‹ Apologie du christianisme (volume 3)Chapitre 4 sur 12 · CHAPITRE XIII. — NOTES ADDITIONNELLES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. — NOTES ADDITIONNELLES

avec les grâces dont elle dispose et sa divine autorité, trouve d'appui dans les besoins les plus profonds de notre âme... Qui n'a tourné des regards d'envie vers le tribunal de la pénitence ? Qui n'a souhaité, dans l'amertume du remords, dans l'incertitude du pardon divin, entendre une bouche qui put lui dire, avec la puissance du Christ : Va en paix, tes péchés te sont pardonnes?...

« Pour moi, je ne sais si je suis seul de mon avis, si je croyais trouver cette puissance surnaturelle que l'Eglise s'attribue, cette puissance, source puissante et intarissable de réconciliation, de restitution, de repentirs efficaces, de ce que Dieu aime le plus après l'innocence, debout à côté du berceau de l'homme qu'elle bénit, debout encore à côté de son lit de mort, en lui disant, au milieu des exhortations les plus pathétiques et des plus tendres adieux ; Partez ; si je croyais trouver une pareille puissance sur la terre, il est bien des moments où j'irais déposer joyeusement à ses pieds cette liberté d'examen, qui parfois se présente à l'esprit comme uq iardeau bien plus que comme un privilège * ».

Cf. Laforet. Dogmes catholiques, ni, page 174»

LE TRÊ3-SÂLNT SACREMENT DE L'AUTEU

Le sacrement de l'autel et les sacrements. — Définitions de l'Eglise. — Promesse de l'eucharistie. — Que ce n'est pas une figure. — Les paroles de l'institution. — La transsubstantiation. — Conséquences. — La tradition.

— Le mystère devant la raison. — Trois questions. — L'idée de substance.

— L'essence des corps. — L'étendue est une qualité, mais non l'essence des corps. — La présence de Jésus-Christ. — Changement de l'essence. — Importance de l'Eucharistie. — Désir que l'homme a de la présence de Dieu. — Dieu présent au milieu d'Israël. — Dieu présent par rmcarnation.

— Dieu présent dans l'eucharistie. — Convenance de la présence eucharistique. — Elle est le couronnement de toutes les œuvres de Dieu. — L'eucharistie comme sacrifice. — Convenance du sacrifice eucharistique.

— La célébration de la messe dans l'Eglise. — Sacrifice et vie sacrifiée. — Le centre du culte et du monde. — L'adoration éternelle. — La communauté avec Dieu. — La gloire. — La tie mystique dans l'Eglise. — Notes additionnelles.

Purifier, élever le genre humain, le pénétrer de plus en plus de la vertu divine et enfin le glorifier, telle est la fin que Dieu dès le commencement s'est proposée dans toutes ses œuvres , dans tous ses desseins dont Jésus-Christ offre le terme suprême, le complément glorieux et le dernier mot. Car en Jésus-Christ, l'auteur de tous les dons s'est donné lui-même à l'humanité, l'humanité est entrée dans la divinité d'une manière ineffable par le lien de l'union personnelle. Dieu lui-même est devenu homme, et l'homme est devenu Dieu.

La fin de tous les sacrements est de purifier, d'élever et de sanctifier l'homme par les dons du ciel ; mais le

centre de tous les sacrements, leur couronnement et leur perfection, c'est le sacrement de l'autel. Ici le fidèle ne reçoit pas telle ou telle grâce particulière, il reçoit le Maître et le principe même de la grâce. Les autres répandent la grâce pour tel ou tel cas ou besoin de la vie, pour telle vocation particulière, celui-ci, c'est le chrétien comme tel, c'est tout l'homme et en tous sens et selon tous les besoins de sa double nature, c'est l'homme, tant que celui-ci demeure sur la terre, qu'il plonge et trempe dans la mer profonde et vaste de l'amour et de la grâce de Dieu, le purifiant dans les ondes de la vie divine, pénétrant tout son être de l'essence divine et le déifiant '! Là où jaillit une source dans le désert, les palmiers croissent et fructifient à l'entour. Tel est le sacrement de rautel dans le désert de cette vie mortelle. C'est une source abondante; des fleuves en sortent vers l'Orient vers l'Occident, vers le Nord et vers le Midi, portant partout dans le royaume de l'Eglise la fraîcheur et Ja fécondité de la vie divine. De là sort le flot septuple des sacrements ; là s'épanouissent toutes les fleurs de la vertu, formant autour de cette source une couronne splendide et variée ; c'est là que toute créature vient puiser l'eau du salut éternel, là que bat le cœur qui donne à la vie de l'Eglise l'impulsion et le mouvement, là que le ciel rencontre la terre, devenue, elle aussi, la demeure de Dieu.

La dignité et l'excellence du sacrement de Tautel exigent que nous en traitions plus longuement. Sa

» Concil. Trident., sess. xm, cap. 3. — Cf. Tliom Annin Summ. Thcolog., \\\, qu. lx, art. 3. Aquin.,

LE TRÈS-SAINT SACREMENT DE l' AUTEL. 257

vérité et son importance feront l'objet du présent chapitre.

lésus-Christ est vraiment, réellement et substantiellement présent dans le saint sacrement de l'autel, sous les espèces ou apparences du pain et du vin, avec son corps et son sang, son âme et sa divinité'. Le Seigneur, qui avait annoncé et promis le sacrement de son corps à l'oc- ^sion du miracle de la multiplication des pains, l'institua dans la dernière cène. « Le pain que je donnerai », dit-il, «c'est ma chair pour la vie du monde* ». Scandalisés par ses paroles, les Juifs disaient : « Comment celuia ci nous donnera-t-il sa chair à manger'?» Ils songeaient à un corps matériel et purement sensible, et nullement au corps glorifié et spiritualisé, vivant et vivifiant du Seigneur*. Alors, bien loin de rétracter ce qu'il vient de dire, le Seigneur le conQrme positivement et négativement : « Si vous ne mangez la chair du Fils ce « l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez a point la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui 0 boit mon sang, a la vie éternelle et je le ressusciterai a au dernier jour; car ma chair est véritablement une a nourriture, et mon sang véritablement un breuvage

' Concil. Trident., sess. xiir, can. 1, cap. 1. — Eucliari^iie, actions de grâces, en licbieu, T\D^2, bénédiction que le pèse de larnille prononçait au festin pascal. « Le corps du Seigneur est notre sacrifice d'actions de grâces ». Justin, C. Tryph., o. 41, 114. Iren., C. Uœres., iv, 18. Ignat , adSimjrn., c. 7.

2 Joan., VI, 52.

^Joan., Yi, ^3.

* Cf. I Cor., XV, 44, 4o. lûu.a 'K-ivr^T.r.x'.i.

Apcl. dl' Christ. — Tome IV. M

a Qui mange ma chair et boit mon sang, il demeure en c moi, et moi en lui' ».

