne de saint Pierre, sa primauté était indissolublement unie avec sa qualité d'évêque ; celui, par conséquent^ qui lui succède comme évêqus, lui succède aussi dans sa primauté inséparable de sa dignité d'évêque. Si saint Pierre, qui fut quelque temps évêque d'Antioche, était mort évêque d'Antioche, nul autre que son succes-

1 Petr. Chrysolog. (f 4o0), Ad Eutych. presb., n. 2. Concil. Ephes., act. III.

2 Cypr., 48.

3 Léo M. Serm. III, 2, De annivers.

* Donc évêque de Rome et successeur de Pierre, c'est tout un, vicarius Pétri, vicarius Christi (Gelas., f 496, cap. xxx, op. Thiel., p. 447) ; donc la chaire de l'évêque de Rotne est la chaire de Pierre. Cathedra Pelri, locus Pétri. Pierre lui-même tout simplement. Concil. Ghaiced., act. xi. Pierre a parlé par TAgathou. Concil. Chalced., act., art. iSI. (Cf. Balleriai, De vi et ratione Primatus, p. 3.) Const. Epist. Rom. Pontif., p. ix.

seur sur ce siège n'aurait été son successeur dans la pri* mauté. Mais il ne devait pas en être ainsi. Pierre se met en route pour Rome, il fonde l'Eglise de cette ville qu'il gouverne un certain t^-raps, enfin il meurt là de la mort des martyrs. Le successeur de Pierre sur le siège épiscopal de Rome est donc son successeur légitime et, en vertu de la disposition adoptée par Jésus-Christ, il a hérité de la primauté.

Le séjour de Pierre à Rome estattestéparlui-mênasdans sa première épitrequi est datée de B'ihijlone *, nom symbolique de la Rome païenne chez les Juifs et les premiers chrétiens^. Il est fait allusion à son martyre dans l'Evangile de saint Jean ^ ; c'était un fait si connu des chrétiens quel'Evangéliste n'avait pas besoin d'en parler autrement que par allusion. Saint Clément, le successeur de saint Pierre sur le siège dà Rome, et saint Ignace, son successeur à Antioche, supposent également ce même fait comme étant connu de leurs lecteurs "*. Paplas atteste même que saint Marc composa son évangile à Rome par le conseil de saint Pierre, et quecelui-ciécrivit sa première épître à Rome ^. Denis de Gorinthe raconte, en 170, le martyre des deux apôtres à Rome. Le prêtre Caïus, en l'an 200, indique les monuments érigés en leur honneur par

1 Petr,, v, 13. S. Marc était avec lui. Cf. I Cor., jv, 10. Philem., 24.

• Apocalyps., xiv, 18; xvi, 29; xvii, o; xviii, 2.

' Joan. XXI, 19.

4 Pierre et Paul ont souffert la mort parmi nous. I Cor., 6. — Ignat. Ep. ad Rom., n. o : Ja ne vous commande point comme Pierre el Paul.

• Op. Euseb. II. E. xi, 13.

ÉPISCOPAT ET PRIMAUTÉ. o23

ies chrétiens sur le mont Vatican et sur la voie d'Ostie *. Tertullien félicitel'Egliseromaineflece que les apôtres ont répandu sur elle avec leursang toute leur doctrine 2. Que saint Pierre ait travaillé à Rome, c'est un fait si bien constaté, si profondément entrédans l'histoire, que, pour quiconque le rejetterait comme une fiction, toute l'histoire des premiers temps se résoudrait en un mythe et le reste en une vaste énigme.

Donc la primauté dans V Eglise appartient par disposition de Jésus- Christ et en vertu d'un droit divin à l'évéque de Rome, seul successeur légitime de saint Pierre [ratione Pétri). Ni la grandeur et l'importance de la ville de Rome, ni la définition des conciles, ni le concours de circonstances favorables n'ont conféré cette dignité suprême au siège épiscopal de Rome ; a ce que saint Pierre avait reçu du Seigneur, il l'a transmis à ses successeurs ^ ». « Dieu luimême a planté et affermi sur sa racine le privilège de ce saint- siège et d'une manière inamissible et imprescriptible ; il peut être combattu, mais enlevé, jamais; il peut être ravi, maisaboli, jamais ^. > Pierreétail libredans le choix de la chaire sur laquelle il voulait mourir; mais ce n'était pas lui qui avait décrété que sa dignité passerait à son successeur. Cela s'est fait par une disposition for-

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