DU CHAPITRE DOUZIÈME
Gœthe a compris l'admirable harmonie des sacrements avec la vie humaine ; voici comment il s'exprime à ce sujet ' :
« Il faut que le chrétien s'accoutume à considérer la reli^ gion intime du cœur et la religion extérieure de l'Eglise comme étant la même chose, c'est-à-dire comme le sacrement univers(!l, grand arbre qui a ses branches et ses rameaux auxqueU il communique la sève de la sainteté, de l'immort^ lité et lie l'éternité.
« Voici ui) jeune couple qui se donne la main; ce n'est pas pour un baiser fugitif ni pour la danse. Le prêtre prononce sa bénédiction sur lui et le lien est indissoluble Après un temps qui n'est pas long, nos deux époux reviennent au pied de l'autel et y apportent une image d'eux-mêmes. Le petit enfant est purifié avec l'eau sainte et incorporé à l'Eglise, grand bienfait qu'il ne perdra qu'à force d'étourderie et d'égarement. 11 se forme de lui-même dans la vie aux choses de la terre ; quant aux choses du ciel, il a besoin qu'on les lui enseigne. A peine, soumis à un examen, a-t-il lait preuve d'une inslniclioi) suffisante, qu'aussitôt il est admis désormais dans le seia de l'Eglise comme citoyen actif, comme confesseur vériiable et volontaire, non sans un signe extérieur qui ma''que le prix de la dignité reçue. Dès lors il est définitivement chrétien, il connaîi maintenant les avantages et les devoirs d'un chrétien. Dans l'intervalle il a rencontré sur son chemin mainte chose digne d'admiration. L'instruction et la correction lui ont ouvert les yeux sur les mystères de son cœur. Il sera encore question pour lui de leçons et de transgression'^, mais non de châtiment. Cependant il se trouve engaF*' lians celte
* Œuvres, tom. xvui, pag. 268.
mêlée terrible où les exigences opposées de la nature et de !a religion se combaitent; comment s'en tirera-t-il? Un moyen, un secours admirable lui a été donné: il confiera ses actions, Bes taules, ses crimes et ses doutes à un homme digne d(^ recevoir cette couiidence et établi exprès pour cela ; et cet homme le trauquilliseia, l'avertira, le forliliera, et, lui iiriposant une peine symbolique, il lui rendra la paix par l'eflacoment complet de sa faute; enfin, cet homme après l'avoir reçu avec une conscience noircie, souillée, tourmentée, le renverra avec une conscience eniièremeut calme, candide et pure. Ainsi préparé et purifié par plusieurs actions sacramentelles, qui vues de plus près se ramifient en plusieurs pratiques plus petites, le chrétien vient s'agenouiller pour recevoir l'hostie; et afin que le mysière de celle action si haute soit encore 'élevé, il n'aperçoit le calice que dans le lointain. Ce n'est yOint ici un manger et un boire vulgaire qui rassasie, c'est un aliment du ciel qui ne t'ait qu'augmenter la soif du breuvage céleste.
« Ce n'est pas tout. Nous finissons par nous familiariser avec les affaires de ce monde, et par marcher seuls dans cette voie, bien que nos connaissances, notre inielligence et noire caractère n'y suftiseiit pas toujours; dans les choses célestes, nous n'avons jamais fini de nous instruire. iSotre jugement qui n'est pas toujours droit par lui-même est encore si souvent faussé par des influences extérieures, que nous ne p(nivons guère trouver dans notre propre fonds ce dont nous avons besoin en fait de conseil, de consolation et de secours. Dieu y a pourvu, voici un homme sage et pieux dont la vocation et Tordre consiste à remetire les égarés dans le droit chemin, à soulager ceux qui souffrent.
« Ces moyens de consolation dont il a éprouvé tant de fois durant sa vie l'efficacité salutaire, le chrétien, arrivé aux portes de la mort, les retrouvera dix fuis plus efficaces encore. Avec une confiance entière et que lui procure une habitude qui date de sa jeunesse, le chrétien, près de quitter celte vie, reçoit avec ferveur des gages symboliques et sigtiificalifs qui lerassurent pour son avenir. Au moment même où toute garantie terrestre s'évanouii, voici qu'une garantie céleste l'assure pour l'éternité d'une existence de bonheur. Il se sent décidément convaincu qu'aucun élément ennemi, aucia esprit malveillant ne pourra l'empêcher de se revêtir d'ua corps glorifié, pour jouir, eu union immédiate avec la divi- Dité, des délices inénarrables dont elle est la source.
« Pour conclusion, afin que l'homme soit tout entier sanctifié, les pieds eux-mêmes reçoivent l'onction sainte. Ils doivent eux-mêmes, en cas de guérison, fouler à regret de nouveau ce sol de la terre si dur, si inhospitalier, il laut qu'ils soient animés de la vive impatience de repousser loin d'eux la molle de lerre qui les a jutque-là portés. Ainsi le
1H6 CHAPITRE XII. — NOTES ADDiTIONN£UES.
herceau et la tombe, si éloignés qu'ils puissent être, se trouvent renfermes dans le cercle radieux des saintes et relifeautr P^^^'^"^^ ^°"' '^^"^ venons de signaler l'admirabla
«Mais ces merveilles spirituelles ne naissent pas comme les autres fruits sur le sol de la nature, ils ne sauraient v être ni semcs, m plantés, ni cultivés. 11 faut les demander a une autre région qui n'est pas accessible pour tout chacun ni toujours. Ici la tradition nous prête le secours de la foi. Nous entendons dire qu'un homme peut être favorisé d'en haut beni, sanctifié plutôt qu'un autre. Afin qu'elle ne paraisse pas être un don de la nature, il faut que ceite grande faveur liée a un devoir pénible, passe d'un privilégié à un autre, et que le plus grand bien qu'un homme puisse désirer, sans pouvoir i acquérir par lui-même, se perpétue sur la terre par un hérirage spirituel; Oui, la consécration du prêtre comprend tout ce qui est nécessaire pour accomplir efficacement ces opérations saintes qui comblent tous les hommes des faveurs d'en fiant, sans qu'ils aient besoin d'autre disposition que de croire et d avoir confiance. Ainsi représentant de Celui qui est naexcellence l'auteur de la bénédiction, le prêtre dans la série de ses devanciers et de ses successeurs et dars le cercle de ceux qui partagent son onction sainte se montre avec d'autant plus d éclat, que ce n'est pas lui que nous honorons, mais son ministère que ce n'est pas devant son commandement que nous fléchissons le genou, mais devant la bénédiction qu Il dispense, bénédiction qui parait d'autant plus sainte et p us immédiatement venir du ciel, que celui qui en es> 1 instrument ne saurait l'affaiblir ni l'énerver par uneconduilt coupable ou même criminelle.
« Combien cet ensemble admirable par son harmonie n'a- 1-11 pas ele mutile par le protestantisme qui n'en conserve qud la moindre partie et rejette le reste comme apocrypb'e ! »
* conU,matiou. - ^ Pf ll'^D e^ et une loi de la u.ture. -J'^l'^'l La ees péchés est uu^û^^D-^^,,, et sociales ^^ \a ^ ^^^^^^^^^^^^
sSo^eS^^^-^^-rr^é^^^
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mariage - Ses co- | ^^^^^^^^ ,,,b',es dans les -f^^:, déments. ïS^'lTu^^efle vin. - ^^^ ^'^^2^^-. - Notes ^;i de sepl pour les sacrements. audilionnciles.
De .ime que la '«e -ntevme a e ae^^^^ ^^ ^,^^,^^^ la résume, ainsi de Je^»^:'^^^^ , ^^^^ ^^ .^^.^.j,;, ,es découlent d'une manière a la to. ^ i^e prcmiè-
g.aceset.esvertusde -«-.e^ ^ à lous. Ainsi .ementenlui,et,u..io; ;-;:^^^^^p,,,,,ements.C= a,ons-nous constate iaconve ,,„; demeure
que le salut de lEgUse ex>gea>t Sau q ^^^^ ^^^
l miiieu d'eue, - jj^^^^ ^^s ponr le septupi. „„us trouvons les sept s crème .,,^,,,, Dieu.
besoin de la nature "^"^'"^J, , ^^, ^,j,ôl,es adminis- Le Seigneur a lui-même envcje
trer le baptême *. Le nouveau baptisé est admis à la confession de la Trinité de Dieu, à la communauté de la mort et de la résurrection du Seigneur *, il est lié comme membre vivant au corps du Christ '. Plongé dans le bain vivifiant, il en sort renouvelé par la vertu de la grâce, c'est une nouvelle créature *, qui, étant morte au monde et à la chair, ne vit plus qu'en Jésus-Christ et avec lui. Ainsi le baptême est un bain de régénération, le principe de la nouvelle vie, laquelle se développe de plus en plus par le concours de la libre volonté pour parvenir à la maturité de la gloire '. Le baptême ôte toute la cpulpe et la peine du péché, et dépose dans l'âme le principe de la grâce et de la sainteté, germe de vie et de lumière. Comme l'arbre se dépouille de ses feuilles sèches, lorsqu'un nouveau printemps s'éveille, ainsi tombe le vieil homme, ainsi commence et croît le nouvel homme, homme spirituel et céleste sous l'enveloppe de la mortalité, en lutte contre les penchants d'une sensualité frémissante % que le sacrement ne lui a pas ôtée, mais qu'il lui a laissée comme un exercice pour sa
* Allez, enseignez (liltéralement : faites disciples en les baptisant (u-aôrTeûaaTe ^xT.TiÇc^-m aiTcû;) lous Ics peuplcs, les baptisant au nom du Père, et du Fils, el du Saini-Esprit. Matth., xxvm, 19
» Rom., VI, 4.
» Gai., m, 27.
* Quasimodo yeniti, — néophytes.
» Tit., m, 5.
* Confiteor unum baptisma in remissionem peccatorum. [Symboli Nie. Constant., Candi. Trident., sess. v, can. 5 ; sess. vu, can; 5;sess\ vi, cap. 14. Cf. Rom., \iu, 1; Gai., m, 1; Joan., in, 1)
r.rS SAINTS SACREÎENTS. 189
patience, comme une arène pour sa liberté, comme la condilion de sa couronne *. Dans le baptême, Jésus- Cbrist embrasse l'enfant du monde et du péché» il le consacre pour en faire un membre de son corps et un enfant de Dieu, il lui donne le gage du salut et le salut lui-même. Là, l'alliance de l'âme avec Dieu est scellée, et Tàme reçoit pour sa mission d'y rester fidèle *. De même qu'Adam entra dans un monde nouveau lorsqu'il fut élevé à la dignité d'une ressemblance surnaturelle avec Dieu, et que l'état de sainteté et de justice surnaturelle était un état octroyé gratuitement et non pas conquis, un état qu'il fallait s'approprier d'une manière fixe, par une épreuve et une lutte de la volonté libre ; de même encore que la vie naturelle a été accordée à nous sans nous, à la condilion toutefois que nous y consentirons ultérieurement et que nous la développerons en tout sens, ainsi en est-il de la grâce du baptême. Là le Chef de l'Eglise, Jésus-Christ, qui dans le baptême et par le baptême déploie souverainement l'énergie de sa grâce ', s'empare du néophyte jusque dans les entrailles de son être, et l'insère corps et âme dans son corps glorieux. Ainsi donc le baptême est la condition, le commencement et le principe du rovaume de Jésus-Christ en nous *.
* ConciL Trid., sess. v, can. 5.
«IPefr., m, 21.
3 C'est pour cela que le baptême est valide, môme hors de l'Eîïlise, pourvu qu'il soit administré en conformité rigoureuse avec les instruclions de l'Eglise. Cf. ConciL Lateran. IV. Cap. Firmiler. Profess. fid. Orient, a Benedicto XIV. Propos.
* Cf. Later, Condl, II, cap. 23. ConciL Trident., sess.vii, can. 2.
190 CnAPiTSE XIII.
Celle iinporlance du baptême suffit pour jusliûer sa collation aux enfants, indépendamment de la constante tradition de l'Eglise \ De même que dans l'ordre de la nature le lien organique qui rattache l'enfant au corps de l'humanité, fonde en lui la communauté du péché et de la mort, ainsi la grâce de Jésus-Christ fait de l'enfant un membre de l'organimie du salut par la régénération, et cela elle le fait non-seulement au sens figuré, psychologiquement, moralement, mais encore dans une réalité surnaturelle et mystique, elle le fait sans la rolonté do l'enfant, qui aussi bien s'est trouvé pris contre sa volonté dans les liens du péché '. Dans le baptême des enfants, c'est le Christ qui veut, et il veut que tous se sauvent, que tous parviennent à la connaissance de Dieu. Sauveur des enfants et auteur de leur bonheur, il jette en eux les fondements de son Eglise par la grâce de la justification, de la foi, de l'espérance et de la charité, grâce qui donne au chrétien devenu grand le pouvoir et la volonté de pratiquer les actes de ces divines vertus • I Comme la
— Dès le deuxième siècle, l'Eglise catholique a entouré l'acle originairement irès-simple du baptême, d'un grand appareil de cérémonies symboliques, afin de graver protondément dans les cœurs l'idée qu'elle avait de ce sacrement, et afin de rendre sensible par divers signes la grande idée de la nouvelle vie du chrétien. Cf. Mœlher, Op. cit. sup., p. 214.
* Concil. Trident., sess. vu, can. 12, 13.
^ Christus sui spiritm occfalti?simam gratiam latenter infundit et parvulis. Ai^gust. Depecc. merit., i, 9. Cf. Thon). Aquin., /. c, ill, qu. Lxit, art. 6 : JSescierunt distinguere (ceux qui nient la grâce dans le baptême des enfants) inter habitum et actum.
^ Cf. Thom., l. c, art. iv, art. vi. — Ici se découvre la racine d'un devoir rigoureux, celui d'élever la jeunesse en prenant pour point de départ la grâce baptismale et pour terme la via
LES SAi:STS SACREMENTS. 401
raison et la liberté sommeillent naturellement dans l'enfant, ce qui est accordé à l'enfant dans son baptême, ce sont les puissances de la vie surnaturelle, de la foi surnaturelle, de la charité et de toutes les vertus, puissances qui se développent en même temps que la vie corporelle '. De même que dans l'ordre de la nature l'individu entre par le seul fait de sa naissance, et dans la famille comme fils, et dans l'Etat comme citoyen, ainsi par le fait du baptême devient-il enfant de Dieu, citoyen du royaume de Jésus-Christ sur la terre, mem-
dans la foi. L'Eglise possède donc un droit inaliénable sur l'éducation religimise : car l'enlaiil baptisé apporlient avant tout à Dieu el à l'Eglise. Ici se voit encore la racine do la dignité de Tenfant, et le bonheur d'une éducation vraiment chrétienne. L'antiquité païenne vendait, tuait les nouveauxnés et anéantissait en son germe Thonime à venir (Voy. Elien, Ilistor., ii, 7 ; Terent., Aiidria Act. ii, se. 3 ; Tall. iv de la loi des douze Tabl.) ; ses grands esprits, tels qu'un Platon (De republ. Y, p. 276 ôeqq.), un Arisiote [Folit., vn, 14. Cf. Tacit., Germ., c. 19. Teriull., Apolocjet., c. 9), justiliaienl cet usage; mais en accordant au nouveau-né le droit de cité dans le l'oyaume de Dieu, l'Eglise a été son sauveur, même pour cette vie terrestre; et en marquant du signe de la croix le Iront de cet élre que l'aijliîojié l'epoussaii avec mépris, elle indique l'éminenie dbiàte Oi? cet entant doué de la grâce divine, et sur lequel a coulé le sang du Christ.
Cf. Syllab. Error., Propos, xlvit : Postulat optima civilis socie' latis ralio, ut pop-i'ares schoJœ, quœ patent omnibus cujusgue e pojiuli classis 2Juej'ts, ac publica universim instituta, quoi litteris sevenorUiusrjue aiscip'inis tradendis et educationi jureiitutis curandœ sunt destinaia, eximontur ab omni Ecclesiœ auctoritate, modératrice vi et ingerentia, plenoque civilis ac politic>e auctoritatis arbitrio sithjiciantur ad imperantium placita et ad comnmnium œtatis opi-> 1 iuiium amussim.
Propos. XLViii : Catholicis viris probari potest cajuventutis insîicaendœ ratio, quœ sit a catholica fide et ab Ecclesiœ polestale ï.ejimcta, quœque rcrum duntaxat naturalium scimtiam ac terrenœ socu'lis vitœ fines tantummodo vel saltem primario spectet.
*Catech. Rom., P. II, cap, ii, qu. xlix, li.
492 CHAPITRE XHI.
bre de l'Eglise. El de même que l'ïlat est une œuvre de Dieu dans l'histoire, de Dieu auteur de la nature, et non pas un produit du bon plaisir de l'iiomme, ainsi l'Eglise est l'œuvre de Dieu en tant que Père de la grâce, et y entrer n'est pas le fait de la seule liberté bumaine, mais aussi de la grâce qui eboisit et enfante à une nouvelle vie *.