Le peuple étant congédié, il trouve ses disciples qui s'entretenaient ensemble de ce qu'ils venaient d'entendre. Quelques-uns, parmi eux, trouvaient ses paroles dures-, diîûciles à croire, scandaleuses. Le Seigneur voit le scandale de ses disciples, et néanmoins il n'atténue point la force de ses expressions, il ne dit point par exemple qu'il ait parlé dans un sens figuré. Mais il dirige leur pensée vers un autre prodige, celui de la glorification visible de son corps dans son Ascension triomphante, et les détourne de toute conception grossièrement matérielle. La chair, c'est-à-dire le corps sensible, le corps soumis au péché, le corps mortel, n'est bonne à rien, ce qui est bon à quelque chose, c'est la chair ' consacrée, vivifiée, pénétrée de la vertu de l'esprit. Mes paroles sont esprit et vie, c'est-àdire que ce qui doit être pour nous le principe d'une vie nouvelle et immortelle, c'est sa corporelle vivante, glorieuse et spirilualisée, et non pas une chair morte *.

' Joan., VI, 34, 59.

* Joau., \i, 61.

» Joan., VI, Si.

Cavo non prodest quîiquam, cjvomodo illi intdlexenuit ; qmmoîo incadavere dilaniatur aut m mucello vendifur; non quomodo spiriîu vegelalur. Nam si caro cnmino midi prodea^et, verbum caro non factura esset. August., Tiact., xxvii, o, in Joan. Cf. Cyril!. Alexaiid., in Joan., vi, 35. (Tom. iv, p. 32-i) : Il s'agit de lii chair que le Verbe vivant habitait et à laquelle il communiquait toute sa l'orce. L'humanité gloriliée est le moyen de noire glorilication, le lieu qui unit noUe corps à son corps el par celui-ci ii bon àuje et à bu tiiviniio.

* Cf. Rom., VIII, 3; Ucbv., ii, 14 ; I Joan., iv, 2.

Si les paroles du Seigneur sont esprit et vie, ce qui s'appîi-

LE TRÈS-SAÏKT SACREMEM DE l'aLTEL. 259

L'Evangéîiste , à son tour, n'ajoute aucune réflexion explicative, comme il n'aurait pas manqué de le faire dans le cas d'un malentendu \ et s'il ne s'était agi que d'une figure un peu forte et hardie ; au contraire, il a recours à la formule d'affirmation familière au Seigneur pour insister sur ce qui vient d'être dit ^ et pour le confirmer; de telle sorte que l'interprétation de ce passage par le sens figuré, donnée par Zwiuglc et le rationalisme moderne, serait repoussée par le contexte, quand même elle ne le serait pas déjà par l'usage de la langue '.

Ce que le Seigneur avait ainsi promis, il Ta accompli dans la dernière cène. « Pendant qu'ils soupaient, Jésus a prit du pain, le bénit, le rompit et le donna a ses disci- « pies et dit : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Et a ayant pris le calice et rendu grâces, il le leur donna, • disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang

que à toute la sainte Ecritura et à toutes les parties de U rédempiion, il s'ensuit que les choses corporelles n'acquièrent de reQir.acité et de la valeur que par l'esprit, mais non qu'il faille les interpréter, ces paroles, seulement dans le sens figuré et métaphoiique. Figuré et spirituel sont ctioses tort différentes.

» Joan., III, 0 ; IV, 1 o ; iv, 32 ; xi, 1 1 ; xvi, \ 8 ; Matth., xvi, 1 1 .

' Joan., VI, 54. En vérité, en vérité, je vous le dis. Cf. Joan., VIII, 51 ; VI, 42; Matth., xxvi, 13 ; XXIV, 47.

3 Mmger la chair ne peut point signifier s'approprier la vertu rédempince du Cliri?t, car ce mot, pris au figuré, a constamment le sens bien déterminé do poursuivre avec acharnement, de ca/omm>r. Voyez déjà l'héhrcu, au ps. xxvi, 2 ; Job., xix, 22; et surtout le clialdéen : Daniel, m, 8; vi, 25 (lyjp S2N),''et dans le Syriaque (Nï-ip Six) pour JiagoXc;. Il en est de même en Arabe, Cf. Gesenius, DiUio7inaire. Cf. ?sotes additionnelles du ■xiv chupit.

260 CHAiMTRE XIV.

0 de la nouvelle Alliance qui sera répandu pour plusieurs « pour la rémission des [léchés* ». Pour correspondre à la Pâque d'Israël, fête que Dieu avait établie en action de grâces de la délivrance d'Egypte ^ et en mémoire de son alliance avec ce peuple, le Seigneur institue le banquet de la nouvelle Alliance aûn de perpétuer le souvenir reconnaissant de sa passion*, car c'est par son corps rompu au milieu des supplices*, et par son ?ang répandu sur la croix, qu'il nous a délivrés de la servitude du péché. Autant la nouvelle Alliance est supérieure à l'ancienne, autant aussi le banquet de la nouvelle Alliance est au-dessus de celui de l'ancienne*. C'est pourcjuoi, lorsque nous célébrons dans ce banquet le souvenir lîe notre Sauveur et de sou œuvre, il célèbre lui-même, présent au milieu de nous sous les apparences du pain et du vin, ce même banquet sacré, se donnant lui-même à nous de nouveau tous les jours dans la lilénitude de sa vertu rédemptrice. La nouvelle Alliance a donc, elle aussi, son sacriQce et son banquet, préfiguré par l'Agneau pascal qui était une hostie offerte en sacrifice®.

Zwingle et les rationalistes modernes ont cherché à faire évanouir le mystère en prenant les paroles de l'ins-

1 Matth., XXVI, 26, 28; Marc, xiv, 22, 24 ; Luc, xxii, 19, 20; I Cor., XI, 24, 25.

^ Deuteron., xxvi, 1.

8 Faites ceci en mémoire de moi, Luc, xxii, 19.

• * I Cor., XI, 24.

^ Cf. Tiiom. Aquin., Summ. Theolog., III, qu. lxxv, art. 1.

® C'est ce que les anciens protestanls, comme Chemnilz, Gerhard, etc., niaient dans l'iniciêt de leur polémique.

LE TRÈS-SAINT SACREMENT DE L'aUTEL. 26i

titulion dans un sens purement métaphorique, tentative, insensée, puisqu'elle ne s'appuie sur rien : ni sur la parole de l'Ecriture , ni sur l'ensemble du discours ni sur Tusage de la langue. Tout discours doit s'interpréter littéralement, tant que cette manière d'interpréter n'est point contradictoire en soi ou bien avec l'ensemble. L'incrédulité obstinée ne peut que nier gratuitement la possibilité du mystère ; quant à donner une démonstration, elle ne le saurait. D'ailleurs, les paroles de l'institution contiennent une emphase qui serait inexplicable si elle n'avait pour objet de forcer l'esprit à l'interprétation littérale, sans compter que, dans l'instant décisif où le Seigneur se donne pour le fondateur de la nouvelle Alliance, il est doublement tenu de donner à ses paroles toute la clarté et toute la précision possibles. Il est très-vrai que l'on rencontre dans les Fxritures de l'Ancien comme du Nouveau Testament un grand nombre de locutions métaphoriques et figurées, mais alors l'usage constant de la langue, le contexte aussi bien que l'intention de celui qui parle, indiquent clairement et sans équivoque en quel sens ces manières de parler doivent être prises*. Ici, au contraire, on n'a point ces raisons ni aucune autre, si minime soitelle, à alléguer en faveur d'une semblable interprétations

Matlh., X^\l, 28.