Le baptême des enfants a existé dans l'Eglise dès le commencement *. La justification de cet usage se trouve dans l'essence même du baptême, dans l'importance et l'efficacité de la grâce de Jésus-Christ dans ce sacrement. Le protestantisme, pour qui la foi actuelle est l'unique moyen de salut, qui méconnaît la mission de l'Eglise et l'essence du sacrement, qui réduit toute la relgion à quelque chose de subjectif, le protestantisme se contredit lui-même lorsqu'il conserve le baptême des enfants. Il ne peut alors lui accorder qu'une importance pédagogique '.
L'Eglise a toujours reconnu la vertu d'effacer les
* Le renouvellement des vœux du baptême qui se fait à la première communion ne peut avoir d'autre importance que celle d'un souvenir, d'une confirmation, elle ne saurait meure en question l'œuvre de Dieu. Cf. Concil. Trident., sess. vu, can. 14, Si quis dixerit, hujusmodi parvulos baptizatos, si ado^everint, interrogandos esse, an ratum habere velint, quod patrini eorum nomine polliciti sunt... anathema sit.
^ Hoc, inquam, Ecclesia semper habuit, semper tenuit; hcc a rrajprum fide percepit ; hoc usque in finem perseveranter custodit. Augusl.. De Verb. Apost., serm. clxxvi, 2. Origen. In cap. v Ep. ad Rom. Iren. Advers. Hœres., n, 22.
^Cf. Sclileiermacher, Der christliche Glaube., ii, p. 423.01shansen. Bibl. comment., u, p. 8:U. StraUvSs, Glaubenslehre, n, p. 5"J0. — Luther lui-même dit {Œuvres, édit. Jeu., 1, ii, p. 60J) ;
péchés au martyre , expression de l'amour parfait (baptême de sang) * ; aussi l'Eglise n'a-t-elle jamais prié pour les martyrs. Le baptême de désir supplôe également au baptême effectif '.
Les Apôtres administraient le sacrement de confirmation. Saint Pierre et saint Jean font dans ce dessein le voyage de Samarie, et par l'imposition des mains ils font descendre la vertu du Saint-Esprit sur les nouveaux baptisés *. Cette imposition des mains conférait assez souvent des dons qui se manifestaient en signes miraculeux et éclatants, mais en cela ne consistait pas exclusivement, ni même principalement son action et son importance. Ces dons extraordinaires avaient été déjà promis à la foi comme telle *, sans toutefois y être nécessairement attachés. L'imposition des mains a pour objet de faire descendre sur les membres de l'Eglise cet écoulement du Saint-Esprit qui se répandit sur l'Eglise naissante le jour de la Pentecôte. Ils reçoivent l'onction du Saint-Esprit qui imprime en eux son sceau et les rend
« Le baptême ne justifie point sans la foi, et la foi justifie sans le baptême; nous nions du fond du cœur que les petits enfants, qui ne peuvent avoir la foi, soient justifiés par le baptême ».
• Tertull., De Baptism., c. 16; Gregr. Nazianz., Orat. xxxïX, 17 ; Cyrill. Hieros. Cutech., xvm, 30; iUcUf/i., xvi, 25; Joui*,, XV, 13. Cyprian. Exhort. ad martyr, c. 13.
' Concil. Trident., sess. xvi, cap. 4, Augustin. De baptism , IV, 23. Ambros. Orat. funebr. Valent. Imper.; Prop. buii, XXXf, XXXII, XXXIII.
• Act., VIII, 14; Concil. Trident., scss. vn, can. 1, 2, 3. ■ * Marc, XVI, 20.
Apol. du Christ. — Tome IV. 13
parfaits chrétiens '. C'est pourquoi l'Apôtre la regarde, avec le baptême, comme une partie principale de la doctrine chrétienne*.
Dans le sacrement de l'autel nous recevons le vra/ corps et le vrai sang de Notre-Seigneur en mémoire de sa passion qui nous a rachetés ; nous sommes admis dans la communauté de son corps et de sa vie, nous obtenons un gage et un germe d'une résurrection bienheureuse •.
Comme son Père l'a envoyé, ainsi Jésus-Christ envoie ses Apôtres et leurs successeurs, et il leur confère le pouvoir de lier et de délier, le pouvoir de remettre les péchés et de les retenir ; et en soufflant sur eux, il leur communique sous ce symbole l'Esprit, en qui et par qui ils exerceront leur ministère *. Ce n'est pas l'homme qui est en état de remettre les péchés, mais Dieu seul et son
*Tfirlnl1ian. De baptismo, cap. vu; Cyrill. Hierosol. Cnth. mysfag.. HT, per toi.; Chrysost. Hom., ii, in Ephes. ; Act., ii, 17; II, 39 ; Rom., viii, 23.
2 Hebr., VI, 4. — « L'imposilion des mains pour la communicaiion du Saint-Esprit appartient, d'après saint Paul {Ileir., VI, 2), et cela dès l'origine, à Tessence de la doctrine chrétienne. Le Seigneur avait accordé ce pouvoir à ses apôtres qui l'ont transrais à leurs successeurs. Si ce ne sont là que des phrases, si le Saint-Esprit ne se con.munique pas eiïectivement, alors tout le nouveau Testament n'est qu'un artifice de langage, un livre rempli d'illusions et de trom'peries. Si ce don. ce pouvoir ne s'est pas transmis, tout appel au nouveau Teisiaraent n'est qu'une plaisanterie ». Vilmar, Op. cit. sup., p. 61.
^Joan., VI, 48. Concil. Trident., sess. xiii, can. i : Si quis negarcrit, in sanctissimoEucharistiœ sacrawentocoîitineri vere (nonseulrnii'iii en ligure), rcaliter (non-seulement par la loi), et substniitialiter (non pas seulement virtuellenieni) coi^us et sanguinem una mm anima et divinitate Domini nostri Jesu Christi, anathema sit. Voir le développement au chapitre suivant.
* Concil. Tiident., sess. .xnr, can. 1 et seqq.
LES SAINTS SACREMENTS. i9S
Esprit, qui choisit l'homme pour être l'organe de sa grâce. C'est pourquoi le Seigneur transmet aux Apôtres ce pouvoir en se servant des mêmes termes dont il use pour marquer son propre pouvoir de pardonner les péchés ^ Cependant l'action du prêtre au tribunal de la pénitence ne consiste pas simplement à déclarer ' que les péchés sont remis de Dieu; non, mais il prononce une véritable sentence d'absolution en vertu du pouvoir et de la délégation qu'il tient du Christ ; celte sentence, il
* Matth., IX, 2.
• Concil. Trident., sess., can. 9, iO. Ad instar actus judicialis, cap. 6. — Celte manière de voir répond à ressente même du protestanlisme qui ne reconnaît aucun minisière sacenJo'al aucun pouvoir d'ordre, et qui attribue à la foi seule le pouvoir de reniellre les péchés. Mais ce à quoi elle ne répond i)as
«'est la nature humaine, c'est la conscience chrétienne, et vilniar en lait l'aveu {Théologie der TUatsachen, p. 90) : « Un ecclésiastique fut appelé un jour au lit de mort d'un grand pécheur, qui, saisi d'un sentiment de repentir, voulait obtenir la rémission de ses péchés. Convaincu que sa mission se bornait a déclarer la rémission d'-s péchés, il commença donc sa déclaration. Mais le malade lui dit : ' La déclaration, je la connais depuis longtemps, d'autres me l'ont faite plus brièvement et mille fois; je veux comme tous les autres pécheurs être absous; je veux savoir si vous avez le droit et le pouvoir de me remettre mes péchés. Cela, disait-il, lui avait lail lorncer les écailles des yeux ».
C'est pourquoi Khefolh [Liturg. Ahhanil., ir, 7) réclame la coniession et l'absolution en vertu du minisière des ciels, que Jesus-Chrisl a confié à ses disciples en même temps que ce uide la prédication, pour qu'ils le transmissent eux-mêmes a des hommes sûr3. — Mélaiich.thon (Apo/of/ie de la confession <iAugstourg) parlait encore d'un sacrement de pénitence mais qui était sans vertu. Hase (Folcmique, 2« édil., p. 377) lait cet aveu : a Le protestantisme, après avoir reconnu la pénitence comme sacrement, l'a reniée ensuite comme telle ». — « Autrefois »,dit Clausllarms, avec uao ironie amère pour le protestantisme actuel, a on faisait encore quelque frais pour la rémission des péchés, aujourd'hui les Dames et les Messieurs se remettent eux-niéiues Ip.urs péchés ».
i08 CHAPITRE XIII.
doit donc nécessairement la prononcer sous la forme d'un jugement, il faut qu'elle ait pour objet le salut des fidèles et l'édification de l'Eglise, et qu'elle ne dépende pas seulement du caprice et du bon plaisir. Puisque les prêtres ont reçu le pouvoir, non-seulement de remettre, mais encore de retenir, non-seulement de délier, mais encore de lier, il s'ensuit nécessairement que pour les fidèles, le moyen régulier d'obtenir la rémission de leurs péchés, c'est uniquement le tribunal de la pénitence où siège le prêtre * ; car le pouvoir que Jésus-Christ a confié au prêtre serait vain^, le plein pouvoir de retenir les péchés serait nul, si les fidèles pouvaient en obtenir la rémission en dehors du tribunal de la pénitence, et être ainsi déliés de ce pour quoi ils ont été liés. Donc tous les fidèles sont soumis au tribunal du prêtre*. Et c'est ce qui fait que la position de l'Eglise n'est pas la même à l'égard des étrangers qu'envers ses enfants. En parlant de ceux-là, l'Apôtre dit : Qu'ai-je affaire de juger ceux qui sont hors de l'Eglise? Il n'aurait pu parler ainsi de ceux qui, en recevant le baptême, s'étaient soumis au pouvoir ecclésiastique '. Le tribunal de la pénitence répond à la nouvelle loi instituée par Jésus-Christ.
Si le prêtre est un juge, il faut de toute nécessité que l'objet sur lequel il doit exercer sa fonction de juge lui
• Cf. Thom. Aquin., C. Gent., rv, 72.
*. La conlrition parfaite qui implique le désir de la confession, justifie. Ainsi la confession est toujours nécessaire du moins quant au désir. Concil. Trident, sess. xrv, cap. 5.
* ICor., v, 12 ; Concil. Trident., sess. xrv, cap. 7.
soit soumis *. C'est pourquoi l'Eglise exige, d'après la nature même et l'essence du sacrement, la confession de tous les péchés graves au prêtre ; ce n'est qu'à cette condition que l'idée d'un jugement de l'âme devant Dieu par le prêtre se trouve mise en pratique '. Le code de lois d'après lequel la sentence est portée, c'est l'Evangile; l'accusateur en même temps que l'accusé, c'est le pécheur repentant; la cour de justice, c'est le rapport qui s'établit, sous le sceau du secret le plus absolu ', entre le Père de la confession et son fils spirituel; l'objet du jugement à prononcer, ce sont les péchés que la confession fait connaître ; le juge et l'exécuteur du jugement, c'est le prêtre. Lorsque le Christ recommandait à ses disciples de ne pas donner les choses saintes aux chiens, de ne pas jeter les perles aux pourceaux *, cette parole s'appliquait avant tout au plus grand des biens que l'Eglise ait reçu du Christ pour ses enfants, je veux dire à la grâce et au Saint-Esprit. De là la nécessité de l'examen propre, que l'Apôtre exige de chacun % la nécessité aussi pour l'Eglise de se convaincre que cet examen sérieux, véritable, détaillé et complet, a été fait par tout fidèle qui s'approche de ses mystères, qu'avant tout le repentir est
* Concil. Trident., l. c, can. 6, 7, 8, cap. 5, 7.
* In jvdicio non est idem judex et reus. Ergo peccator, qui est reus, non débet esse jvdex sui ipsius, sed ab aliojudicari débet; et ideo oportet, quod ei confiteatur. Thora. Aquin. Suppl. qu. vi, 1,
* Concil. Lateran., iv, c. 21. Cf. c. ii. D. VI. De pœnitentia; Catechis. Rom., ?. II, cap. 5, qu. 50.
* Matth., VIT, 6.
* I Cor., XI, 27.
dans son cœur, qu'il possède la contrition, a qui lient 0 la première place parmi les trois actes du sacrement « de pénitence, et qui consiste dans la douleur de l'âme, a dans l'horreur des péchés commis, accompagnée du « ferme propos de ne plus pécher à l'avenir ' ». La grâce de Dieu ne peut enlrer dans l'âme, tant que celle-ci ne s'éloigne pas résolument du péché pour se convertir à Dieu. Tandis qu'il découvre son intérieur au prêlro, et qu'il confesse, autant qu'il peut, tous ses péchés, le fidèle se découvre premièrement à lui-même, et, en même temps que lé prêtre, il embrasse du regard tout l'ensemble de sa situation morale.
De quelle importance est la confession des péchés pour le perfectionnement de la vie morale et religieuse, sans parler de son institution divine et de l'obligation rigoureuse qui en est faite, c'est ce que nous avons à peine besoin d'expliquer plus longuement. Les effoits que fait le protestantisme moderne pour rétablir la confession secrète, pour laquelle les premiers réformateurs professaient une horreur qu'ils ne pouvaient assez exprimer *,
* Concil. Trident., sess. xiv, cap. 4. Fuit autem qtiovis tcmpore, ad impetrandam veniam peccatorum hic contritionis motus necessarius... Déclarât sancta synûdus, hanc confritionern non solum ccssationem a peccato, et vitœ novœ propositum et inchoationeni, sed veteris etiam odium continere... La conlrilion, dit encore l'Iighse, doit être accompagnée de la conflaiice en la miséricorde de Dieu.
2 Confessionem istam rem pestilentem damnamus. Calvin., Instit. III, 4. « Carnificina conscieiitiœ, un martyre épouvantable », telles étaient les expressions les plus bénignes dont se servait Luther-quand il parlait de la confession catholique. Il ne la condamna cependant pas tout à l'ait, mais il la réduisit à n"èlro qu'un simple moyen pédagogique, une sorte d'épreuve caléchéliiiue. Cr. Art. de Smakakl, P. III, c. viii, pag. 331 : Prûpter
LES SAINTS SACREMENTS. i\)y
ont suffisamment démontré cette extrême importance. Sans celte obligation d'une confession détaillée et précise, combien peu arriveraient à se connaître eux-mêmes, à savoir tout ce qui leur manque pour être justes, et par conséquent combien peu arriveraient à un repentir véritable 1 Peut-être un homme ne trouverait-il pas sans cela dans toute sa vie Toccasion de réfléchir sérieusement sur l'état de son âme. La plupart des hommes ne rentreraient jamais en eux-mêmes, s'ils n'y étaient excités par la parole du prêtre; et si ce n'étaient les graves avertissements du confesseur, on n'en verrait presque aucun concevoir un ferme propos capable de réformer toute une vie, la crainte d'une rechute serait bien moindre, la satisfaction n'aurait guère lieu, et l'obligation de réparer le mal qu'on
juventutem indomitam et petulantem, ut instituatur et examinetwr in doctrina christiana.
Le Concile de Trente a repoussé ces injures avec autant de dignité qu(' de vérité (loc. cit., cap. 5) ; Impiuni est, confessionem impossibilem dicere, aut carnifirinam illam conscientiarum appellare ; constat enim, nihil aliud in Eccîesia a pœnitentibus exigi, quam ut, postquam quisque dilige7itius se exciisserit et conscientice i>uœ sijius omnes et latebras eœploraverit, ea peccata confiteatur, quibus se Deum suvm mortaliter offendisse mcminerxt ; reiiqua autem peccata, quœ diligenter cogitanti non occuiruiit, in umversum in eadem confessio7}e inclusa esse intelliguntur... t^sa vcro hvjusmodi confesiionis difficultas ac peccata detegendi verecundia gravis quideiii videri posset, Jiisi tottantisque commodis et consolationibus leva", retur.
« On doit regretter », dit le protestant Martensen (Dogmatik., p. 421), « que la confession secrète se !'>oit jierdue comme institution. Pur là il ariive qu'un point cî'appui objeciit manque à beaucoup qui sentent le besoin de soulager leur àme du poids de ses fautes... et de trouver une consolation dans la rénnssion des péchés. Cl. Jœrg, Der Protestantismus,ï, p. 434. — Dœilinger, VEglise et ks églises, p. 455. — Le rétablis^seinent de la confession chez les protestants est une chose impossible, [)uisqu'elle est en contradiclioa avec la doctrine pioteslauie du sacerdoce universel.
200 COAPITRE XIII.
a fait passerait inaperçue. Sans la confession spéciale, la parole que prononce le prêtre n'est pas plus une absolution que n'importe quelle autre parole d'encouragement qu'un prédicateur fait entendre aux personnes repentantes et pénitentes. Une telle parole n'apporte aucun apaisement à l'inquiétude ; loin de porter l'homme léger à la gravité, elle le confirme plutôt dans son caractère. Alors le cœur de l'homme, cette chose si prompte à s'élever comme à s'abattre, oscille continuellement entre la présomption et le découragement.
D'ailleurs la confession des péchés a sa racine dans les profondeurs de la nature humaine. Origène * compare le péché à un aliment empoisonné qui nous rendrait malades et que nous devrions rejeter avant de pouvoir recouvi < r la santé. Ainsi le pécheur ne trouve plus de repos, ii se sent intérieurement tourmenté et bourrelé, jusqu'à ccqu'il se soit débarrassé du poison du péché. Mille fois l'histoire a confirmé cette loi psychologique : Tout ce qui s'est emparé fortement de l'intérieur de l'homme, tout ce qui l'a ému profondément, doit aussi se manifester au dehors. La confession est la première et nécessaire issue du sentiment de pénitence, c'est une preuve de repentir, c'est aussi un acte de profonde bumililé, et
* In Ps. XX3CVII, Bom. il, 6. Cf. Eom. m, 4, in Levit. Cf. Zezschwitz, Zeitschrifl fur Protestantismus und Kirche. Ann. 1862. — Séiièque, Epit. LXII : Qrmre sua vitia nemo coufitetur '/ quia in illis etiamnum est. Vitia stia confiteri sanitatis indicium est. — Proverb. xxviii, 13 : Qui confesse ses péchés obiient niiséncorde. Partout où se trouve un repeutir vrai, c'est-à-dire une haine véritable du péché, la confession n'est plus que le dernier elTort que l'on l'ait pour se débarrasser du péché el le rMJ(4t!r hors de sa coDscience. Ct Cicéron^ ad Oclav. : i>it errotUi médicina confessio.
par conséquent de satisfaction *. Par le péché l'homme s'est détourné de Dieu pour se tourner vers la créature. L'orgueil est le premier péché et la racine même du péché. Par la confession détaillée et non pas sommaire, rhomme expie son orgueil, en se courbant dans l'humilité devant le représentant de Dieu , l'humiliation à laquelle il se condamne volontairement sert naturellement d'expiation à sa fausse élévation propre. C'est donc avec raison que les Pères appellent le sacrement de pénitence un second mais laborieux baptême'. Mais il ne déclare ses péchés que pour obtenir la sanctification ; et ainsi se montre dans ce sacrement, selon la remarque de Bellarmin, cet accord admirable de la justice et de la charité divine, caractères propres de toutes les œuvres de Dieu. Quelque chose que nous exigeons de l'enfant qui a manqué, c'est à-dire l'aveu de sa faute, parce que nous y voyons le meilleur témoignage d'un vrai repentir, quelque chose qui nous paraît dans un criminel une raison légitime d'atténuer sa peine, quelque chose qui change la peine, fût-ce la peine de mort, en un moyen d'expiation et purifie le coupable à nos yeux, quelque chose qui est un besoin si immédiat, et si incontestable du cœur humain, et qui le pousse à déposer le secret de ses fautes et de ses douleurs dans l'âme compatissante d'un ami ;
* lîle ipse rubor quem inter confUendum •patimur, pars quœdam est satisfactionis pro admissis peccatis, et frenum exhibens, ne dcinceps alia admittantur. Beilaim. De Pœnitent. iir, 12. IiiQoceiil III, in Ps. II. — Pœnit. Une confession somnidire n'est pas une coalessioD, dit Immermann [CEuv, ii, p. 561).
» Gregor. Nazianz., tn S. Lwwmia, xxxix, 17; Joan, Damascen. De fuie orthodoxa. iv, 10. Ambros. De Pœnitent., i, 8.
202 CBA?IIIIE XIII.
Toilà ce que l'Eglise dans la confession exige du pécheur au nom de Dieu; n'est-ce pas une preuve suffisante que la confession est divine, qu'elle a jété établie par Celui qui a créé le cœur de l'homme, qui connaît h fond le besoin d'une conscience chargée de péchés, bourrelée, brisée, et qui sait ' la guérir de la manière la plus efficace, tout en ne demandant à l'homme que ce que sa propre nature exige incontestablement?
* Ipsa vero hujnsmodi confessionis difflmltas ac peccata detegendi vefecundia gravis quidem videri posset, nisi tôt tardisque commodis ac consolationibus levaretur, quœ omnibus, digne ad hoc sacramentum accedentibus, per absolutionem certissime conferuntur . Concil. Trident., sess. XIV, cap. 5.' — « Qu'y a-t-il de plus naturel à l'iioii.me, que ce mouvement d'un cœur qui se penche vers un autre pour verser un secret?» Bossuet.
a Que la confession, dit Martensen [op. cit. sup., p. 420), réponde à un besoin profond de la nature humaine, c'est ce qu'on ne saurait nier ». Mais il ajoute que ce besoin est beaucoup mieux satisfait par la confession privée des Luthériens, que par la confession catholique, par la raison que le vrai besoin c'est de confesser seulement ci- qui pèse réellement sur le cœur». Comme si la confession catholique exigeait autre chose que l'aveu des péchés graves, et comme s'il y avait des péchés qui ne fussent pas lourds pour la conscience ! Et cependant l'homme est si ingénieux à se tromper lui-même, ainsi que le dit ailleurs le même Martensen, que bien souvent il n'a aucun sentiment de ce qui devrait êire le plus douloureux pour sa conscience. Comme si encore l'Eglise, tendre mère des fidèles, devait attendre dans l'indifTérence que ses enfants se sentent pressés de recourir à elle, pour être guéris ! Elle ne saurait agir ainsi, ce serait le l'ait d'un mercenaire; .\e vrai pasteur, à qui les brebis appartiennent, court après elles dans le désert, les appelle et les pousse à la conversion : tel est le précepte de la confession. D'ailleurs quel est l'homme qui se sente bien porté à dire ce qui lui pèse, devant quelqu'un qui ne connaît pas le sceau de la confession, et dont le cœur partage ses secrets avec une femme? « iSous devons nous tenir en garde contre l'introduction de la confession privée », disaient les chefs de l'opposition en Bavière {AUgem. Zeitung., 3 decemb. 1856), « comme d'une institution incompaiiljle avec la position du
« La religion catholique », dit Pascal ', a n'oblige pas « à découvrir ses péchés indifféremment à tout le « monde : elle souffre qu'on demeure caché à tous les a autres hommes; mais elle en excepte un seul *, à qui « elle commande de découvrir le fond de son cœur, et de a se faire voir tel qu'on est. Il n'y a que ce seul homme « au monde qu'elle nous ordonne de désabuser, et elle « l'oblige à un secret inviolable, qui fait que celte con- « naissance est dans lui comme si elle n'y était pas. Peut- « on s'imaginer rien de plus charitable et de plus doux? a Et néanmoins la corruption de l'homme est telle, qu'il a trouve encore de la dureté dans celte loi ; et c'est une « des principales raisons qui a fait révolter contre l'Eglise a une grande partie de l'Europe. Que le cœur de l'homme «est injuste et déraisonnable, pour trouver mauvais « qu'on l'oblige de faire à l'égard d'un homme ce qu'il «serait juste en quelque sorte qu'il fit à l'égard de « tous les hommes 1 Car est-il juste que nous les Ironie « pions ' ? »
pasteur évangélique qui se trouve impliqué dans la vie do îamille ».
* Pensées, P. I, art. 5.
•Lorsque l'Apôire dit : Confessez-vous l'un à l'autre vos péchés (Jac, v, 15, 16), il veut parler.des prêtres que le malade doit appeler et à qui il doit se confesser. Le terme l'un à l'autre doit s'entendre selon Tordre de la nature et de la grâce, c'est ainsi que saint Paul dit : Soyez soumis les uus aux autres [E-phes., v, 21).
» Il continue ainsi: «Il y a différents degrés dans cette aversion pour la vérité, mais on peut dire qu'elle est en tous en quelque degré, parce qu'elle est inséparable de l'amour-propre. Il arrive de là que, si on a quelque intérêt d'être aimé de nous, ou s'éloigne de nous rendre un office qu'on sait nous
Dans la confession, le cœur oppressé trouve un ami désintéressé, discret, expérimenté, charitable, devant lequel il peut se découvrir à son aise ; un directeur tel que les meilleurs esprits de l'antiquité désiraient d'en trouver un ', un consolateur qui , s'approcbant de ce pauvre délaissé, répand sur les blessures de son âme le baume céleste de ses paroles.
« C'est un fait », dit Manzoni *, a que le criminel accuc mule ses crimes pour étouffer les remords de sa consa cience ; il veut croire, et il parvient à croire que la c vertu n'est qu'un nom , une question d'intérêt per- < sonnel ou de préjugé. Mais il n'est pas pleinement con- € vaincu ; et si une voix lui annonçait qu'il peut revenir « à la vertu, il croirait de nouveau à sa vérité, ou plutôt
être désagréable ; on nous traite comme nous voulons être traités. Nous haïssons la vérité, on nous la cache ; nous voulons être flattés, on nous flatte ; nous aimons à être trompés, on nous trompe... Un prince sera la fable de toute l'Europe, et lui seul n'en saura rien. Je ne m'en étonne pas; dire la vérité est utile à celui à qui on la dit, mais désavantageux à ceux qui la disent, parce qu'ils se font haïr.... Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les plus grandes fortunes; mais les moindres n'en sont pas exemptes,
Sarce qu'il y a toujours quelque intérêt de se faire aimer des omraes. Ainsi la vie humaine n'est qu'une illusion perpétuelle. Personne ne parle de nous en notre présence comme il en parle en notre absence... Peu d'amitiés subsisteraient, si chacun savait ce que son ami dit de lui, lorsqu'il n'y est pas.
L'homme n'est donc que déguisement, que mensonge et hypocrisie, et à soi-même à l'égard des autres. Il ne veut pas mi'on lui dise la vérité, il évite de la dire aux autres ». Cf. Maazoni, sulla morale catholica. Pralo, 1841, p. U6 elseq.
* Se'nèq., Ep. xi, 38. Cf. Leibnitz, syst. tlmlog., p. 265, éd. de Mayence. De Maislre, Du Pape, ii, p. 36.
*0p. cU. 5up., p. ii7.
« il avouerait qu'au fond il n'a jamais cessé d'y croire. « Cela, la religion le fait ; elle fait plus. Le coupable fuit « la rencontre de la vertu, l'aspect de celle-ci suffît pour « le confondre et l'humilier. C'est pourquoi la religion < lui donne le confesseur. Il doit être pieux et pur, afin « que près de lui le pécheur se sente en compagnie de la « vertu. Il doit être humble en même temps que pur, c afin que le pécheur s'approche de lui avec confiance en a l'entendant avouer qu'il est lui-même pécheur ».
D'ailleurs, en même temps qu'il est docteur et juge, le prêtre est aussi le médecin de l'âme malade. Car, même après sa guérison, l'âme a encore besoin, comme après une maladie corporelle, d'être attentivement soignée, dirigée, soutenue. Une thérapeutique, un régime médical universel ne saurait guérir tel malade en particulier : ce qu'il faut pour cela, c'est le regard pénétrant et la sage consultation d'un habile praticien. De môme l'âme dans la confession reçoit les remèdes qui conviennent proprement à son état, moyens propres à déraciner le péché, à satisfaire la justice divine par la peine temporelle', dont l'absolution sacerdotale ne dispense pas toujours, à proléger sa faiblesse contre de nouveaux dangers et à supprimer les derniers restes de la maladie*.
Ainsi la confession n'est pas la même chose absolument que le sacrement de pénitence, elle n'en est qu'une
* Concil. Trident., l. c, cap. 8, can. 12, 13. D'après la sess. VI, cil. 14, les œuvres d'expiation consistent particulièrement en jeûnes, en prières, en aumônes et en bonnes œuvres de toute espèce.
* cr. Catech. Rom. P. II, cap. 5, qu. 154. Constit. Auctorem
fidci. Prop. XXXIY, X5XVI.
2Ub CHAPITRE XIII.
partie, et même une partie qui n'est pas toujours indispensable, puisque, en cas de nécessité, le simple désir sufûl', tandis que le repentir est, d'après la doctrine formelle de l'Eglise, de nécessité absolue. Cependant la confession reste la partie principale du sacrement, en ce sens que, autant que le comporte la fragilité humaine, elle est une garantie toute spéciale que les autres parties, savoir le repentir ou contrition, et la satisfaction ', ont été remplies véritablement, et non pas seulement en apparence, que rbomme ne se trompe pas lui-même, et qu'il ne s'imagine pas qu'il lui suffise pour s'acquitter de sa dette envers Dieu d'un sentiment vague et pieux, d'une bonne pensée passagère.
« 11 y a un avantage immense », dit G. de Humboldt', a à se prendre soi-même pour l'objet constant de sa mé- « dilation et de sa pensée. II n'est pas moins vrai de dire a que l'homme ne se connaît pas, ou du moins qu'il ne 0 se connaît jamais bien, parce qu'il n'est jamais impara tial pour lui-même. Rien ne me fait plus de plaisir que G d'être jugé librement et sans réserve par ceux que je a fréquente ». Or, c'est ce que fait la confession.
Condl. Trident., sess. xiv, cap. 4.
' ConcU. Trident., loc. cit., cap. 3 : Sunt autem gnosi matcria hujus sacramenti ipsias pœnitentis actus, nempe contritio, co/ifct'Sio, satisfactio. Qui quatenus in pœnitente ad integritatem sacramenti, ad plenamque et perfectam peccatorum remissionem requinmtur , hac ratione pœnitentiœ partes diciuitur. — L'Eglise calliolitiue, sielon la remarque du cardiual V>'ï<.en]a.n {Doctrine et coutumes de rE(jlise catholique), cnse\gr,e comme nécessaire ce que les autiei- confessions se conlenlenl de désirer, el l'enseigne plus pleinement, plus coniplélement qu'aucune autre religion.
• Lettres à une amie*
LES SAiMS sacreme:«ts. 207
Quanta l'influence de la confession sur la société, on ne saurait en contester l'efficacité salutaire. « Là les plus c grands trouvent un juge, et il n'y a pas de violateur de « l'ordre éternel, pas de contempteur de la loi divine, « qu'il porte la pourpre royale ou la livrée de l'homme « de peine, auquel la parole sacerdotale n'adresse ses <t admonestations salutaires. Le repentir et la pénitence a imposés comme condition nécessaire de la réconcilia- « tion et du pardon, telle est la sanction dont dispose le « sacerdoce pour le maintien des lois éternelles qu'il ne « cesse d'enseigner au monde. Là tous les hommes sont « égaux, quelque dififérence sociale qu'il y ait d'ailleurs « entre eux. La confession des péchés, l'expiation du mal « commis, l'engagement formel et sincère de diriger « désormais sa vie selon les lois éternelles de la justice et a de la charité, voilà ce que le prêtre exige de tous éga- « lement : se conformer à cette exigence, telle est la con- 0 dition de notre salut éternel. Là, toute passion déréglée (S doit être poursuivie jusque dans ses détours les plus « secrets ; là, tout égoïsme doit se soumettre aux lois « éternelles de la Justice et de la charité *.
« Quelle autre institution sur la terre offre pour l'ac- « complissement des devoirs sociaux une aussi forte
• La vertu, la justice, la morale doivent former la base du gouvernement. Or, sans le tribunal de la pénitence il n'est pas possible d'établir la vertu, la justice et la morale sur un fondement solide. Ce tribunal, le plus imposant qu'il y ait, s'empare fortement de la conscience et la dinge mieux que toute autre force. Le tribunal de la pénitence est impo.ssible sans la toi à la présence réelle de Jésus-Ctirist dans l'Eucharistie, puisqu'en l'absence de celte foi la communion prrd tout 600 prix. Aussi partout où celte foi a péri, la contctjiion
208 CnAPITRE XHI.
« garantie que la confession des p.^chés faite au prêtre a comme au représentant de Dieu? Quoi de plus propre « à combattre ce péché qui ronge comme un chancre la « meilleure substance de la société, à sauvegarder l'invio- « labilité du mariage, cette source de la vie comme du « bonheur des peuples, à protéger la propriété, à ensei- «gner le respect des parents et l'amour des enfants? c Quoi de plus propre à consoler la pauvreté et à obtenir a d'elle qu'au lieu de se jeter gonflée de haine et avide « de pillage sur ceux qui possèdent, elle se courbe comme a un agneau sous la lourde croix des besoins et de la a misère, embrassant résolument le sacrifice au lieu de « se livrer au désespoir ? Quelle voix plus pénétrante que a celle du confesseur enseignera aux riches la misérl- « corde, aux grands l'humilité, aux puissants la douoceur? Combien d'hommes, après s'être agenouillés au « tribunal de la pénitence, se sont relevés, éclairés, émus « et assez fortifiés pour s'éloigner de l'injustice , pour « renoncer à des entreprises coupables 1 Qu'on trouve « une autre juridiction qui soit assez étendue pour attein- « dre l'acte secret, assez efficace pour agir sur la consocience?La justice des hommes punit la violation du « droit, la justice de Dieu a institué le tribunal de la
a disparu avec elle, comme une pratique superflue, tandis qu elle est nécessaire là où cette croyance subsiste. La péni- H^icorf. i V°°^ r"°^°^' '^^^^ss^^^^^ent liées ensemble, conduisen à la pratique de la vertu, de la justice et de la mora.e. ii nesl donc pas possible d'établir un système de gouvernement durable, s'il ne repose sur la religion ca^ tiolique, apostolique et romaine. - Fitz-William, Lettres rf'Afp page 181. Cf. Bellarm., l c. Gerbet, De l Eucharistie,
a pénitence pour n'avoir pas besoin de punir en prévi;- « nant la transgression.
a Nous observons, nous comptons, nous enregislron.- « les grands phénomènes et les puissantes commotions a de la nature ; mais la y\e ordinaire qui épanouit ses a fleurs et donne ses fruits autour de nous, nous ne la fl voyons même pas ; seul l'observateur attentif la rett marque et s'en étonne dans le fond de son cœur. L'his- « toire aussi s'occupe des grandes révolutions qui s'aca complissent dans l'humanité , mais elle ne connaît 0 guère tout ce que cette source sacrée de la pénitence « répand de bénédiction dans les cœurs des individus et « dans le sein des familles. Les événements qui se passent c au grand jour, elle les raconte, mais elle ignore qui en « a jeté la semence ; elle ne se doute pas que c'est la 0 main du prêtre qui, dans le secret du sacrement, a a déposé le germe de telle action héroïque dont elle fait t le récit • » .