* Les auteurs do roiivraî^e intitulé : La perpétuité de la foi de r Eglise catholique tûuchaiit l Eucharistie, 4 vol. Puiis, nOi, out depuis longleiiips déiiionlré que le Verbe tîvat, être, s'emploie toujours ou bien pour exprimer l'existeDce pure et simple, par upposilioii au néant (actu esse, existere, le ôv des catégories d'Arislole. métaphys., v, 2), ou bien pour unir à un sujet le prédicat, 'i'altnbut qui le détermine, et il est alors une sim-

qui se trouve d'ailleurs formellement repoussée par l'explicalion que saint Paul a donnée de ce passage. « Le «calice que nous bénissons », dit-il, « n'est-il |)as la «communion du sang de Jésus-Christ? Et le pain que «rnous rompons, n'est-il pas aussi la communion du 0 corps du Seigneur? » El après avoir rapporté l'institution du sacrement, il continue : a C'est pourquoi celui « qui mange ce pain et boit le calice du Seigneur indi- 0 guemeut, sera responsable du corps et du sang du Sei- « gneur. Donc, que l'iiomme s'examine lui-même avant « de manger ce pain et de boire ce calice. Car celui qui a le mange et le boit indignement, mange sa propre cona damnation , en ne discernant pas le corps du Sei- « gneur* ».

Pour marquer comment Jésus-Christ est présent dans le saint sacrement, l'Eglise emploie l'expression de pré-

ple copule (Anstot., /. c). Dans toute locution figurée, la figure se trouve donc suii dans le sujet, par exemple: la semence est la parole de Dieu, soit dans le prédicat, par exemple : je suis la vigue. Ici Tidùe ajoutée au sujet par le prédicat, l'idée de principe vivifiant esi exprimée par une image. Ce que le cep de vigne est pour les branches, le Clirisl l'est proprement pour nous. Le Christ ne signilie pas simplement, mais il est léellemeni la lumière du monde, quoique non d'une manière sensible. Où le style ligure est employé, c'est dans les explications des songes, dans les visions prophétiques, dans les paraboles, dans les pratiques symboliques, et personne ne s'y méprend. Ici, au contraire, il ne s'agit pas d'une allégorie à éclaircir, mais de l'acte le plus sanit de la nouvelle liturgie à introduire. Luther penchait d'abord pour l'iulerprétalion allégorique [aux chrétiens de Strasbourg, 1521): « Je voyais bien », dit-il, « qu'ainsi je donnerais lu plus lorte secousse à la papauté ».

» ICor., X, IG ; xi,26, 29. Jésus-Christ étant présent dans le sacrement, celui qui le revoit indignement, se rend coupable ri'alleulal contre Jcsus-Chnst lui-même.

LE TRÈS SAINT SACRE.MENT DE l'AUTEL. 263

seiice substantielle ; il ne reste après la consécration que les espèces, les apparences du pain et du vin ; quant à la substance, elle est changée en la substance dn corps et du sang de Jésns-Christ \ c'est ce qu'exprime le terme de transsubstantiation. « On ne serait que raisonnable et ajuste », dit un écrivain protestant moderne*, « en « avouant qu'il n'y a rien dans les paroles de l'insiitution « qui soit en opposition avec la transsubstantiation, et que 0 du point de vue luthérien il est impossible de réfuter « la transsubstantiation par les paroles de l'institution ». Bien plus, les paroles de l'institution excluent tout autre mode de présence que celui qui résulte du changement de substance. Jésus-Christ dit de ce qu'il tenait à la main, et c'était du pain : Ceci est mon corps'; or, il est absolument impossible que ce soit tout ensemble du pain et le corps du Seigneur, comme Luther le prétendait*. Donc Jésus-Christ glorieux, Jésus-Christ vivant et éternel est

* Si qids dixerit, in sando Eiickaristiœ Sacramento remanere su6stantiam panis et vini una cum corpore et sanguine D. N.J. C, negaveritqiie miralilem illam et singxdarem conversionem totius substantiœ panis in corpus et totius substantiœ vini «i sanguinem^ 'tnanentibus duntaxat speciebus panis et vini, quam quidetn conver' sionem Ecclesia catholiva aptissime transsubstanliationem a]3peZlat, anathima sit. Concil. Tndent., l. c, can. ii. Cf. cap. 4.

' Rodalz, sur les paroles de VinsHtution.

8 TcûTo -jâp èoTt, 72071 esset vemm, si substantia panis remaneret ; potius esset dicendum ; Hic est corpus meum. Thom. Aquin., Sumin. Theolog., 111, qu. LXXV, ui'l. 2,

* Cf. Bellarm., De Eucharist., ni, 2. Luthardt, Compendium de dogmatique, p. 250. — « Il esi incontestable v, dit lui-même le Luthérien Kahms {Dogmatique luthérienne, i, p. 617), « que cette proposition : le pain est le corps, le vin est le sang de Jésus- Clirist, entendue au propre, est logiquement impossible. Le pain en tant que pain u'e&t pas le corps de Jésus-Christ en

là présent dans le sacrement; tel qu'il est assis depuis son ascension à la droite du Père \ tel il est présent sous chaque espèce et sous chaque parcelle de chaque espèce* ; tel il demeure, tant que persistent les espèces, et non pas seulement à l'instant de la manducation', étant comme Seigneur, comme Dieu et comme souverain bien, l'objet de notre vénération, de notre reconnaissance, de notre amour et de notre adoration *.

La foi au saint sacrement de l'autel est aussi ancienne que le christianisme; c'est un fait que les travaux des savants catholiques ont tellement mis en lumière que la contradiction n'est plus même possible. Les Pères aposto-

tant que corps de Jésus-Christ. Pain et corps sont des idées hélérogènes qui ne peuvent s'accorder dans l'unité d'un même jugement, pas plus que le bois et le fer.

* Concil. Trident., sess. xiir, cap. 3; Joan., vi, 51, 58, Rom., VI, 9.

^Concil. Trident., l. c, can. 3 : Separatione fada. Joan., vr, 58, 59 ; I Cor., XI, 24. Le sang est présent sous l'espèce du pain, et le corps présent sous l'espèce du vin, per realem concomitantiam.

^ Condl Trident., l. c, can. 4, l'usage des irpovi'Yiaau.EW^ chez les Grecs qui gardaient pour les jours suivants les hosties consacrées le dimanche, montre quelle était sur ce point l'ancienne loi. On conservait aussi lès saintes espèces pour les malades; les moines les emportaient dans leur solitude; dans l'église on les gardait enfermées dans un endroit particulier, dans ce qu'on noimnail pastophores, dboires, colombes. Cf. Justin, Apolog., i, 67 ; Euseb., H. E. V., 44, vu, 44 ; vu, 11. Pellicia, de ecc/es. poh'^, m, 1. Constit. Apostol.,^\ï\, {"i. Tertull., aduxorem., ii, 5. Ce principe juslihe la communion mais non le saciifice sous une seule espèce. Voy. notes additionnelles du xive chap.

♦ Condl Trident., l. c, can. vi. Cf. Augustin, in Ps. xcviii, 8. J. Chrysost. Ilom.. xxiv, 4, in Epist. l^ad Corinth. ; De saccrdot., I, 4. Cyrill. Ilieros. Catech. Mystag., v, 22. Ambros-, De Spiiitu sando, m, 79.