«On peut regarder la confession », dit Voltaire luin^.ême', a comme le plus grand frein des crimes secrets, a Elle est très-bonne pour engager les cœurs ulcérés à a pardonner, et pour faire rendre par les petits voleurs oce qu'ils peuvent avoir dérobé à leur prochain», ail «n'existe pas», dit Marmontel', « de meilleur moyen « pour maintenir la jeunesse dans la pureté des mœurs, « que la confession tous les mois ». « Que de restitutions.
*Ie sacerdoce catholique, p. 163, par l'Auteur. *Didionn. philosop., Caléchisme.
Mémoires, i, i.
Apol. du Cbrist. — ToiiK IV. 14
210 CHAPITRE XIIi;
a que de réparations la confession ne fait-elle point faire a chez les catholiques », dit Jean -Jacques'. « Le meilleur « de tous les gouvernements », dit Raynal, « serait une a théocratie où l'on établirait ie tribunal de la confes- «sion * ». Que la confession favorise l'immoralité en offrant un msyen pour remettre les fautes, c'est ce que les païens reprochaient autrefois aux catholiques, et c'est ce que des modernes ont répété après eux, mais c'est îe contraire qui est la vérité selon la réponse que leur faisait saint Augustin ' : Que tout espoir de pardon soit ôté, et le pécheur dans son désespoir entassera crime sur crime.
Les protestants disent que les papes ont inventé la confession, mais ce propos rappelle trop bien la fameuse explication de l'origine de la religion par l'invention des prêtres, pour mériter qu'on s'y arrête, a II n'y a pas de
* Emle, IV.
* Histoire philos, et polit, du commerce des Indes, t. m, p. 230. Ces témoignages ne sont que la continnaiion de ce que dit lo Catéchisme Romain, P. II, c. V, qu, xxxii : Omnibus piis persuasum est, quidquid hoc tempore sanctitatis, piefatis, religionis in Ecclesia reservatum est, id magna ex parte confessioni tribu fiuduiri. esse, ut nulli mirandum sit, humani generis hostem hanc veluti c/irt« itianœ virtutis arcem totis viribus oppugnare.
a II D'est pas rare d'entendre des maîtres de maison protestants dire (lu'ils préfèrent avoir à leur service des domestiques catholiques, parce que si ces gens les volent, leur confVsseui les obligera à restituer... Hengstenbcrg, Gazette évangélique, 1863, p. 926. — Cf. Notes additionnelles du cliap. xm.
* Sprm. CCCLII, 9 : Soient inde pagani insultare nobis, nescientes quid loquantur : vos facitis, utpeccent hornines, cum illis promittitis veniam, si egerint pœnitentiam... Ne desperando augeamus peccuta, propositxis est pœnitentiœ portus : rursus ne sperando augeamus, àatus est dies mortis incertus.
« aogme catholique », dit de Maistre', «qui n'ait ses a racines dans les dernières profondeurs de la nature « humaine, qui ne soit appuyé sur quelque sentiment a inné comme notre propre existence, et par conséquent « sur quelque tradition universelle et aussi ancienne que a l'homme... tradition çà et là plus ou moins altérée, a mais commune par son origine à tous les peuples et à a tous les temps ». Aussi trouvons-nous déjà la confession spéciale des péchés dans l'Ancien Testament comme une institution divine. Après le premier péché*, Dieu eu exige d'Adam la confession, parce que c'est là l'expression du repentir, la condition de la réconciliation, a D'après a une tradition juive constante », dit lui-même le protestant Phiiippi*, «l'imposition des mains dans le sacrifice 0 expiatoire était accompagnée d'une confession détaillée «des péchés». Des maximes comme celles-ci, que l'on trouve dans la sainte Ecriture : N'aie pas honte de confesser tes péchés *, et : Celui qui cache ses fautes n'arri' vera pas à bonne fin, mais celui qui les avoue et en dépose le fardeau par la confession^ obtiendra miséricorde'^^ supposent que l'on admettait généralement la nécessité
* De Maistre, Soirées de S. Pétershourg ; et Du Pape, p. xxxYîi.
* Gènes., in, 11 ; Tertull. De Pœnitentia, c. 12.
*Kirchl. Glaubenslehr., iv, p. 249. Ta!m. Hieros. Tract. Jomah, in fine. Tract. Sanhedr. Cf. C. Sigonius, De Reptibl. Hebr., cap. VI, ap. Ugolini, Thés. Antiqu., Tom. iv. — De même Kliefoth, Liturgische Abhandlungen. Schwerin, 1836, p. 6. Seldenus, DeSynedr. Bebr. cap. 12. Morinus, De Saa'am. Pœnitentiœ, corn- '^entarius historicus.
* Jes. Sirach. iv, 31,.
, • Proa., xxviii, 1 3.
212 CHAPITRE Xill.
de la confession des péchés et que la pratique en était familière et universelle'.
Ainsi, lorsque le Seigneur institua le sacrement de pénitence pour donner aux prêtres le pouvoir de remettre les péchés, comme il les remettait lui-même parla toutepuissance de Dieu, la confession était une pratique depuis longtemps connue et obligatoire chez les Israélites. Ce que la nouvelle loi a apporté au monde de nouveau, ce n'est pas la confession des péchés, c'est la faculté de les remettre qui a été conférée aux hommes; car, tandis que les prêtres de l'Ancien Testament ne faisaient qu'offrir des sacrifices et des prières pour la rémission des péchés sans êlre en état d'en accorder eux-mêmes l'absolution, le sacerdoce de la loi nouvelle a reçu de Jésus-Christ le plein pouvoir de remettre les péchés, comme Jésus-Christ les remettait lui-même. C'est ce qui élève l'AUiance de la grâce fort au-dessus de celle de la loi ancienne. Et si, dans l'établissement du sacrement, le Seigneur ne men-
• Levit., Y, 5, 6 : Qu'il' confesse ce en quoi il a péché (m*inn niSv Nan "îU?N). Nombr. \, l : Us d M'vcnt confnsser les péchés qu'ils ont commis (ninn n»S 'xyy lïTN* Dn.xan). Cette confession se faisait en présence d'un prèlre. {L'!vit., vi, 6; V, 18. Deuter.,xx\. 5.) Il est dit de celui qui fait une co;)r('s>ioQ sincère, qu'il rend gloini à Dieu. Esdr.,x, 11 ; Jérém., xni, 16; Joan., IX, 24. Saint Jean-Baplistc exige la confession avant que de baptiser. Matth., m, 6. — Nous trouvons même la confession chez les peu-^les qui sont en dehors de la révélation, par exemple : dans le Bouddhisme (Cf. Schlaoiniw.'its A6/itmrf/, in der Bayer. Académie der Wissensch. Sitzuiigaber. 18U3, i, p. 81, n, p. 149), chez Paton [Gorciias, p. 473, seqq.), cliez les Aztèques ei ch(^z les habiianls du Niragtia (Poschel, Age des découvertes, p. Sl'O). Ce n'et^t donc pas sans raison que lluet a dit : Peccut i salabri pœnitentia esse elucnda, mores reformandos... gentiam omnium prœceptnm est, qicœ a(jnoscuiit Veuin..- Admissa peccata palum confiteii cogunlur.
-ES SAINTS SACSEKENTS. 213
lionne pas la confession expressément, c'est que rien D'ttciit changé à cet égard, et que l'ancienne loi devait continuer d'être observée en ce point.
Le Seigneur n'a pas supprimé la mort dans le nouvel ordre de choses établi par lui, cependant il a voulu nous residre plus facile le dernier combat et adoucir pour nous l'agonie de la mort. C'est pourquoi nous voyons apparaître en même temps que le pouvoir miraculeux de guérir les maladies', un pouvoir ordinaire conféré aux j»rêtres dans l'Eglise de guérir le corps et l'âme ; car l'onction et la prière du prêtre, dit l'Apôtre*, procureront au malade le soulagement corporel et le pardon de ses péchés. Fortifier l'esprit, effacer les derniers restes du péché, guérir ou soulager le malade, tels sont les effets de ce sacrement'.
L'Eglise a été établie pour recevoir le dépôt des grâces divines ; et la dispensation qui en est faite doit avoir lieu, selon la volonté du Seigneur, par l'intermédiaire de l'homme*. Celte dispensation pratiquée dans l'Eglise et pour l'Eglise, est un ministère permanent et d'institution divine, non un privilège personnel; c'est le fondement et la condition même de l'aclivilé de l'Eglise; aussi est<ce
• Jlforc., VI, 13; xvi, 1X1
« Jac., V, 14 : Lorsqu'il y a un malade parmi vous, qu'il appelle les prêtres de l'Eglise, el ceux-ci prieront sur lui, l'oignant avec de l'huile au nom du Seigneur; et s'il a oéché, ses péchés lui seront pardonnes.
*Concil. Trident., sess. xiv,can. i, iv. Origen.Hom. in Levitic.,
* Act., 1, 8 : Vous me rendrez lémoignage à Jérusalem, en Judée et à Samarie, et par toute la terre. Matth., xxvui, 18.
un ministère impérissable comme l'Eglise elle-même *. Il existe donc une représentation de Jésus-Ctirist sur la terre dans son triple ministère de prophète, de prêtre et de roi : cette représentation qui a reçu du Seigneur luimême sa mission et son établissement exerce son ministère prophétique par la prédication constante de sa vérité, son ministère sacerdotal par l'oblation incessante du divin sacrifice et par l'administration des sacrements, son ministère royal enfin par le gouvernement extérieur et visible de l'Eglise; elle doit tirer de toutes les générations et à travers tous les siècles de quoi édifier, former le corps mystique de Jésus-Christ. Le Seigneur est avec elle jusqu'à la fin du monde*. C'est pourquoi la bouche de l'Eglise est la bouche même du Christ, c'est lui qui parle par elle ; son action est l'action du Christ qui opère par elle; sa bénédiction est la bénédiction du Christ qui bénit en elle; qui la reçoit, le reçoit; qui la méprise, le méprise •.
Mais qui est-ce qui est appelé à représenter Jésus- Christ? A la vérité tous les fidèles possèdent, en tant que membres d'un même corps sacerdotal et royal qui est le corps du Christ, une certaine dignité sacerdotale et royale*, de même que le peuple d'Israël * était aussi un peuple sacerdotal et royal par son union de race avec
* MaWi.,xx\m, 18.
* Ibid.
' Luc, X, 16.
* Petr., ni, 5 ; ix, 10. Apocalyp., v, 10^ ' Exod.j XIX, 6.
lES SAINTS SACREMENTS. 215
David et Aaron. La Tie de tout fidèle devient sans doute en Jésus-Christ et par Jésus-Christ une vie de sacrifice ; tous, dès cette vie, prennent part à sa victoire, et à sa royauté glorieuse, dans laquelle il siège à la droite du Père, ayant tous ses ennemis sous ses pieds'. Mais de même que la royauté et le sacerdoce général de tous les enfants d'Israël, loin d'exclure le sacerdoce spécial d'Aaron ni la royauté spéciale de David *, les supposaient au contraire comme la source d'où découlait sur tout le peuple la consécration sacerdotale et la dignité royale; de même c'est de Jésus-Christ », le prêtre éternel, que
• Apocalyp., m, 22 ; Il Timoth., ii, 12; Ephes., U, 6.
*Lulher avait d'abord affirmé [CEuv., Tom. xxvii, p. 234) qu'à l'origine, dans chaque ville chrétienne, le premier venu prêchait l'Evangilo et administrait les sacrements après qu'il avait été choisi par les fidèles comme le plus âgé, le plus pieux, le plus instruit, le plus considérable, sans posséder d'autre pouvoir d'ordre que celui qui apparlient à tous. Mais, dit Heng^tenberg {Emng. Kirchenzeitung 1863, p. 290), plus tard, instruit par l'expérience, il changea à cet égard de manière de voir.
La doctrine favorite des protestants qui admet le sacerdoce général et exclut tout pouvoir spirituel spécial, est essentiellement destructive de l'Eglise. Elle rend impossible la direc'ioD des âmes, la confession privée, la discipline ecclésiaslique, etc. Hengslenberg {Kirchenzeitung, 1852, p. 19) a cherclié à la modifier dans le sens catholique, mais contrairement à l'inlention première des rétormaieurs. Tant que chacun restera souverain absolu sous le rapport religieux (im.'uédiaîeté des rapports des fidèles avec le Christ) une l'ormatiou quelconque d'église sera une pure illusion.
' « Personne ne conclut de la royauté spirituelle à un droit sur les couionnes de la terre, comme faisaient les premiers anabap:isies. Lœhe, Kivche und Amt., p. 38. Le sacerdoce universel de tous leb chrétiens ne leur donne pas plus de droiis dans la consiitution de l'Eglise, que leur titre de rois ne leur en donie dans la constitution de l'Etat. Hengsteoberg, (op. CIM8C3, p. 290).
tous tiennent une certaine consécration sacerdotale pour Toblalion d'eux-mêmes dans un sacrifice d'adoration* et de louange*. A ce sacerdoce général appartiennent au?si les femmes, qui d'ailleurs n'enseignent point dansTEglise, n'y élèvent même pas la voix et ne peuvent enseigner que par leur silence '. C'est aux hommes seuls, comme représentants du Christ, le nouvel Adam, et encore pas à tous, mais seulement à une troupe * d'élite, que le Seigneur a commis la continiiation de son triple minislère. H n'y eut que ses douze principaux disciples que le Seigneur ordonna prêtres dans la solennité de la dernière Cène *. Il mit d'abord trois ans à les préparer à leur vocation, puis il souffla sur eux pour leur marquer symboliquement qu'il leur conférait le Saint-Esprit et qu'il les armait de la force d'en haut. En soufflant ainsi sur eux il se montrait lui-même comme le Créateur de l'humanité nouvelle et régénérée, et il désignait les apôlres comme les pierres fondamentales de l'édifice de la régénération, comme les dépositaires et les médiateurs de la nouvelle vie. C'est ainsi qu'il les envova d travers toutes les nations et tous les temps.
> Apoealyp., viii, 3.
*Eehr., xiii, 15.
• I Cor.f XIV, 34 ; I Tim., n, i 1 . La mission de la femme consiste dans la sanclificalion de la famille. Cf. I Tim., ii, 15 : La femme se sauvera par la génération des enfants. « Si le minislère spirituel ne se dislingue pas du sacerdoce universel, jl s'ensuit que les femmes devraient avoir part au ministère ». Lœhe, ibid.
* Choisie par le sort (*x»ipo;), le Seigneur devient son lot (KXrpoç). Act. I, 25 ; Fs. XV, 5.
»Iuc, XXII, 19 ; I Cw., XI, 23; Joan., XX, 22; Matth., xxviil, i».
LES SAINTS SACREMEMS. 217
a II est faux », confesse Kliefolh *, c que Dieu ait confié c à toute l'Eglise le pouvoir et la mission d'administrer < et de dispenser la grâce. Ce pouvoir, cette mission, « toute l'Eglise en jouit ; mais toute l'Eglise ne l'exerce c pas. Le sacerdoce général, loin d'être supprimé par le « ministère spirituel général , n'a aucun rapport avec « lui ». «Si l'on prenait au sérieux le sacerdoce univerc sel, l'entière dissolution de l'établissement divin en « serait la conséquence nécessaire ' ». Olshausen 'avoue que a le discours prononcé par saint Pierre avant l'élec- « tion de saint Matthieu, accuse une idée fort claire de la c réalité du ministère spécial, qui lui avait été confié à lui « et aux autres apôtres, ainsi que du corps à part que les « apôtres devaient former par opposition avec toute la « communauté ». D'ailleurs les apôtres seuls communiquent le Saint-Esprit par l'imposition des mains *, et saint Pierre lui-même prescrit des lois pour la pratique du saint ministère *. Jamais les apôtres ne se firent conférer leur plein pouvoir par l'assemblée des fidèles ; au contraire, ils apparaissent dès l'origine revêtus d'un pouvoir complet et paternel en face de ceux qu'ils ont engendrés en Jésus-Gbrist par la prédication de TEvangile.
* Berlin, protest. Kirchenzeitung, 27 janv. 1855. Même aveu de la part de MùnchmayLr,Sïudie nund Kriiik zi, 407. Selon ce derni(!r, c'est par le miiii^;tère sacerdotal que Jésus gouverne son Eglise et lui distribue ses grâces.
• Lechler, Die Bentestamentliche Lekte vom heilg. Amt. Stuttgart 1857, p. 20, 79,86.
* Biblischer commentar, 11, p. 64i.
*Ac<., vm, 15
» l'etr., v, 5.
Leur seul nom d'Apôtres suffit pour témoigner de leur dépendance exclusive à l'égard de celui qui les a envoyés. Saint Paul distingue expressément entre les préceptes qu'il publie au nom et par l'ordre du Christ, et ceux qu'il émet de lui-même. Il indique les diverses dispositions qu'il veut prendre, et ses lettres sont remplies des décisions qu'il porte sur toutes les questions qui s'élèvent dans l'Eglise ',
» I Cor., VII, 10 ; XI, 34 ; II Cor., xiil, 2 ; II Thessal, u, 6, 10 : ir Cor., XI, H, 14. — On voit déjà les Apùires, même aviiot la Penlecôie, administrer el gouverner au milieu des cent vingts disciples. Acf., i, 14, 15. L'École d'Erlangen admet le niinislère spirituel comme voulu par Jésus-Cluist ; mais elle aflurne contrairement à l'Ecriture, qu'il a été confié à la communauté, laquelle le confère aux individus (Thomasius, op. cit., p. 400). Kous retrouvons ici la l'ausse supposition du contrat social ; c'est une opinion non moins absurde sur le terrain religieux que sur le terrain politique, impliquant contradiction el démentie parTliistoire.
D'après Hengstenberg au contraire {op. cit., 18«7, p. 443), « la vocation vient du pouvoir ecclésiastique, et Dieu la conllrme par Tordination ». « Une Eglise », dit K. Lechclcr [La doctrine du 7iouvemi Testament touchant le saint ministère, Stuttgart, 1857, p. 20, 111), «obligée de se coustiluer elle-même, c'est exactement la même chose que le peuple souva^ain en politique, cette idée absurde de la démocratie révolutionnaiie ». « Jamais », dit Slhal {L'Eglise luthérienne et l union, p. 270), « l'Eglise ne fut même un seul instant sans ce ministère qui la domine et la dirige, el sous aucun rapport, le ministère ne tient de la communauté son plein pouvoir et sa dignité, mais il la tient immédiatement de son institution divine ».
Qu'une semblable théorie n'est point du tout celle de Luther, et qu'elle contient une renonciation à l'essence du protestantisme, Scbenkel le prouve par de nombreuses ciialioos de Luiher (Le Christianisme et VEglise en rapport avec la marche de la civilisatio7i. Il, p. 250). De plus elle se lieiuie à cette contradiction, que le ministère place au-dessus de la communauté l'ecclésiastique à qui manque cependant la couséciaiion sacramentelle. Schenkel, op. cit., p. 2(j9.
A ce sujet, Vilmar fait remarquer avec raison que si le ministère spirituel a sa source dans la communauté, il s'ensuit
LES SAINTS SACREMENTS. 21if
Par l'impositioa des mains * les Apôtres conférèrent à des hommes choisis, leurs futurs successeurs*, le pouvoir qui leur avait été communiqué à eux-mêmes avec les grâces surnaturelles nécessaires à l'exercice de ce pouvoir. C'est ainsi que le Seigneur, en soufflant sur eux,
qiie la communauté se remet à elle-même ses propres pochés. D'ailleurs ce principe, si on l'appliquait rigoureusement, aurait pour conséquence nécessaire d'introduire la domination si redoutée des majorités, laquelle ne manquerait pas de perdre l'Eglise (Cf. Rollie, Ethik., in, i,041). Et puis comment un sacerdoce invisible peut-il exercer un ministère visible sur une Eglise invisible? Qui est-ce qui décidera si telle communauté appartient bien à cette vraie Eglise invisible, qui seule possède le ministère spirituel? Qui est-ce qui forme la communauté, sinon la prédication de celui qui a une mission régulière? Rom., X, i5. — Luther a, en diderents temps, éuiis sur le ministère des opinions dilTéienles et même contradictoires. (Cf. Schwartz, lierlin. protestant. Kirchzeitung du 27 janvier ISao). En définitive, c'est le césaro-papisme qui dcmcur en possession de conférer le saint ministère, et c'est sous son égide que la réforme abrite les conséquences de ses doctrines contre les esprits emportés.
* Par là, les fidèles sont appelés à un ordre plus élevé dans l'Eglise, (Ordo, Tâv-;) par là se fait l'ordination. Le rite extérieur de l'imposition des mains (/.«fcô-aî*, -/^etf&Tcvîa) était déjà <lans l'ancien Testament le symbole de la collation des pouvoirs spirituels. Nombr. xxvu, 18; Deuteron., xxxiv, 9.
' Il Tim., I, 6 : Je l'avertis de faire revivre ta grâce de Dieu, ■qui est en toi, laquelle t'a été donnée par l'imposition de mes mains. Cf. I Tim., iv, 14. Concil. Trident., sess. xxiii, can. 3. 4 : Si quis dixàit, per sacram ordinationem non dari Spirituinac proinde frustra Episcopos .dicere : Accipe Spiritum sanctum, anatlitina sit.
«Nous ne pouvons admettre que l'imposition des mains ne soit qu'une pure cérémonie qui ne communique rien. Le ministère institué par le Seigneur comprend par essence un pouvoir et une autorité émanant du Seigneur lui-mèuie, il esi accompagné de promesses qui s'accomplirent d'une minière extraordinaire dans les a[)ôtres et les disciples immédiatement envoyés par le Seigneur ». Martensen, op. cit.
Les grâces extraordinaires accordées aux apôtres, tellesque i'iuspiialion et le don des miracles, correspoudeai à leur
220 CHAPITBE XIII.
leur avait conféré à eux-mêmes la plénitude de l'Esprit et la grâce de leur vocation. Des disciples choisis, consacrés et institués par eux dépositaires du sacerdoce, devaient à leur tour imposer les mains aux fidèles qu'ils auraient éprouvés et reconnus dignes de leur succéder '. Ainsi l'Esprit-Saint institue, par la médiation de l'homme, les pasteurs chargés de paître le troupeau du Christ *. De même que l'Eglise de Dieu est tout ensemble visible et invisible, ainsi la chaîne de la sainte hiérarchie établie par Jésus-Christ, se prolongeant jusqu'à nos jours dans le triple ordre des évoques, des prêtres et des diacres, est le gage certain et la manifestation visible du
mission extraordinaire comme apôtres, c'est-à-dire comme organes immédiats et divinoment autorisés de la révélation et fondateurs de l'Église. Comme tels ils ne pouvaient avoir de successeurs, mais ils devaient en avoir comme chefs de l'Eglise et comme dispensateurs des mysifires, caractères qu'ils transmirent comme un pouvoir ordinaire à leurs successeurs, et qui n'exigeaient pas ces giâces extraordinaires nécessaires aux apôtres. Cf. Tim., m, 2 ; Tit., i, 7. « Nous avons un pouvoir en vertu de notre ministère, et non comme une grâce exceptionnelle ».
a Quand on considère les déQuiiions si claires que le nouveau Testament donne du ministère des pasteurs et des docteurs, ministère institué de Dieu, et qui est identique avec l'épiscopat et la prêtrise (I Petr., v, 2; Act., xv, 17 ; Hebr., xin, 7, 17 ; Rom., xn, 8), imitation et continuation de la souveraineté pastorale du Christ (I Petr., v, 4; Hebr., xiu, 2; Joan., x; Joan., xxi), quand on voit comment ces pasteurs sont institués par les apôtres et les évangélistes, et comment la transmission de ce ministère est recommandée {II Tim., ii, 2), comment il est mis en opposition avec celui que s'arrogent les faux docteurs institués par les seuls suflrages de la communauté [II Tim-, IV, 2), on s'étonne de l'avénemeui d'une théorie, selon laquelle le ministère spirituel doit émaner de la seule communauté ». Vilmar, op. cit., p. 98
* I Tm., III, 2; Tit., I, 5 ; II Tim., il, 1.
" Act., XX, 27.
Cbrist, chef et roi, qui toujours enseigne, toujours sacrifie, et toujours dirige, quoique invisiblement, son Eglise *.
Une image de la mystérieuse union de Jésus Christ avec son Eglise, c'est, comme le marque la bienheureuse présence du Seigneur aux noces de Cani ', le m^.riage chrétien. Avant tout le mariage est un état voulu par la nature de l'homme, essentiel à l'espèce humaine, c'est une communauté des corps et des âmes, nécessaire à la propagation, au développement tant spirituel que corporel de l'humanité '.
Après la chute originelle, le mariage est devenu un remède contre la concuiiiscence, qu'il règle et qu'il spiri-
^Concil. Trident., sess. xxiii, can. 6, 7. — Obéissez tous, ^it saint Ignace {Ad Philad., c. 1), à l'evêque, aux prêtres et aux diacres instiiués selon l'ordre de Jésus-Christ.
• Cf. August., Ti'acî., IX, 2, in Joan.
' Gen., 1, 28: Croissez et multipliez. Gen., ii, 18 : II n'est pas bon que rhomme soil seul, je veux lui faire une compagne. — Ephes., V, 23. Le commerce charnel qui a lieu en dehors du mariage est donc tout à fait contraire à la na'.iire et par conséquent absolument coupable. C'est ce que saint Thomas développe avec beaucoup de simplicité et de profondeur (Co/if. Gent., in, 122) : Quœcumque animalia sunt, in qnibus feinina non su/ficit ad educationem prolis, mas et femina simul post coitum commanentf qiiousque necessarium est ad prolis educationem et instructionem... quod ex divina providentia est nataraliter inditum mari in talibus animalibus. Manifestum est antem, quod in specie humana femina minime S'ifficeret sola ad proUs educationem, C'-m n cesiitas humanœ vitce multa requirat, quœ per unum solum parari non possunt. Est ergo conveniens secnndum naturam humanam, ut homo post coitum mulieri commaneat. Non auîem laiic rationi obstat, quod aliqua mulier suis divitiis potois est, ut sola nutriat fœtum, quia rectitudo natnralis in humanis actibus non est secund'im ea quœ per acctdens fiant in uno individuo, sed secwidum ea quœ totam speciem sequuntur... In specie humana proies non solum indiget nutritione quantum ad corpus, scd etium imUuciione quantum ad anir.ixm. Ad hune
tnalise * en la faisant servir à un but moral. Quelque chose qui a sa racine dans la vie naturelle, qui est périssable et passager comme elle, doit devenir une obligation contractée avec une pleine conscience et accomplie avec une entière liberté. Symbole de l'amour de Jésus-Christ pour son Eglise, le mariage est donc un grand sacrement, lequel, ayant son principe et sa racine en Jésus- Christ, fournit un mobile et une force pour un amour tel que celui que Jésus-Christ a pour son Eglise *. Cette société conjugale, en soi naturelle et morale, se trouve élevée en Jésus- Christ et par Jésus-Christ au-dessus des basses régions de la vie physique et de la morale purement naturelle et lancée dans le courant de la grâce divine. Le mariage entre chrétiens n'est plus seulement un don mutuel du corps entre époux, ce n'est plus seulement une forme de vie physique morale et sociale; c'est une institution sainte et riche de j^râces, établie, soutenue et
instrucllonem longum tempus requiritur... propter impetus passionum indigent etiam repressione. Ad hocautem mulùr sola imi suffi' cit... Utide mm necessarium sit, marem feminœ commanere in omnibus animalibus quousque opus patris necessarium est proH, naluraie est homini, quod diuturnam societatem habeat vir ad determi' nut(i)7t mulierem.
Cf. Waltei-, Naturrecht undpoUtik., p. It9. Cf. Syllnbus Lxvir, nire naturœ vinculum matrimonii non est indissolubile. — Que Je iTiaiiage soi indissoluble de sa nature, c'est ce que disent pofàtivcment Trondelenbourg (Droit naturel, p. 249), Stahl (Philosophie du dirait, ii, p. 4b7) et G. de Huraboldt {Les limites de l'action de l'Etat, p, 29), enfin Hegel lui-niéme [Philosophie 'lu droit. II. 176). — Matrimoidum infidelium est verum, non tamen est ratum, Innocent. III, i, c. 7. De divortiis.
* I Cor., VII, 29.
' Ephes., V, 2o. Concil. Trident., sess. xxiv, can. 1 : St quis dixcrit, matrimonivm non esse vere et proprie uvum ex septem legis €vungelicœ Sacramentis a Christo Domino institutum, anathema sit.
consacrée par l'esprit de Dieu'. Avant le péché, les avantages de la grâce devaient se transmettre et se perpétuer dans l'espèce en même temps que les dons de la nature par la voie de la génération ; il doit encore en être ainsi / dans le royaume de la rédemption. C'est pourquoi nous dirions volontiers du mariage que c'est une église dans\ la chair, où les pères et mères ont une sorte de mi?sion. sacerdotale, celle de donner des fils et des filles au corps du Christ, de propager le royaume de la rédemption dans 1 les générations à venir, de travailler à Tédification de la grande cité de Dieu sur la terre *. Comme les parents sont membres du corps du Christ, ainsi le doivent être les enfants qui sont déjà saints dans un certain sens, puisque dès avant leur naissance ils sont déjà séparés des gentils. L'union conjugale dépend ainsi du chef de l'Eglise, a fa racine dans un sol surnaturel, je veux dire dans la vie da la grâce où sont établis les époux : c'est donc un état surnaturel, un sacrement. Jésus-Christ opère en ce sacrement et par lui en vue du but souverain auquel ten l l'Eglise. Le lien conjugal et le sacrement sont donc essentiellement une seule et même chose*. Conséquemmenl la
» Syllab., Lxv ; Nulla ratione fieri fotest, Chrhtum evexifse rwrtrimonivm ocl dignitatem sacrametiti. — Le mnirimoniitm mtum est aussi un mariage réel. Conmdiwn non facit defLonUio virginitatis sed (ides et pactio conjngalis ; cum jungitur puella, conjugium est, non cum viri admixtione cognoscitur. Ambros. De Institut. Virg., G. 6.
*1 Cor., VII, 14.
• SyUab., LXVI : Matrimonii sacramentum non est nisi qvid contractui acccssorium ab eoque separabile, ipsumque sacramentum vt una tantum nuptiali bencdictione situm est. — Cet accuid fondamental entre TEglise de Jésus-Christ et le noariage chiéiien
mariage est, parmi les chrétiens, une vocation d'ordre diviri, ayant pour but la sanclification les uns par les autres des membres de la famille * ; c'est une grande et sublime mission, que le fidèle embrasse librement, mais qui ne repose pas tout entière sur sa libre volonté, et n'en dépend pas exclusivement.
a De nos jours », dit Constantin Frantz *, « une autre
élevé ainsi à la dignité de sacrement, Méthodius l'a exposé (Conviv. dec, virg. Ilî, 4, 7, 8) avec une profondeur remarquable. De ce principale déd'iisent la cond:'mnalion du mariage ci\il, la doctrine qui fait des contractants les ministres du sacrement, le droit de l'Eglise à établir des empêchements dirimants. Cf. Syllab., Lxviii, lxix, lxx.
« Lp caracière dominant du mariage », dit de Savigny (Avugadiû, Del matrimonio, i, 299), c'est l'élément moral et l'oligieux. Le loaiiage civil abouiit dans son développement naiurel au divorce illimité qu'il est diflicile de comballre au srul point de vue du droit. On arrive nécessairemeat à un point où il est diflicile de trouver une ligne de démarcation entre le mariage et le concubinat. C'est une voie qui mène à la disiolulion de la famille ».
Si l'inlrodiiolion du mariage civil dans certains pays n'a pas encore produit tous ses mauvais effots, cela tient à ce que le sonlimenl religieux Tempûrie encore sur la séduction de la loi civile^ à ce que, quelque inditîérent que soit un père en matière de religion, il ne veu; cependant pas, sans la garantie de la religion, confier à un bonime l'iionneur et l'avenir de sa fille. Le piinc'po de la liberté religieuse a simplement pour conséquence que, la loi civile, en désaccord avec la loi religieuse, permeîtant le divorce aux dissidents, elle doit aussi rendre It^urs mariiigcs possibles et pour cela établir un conlrat civil. Mais de ce que la loi civile ne peut élever les unions des dissidents au niveau du mariage chrétien, il ne s'ensuit pas qu'elle doive ravaler le mariage cL ré lii'n jusqu'à n'être plus qu'un contrat civil, contribuant ainsi à étouffer le sentiment chrétien dans le cœur du peuple. — Cf. Walter, UroU naturel et politique, p. 127.
* Invenitur bonus Chviatianus diliaeve in una feinina ereaturam Oei, quam refurmari et rmovari cksiderat : August., De serin. Çom.'in mont., i, 14. De bono corijug., c. x, 2i.