LE TRÈS-SAINT SACRE.IÎENT DE L'aLTEL. 26»

liques s'expriment déjà sur ce point dans les termes les plus clairs K Ils éloignent expressément l'opinion que Jésus-Christ ne serait présent dans le sacrement qu'en image et par la foi. Ils appellent les chrétiens deschristofjhoreSy les consanguins du Christ ^, parce qu'ils mangent son corps et deviennent ainsi un même corps avec lui. Ils comparent la puissance de Dieu, telle qu'elle se cache dans l'Eucharistie, à la même puissance, telle qu'elle se montre dans la création et dans l'incarnation^. Ils exhortent les Odèles à ne pas s'en rapporter à leurs sens*, à ne pas douter de la toute-puissance de Dieu. Ils mettent en relief le fruit particulier de ce banquet sacré, qui est rimmortalilé du corps *. Les saints Pères, les liturgies

* Ignat., £p. aciSwyr« , C. 7. Eij/,ap'.aTÎa; xal 7rçc(j£'jy,r; àrJy/.'na'. (les dOCèles) S'ià tô u-h ôacXo-^eîv ty!v eù/,ap'.(îT[?.v Txpx.a iVrj.: tcû (Turrip!!;

Tw-wv ir.a&ù Xp'.ffTcij. jùstin, Apolog., I, 6(j : L'Eucharistie n'est pas

un p^ain ordinaire, mais èxsîvou toû aapxoTTOir.ôî'vTc; 'Iriocû xci aâpxa

xal aiu-a £Ji^cc-/6r;u.£v eiva-.. Iren. {adv. HcBies., IV, 18) : Quomodo autem constabit eis eum panem, in quo gratiœ actœ sint, corpus esse Domini sut et calicem sanguinem ejvs etc. Cf. Z. c, 5 : iiûî tïiv

oss/.x XÉ-j'CJOiv eÎ; cpôoçàv, yjiùzih, /.%': y.-n tAïTix^ïtv Tr,i Î^utÎ;, tyiv àitô tcû awaaro; tcû Rypîcu xai toù aîuaTOî auTiû Tps'fou.î'vviv.

Nous lui offrons, esl-il dit plus loin, ce qui est à lui, et nous avons foi dans la double résurrection de la cliair et de l'esprit que nous attendons du mérite de l'oblalion. Cf. TertuU. [De idoL, c. ) : Audent (les fabricants d'idoles) eus manus admovere corpori Domini, quœ dœmoniis corpora confenint. Cf. Adv. Marcion., v, 8 ; iv, 40. Deresurr. Carn., c. 8. Cypnau. De Laps., p. 186, éd. Maurin.De C&ron., c. 3.

* Cyrill. Hieros., Catech. Mystag., iv, 3.

» Cbrysosl-, in II Cor. Ilom., ii, 4. Ambros. Myster., ix, 53.

* Cyrill. Hieros., l. c, c. 9. Epiphan. Ancor., c. 7. Joan. Chrysost. Homil. lxxxiii, 4, in Matth.

5 Lorsque les SS. Pères emploient les expressions de sijnvw, figura, sijmbolum, tû-c?, c'est dans un tout autre sens que Zwiugle.— Cf. August. [serm. caxxii) : Istadicuntur sacra-

surtout les plus anciennes, celles mêmes des sectes séparées entendent la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie comme une présence réelle et substantielle; opérée par transsubstantiation ^

Essayons maintenant de justifier le mystère de ce sacre' ment devant la raison.

menta quiaineis aliud vvktur, aliud inteUigitur. Quod videtur speciem habct cùrporahm^ quod, inteUigitur fructmn luibet spiritualem. et. Ciirysosl. Jlom. xlvii: Ilin Joan., Ilom. lxxxiii, inMatth., « sous îa ligure du pain, et sous celle du vin, c'est le corps et c'est le sang du Christ que vous recevez », dit saint Cyrille de Jérusalem \Catech. mijstagog.^iv, 3; v, 21). Le signe extérieur et visible, voilà ce que sont les espèces; sans cet élément extérieur, il n'y aurait pas de sacrement.

^ Cf. Ferpcluité de la foi, m, 8. Voici les différentes expressions cîoni on se servait pour marquer ce mystère :u.iTa6(x>.Xetv, jAETaoo/.r, (Cyrill. Hierosol., /. c, Justin. Apoîog., i, CG), u.£Ta7;oîïiat« (Gicgor. INyss. Orat. Cathecum. magn.. c. 37), aera.<îTcix.^'iwaiî, [i.£Tapfù6aioi;"'(Joan. Clirysost. De Vrod. Jud., i, 6; il, 6), mutaii., transimitari, immutari, tr ans for mari, Cf. Ambros. De /îde, IV, 124. Mijit., IX, .^0.

D'aprc? saint Irénée (Adv. Uœres., i, 3) le gnostique Jlarc employait l'artilicc pour que le contenu du calice prit la couleur du sang presqu'en même temps qu'il le consacrait. — L'inscripiion chrétienne, en langue grecque, découverte à Autun en 1839, conlirmc celte loi : « l^reudslii nourriture, plusdouce que le l'mel, du Sauveur des àmcs, mange et bois, en tenant le poisson, c'est-à-dire le Christ, (ians tes deux mains ». Cf. J. Frauz, Monument chrclien d' Autun ex}diqué. L'accusation de renouveler les soupers de Thyeste [Athénag., Leg., c. 3) prouve que malgré la loi du secret, la doctrine de l'Eucharislie était venue aux oreilles des païens, c'est encore un témoignage en laveur de notre loi (cf. Mutth., vu, C ; Hebr., v, 12, 14. Cyrill. Alexand., t. vi, 249). Les représentations de l'Eucharistic et du saint sacrifice dans la partie nouvellement découverte des catacombes de Rome {Cimetière de S. Sixte) appartiennent pour le moins à la première moitié du troisième .siècle. Sur une table de sacrihce, à trois pieds, se voient un pairi et un poisson, et à côlé un prêtre qui étend les mains pour bénir. Le poisson , c'est Jésus-Christ, ixers, c'est-àdire 'iridO'jç XpKjTO? 0eoù Tlo; SwTïip.

Dans le cimetière de Sainle-Lucine se voit un poisson qui

LE TRÈS-SAINT SACREMENT DE l'aUTEL. 267

Un abîme s'ouvre ici devant nous, et le vertige saisit notre esprit dès qu'il ose y plonger le regard. Trois questions se posent d'elles-mêmes demandant une réponse.

Comment se peut-il faire que la substance du corps et du sang de Notre-Seigneur prenne la j)lace du pain et du vin, sans que les apparences de ceux-ci changent? — Comment est-il possible que le corps véritable de Notre-Seigneur soit présent dans la sainte hostie , et même dans la moindre parcelle de la sainte hostie? — Comment enfin le corps de Notre-Seigneur, qui siège à la droite du Père, est-il présent en tant de lieux différents ?

Pour répondre à la première question, il faut auparavant que nous discutions l'idée de substance. Nécessaire ici, cette discussion est en même temps, selon la remarque d'Aristote', la plus importante que puisse agiter la philosophie. La substance, c'est ce dont nous disons simplement qiCil existe *, c'est ce qui existe en soi, et ce que, comme tel, nous distinguons de toute autre manière d'être. L'accident au contraire, par exemple la grandeur,

nage, portant sur son dos une corbeille avec cinq pains et un calice plein de vin dedans. Yoii' d'autres repiéseniations de même nature et de la plijs haute antiquité, dans Fr. Wolker, Les catacombes romaines, (d'après De Rossi, Ruma Soterranea).

* MâXioTa xal irpûrtv xxl u.i'vcv, w; tîîïcîv irspî tsû cjtw; ô'vtoî ôsufïiTî'ov

TÎ èoTiv. Metaphys., vu, 1.

-To Je Tt OM — ufcir/! oWiy.. Mctaphys., v, 8; Categ., c. 3.

MetaphyS., v, 8 : To û-oy.£tu.jvcv e5-/aTtv, s ij.-r,y.i-i. Jtar' àXXo'j li-^tra.t.

La réalité de la substance niée par Locl<e, n'est plus suivant lui qu'une idée subjective [Essai sur l'entend, hum., n, 23), cela n'a pas droit à une rél'ululion.

2ti8 CHAPITRE XIV.

la figure, esl inhérent à la substance, n'existant pas en soi. La substance comprend en soi l'essence de la chose, ce par quoi elle est ce qu'elle est K Elle n'a pas besoin d'un sujet auquel elle adhère; elle est elle-même le sujet des accidents à elle inhérents, elle est le support de leurs manifestations ^ Dans l'idée de substance, le sujet pris absolument est le moment primaire, le sujet supportant les accidents, le moment secondaire '.Comme le point de départ de notre connaissance est toujours la perception sensible, c'est à l'occasion des accidents, et par eux que nous connaissons la substance à laquelle ils sont inhérents ; nous la connaissons donc médiatement seulement et non immédiatement par les sens , comme le fond unique et permanent qui supporte la variété et la multiplicité des accidents.

Si nous appliquons maintenant ces définitions générales à l'objet particulier qui nous occupe, voici les résultats auxquels nous arrivons : La substance du corps et du sang de Jésus-Christ est présente sous les accidents du pain et du vin. Le moment primaire dans l'idée de la

* T( eaxlv — JeuTêfa cùc-ot/ Cf. Mdaphys , VU, 7 J VII, 10; Anaî. post., II, 2, Cat., V, I.

* Substantia, quœ est suhjectum, duo habet proima ; quorum primum est, ut non indigeut, intrimec.o fundamento, in quo sustentatvr, sed suatentatur in seipso per se et non in uHo existens. Aliud vero est, quod sit fundameutumaccidentibus. Thora. Aquio., Quœst. disp. Depot., qu. ix, art. 1.

' JJnde in Deo pcrfectissima ratio substa7}fiœ invenitur, est ergo hcBc' ratio prior et essentiahs. Suarès, Metaphys., D. «.xxiii., sect. I. Les choses se distinguent donc en entia pe^' se (non pas a se) et en entia in alio tanquam in subjecto. Maur., Quœit. philos. vol. I, qu. 53. (ov xxTà ou|j.gîCT,y.cî, AlislOt., Mctophys., V, 2.)

substance est là, non le moment secondaire, car le corps de Jésus-Christ n'est pas le sujet des accidents du pain. La substance du corps de Jésus-Christ est donc sous les accidents du pain, et ceux-ci sont là sans le sujet — pain et vin — auquel ils sont d'habitude inhérents K Mais comme l'essence de la substance est de subsister en soi, et que d'après son idée même la substance est avant les accidents *, il n'y a aucune contradiction à dire que par la puissance de Celui qui a créé la substance et l'accident, l'essence et l'apparence, la substance seule est là présente d'une manière miraculeuse sous les apparences du pain et du via *. « La substance d'une chose, dit

* Catechùm. Rom. P,ii,oap. iv, qu. 22, 37. D'après saint Thomas {Summ. Theolog., III, qu. Lxxxvii, art. i), ces accidents ne sont pas seulement là sans sujet propre, mais sans aucun sujet, par la raison que les accidents ne passent pas d'un sujet à un autre, et que, comme tout elVet dépend plus de la cause première que de la cause seconde, Dieu, qui est la cause première de l'accident et de la substance, peut dans ba puissance inlinie conserver l'existence de l'accident, lorsque a disparu la substance par laquelle il le taisait exister comme par Fa cause seconde. Cl. ibid. Art. 4. — (Suarès, De Eucharistia. P. I, Disput. LVI, sect. 2, Disput. lviu.

Plusieurs théologiens (Suarès,i. c, Disp.LVi, sect. i. Lugo, De Eucharistia, Uisp. x, sect, 1) voient une démonstration dogmatique de la proposition : Accidentia munent sine subjecto, dans la condamnation desxLV propositions de NVicleiiU lîotamment de la 11* ainsi conçue : Accidentia ■punis non manent sine subjecto i7i sacrumento aîtaris. — Voyez la censure de cette proposition par les théologiens au concile de Constance dans .Mansi.t. xxviii, p. oSelseqq. L'accident modal, par exemple le rapport du pain avec l'espace, ne peut rester, quia modus ncc divinitusesse ]>ûtest sine re, quum modifLcat; mais l'accident réel, tel que la couleur, le goût, etc. peut demeurer. Au reste, l'enseignenienl de l'Eglise parle simplement d'une présence qui a lieu remancntibus duntaxat speciebus. (Coucil. Trident., sess. xiii, can. 2 )

* Metaphys.,yn, 4.

» In sua subitantia nobis adest. Coflcil. Trident., sess. xiri.

a Leibniz S c'est ce qui fait que celte chose demeure « une seule et même chose sous les vicissitudes et les 0 transformations les plus diverses, c'est une certaine 0 force , une certaine faculté ou une entéléchie origi- 0 nelle, laquelle exige certaines facultés secondaires dont « la nature peut la priver pour y en substituer d'autres « et que Dieu peut supprimer toutes. Si donc la subs- « lance d'une chose consiste en ce qui constitue Fiden- « tité de celte chose, bien que sous divers états de « grandeur oii de qualités, et si celte même substance ne a se divise ni ne s'altère dans la division et l'altération et de ses dimensions, si elle ne change pas, bien que ses « qualités changent , il s'ensuit qu'elle est réellement a différente d'elles. Or, tout ce qui est réellement diCfé- « rent peut être séparé par la toute-puissance de Dieu, « de manière que l'un subsiste pendant que l'autre est

cap. 1. Chrisli sacramentale esse connctat habitucUnem ad species. La pré?etice de Jésus-Christ dans le sacrement consiste en une union vraie et réelle entre le corps du Ctirist et les espèces, in vera et reali unione inter corpus Chrisii et species. Suarès, l. c, Bisp.XLYUi, sect. 2. — Lugo la déiinii avec plus de précision encoie : De Euchanst. Disp. vi, sect. 2) : Est primo et potissimum illa actio Christi in species, per ([uam exercet mxuius substnntiœ respcctu earum per modum cuusalitatis ; secundum est alligatio ad species sive insoluMlitas intimœ prœsentiœ ac vis quœihirn data divinitus speciebus, ad trahendum secum intime corpus Cliristi.

^ System, thcolorj., n. XLix. « Je n'aime pas », écrit Leibniz à Sluinis [Op. phil., p. 145 ; cf. Lettre au père Bouvet, p, 146) « à employer le terme de substance dans une autre accepiioa que les anciens. Je suis là-dessus tout à fait de l'avis de Platon et d'Aristote, et même des Scholasliqucs, et cette idée est propre à restaurer l'antique philosophie qui est, selon moi, la vraie. .Je combats maintes opinions de Gassendi et de Descartes. Une fausse conception de la substance a gâté toute leur philosophie, ils ont ùté tous les grands principes des choses, pour ne laisser subsister qu'un simple mécanisme ». Kuno Fischer, Leibniz et son école, JSJo, p. 78.