• Concil. Trident., sess. xxiv, can. 11.
a manière de voir s'est fait jour, selon laquelle le mariiige a n'est rapporté ni à la nature ni à une ordonnance posi- 0 tive du Créateur, mais doit reposer uniquement sur un a libre contrat. Par là les liens de la famille perdent, avec « leur sainteté, toute leur solidité, et l'on peut apercevoir, 0 par l'exemple de l'Amérique, à quelles conséquences a pratiques cela conduit. Le sentiment de la famille a s'efface de plus en plus dans le cœur des femmes, et « dans le cœur des enfants le sentiment de la piété filiale. <x Les membres de la famille sont à côté les uns des « autres comme des individus abstraits.Toute la vie tombe a dans une froide insensibilité, qui ne peut manquer « d'amener un état de choses capable d'effrayer.... Le a mariage a son fondement dans la création même de 0 l'homme ; là est le point où le lien naturel devient saint, 0 et les paroles d'une si sublime simplicité, par lesquelles a le mariage est établi au commencement de la Genèse, 0 contiennent toujours le seul principe de toute véritable a union conjugale ».
Comme le Seigneur ne s'est choisi qu'une seule épouse, ainsi le mariage chrétien est l'union d'un homme et d'une femme , conformément à l'ordre primitif, selon lequel le Créateur forma une seule femme pour le premier homme \ Et comme le Christ aime son Eglise jusqu'à la fin, ainsi rien ne doit séparer les époux, si ce n'est la mort, car a il ne faut pas que l'homme sépare ce que
» Celai qui a créé l'homme au commencement, le créa homme et femme et dit : C'est pourquoi l'homme quiUora sou père et sa mère pour s'ailacher à son épouse, et ils stroxit deux en une même chair. {Malth , xix, 4.)
AroL. DU Christ. — Tome IV. «
« Dieu a uni * » ; ils sont deux en une même chair. L'enfant, but et fruit de cette union de la chair, est le lien \'ivant, effectif et indissoluble, qui interdit toute séparalion, et qui, contre toute prévarication et toute infidélité, élève la protestation vivante de la communauté et de la mutuelle dépendance des époux. C'est donc un propos
* Matth., XIX, 6; Cf. Matth., v, 32. — Interrogé par les Pharisiens sur la manière d'interpréter la loi, le Seigneur biàme le relâchement des Juiis el les renvoie à la loi ancienne, laquelle, pour s'accommoder à la duieté de leur cœur, permettait l'annulation du mariage seulement dans le cas où l'épouse n'était pas trouvée vierge (et ^-h sul lïopveîa) Ct. Denier., XXII, 13: Matth., i, 19. La semaine reliQieuse de Wurtzbcurg, 1834. Nr. 28. Dœllinger, le Chriiiiuiubine et VEgli^e, page 438.
Mais ici même le Seigneur exprime l'idée du mariage chrétien, en disant qu'il doit être tel que Dieu l'a établi dans le principe. C'est cette idée qui a été mise en pratique avec l'établissement de l'Eglise, royaume du nouvel Adam. Saint Marc ^Xj 9) et !?aint Luc fxvi, 18) qui n'écrivaient pas particulièrement pour les chrétiens juifs, omettent la parenthèse, « u.7i è-i ■Trop- ^cia, qui n'a de sens que pour les seuls Juifs.— Saint Paul {l'Cor., VII, 10, 11 ; Rom., vu, 2, 3) présente de même l'indissolubilité du mariage comme une loi absolue pour les chrétiens.
«Après avoir établi une loi absolue, dit Thiersch (la î;î« de famille chez les chrétiens, Francfort, 1837, p. 24), Jésus- Christ pouvait-il ensuite y apporter une restriction, qui aurait eu pour effet de ruiner le principe même de celle loi? iNon, la loi portée par le Seigneur est absolue ; et c'est là ce qui explique l'élonneraent des disciples, qui, après l'avoir entendu, disaient : Si tel est l'état de l'homme avec sa femme, ce n'est i)as une chose supportable que le mariage (Matth., xix, 10); ce qui les confondait, c'est précisément que le lien matrimonial devait durer toute la vie, même après l'infidéliié d'une des parties. Le Christ reconnaissait lui-même que celle parole était lourde à porter, et cependant il concluait par un relus solennel d'adoucir la loi ».
Cf. Co7icil. Trident., sess. xxiv, can. 7 : Si quis dixerit, Ecclesiam errare, cum docuit ac docet, juxta evangelicam et apostoh'cam ductrinam propter adulterium alterius conjuyum matrimonii viniulum noJiposse dissolvi, analhema sit.
absolument faux que l'adultère soit la rupture et la suppression effective du lien conjugal; non, l'adultère n'est que la violation du devoir religieux et moral qui est la conséquence de ce lien, c'est-à-dire de la foi conjugale, de même que l'ingratitude est la violation du devoir de la piété filiale, le vol ou le larcin, la violation du devoir de la justice. Le rapport réel et objectif de droit et de devoir établi de Dieu est indépendant du caprice du sujet, et ne peut en aucune façon être aboli ni altéré par la violation du devoir. Le mariage ne perd jamais son essentielle importance ni sa dignité, règle supérieure et inflexible à laquelle tout individu est encore tenu de se conformer après qu'il l'a une fois violée, nœud formé de la main divine que la mort seule, et non la volonté chancelante de l'homme, peut désormais délier K Ni la passion si changeante , la passion qui pour se satisfaire court après une apparence de bonheur, ni la mutuelle aversion que les époux peuvent éprouver l'un pour l'autre, ni même l'existence d'une faute souvent commise dans une heure de faiblesse ne sauraient être ici d'un poids décisif.
On s'en réfère là-dessus à l'idée que le mariage est une société qui unit deux corps et deux vies, à laquelle l'adultère met fin. Mais l'union charnelle est-elle donc tout
* D après renseignement du Seigneur et de son apôtre saiot Paul, il y a trois volontés dont le concours doit former le Jiea du mariage : celle de Dieu, celle de l'homme et celle de la femme. Quiconque se sépare de celui à qui Dieu l'a uni se sépare en même temps de Dieu. Un lien formé par la volonté de Dieu constitue un droit divin, et ce droit, un acte isolé d'un des contractants peut d'autant moins l'abolir que la volonté et rinientioo d'annuler le lien conjugal ne saurait se supposer dans tous les cas. Dœllinger, op. cit., p. 4G2.
dans le mariage ? Est-ce que l'amour ne peut pas sommeiller encore dans les cœurs en dépit d'un égarement momentané? Est-ce que cette manière de concevoir le Tiariage ne conduirait pas à une véritable polygamie successive ? Dans le cas d'une antipathie intime et prononcée, fléau beaucoup plus funeste au mariage que l'adultère même, la séparation ne devrait-elle pas alors être permise ? Et qui est-ce qui fixera ici la limite? Le coupable n'a-t-il pas alors le droit, même contre la volonté de la partie non coupable, de dissoudre le mariage et de rendre les enfants orphelins soit de leur père, soit de leur mère? Ne sommes-nous pas beaucoup plus en droit d'affirmer que celui qui aime véritablement et en chrétien, devra toujours aimer la partie coupable? Le mariage est une image de l'union de Jésus-Christ avec son Eglise; c'est à l'école de ce maître que l'offensé apprendra cet amour qui supporte tout, souffre tout, espère tout *, attend dans la patience que l'infidèle revienne pour l'accueillir et lui fournir l'occasion de tout réparer, comme le Christ reçoit le pécheur repentant, comme il pardonna lui-m.ême à la femme adultère. « Qui donne le droit », dit Thiersch *, « à la partie relativement innocente de « fermer pour toujours à l'autre, par un nouveau mariage, 0 la voie du repentir, de la réconciliation, du retour au a bien? Le second mariage d'un des conjoints, en ôtantà a l'autre tout espoir de réhabilitation par le repentir, « porte à celui-ci un tel préjudice, que ce second mariage
* I Cor., XIII, 7.
* Op. cit., sup., p. 113.
IZS SAINTS SACREMENTS. Tl^ô
€ permis exclusivement à la partie innocente a clé une « mesure impossible à maintenir dans la pratique , et « nii'il a fallu nécessairement permetlre le mariage de 0 l'une et l'autre partie. La moindre brèche faite au cora- « mindement divin en entraîne nécessairement la ruine « complète, comme maintenant on le voit avec une pleine « évidence ».
Si les théologiens protestants qui tiennent pour le droit qu'aurait exclusivement la partie innocente de contracter un second mariage , voulaient se poser sérieusement cette question : Quelle est en cas de violation de la foi conjugale l'époux innocent? ils verraient que cette sorte de catastrophe matrimoniale n'arrive presque jamais sans qu'une certaine faute ait été auparavant commise par la partie en apparence innocente, faute qui, pour échapper à l'appréciation des hommes, n'en pèse pas moins assez lourdement dans la balance des jugements divins. « Il est certain », dit encore Thiersch *, « que la 0 polygamie successive des législations modernes est en « abomination à Dieu tout autant que la polygamie simult tanée du Coran». Je sais que l'on s'excuse d'avoir recours à un moyen si désespéré (le divorce et la faculté de se remarier) par les proportions effrayantes que le mal a prises ; mais à cela il n'y a point d'excuse. Ce moyen est le pire de tous, parce qu'il renverse la seule barrière qui rende encore possible une future conversion et une réhabilitation morale. C'est en fait une véritable malédiction. C'est la marque évidente qui indique la
» Ihid., p. 27.
décadence de toute une nation, tandis que la vieille loi, encore en vigueur dans les pays catholiques romains, présente une barrière toujours debout qui s'oppose au désordre, au moins comme une protestation et un vivant témoignage. « La loi du mariage a ses écueils et ses dan- « gers D, dit Walter ; « pour la mettre en pratique il faut 0 une volonté forte, mais elle ne peut être violée sans a qu'il en résulte les plus funestes conséquences pour 0 toute la société. La communauté matrimoniale, créée a comme elle est pour fleurir et fructifier sous les a auspices de la divine religion, doit naturellement porter « en soi une tendance telle qu'elle ne puisse jamafs trou- 0 ver un plein repos, sinon dans la connaissance de la « vérité et dans la pratique des commandements de cette a même religion ». Les lois favorables au divorce ont été portées, à ce que l'on prétend, dans l'intérêt de l'humanité. Mais c'est le contraire qui est vrai, remarque avec raison Hamann, car, « puisque le mariage est la « base nécessaire et la pierre angulairede toute la société, « l'esprit de notre siècle se montre au plus haut point a ennemi de l'humanité dans ses diverses législations sur 0 le mariage * ». Il est vrai que l'Eglise grecque autorise le renvoi de l'épouse infidèle ainsi qu'un nouveau mariage. Mais dans cette Eglise la femme se trouve rabaissée de toutes manières par l'influence des idées orientales comme par les principes de la législation justinienne. Mais laissons à une femme le soin de peindre avec sa plume expérimentée les bienfaits de l'indissolubilité matrimoniale.
« (Eut). IV, 227.
a Tous les autres sacrements procurent la grâce aux ;( âmes individuellement ; celui-ci la répand en deux « âmes à la fois, pour les unifier en Dieu. Il a pour efïet « non pas de dépouiller le cœur changeant de l'homme, de « ses caprices, de ses passions et de ses faiblesses, oh I non, « mais de le prémunir contre leur influence prépona dérante. Le cœur humain est un tel abîme d'inquiétude, « de mobilité, d'inconstance, il recèle en soi un tel esprit « de contradiction, que demain il prendra en dégoût ce « qu'il a aimé hier, que demain il trouvera insupportable « ce qu'il convoite ardemment aujourd'hui, et qu'après a demain encore il regardera comme quelque chose a d'inappréciable, ce qu'il a rejeté et perdu volontaire- Œ ment avant-hier. Cependant, par sa nature, le lien con- «jugal impose aux époux une telle abnégation pour a fondre leurs caractères ensemble, pour marier intime- « ment leurs volontés et pour mettre l'harmonie dans la « diversité de leurs quahtés, qu'ils ont besoin de beaucoup « d'efforts, de combats et de travaux pour y rester fidèles. <n Comment ce cœur inquiet, inconstant, soutiendra-t-il a une lutte si pénible contre lui-même, s'il sait qu'il peut « s'y soustraire, et si, passionné comme il est, 11 se figure cv (lu'il en irait tout autrement dans un autre mariage? « Combien il se trompe aisément sur ses véritables besoins, a tenant pour une nécessité inéluctable ce qui n'est a qu'une fascination momentanée, pour un fardeau insup- « portable ce qui le fixe simplement quelque part!... Le « principe du mariage indissoluble, c'est celui-ci : Deux 0 personnes humaines s'unissent de corps et d'âme pour «servir Dieu, faire sa volonté, se conformer à l'ordre o établi par lui, en enrichisi^ant par leur amour la terre
a de nouvelles créatures humaines^ et le ciel de nouveaux « élus, mission grande et sublime. Le principe du mariage « dissoluble au contraire est celui-ci : Deux personnes «humaines se lient entre elles pour tout le temps qu'il « leur plaira de rester ensemble, chose commune et « basse , car ce sont alors les plus misérables passions « qui sont constituées juges en leur propre cause... Il n'y « a que l'éternel qui doive être tenu pour saint, le pas- « sager est selon le caprice du mom.ent estimé, surestimé, 0 mésestimé. L'essence du mariage, comme institution « divine, n'est pas seulement blessée, mais anéantie par « sa dissolution, et ce qu'on lui substitue, c'est une chose o qui établit le fondement de la famille sur le sable mou- « vaut de la passion... Les femmes sont portées à voir o dans la dissolubilité du mariage une sauvegarde pour « la faiblesse de leur sexe. Mais c'est une manière de voir «très-superficielle. Que craignent-elles dans le mariage? « De voir leur sort dépendre d'une volonté capricieuse « sans doute. Eh bien 1 il est vrai, dans le mariage indis- « soluble, en mettant les choses au pire, elles sont livrées c au caprice d'un époux, mais dans le mariage dissoluble c c'est de leur propre caprice qu'elles dépendent ; et conc séquemment, elles sont livrées sans défense à leur plus « dangereux ennemi. Car le mal que l'on fait, cause à « l'âme un plus grand dommage que le mal que l'on « souffre, et met l'âme dans une situation plus fausse et « plus difficile que ne saurait le faire la plus dure tyran- « nie d'un despote matrimonial, puisqu'en la suppor- « tan1, la femme se tient de plus en plus dans la direction « que Dieu veut qu'elle suive. Elle souffrira, elle soufc frira beaucoup, durement, amèrement, peut-être sera-
« telle brisée sous un joug de fer. Cependant le joug de « sa passion propre serait encore plus funeste, parce qu'il c a pour conséquence inévitable le châtiment éternel, « tandis que l'autre assure la récompense à venir ' ».
Qu'on ne dise pas qu'un tel cliâliment serait trop dur pour une légèreté de jeunesse, qui a seule présidé au choix que l'on a fait inconsidérément. Cette légèreté sera punie du plus terrible châtiment, parce que de la plus sérieuse, de la plus sainte de toutes les relations humaines, elle s'est fait un jouet, en lui préférant un caprice, un vil intérêt, la passion, une volupté coupable. Quiconque a pu faire cette démarche contre la volonté de Dieu, s'est j^ar le fait même décidé à se passer de Dieu toute sa vie. Il faut donc qu'il éprouve ce qu'il en coûte. Il peut arriver qu'un innocent tombe dans le piège d'un mariage malheureux. Mais qui est-ce qui est innocent? Que de fautes inconnues ont pu être commises avant comme pendant le mariage 1 Si cependant tel époux malheureux est vraiment innocent, alors le mariage devient pour lui une école de perfection, une occasion de pénitence, et s'il est supporté avec patience un gain pour l'éternité *,
• Ida Hahn-Hahn, de Jérusalem, p. 165. De la séparation delà table et du lit, voy. Concil. Trident., l. c, can. 8.
• a Une l'ois l'union formée », dit de Bonald (Du divorce coU' sidéré au xix* siècle, chap. xi), la religion chrétienne commande le support au plus fort, la douceur au plus faible, la vertu à tous. Elle s'interpose sans cesse pour prévenir les méconlentements ou terminer les discussions. Mais si, malgré ses exhortations, les défauts et les vices changent le lien de toute la vie en un malheur de tous les jours, elle le relâche, mais sans le rompre. Elle sépare le corps, mais sans dissoudre la société; et, laissant aux humeurs aigries le temps de s'adoucir, elle ménage aux cœurs l'espoir el la facihté de se réunir;
23i CnAPITRE XIII.
La femme a, dans le mariage chrétien, sa part dans la grande mission de coopérer à la formation du corps de Jésus-Christ sur la terre, je veux dire à l'édiflcation de l'Eglise. Elle est prêtresse dans l'œuvre de la sanctification de la famille ; sa douce influence s'exerce à l'ombre et dans la paix de la maison qu'elle remplit de bénédiction et de joie, elle fait que la vie de la nature et des
et cette religion, qui défend tout aux passions et pardonne tout à la fragilité, cette religion qui ordonne à l'homme coupable d'espérer en la bonté de son Créateur, ne veut pas que la femme imprudente ou légère désespère de la tendresse de son mari. La philosophie élève le divorce entre les deux époux comme un mur impénétrable ; la religion place entre eux la séparation comme un voile officieux. La philosophie flétrit sans retour une femme plus faible que coupable; la doctrine de Celui qui a pardonné à la femme adultère, plus indulgente pour la faiblesse humaine, conserve à la partie infidèle le nom de son époux, et veille sur l'honneur de celui qui n'a pas eu soin de son bonheur».