LE TRÈS-SAIM SACREMENT DE l'aLTEL. S7 1

« détruit, ou que l'un et l'autre existent séparément. La a nature elle-même enlève les dimensions elles qualités, « en ne laissant subsister que la substance, mais alors « elle remplace ce qu'elle a ôté '. Mais rien ne s'oppose à a ce que Dieu n'empêcbe la substitution naturelle, qu'il « ne l'interrompe et la supprime, et que l'essence reste « sans ses dimensions et qualité?... Dieu peut tout aussi a bien ôter la substance et conserver les dimensions et « les qualités. A cela nous ne saurions trouver aucune Cl contradiction , car les raisons sont exactement les « mêmes des deux parts, la différence réelle une fois «admise: c'est de la volonté de Dieu que dépend et l'essence elle-même, non moins que l'union de la « substance et des accidents - ».

Ainsi Jésus- Christ est présent essentiellement; car la substance du pain et du vin a seule été changée en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ. Aucune illusion des sens n'a lieu, puisque selon l'ordre naturel les sens ne perçoivent que les manifestations, les apparences et non l'essence même ^ Les espèces du pair

* J.'i unoquoque coi'jpore aliud est magnitudo, aliud cohr, aUi\ firjvra. PoUst erdm et diminuta magnUudine manere eadem fi^juu et idem Cùlor ; et fijura eadcm non manente tam magnum esse et eodem modo coloratum; et qnœcumque alia simul dicuntiii' de corpore, possunt et simul etphira sine cœtens commutari. Ae fer hoc multiplex ebse convincitur naturu corporis, simplex autein nullo modo. August., JJe Trinitat., vi, tî.

' Cum effecfus mogis âependeat a causa prima quam a caiisa $ecunda, Beus, qui est prima causa substantiœ et accidentis per sua7n infinitam virtutem conservare pote^t in esse accidens substracta substantia, per quam conservabatur in esse sicut per propriam causam, sicut et alios effectus naluralium causarum potest pioducere siue iiaturalibus causis. Thom. A(}uin., m, qu. Lxxvn, art. l.

^ InteUectus, cujus est proprium objectum substantia, per fidcm a

272 CHAPITRE ÏIV.

et du vin demeurent, comme symboles du vrai pain de vie, invisiblement présent, comme un voile que le Créateur a jeté sur le plus haut mystère de la religion, en considération de notre faiblesse et de l'ordre de cette vie sensible, et pour fortifier et aider notre foi '. Les altérations extérieures qui peuvent survenir n'affectent dans le sacrement que les seules espèces qui persévèrent dans leur actualité par la vertu de Celui qui les maintient miraculeusement dans ce qu'elles sont *.

Ceci nous conduit à la réponse à faire à la seconde question : Comment se peut-il que le vrai corps du Seigneur soit présent sous la figure de l'hostie et même sous les plus petites parcelles de l'hostie ?

La solution résulte de l'exacte définition de l'essence du corps. Ni la doctrine atomistique % qui ne voit dans le corps rien autre chose qu'une matière étendue sans force, ni le dynamisme *, qui fait résulter les corps de la tension des forces, ne sont en état d'expliquer l'essence des corps ; celle-là, parce qu'elle ne saurait rendre raison ni de l'étendue, ni de la cohésion, ni de i'impénétrabi-

deceptione pt'œservatur. Thom. Aqiiin., L c, qu. lxxv, art. 5.

ad. 2. Dalgairiis [La sainte communion) dil que celle proposilion iipparlienl en propre et exclusivemonl à la Scliolastique. C'est au contraire un principe fondamental de l'ancienne i'cole.

* Thom. Aquin., l. c. — Caiechism. Rom., l. c, qu. 3S.

* Thom. Aquin. (/. c, Lxxxvn, art. 3) : Unumquodque agit, in fjiiantum est ens acta... quia igitur specicbus sacramentalibus dalum tst ut maneant in sua esse qaod kabcbant, substantia 2^'Mis et vini i:xistente, consequens est, quod etiam remaneant in sue agere.

8 Descartes, Gassendi, Newton.

* Boscovicli, Kant^ Cousin, clc.

LE TRÈS-SAIM SACREMENT DE L'aUTEL. 273

lité», ni même de l'unité* d'essence '; celui-ci, parce qu'il n'explique point la diversité des corps, leur étendue et leur réalité. L'essence des corps consiste en un double moment, un moment passif, la matière *, en conséquence duquel un corps est capable d'étendue: c'est le substratum, la base du moment actif, de la force ou de la forme qui constitue le corps comme tel, lui communique l'étendue effective, le dislingue de tout autre, est son principe actif et sa forme essentielle ». Etre étendu

Ji S^" ^"^f^^^l- ^''^■^''^w« ^es théones de la matière, Fichté Jour. nal de philosophie, xxix, p. 103. rii^me, jour-

Aqum., Summ. theolog., I, qu. ixxir, art. 4. » Voyez d'autres raisous, T. i, p. 184.

«^■Lrv"lla^£"^^^'-'.^"' ^^ d*^^'""' P"si la matière : Ae>

Tom ''il fT'"'- ï,f r,'^"' '' ' ' '^°,^^'^''' ^ "°^«^- ^oàS^. pa les termes 7p aW? ' ''°™"'' f'''°" ^*^""'^ ''-^ 'ï^^tière

53 Sft n 9^? «."-'^fîov, aofarcv, r:c.Jsj-.s,' (Km., p. 49, 50,51, ^i. tmieb., p. 23). — a la matière est opposée tô T;«aac la lim talion, la lorme. [?hileb., p. 23, 26.) ^^ -?''^' ^^ ''"^'■

.•/.nlTc''r"'"^'"î •?'*'• -" ^irnpUcibus forma est ipsa naturareixui m T "'* "'^"''''" '''^■- ^^^°"^- A*î"'nv /. c., m, qu!

<.ré^ŒurX7os''Tri''^;' p ' î^'^^"'^' (^^^^^'"^^ "°"^- ^^ ^« "«■ »a/e. uLuu. p/u/os., éd. de Berlin, p. 124), lorsaue i> mV-ni^

?l?,?To5^,^" J°"^ d'Aristote, j'avais donné dans e v de i' dans les atomes, car c'est ce qui remplit le mieux rimaainf tion; mais en étant revenu, après Wen des médi atS ?p" m aperçus qu'il est impossible de trouver les S iné? d'm n vcnlable uniié dans la matière seule ou dans c^nîi'ec;^ nu.

fe° fêtas conLmh,?f ri."""" ■'"'"'' "°'"'"- ""' """es rlâ- ApoL. DD Christ. — Tome IV .o

matériellement, c'est occuper un espace de telle sorte qu'un autre corps ne le puisse occuper simultanément. L'étendue suppose une force extensive, car il faut une force pour occuper un espace et s'en emparer exclusivement. L'étendue n'est pas autre chose que la manifestation extérieure et l'effet de cette force. Elle consiste en ce qu'elle exerce une résistance, une réaction contre toute autre force qui tend à l'expulser de l'espace qu'elle occupe. La force extensive ou de résistance est donc la force fondamentale en union avec laquelle seulement toutes les autres forces peuvent exister*.