La profanation et la dégradation du mariage a commencé dans le protestantisme avec Luther. « Sache », dit-il (ûcuu., VII, p. 668, édit. d'Iena, serm. ii, p. 153) que le mariage est une affaire toute corporelle, comme toute autre profession. Comme je puis bien manger, boire, dormir, marcher, aller à cheval, courir, causer et négocier avec un païen, un Juif, un turc, un hérétique, ainsi puis-je avec lui me marier et demeurer, sans me soucier des fous qui défendent cela par des lois ». 11 permet aussi le divorce, non-seulement pour cause d'adultère, mais de maladie, d'impuissance, etc. Op. cit. sup., II, p. 151, 156. Quelques-unes de ses expressions sont en faveur de la polygamie. Cf. Dœllinger, La Réforme, ii, p. 430. La polygamie fut permise au landgrave Philippe de Hesse, par Luther, Mélanchthou et Bucer, pourle salut de son corps et de son âme ». Voir les documents de cette atTaire dans Bossuet, Histoire des Variations; et surtoui Heppe : Pièces pour l'histoire de la bigamie du landgrave Philippe de Hesse (Riedner, Zeitschrift fur historische Théologie, 1852, 2* cahier, p. 262). Feuilles historiques et politiques, tom.xvill, p. 224.
Combien les papes se conduisaient différemment avec un roi Lothaire, un Henri IV, un Philippe-Auguste, lorsque ces monarques voulaient renvoyer leurs lémmes légitimes Theutbeige, Berlhe, Ingeburge. Combien ils agissaient différena-
sens, l'amour naturel de Thomme et de la femme l'un pour l'autre et le sentiment delà maternité, soutenus, purifiés, consacrés par la grâce, soient mis au service du Dieu de sainteté, pour préparer les vases dans lesquels le Saint-Esprit doit verser ses grâces. Ainsi la famille devient une église dans la chair, et le père et la mère, dans !e mariage chrétien, rendent à Dieu un culte véritable. De l'essence du sacrement découle son efficacité, indépendamment des dispositions personnelles de celui qui le reçoit et de celui qui l'administre, ce qui met entre le sacrement et les choses sacramentelles une différence essentielle. Le sacrement produit la grâce immédiatement, directement et par le fait même, conformément à la promesse du Seigneur, pourvu toutefoi? qu'il ne rencontre pas d'obstacle de la part de celui qui le reçoit : cette grâce émane du Christ et n'est point simplement l'effet de la foi et de la charité du sujet qui reçoit le sacrement *. C'est ainsi que l'Ecriture nous expose la manière
ment avec un Henri VIIT. Us aimaient mieux affrontor un schisme que de trahir la sainteté du mariage. Sur la confusion des mariages dans les pays protesiants, voyez Jœrg, Ilistûire du protestantisme, l, p. 528. FtanXz, Manuel de statistique, p. 2o. A lierhn les femmes mariées séparées forment une classe à part.
« On aurait pu croire, dit Thiersch {op. cit. siip., p. 18), que la comparaison idéale du Christ avec son Eglise devait faire le texte de la doctrine protestante sur le mariage. Mais bien loin de là, le protestantisme a tellement altéré, abaissé le mariage, que les théologiens ont mérité là-dessus d'être redressés par les jurisconsultes ». Dernièrement un théologien protestant des plus renommés appelait le mariage chrétien une institution surannée.
* Concil. Trident., sess. vir, can. 6, 7, 8, 12. Bellarmiti {De Sacram, u, l) explique ainsi l'expression ex opère operato : cou-
d'agir du sacrement *. Il ne suit nullement de là que les sacrements versent leurs dons sans aucune préparation ni disposition de la part de celui qui les reçoit. La première condition requise, c'est de n'opposer aucune résistance à la grâce sacramentelle *, c'est celte passivité de l'âme qui laisse la grâce opérer en elle, sans la contrarier, comme cela a lieu dans le baptême des enfants. Mais de n'apposer aucune résistance, c'est de la part d'un être conscient, libre et personnel, un acte de la plus haute liberté et de l'activité propre la plus entière, puisque tant que l'âme ne renonce pas à la créature et à l'abus qu'elle en fait pour se tourner franchement vers Dieu, elle demeure fermée à la grâce et n'est pas digne de recevoir le sacrement. Il suit de là que le même sacrement doit produire des effets différents suivant le plus ou moins de préparation et de dignité personnelle des participants '. Ainsi le sacrement agit d'une manière mystique *, mais non pas magique. Comme c'est Jésus-Christ qui nous a choisis dans l'Eglise et par l'Eglise, et non pas
ferre gratiam exvi ipsius actionis sacramentalis a Deo ad hocinstitucœ, non ex merito agentis vel suscipientis.
^Marc, XVI, 16; Joan,, m, 5; lit-, m, 5; £p/ics., v, 25 j Act., II, 38 ; XXII, 16 ; Joan., XX, 23 ; I Tim., iv, 14; Il Tim., 1,16.
■ Non ponentibus obicem. {Concil. Trident., l. c, can. 6.)
• Concil. Trident., sess. Ti, can. 7. Cf. sess. vi. De Justit., eap. VI, sess. XIV, cap. 4.
*■ L'école des Thomisies admet une aciion qu'elle appelle physique, celle des scolisles, une action morale. Pour la première manière incomparablement plus profonde, voyez Suarès, t. XVI, p. 1, sect. 2j pour l'autre, voyez Lugo, De Sacrament. Disp. iv, sect. S.
nous qui l'avons choisi, de même c'est encore lui qui par les sacrements de l'Eglise continue, en nous versant sa grâce, de nous délivrer, de nous sanctifier, de nous emporter en haut. L'œil peut se fermer à la lumière du soleil ; le cœur aussi peut se détourner de l'amour qui vient le rendre heureux ; et l'homme peut de même, par légèreté, manquer à la grâce ou la dédaigner ; mais ce qu'il n'est pas en étal de faire, c'est de se la donner à luimême, c'est de la mériter.
Trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l'Ordre, impriment en ceux qui les reçoivent un caraclère ineffaçable, ce qui fait qu'on ne peut les recevoir deux fois '. a Deux, le Baptême et l'Ordre « , dit saint Augustin *, a consacrent l'homme à Dieu d'une manière toute spéa ciale, et c'est pourquoi l'Eglise en interdit la répélia lion *. « Il n'y a qu'une seule naissance corporelle », dit-il encore ailleurs ' , « telle est aussi la naissance a spirituelle par le Baptême ». Le Baptême accomplit en nous une fois pour toutes la régénération ; il nous affranchit de la faute commune à tout le genre humain , il fait de nous des temples de Dieu et des membres du corps de Jésus-Christ*; l'Ordre confère pour toujours à ceux qui en sont investis des pouvoirs surnaturels, il les établit représentants de Jésus-Christ pour le salut du genre humain'; la Confirmation met le comble
* Concil. Trident., sess. vit, can. ÔJ ' Ep. Pat m., II, 13.
' In Joan. Tract., xi, 6.
* 1 Petr., II, 9.
■ » I Cor., IV, 1 ; Tit., i, 7.
et le sceau définitif à la grâce baptismale *. Dans ces trois sacrements l'âme reçoit l'empreinte d'un caractère durable, la marque de son adoption , la raison de ses engagements, le principe de la grâce, ;principe qui subsiste même après la perte de la grâce ^.
Les sept sacrements tiennent dès l'origine à l'essence même de l'Eglise ' ; que si ce nombre ne se trouve pas expressément marqué dès le principe, cela \ient de ce qu'ils se célébraient quotidiennement au milieu de l'Eglise ^ous les yeux des fidèles, étant une partie intégrante et essentielle de la \ie religieuse. « Quelque chose dont « toute l'Eglise est en possession », dit saint Augustin *, a et qui, sans avoir été introduit par la voie des conciles, « a toujours été pratiqué , doit être regardé par nous c comme une tradition apostolique». Ceux qui prétendent que la foi aux sept sacrements a commencé le jour où pour la première fois mention expresse en a été faite, ceux-là méconnaissent totalement la loi essentielle du développement de l'Eglise, ils ignorent ce sentiment complet d'elle-même qui vit en elle sans jamais s'éteindre, qui repousse et exclut toujours l'introduction d'éléments
» liom., \j 6 ; YIII, 14 ; I Cor., Il, 12 ; Ephes., I, 13 ; iv, 30.
* Ce caraclère est désigné par les théologiens comme s/gnum conficjurativum (cum Christo), disttnctivum, dispositivum, ohligalivum.
' Tertull. [De Resurrect. c. 8) : Caro abhtitur, ut anima emaciiietur, caro ungitur, ut anima comecretur, caro signatur, ut anima muniutur, caro manuum impositione adumbratur, ut anima Spiritu illumineiur, caro Christi corpore et sanguine vescitur^ ut anima saginctur.
♦ De Eaptismo cont. Bonat., iv, 24.
lES SAINTS SACREMENTS. 239
étrangers. D'ailleurs les livres liturgiques les plus anciens ^t particulièrement ceux des sectes séparées de l'Eglise romaine depuis le cinquième siècle *, dans lesquels le nombre des sacrements est déjà de sept, forment une preuve irréfragable de la haute antiquité de la foi chrétienne sur ce point.
Nous avons signalé dans les sacrements une voie de délivrance et de .réhabilitation pour la création visible, et dans la consécration qui fait de celle-ci l'instrument du salut, nous avons vu une anticipation de sa gloire future. Ce n'est pas un effet du hasard, si l'eau, l'huile, le pain et le vin, ces quatre éléments visibles *, ont été choisis pour être les véhicules et les moyens du salut.
L'eau est le fond et le support de toute vie, la condition nécessaire de tout ce qui se forme dans le domaine des êtres organisés ; c'est comme le milieu commun où les autres éléments se rencontrent, se dissolvent et s'unissent. En elle les minéraux se pénètrent mutuellement , les plantes germent, poussent, croissent et mûrissent; en elle se développe et se forme la vie animale. La première
* Cf. Denzinger, Ritus Orientalium, d863. Martène, De Antiqu. Ecdes. ritibus. Goar, Eucholog. Voir la confession de l'Eglise giiîcque dans Rimmel, Libr. symb., p. 170, celle des Armésiens dans Marlène el Durand. Coîlect. Ampliss., t. vu, p. 359 et seqq.
* Bien qu'il ne soit nlus question, dans la science actuelle, des quatre éléments, la division de tous les corps en solides, iMquides, gazeux, etc. revient à peu de chose près à celle ancienne manière de voir. La science moderne regarde encore le teu (vulcaiiisme), Teau (nepiunisrae), Tair et les produits organiques de la terre comme les quatre principales forces qui ont donné à notre planète sa ligure et sa constitution géologique actuelle.
puissance cosmogonique est bien choisie pour être le symbole de la régénération '. De là la place si importante qu'occupe l'eau dans les mythes de tous les peuples. Pou' l'école ionique, l'eau est le principe de toutes choses * ; le lis aquatique du Nil, le lotos, renferme le mystère d'Isis et d'Osiris *. Leur mère, dans le sein de laquelle ils sont contenus, est Rhée, Ihumidité primordiale, principe et origine du monde. Selon la doctrine des Biahmines * aussi, l'eau est le premier élément. L'Esprit de Dieu plane au commencement de la création sur les eaux '. De là l'usage que l'on fait de l'eau dans le service divin dès la plus haute antiquité. Les ablutions et les aspersions forment une portion considérable du culte mosaïque ainsi que des pratiques religieuses chez les païens. L'universelle diffusion de ces lustrations et leur étroite union avec le sacrifice et la prière nous obligent à reconnaître dans le principe duquel elles émanent quelque chose d'éminemment rcligiciis: et syinbolii^ue ^ Les prosélytes
* Cf. Steffens, Anthropologie, r, p. 48, Gœrr'e?, Mystique chrétienne, I, p. 3o9. Thom. Aquin. Sumina TheoJog., !'[, qii.LXvi, ail. 3 : Semiiia, ex quibus generantur onviia vivenlia, humida sontr et ad aquam fevtinmt ; propter quod quidam philosopni posuerunt aquam omnium rerum principium.
* Pindar. Olympic, i, 1 : 'Ap-.cTo'v p.Èv ûSao,
' Dans la procession d'Isis le grand prêtre portait le vaso d'eau, comme le plus sacré des symboles, caché dans les plis (le son manteau.
* Creuzer, Srjmbol, i, p. 595; m, p. 223, 298, 300. Wultke, niitoire du paganisme, ii, p. 243.
* Gen., 1,2; II Petr., m, 5.
* Cf. Theodoret., in Epist. ad Ilebr., vi, 4. Cyrill. Alc!î?."'^r, in Joan., vi, 25. Klcuker, ZenUaveata, m, p. 2a3 ; i, p. 49. Vu-
LES SAIΫrS SACREMLNTS. 241
de la gentilité n'erabrnssaient pas la religion juive sans se soumet'ife à un bnptême; un baptême figurait encore parmi les cérémonies d'initiation à certains mystères du paganisme '.
C'est pourquoi l'eau est devenue l'élément sacramentel du baptême chrétien. « C'est sur cet élément que Dieu a « établi ses plus grands mystères. En planant sur les « eaux, rE?prit-Saint leur a communiqué une consécra- « tion spéciale. C'est avec l'eau que Dieu a effacé l'abo- « mination du péché de dessus la terre. Le Dieu fait « homme a encore sanctifié l'eau par son baptême , « ajoutons que l'eau coula de son côté ouvert» ».
Le deuxième élément de la symbolique sacramentelle est l'huile. La sainte Ecriture nous explique elle-même ce que iiiuile signifie ' ; elle symbolise le Saint-Esprit qui descend sur celui qui reçoit l'onction *. Jésus de Nazareth est donc le Christ, l'Oint par excellence, à cause de la divinité qui habite en lui pleinement et qui lui communique la plénitude de la sainteté \ Pour marquer
gil., ^neid., \i, 149. Tertull. De baptisn., cap. vi. Ovid., Metaniorph., 10 ; FasL, vi, 160. Til. Liv. xxxvil, 3. Cf. Baelir, Symbol, du culte mosaïque, u, p. 450.
• Tacit. Ann. y, 5.
\Orat. Ecoles, in Benedict. Font. Baptism. Cf. Cyrill. Hierosol. Catech. ui, 5 et seqq.
^Exod. XXIX, 7; Levit., vni, 10; Ps. cxxxnr, 2; I Reg., x. Les rois et les grands prêtres recevaient ronciioQ. Cf. tlactaot. Instit. div., iv, 7. AugusL Enarr., in Ps. xxvi, 2.
^IReg., X, 10; xvi, 13; Zach., iv, 6.
* ^c^-, X, 38; Tertull. De Baptism.. c. 2. Euseb. Eist., 1 4. Greg. ÎSaz. Oa<. xxx, 2. August. Tract, m, 13 in c. 2. Ep. IJonn. Cynll. Alexand. C. Nestor, ii, p. 37. ^
Apol. dd Christ. — Tome IV. .6
Tunion intime qui existe entre l'image et la substance, entre le symbole et la réalité, la sainte Ecriture appelle le don du Saint-Esprist une onction *. Là où la vie apparaît dans toute sa plénitude harmonieuse, de là aussi s'échappe en abondance la bonne odeur, mais la mort et la corruption exhalent une odeur de mort *. La \ie se déployant en une union harmonieuse et libre de l'esprit avec la nature, la vie passée dans la sainteté et l'agrément de Dieu, et par conséquent dans une félicité éternelle, telle fut dès le principe l'idéal divin de la vie de l'homme, idéal selon lequel elle doit être réformée par la grâce du Saint-Esprit '. La sainteté et la justice qui constituent la vraie vie sont donc en bonne odeur devant Dieu *, mais le péché exhale une odeur de mort. Les fleurs dans lesquelle s'exhale et se manifeste la vie intérieure des plantes, sont les symboles de la sainteté ^ et l'onction d'une huile odorante est le symbole des dons du Saint-Esprit.
« Comme l'odeur délicieuse des parfums révèle leur a nature, ainsi l'Esprit est la bonne odeur vivante de la 0 divine essence, lui qui transmat la divine nature de
* I Joan., Il, 20 ; II Cor., i, 2i.
'II Cor., II, 16.
' Cf. Adalb. Maier, Commentaire sur ÏEvangile selon saint Jean» p. 127.
. ♦ Jes. Sirach, xxxix, 13 ; Il Cor., Il, 16. Cant. cant. i, 2, 3.
'^ Jes. Sirach., xxrv, 15; xxxix, 13. Lorsque Aaron fut élu prand luélre, sa verge lleuiit. Nombr., xxii, 5, 8. Ps. lu, 16; I, 3 ; xcii, 1. H Tim., iv, 8. I Petr.,\, 4. Sag., v, 13. Apoca-
iyp-, u, 10.
lES SAINTS SACREMENTS. 243
« Dieu à la créature et la rend participante de Dieu * ». a Ainsi devenons-nous la bonne odeur de Jésus-Christ, «lorsque le souffle (l'Esprit) du Fils nous a oints-». C'est ce même Esprit qui planait sur les eaux dans le commencement, comme principe formateur, que le Seigneur a envoyé et en qui tout a été créé ', que Dieu inspira au premier homme afin de parfaire en lui l'image du Saint-Esprit ♦, c'est lui que le Seigneur souffla sur ses disciples en les quittant, pour en faire les organes de son Esprit et les dispensateurs de la grâce de la rédemption; c'est lui qui remplit les Apôtres assemblés dans le cénacle et descendit sur eux en langues de feu, c'est enfin ce même Esprit qui passe et repasse sur les champs désolés de la mort spirituelle et rappelle la vie dans des ossements desséchés \ Et l'infusion de cet Esprit est pour les âmes une sorte de respiration d'une vie surnaturelle et divine.