Ce n'est donc pas la matière comme telle qui est étendue, mais c'est la matière des corps, c'est-à-dire la substance qui se compose de la matière et de la force. Cette étendue d'un corps est bien une manifestation, une expression de son essence, une conséquence naturelle de celle-ci, mais ce n'est pas l'essence elle-même*: c'est un

faitemenl indivisible ou doué d'une véritable unité. Il fallut donc rappeler et comme réhabiliter les formes substantielles ^k Cf. Hattenstein, commentatio de materiœ ap. Leibnitium notione. Lipsise, 1846.

* Ulrici, Gott xmd Natur., p. 3S4. Cf. Thom. Aquin. Summ. theolog., I, qu. Lxxvn, art. 2 ; C. Gent., iv, 63) : Sola cptantitas sine subjerAo subsista, et ipsis aliis accidentibus prœbet sustentamentum.

^ « Toutes nos perceptions sensibles, particnli(*'rement celle que nous recevons par le tact, nous obligent à admettre quelque chose qui existe dans l'espace et le remplit, et qui sert de base aux phénomènes. Ce quelque cbose nous le nommons la matière ». Baumgartner, Naturlehre, 6® édit., 1839, page 3.

« Nous pouvons nous représenter l'impénétrabilité dans l'espace, et l'impénétrabilito, c'est la matière », Pouillet, physique expérimentale. « L'étendue et rimponclrabilité sont doux

LE t;;ès-saint sacrement de l'aotel. 275

effet de la forme (force) agissant sur la matière; c'est une propriété qui, étant commune à tous les corps, peut bien, au point de vue physico-expérimental, entrer dans une définition des corps, mais qui n'est pas pour cela une dcfmilion philosophique et proprement dite de l'essence de la matière. Car l'essence des choses se laisse pénétrer par l'intelligence, mais non percevoir par les sens '. La physique elle-même, quand elle sait et veut être exacte, définit l'étendue comme une propriété, mais non comme l'essence des corps *. C'est ainsi qu'on a coutume de concevoir aussi l'esprit comme une substance douée de raison et de volonté, bien que cependant ces deux facultés ne soient pas l'essence même de l'esprit, mais des propriétés dépendant immédiatement de son essence. L'essence de l'esprit consiste dans son immatérialité, dans l'indépendance où il est de tout substratitm matériel ; c'est de cette essence immatérielle, quoique positive, que dépendent la pensée et la volonté, comme facultés naturelles, spontanées, nécessaires ^ Cette com-

propriétés qui conviennent à tous les corps ». Graliam-Otto, Chimie, T. I.

Cf. Thom. Aquin. De Ente et Esscntia, cap. 6. — Snarès {Metaphys. Disput. xxxvi, sect. i) distingue entre la substance raatéiielle et la substance coiporelle. Celle-là désigne la composiiion de la substance (par opposition à la substance spiriiuelie), celle-ci la capaciié de l'étendue, c'est-à-dire la propriété qui en résulte.

* Thom. Aquin., l. c, m, giiest. lxxxv, art. 5.

• « Les propriétés esseniiellos et générales des corps soni rélendue, la figure et rirapénélrabiliié ». Eisenlohr, Mvsioue. 8° édit. ^i- !/ ■i .

' In quantum supergreditur esse maieriœ corporalis, potens per se subsistere et operari, anima humana est substantia spirituaHs.

position de matière et de forme, que l'essence de l'esprit, rimmatédalité, exclut, l'essence du corps, la matérialité, l'implique au contraire. Tout corps donc étant composé de matière et de forme, est capable d'étendue, et réellelement étendu dans son état naturel *. Ainsi l'étendue est pour nous une propriété des corps ou de la substance composée et matérielle *, mais non pas l'essence même des corps, comme Descartes ' l'admettait *.

L'étendue, propriété des corps, leur assigne leur place dans l'échelle des êtres. « Des deux ordres de créatures a que vous avez faites », dit saint Augustin ^ s'adressant à Dieu, « vous avez placé l'un (les auges) près de vous, a l'autre (la matière) près du néant ». Plus la matière d'où le corps tient sa quantité et sa divisibilité, prédomine.

Thom. Aquin., De spirit. créât., art. 2. Cf. Summ. theoloy., l, qu. LXXV, art. 3. Suarès {de anima, i, 9) : Per substantiam spiritualem intelligere oporiet talem substantiam, quœ neque ex materia constet, neque illi coextendatur nec ab illa in suo esse dépendent. — C'est des manifestations d'une substance que nous concluons son essence. Thom. Aquin., l. c, lxxvii, art. 3.

* Cf. Suarès, Metaphys. Disput. xxxvi, sect. 1. Thom. Aquin. ^ Pys., sect. 2 ; Summ. theolog., I, qu. Lxxvi, art. 4, ad 4. Cf. Kleulgen, philosophie der Vorzeit., ir, p. 260.

* 20vûXov ou cûvôeT&v, Aristote {Metaphys., vin, 2, 15.) ^Les principes de la philosophie, P. II, qu. 13,

^ * Nous avons pour nous Aristote {Metaphys., vu, 3, 8) : Ta piv

•^'àp àXXa TÛv <ja)[jLâTWv 7:â8-/| /.où îrctT-uarx y.y.l Juvxu.ei;, to rfè ^r,/.o; xal TvXâTo; y.cù ^xôc; TToaif/iré; Ttve; à>^' cù/- cjaîj». Ta -jàp, rctrov , cù/. c'Jaîa , àXX* (iâXXov w ÛTTScp/^ei Taùra tîîwtu , èxelvci Èanv ■« cJoîa. Thom. Aquin. {Opusc, xl, c. 16) : Pars et pars in aliquo est per fjuantitatem quœ est accidens primum corporis. {Sumin. theolog., 111, qu. Lxxvi, ait. 6) : Natura substantiœ est sub qualibet parte dimenmkum, sub quitus continetur. Calechism. Rom., /. c, qu. 36.

* Confcss., xn, 6.

LE TRÈS-SAINT SACREMENT DE L'aI'TEL. 277

plus ce corps est placé bas sur l'échelle, — les minéraux, les végétaux, les animaux. — Plus au contraire la forme l'emporte et se montre active, plus le corps monte sur la même échelle ^

a En effet », dit Leibnifz », a si le lieu diffère de ce qui « se trouve dans le lieu, si l'espace est différent du corps,

• il s'ensuit qu'il y a aussi une différence entre la ma- « tière et l'étendue. Nous sommes amenés naturellement a à admettre cette différence, et dans la matière, indéa pendamment de ses dimensions, nous reconnaissons « quelque chose que les anciens nommaient ^uîcvott,;, et

• nous, densité. De là vient la propriété qu'ont les corps a de ne point se laisser pénétrer les uns par les autres, a et de résister au choc par le contre-choc ; de là vient « encore qu'à vitesse égale, un corps plus dense produit a un choc plus puissant, ce qui certainement n'est pas € explicable parla seule considération de l'étendue. II est « aussi de la nature d'un corps qu'il possède une activité « toujours tendue et vibrante pour repousser les autres

* Dans l'homme, la maiicre se trouve unie à l'âme raisonnable, comme à sa forme. C'est pourquoi l'homme est le coujPonnempnt et le but de la création matérielle. Plus haut que lui est l'ange, pur esprit. Au degré suprême est Dieu, l'être pur, la pure activité, la pure forme, actus ■purus. Aussi est-il souverainement simple, souverainement indivisible; en dehors de lui la simplicité et Tindivisibilité déclinent jusqu'à la maiière qui est au plus bas degré sous ce rapport. Cf. Schwegler, Hist. de la Philosophie grecque, p. 185.