L'huile pénètre avec la vie dans toutes les formations organiques; elle est donc à bon droit le symbole du Saint- Esprit qui est tout lumière et tout vie, tout connaissance et tout amour, tout foi et tout force. C'est l'huile de joie % qui préserve de la mort et guérit les blessures de la vie^ c'est une huile de sainteté \ Comme tout parfum adhère
* Cyril. Alex., m Joan., xi, 2.
* Alhanas. ad Seraph., ni, 3.
■ Ps. XXXII, 6 ; cm, 30 ; Isa., n, 2. ^ Joan., XX, 21.
* Ezech., XXXVII.
* Ps. XLIV, 8.
' Ps. LXXXVIII, 21.
244 CQAPITRE XIII.
à une huile volatile, qui se répand dans les espaces de l'air, on retrouve dans l'huile le deuxième élément de la création visible, l'air ^
Le troisième et le quatrième éléments employés dans la célébration des sacrements, sont le pain et le vin. Comme le manger et le boire ne composent qu'une seule et même nourriture pour Ihonime, de même ces deux éléments ne forment qu'un même sacrement. Le pain se prend pour la nourriture en général, et c'est là une locution usitée dans toutes les langues '. Des pains, telle était la matière de l'oblation chez les peuples les plus antiques, c'était le symbole de la vie corporelle de l'homme, à qui le besoin de nourriture fait si profondément sentir le lien naturel qui l'attache à la terre comme à sa mère. Le pain ou simplement le froment signifie la force nutritive de la terre de la manière la plus directe et la plus déterminée '. Le pain du sacrement est sans levain. C'est ainsi que le Christ a lui-même célébré la cène * ; c'est l'image de l'homme régénéré et purifié de ses péchés *.
* Qui ne songe ici à ces saints qui avaient, sous l'enveloppe symbolique de la bonne ou mauvaise odeur, le don de pénétrer la vie cachée des hommes, comme on le raconte de sainte Catherine de Sienne et de saint Philippe de Néri? L'expression être en odeur de sainteté est autre chose qu'une métaphore, et c'est selon le sens propre qu'il faut la prendre. Pendant leur maladie et après leur mort les corps des saints exhalaient une odeur suave. Cf. Gœrres. Mystique, ii, p. 39.
* Gen., III, 19 ; Job., xv, 23 ; Prov., vi, 9. I Sam., Y, 2. • ' Creuzer, op. cit., i, p. 172 ; ii, p. 137.
* Catechism. Rom., P. II, c. 4, qu. 13.
" / Cor., Y, 7, 8. Le levain est le symbole de l'état de péché. Matth. XVI, 6; Luc, xii, 1; Marc, viil, 14; Gai, y, 9. Le
Saint Cyrille de Jérusalem * reconnaît que le vin a une certaine affinité avec le sang, et que c'est pour cette raison que le Seigneur l'a choisi pour en faire le symbole de son sang qui efface les péchés. Le vin réjouit le cœur de l'homme *. Le bien-être corporel vient d'une plus grande activité vitale, d'une chaleur qui s'élève par l'effet d'une circulation plus vive du sang. On voit par là que le vin a la plus grande affinité avec le sang. Le pain et le vin, suc et sang de la terre, sont les symboles naturels de toute la vie corporelle % les figures exactes par conséquent de cette chair et de ce sang qui nous nourrissent pour la vie éternelle. Ainsi le pain et le vin, dons les plus nobles de la nature, produits les plus parfaits de la culture, son* devenus, maintenant que la réconciliation a eu lieu entre le ciel et la terre, que toute la nature a été de nouveau consacrée comme le grand temple de Dieu par celui qui a demeuré parmi nous, qui a distribué le vin à Cana et le pain dans le désert, le pain et le vin sont devenus l'oblation parfaite du nouveau culte, oblation toujours placée sur nos autels, nourriture surnaturelle des «îmes.
Cette signification profonde des quatre éléments sacra-
paganisme présentait aussi du pain sans levain dans les sa*
crifices.
* Catech. Mystag., r?, t.
•Ps. cm, 15.
• Toutes les matières que nous absorbons sont en partie plastiques, c'est-à-dire qu'elles servent à la nutrition, à la formation du sang, à la reproduction des parties solides, en partie propres à la respiration, c'est-à-dire à celle combus^
mentaux, comme représentant les quatre éléments du matériel extérieur, l'eau, l'air, la terre et le feu, comme symbolisant toute la création visible, saint Augustin en parlait déjà». C'est tout le monde visible qui se trouve représenté dans ces quatre éléments de l'ordre sacrali.entel, institué pour le salut des âmes, et qui célèbre dans les sacrements la grande fête de sa réconciliation avec Dieu, fête universelle où Dieu et l'homme, la terre et le ciel, la nature et la grâce s'unissent el s'embrassent *.
Le nombre des éléments sacramentaux est de quatre. Le nombre quatre est, selon la manière de voir de la sainte Ecriture comme de toute Tantiquilé indienne, grecque, persane, égyptienne, chaldéenne ', le caractère propre du monde visible. Le matin et le soir, midi et minuit, marquent sur la terre une division quadruple, et le temps de l'année se partage en quatre saisons. Quatre fleuves coulent du paradis vers les quatre régions du ciel j quatre chérubins sont debout autour du trône de Dieu, sous les quatre figures emblématiques du bœuf, du lion, de l'aigle et de l'homme,«C.'est l'expression symbolique de toute la vie créée dans j*lus haute perfection et son
lion interne qui produit en nous le changement de matière el la chaleur. A la première classe appartient le pain, et à la seconde le vin. CI. Schleideu, De quoi l'homme vit? (xMinerva, 1846. Avril.)
^ De (Àvit. Dei, xi, 34.
■ *Ephes., n, 14, 18.
■ ' Cf. Baehr, op. cit. sup., p. 157. Kreuser, Christl Kirchenbau, 1, p. o20. August. {serm. CCLII, 10) : In quatemario est insigne temporalium.
entière plénitude; et dans ces quatre figures sont représentées sous une forme visible et individuelle les plus hautes puissances de la nature. Le nombre quatre est donc le symbole de la révélation de Dieu à l'extérieur : voilà pourquoi les évangélistes, ces hérauts de la bonne nouvelle, sont au nombre de quatre. Pendant quatre fois dix jours, le déluge * monte ; Moïse*, Elie* et le Christ * jeûnent sur la montagne pendant quatre fois dix jours; le Seigneur prépare les siens à leur mission pendant quatre fois dix jours ; la nature créatrice forme l'homme dans le sein maternel pendant quatre fois dix semaines; Israël se prépare pendant quatre fois dix ans dans le désert à prendre possession de la terre sainte ; et pendant quatre mille ans l'humanité se prépare à recevoir le salut que doit lui apporter le Christ. Le nombre trois est la signature de Dieu ', le nombre quatre la signature du monde. Trois et quatre pris ensemble composent le nombre sept, sept est la signature de l'union de Dieu avec le monde, c'est donc tout spécialement le nombre religieux, le nombre saint, le nombre du service de Dieu, c'est enfin la signature du salut et de la bénédiction ^ Le fréquent usage de ce nombre dans toutes les anciennes religions, et parliculicre-
* Gen., vn, 12.
» Exod., xxxiv, 28.
» m Reg., XIX, 8.
* mtth., IV, 2.
* Arislot. De Cœîo, i, l. Bœhr, op. cit. sup., p. UO.
* August. {serm. cglkx, 5} : la septenaiio numéro prima sancti~ ficatio.
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ment dans l'Ancien Testament, est un fait constant*. Ce même nombre est le fondement de la semaine comme de tout le cycle des fêtes mosaïques ; le chandelier du sanctuaire a sept branches; sept est le nombre dominant dans la structure du tabernacle, il règne dans tout le livre de l'Apocalypse. Moyen de sanctification de l'humanité, les sacrements sont de plein droit au nombre de sept, puisque l'ancien monde voyait dans ce nombre le symbole de la sanctification.
Les considérations que Pallavicini *, réfutant Sarpi, a écrites sur la symbolique sacrée des nombres, n'ont encore rien perdu de leur vérité ni de leur importance. « Pour ce qui regarde les rapports mystiques du noma bre sept», dit-il, « il faut considérer qu'autre chose « est de 'es prendre pour une démonstration dogmatique, a autre cl.ose d'en faire remarquer la convenance lorsque « la démonstration a été donnée par une voie différente. « Nous savons que Dieu possède une sagesse infinie, que « quelques rapports secrets , proportions ou harmonies « cachées que nous découvrions dans ses œuvres, nous « n'en saurions découvrir qu'il ignore ; par conséquent « lorsque nous expliquons ses œuvres et ses paroles, 0 nous n'avons pas à craindre de faire comme Plutarque a commentant les vers d'Homère, c'est-à-dire de relever « des beautés auxquelles l'auteur n'a jamais songé. D'ail- > leurs les catholiques fondent la convenance du nombre « sept dans les sacrements moins sur l'excellence de ce
* Baehr, op. cit. sup., p. 189.
» Eist. du Concile de Trente, ix, 4, 6.
LES SAINTS SACREMEiSTS. 249
€ nombre en général que sur l'usage que l'Ancien Testa- « ment fait partout de ce nombre pour les purifications 0 prescrites dans l'ancienne loi ; lesquelles, comme cha- « cun sait, n'étaient que des ombres et des figures d'aua très purifications plus efficaces réservées à la loi de « grâce. Il était vraisemblable qu'au nombre des figures € corre?pondît celui des types » .
Nous sommes en droit de voir dans la symbolique des nombres plus qu'une rencontre fortuite et qu'un jeu du hasard. Toute la création est un témoignage que Dieu s'est rendu à lui-même '. Ce qui fait de la création .le miroir de l'intelligence absolue, la manifestation d'WBe sagesse infinie, ce n'est pas tant la matière informe ellemême, que sa formation et sa disposition d'après un ordre et des lois déterminées, qui en font un organisme complet, un tout parfait, un monde en un mot. Or, ce plan divin qui comprend et détermine tous les êtres individuels, la sainte Ecriture en parle en cent endroits*. Mais tout ce qui est ordre et figure repose sur un rapport de nombre et de mesure '. Le nombre et la mesure sont donc l'image et l'expression concrète de l'intelligence absolue et de la sagesse éternelle qui règne dans le monde de la nature et surtout dans le royaume de la grâce et leur marque à l'un et à l'autre leurs lois *.
» Rom., 1,20.
*Rom., ], 19, 20; Sag., xiil, 1 ; Jes. Sirach., XLII, 20; Xira, 2, 5, 29; Jerem., x, 12, 51 ; Job, xxxviii, 5, et surtout fs. LXXIII, 88, 135.
* Sag., XI, 21 ; Job, xxvni, 23; xxxviii, o.
♦ C'est sur ceci que repose l'opinioa des Pythagoriciens
Ainsi le nombre sept, nombre sacré, qui est celui des intervalles musicaux, et que les pythagoriciens cherchaient déjà dans les mouvements harmonieux des astres, est l'expression et la mesure selon laquelle sont organisés les vocations, les états et les grâces dans le royaume de Dieu et de Jésus-Christ ; c'est le nombre sacré des degrés par lesquels l'humanité monte vers le sommet bienheureux de la perfection '.
Une représentation de ce royaume de Dieu sur la terre sous son seigneur et roi, se voit dans les cathédrales du moyen âge, que F. de Schlégel appelle avec raison une musique de pierre. Ce qui déterminait le plan et la mesure, c'était d'abord la croix, puis les nombres sacrés avec leurs rapports mystérieux. Là le naturel, le terrestre et l'humain sont partout embrassés, pénétrés et consacrés par le spirituel, le céleste et le divin*. Fleurs, feuilles et animaux, disposés en ornements variés, servent à exprimer la grande idée architectonique. 11 faut que tout converge au même but, et que chaque détail se subordonne à l'ensemble comme la partie au tout ; les éléments divers et même contraires sont contrainls de se réunir et de concourir à la même fin ; la puissance de l'esprit qui régit et domine partout les force à l'obéissance, donnant une haute consécration à ce qu'il y a de plus humble et de plus obscur , ennoblissant et transfigurant tout dans
que le nombre est le principe et l'essence des choses. Cf. Scliwegler, Histoire de la philosophie grecque, p. (j2.
* Cieuzer, Symbolique, m, p. 245, 248.
* Thom. Aquin., Summa Theolog., I,II, qu. cxii, arl. 4.
"éclat d'une harmonie glorieuse, communiquant à tout une nature plus haute, puisque partout elle prend le sensible et le corruptible pour en faire rexpression symbolique de l'idée impérissable et éternelle*.
* Cf. Kreuser, l'Architecture chrétienne, iS^l, p. 500. Reichensperger. Les quatorze statues du chontr de la cathédrale de Colocjne, Stieglilz, Histoire de l'art de bâtir, p. 20, 38.
DU CHAPITRE TREIZIEMI3,
« Si l'on a commis une injusiice », dit Platon*, « où soimCme, ou quelque autre personne pour qui l'on s'intéresse, il faut aller se présenter au lieu où Ton recevra au plus tôt la correction convenable, et s'empresser de se rendre auprès du juge, comme auprès d'un médecin, de crainte que la maladie de l'injustice venant à s'invétérer dans l'àme n'y engendre une corruption secrète et ne la rende incurable.
... Il faut s'accuser soi-même le premier, et ensuite les autres, parents et amis, dès qu'ils auront commis quelque injustice, et ne point tenir le crime secret, mais l'exposer au grand jour, afin que le coupable soit puni et recouvre la santé, il faut qu'on se fasse violence ainsi qu'aux autres pour s'élever au-dessus de toute crainte, et s'offrir à la justice les yeux fermés et de grand cœur, com.me on s'offre au médecin pour souffrir les incisions et les brûlures, s'attachant à la poursuite du bon et du beau, sans tenir aucun compte de la douleur; en sorte que, si la faute qu'on a faite mérite des coups de fouet, on se présente pour les recevoir; si les fers, on tende les mains aux chaînes; si une amende, on la paie; si le bannissement, on s'y condamne; si la mort, on la subisse; étant le premier à déposer contre soi-même et ses proches, et pour cela mettant en œuvre l'art de la parole, afin que par la révélation de ses crimes on parvienne à être délivré du plus grand des maux, de l'injustice ».
Le pasteur protestant Peslalozzi dit :
« Tout récemment je demandais à mon excellent voisin L. de H,, pourquoi l'on voyait dans son bailliage si peu
- GorgtttSf p. 480.
NOTES ADDlTIONNFLLTrS. 253
d'exemples d'infanticide. — Cela lient à la confession, (elle lut sa réponse... Avec la confession, le prêtre peut descendre au fond du cœur et y combattre les germes du mal avant qu'ils se soient développés. Au vice qui tente d'envahir une jeune àme il oppose la sainte pudeur encore tout entière et très- puissante dans les commencements. Autre raison encore: Chez nous on ne cesse pas tout enseignement dès l'âge de 14 ou 15 ans. Jésus, Marie! C'est à cet âge que commence proprement la direction des âmes.
« Rien de plus vrai que ces paroles », ajoute Pestalozzi, a et à quelques abus qu'elle puisse donner lieu, la confession possède certainement une grande puissance pour moraliser les peuples. La réformalion a brisé le lien qui rattachait le peuple à l'oreille de son directeur spirituel. On ne peut nier que la condition essentielle du gouvernement des âmes, je veux dire la connaissance intime par le pasteur de chacune des âmes dont il a la charge, ne s'évanouisse de plus en plus tous les jours par suite de l'abandon de la confession particulière, détaillée et proprement dite... En pays protestant, le prêtre d'autrefois s'est changé en un professeur de morale qui disserte doctement, si doctement qu'il n'est point compris de son peuple. 11 sert de point de mire aux quolibets de tout son troupeau; il est en mépris au moindre fonctionnaire comme à l'homme riche ».
Hallam - s exprime ainsi au sujet de la confession ;
« L'Eglise catholique possède un moyen d'action très-puissant sur les mœurs, un ressort très-énergique pour pousser à la pratique du bien, c'est le confessionnal. C'est là que s'allume et s'entretient la lampe dont le rayonnement s'étend à toute la vie du chrétien. Une Eglise qui a perdu celte prérogative ne peut plus dominer d'une manière durable sur les hommes; et une Eglise qui la conserve et qui en use ne doit point désespérer de son empire sur le genre humain ».
« 11 me semble », dit E. Naville, « qu'il suffit de descendre en soi-même pour comprendre combien l'Eglise romaine.
* Introduction à l'Histoire de la littérature en Europe, m, Loaâ. 1830. page 313.