Maurus {Quœst. philosop., lom. i, qu. xxix) : Deus, qui summe est unus, est summe perfcctus. — Materia prima, quœ est omtdum tmanme divisibilis ac minime una, cvm facta quacumque divisions eonservetur, est imper fidissimum ens et minime unum. Tliora. Aquin., l. c, qu. lxxvj, art. 4, qu. lv, art. 3, qu. lxxxix, art. 1.

" loc. ciU

« corps et conserver sa place. De ce mouvement interne ot d'un corps naît la cohésion des parties. La densité, la « force interne se distingue de la matière, de la puissance « première d'action, du premier acte ; car les puissances « secondes peuvent être amoindries ou bien augmentées, « pendant que les premières demeurent stationnaires. En « effet, rien n'empêche que Dieu n'augmente la densité 0 de la même matière en y ajoutant une force qui soit plus a efflcace, quoique la vitesse reste la même.... Que la a puissance de mouvement d'un corps puisse être altérée, a sans que sa substance le soit, c'est ce qui résulte déjà 0 des lois mêmes de la nature. Nous avons donc deux a propriétés absolues, ou deux accidents réels, la densité a ou force de résistance et la force de choc, lesquelles a propriétés ne font pas partie de l'essence de la subs- 0 tance, mais s'y ajoutent seulement, puisqu'elles peua vent changer sans que pour cela la substance change ». S'il n'y avait pas d'accidents réels ou absolus ne différant pas seulement de la substance selon le mode (comme les relations), tous les changements réels dans l'essence seraient en même temps des changements de l'essence, ce qui est contradictoire. D'ailleurs une substance n'agit que par ses puissances accidentelles '.

Ecoutons maintenant un moderne * : « La force d'iner- « tie, premier moment de l'idée de la matière, n'épuise « point cette idée, telle que l'expérience nous la donne, « Chaque atome matériel fait plus que de déployer une

* Cf. Thom. Aquin., L c, i, qu. liv, art. i.

* Ulrici, op. cit. swp., p. 3d6.

LE TRÈS SAINT SACREMENT DE L'aUTEL. 279

c force d'inerlie ou de résistance , il possède encore a d'autres forces et déploie d'autres énergies K Chaque «atome apparaît comme un point (substance), dans 0 lequel se réunissent plusieurs forces, comme un lieu a d'où partent différentes manifestations énergiques , « comme un centre entouré d'une sphère d'effets produits. 0 II se présente comme l'agent des énergies multiples qui « s'exercent, étant par conséquent en opposition marquée « avec chacune de ces énergies qui jaillissent de lui *. a C'est ainsi que l'élément matériel se manifeste. En « effet, en tant que point d'union de toutes les forces, il « est non-seulement différent de chacune d'elles en parce liculier, mais encore de toutes prises ensemble, et cela « non parce qu'il serait l'opposé d'une force quelconque, « mais, au contraire, parce qu'il est une force parlicua lière différente de toutes les autres '. Car les forces a multiples et diverses concentrées en lui ne sauraient a ni s'unir ni demeurer unies, à moins d'une force ayant « pour fonction de réaliser et de maintenir cette concen- 0 tration *. Celte force, qui appartient nécessairement « à tout corps, si l'on conçoit un corps comme une réu-

* Actus secundi.

* Actus primus. lUud quo ens primo operatur, est forma ejus. Thom., l. c, qu. lxxvi, art. 1.

' C'est ce que les anciens nommaient : forma substantialis, actus pnmus.

* C'est proprement la substance. Arislot. (Metaphys., vu, 6) :

*H oùoia tô jxï) x.a6* ûîtoirc.)tei[Aévcu àXXà xaô' où ra â>.Xa. Thom. Aquin. {Summ. theolog., III, qu. Lxxvn, art. 1, ad 3) : quidditati seu essentiœ accidentis competit habere esse in subjecto. Un esse secundum qvid appartient aussi à l'accident : car tout accident n'est pas une simple relation.

a nion d'atomes liés ensenible , on peut la nomci mer la substance de l'atome ' ; car elle est à la base a de toutes les autres forces, et ce n'est qu'autant (|u'elle « subsiste que l'atome peut subsister. Toutefois elle a n'agit point extérieurement, mais seulement intéiieurea ment *, sur les forces cju'elle unit.... Et comme il y 0 a différents centres de celte nature, comme d'autres a forces sont unies d'autre façon dans un centre que dans « l'autre, nécessairement chacun d'eux apparaît comme a un élément matériel déterminé, auquel adhèrent des a forces déterminées, et duquel dans telles circonstances « parlent des énergies déterminées ».

En résumé, et pour conclure, voici les points que nous pouvons é!ablir :

l°Aus.'i bien d'après les principes de la philosophie péripatélic.cnne et de la Scholastique, que d'après les résultats de la science moderne, il y a néce ssairement une dilTérence réelle à établir entre la substance matérielle et ses accidents, entre l'essence des corps et ses manifestations, ses effets, ses propriété?'.

2° Quoique la grandeur soit tellement liée avec l'essence des corps, (lue dans son état naturel un corps n'est jamais sans grandeur, c'est-à-dire qu'il conserve toujours

' Forma substantialis. Arislot. {Metaphys., vu, 8, 10 H) ; Tô (*»'■<

«; eiâ'c; -n cùaia Xevoi^svcv... To Toidvâ'e (rr.aa.îvE;.

' Propriiim ohjedum inteîlectus {non sensuum) est substantia. Thon!. A(]iiin., /. c. « L'es!^cnce d'une chose corporelle », dit Oeistedl {L'Es:prit duîis la nature, i, p. 56), « t'Sl son idée devenue vivante, réalisée. Les plantes vénénenses et celles qîîi sei veni à nous nourrir ne ditlèrenl pas entre elles par la matière loiwh-mt'iitale dont elles sont formée?, mais par la manière dont elles en sont forniée.s »

LE TRÈS-SAINT SACREMENT DE l'aUTEL. 281

la force d'étendue et de résistance, cependant l'essence du corps ne consiste pas en celte force, qui marque seulement le rapport du corps avec l'espace et son effet dans l'espace. Le corps, c'est-à-dire la substance, le centre des forces, doit être considéré comme existant, avant qu'il exerce ses forces.

3' Si donc la substance du corps n'est pas la même chose que son étendue, et si elle en diffère réellement, il s'ensuit qu'elle peut en être séparée d'une manière surnaturelle ou par un miracle, comme de la force de résistance et des autres forces et propriétés liées à celle-ci. Ces forces sont disponibles, elles sont en puissance, et non en activité, alors que l'essence, pouvant se réfléchir extérieurement, n'est cependant pas dans la nécessité de le faire. Une comparaison s'offre ici, c'est celle de Notre- Seigneur Jésus-Christ se manifestant dans la bassesse, puis dans la gloire.

4,» Donc la présence du Sauveur glorifié sous les espèces — apparences, propriétés -— du pain et du vin, n'est pas un événement naturel, il est vrai, mais donc aussi, ce n'est pas un fait impossible ni qui répugne à l'essence de la substance corporelle. Il est encore vrai que ce très-saint sacrement demeure toujours un mystère insondable de notre foi; mais c'est un mystère qui nous fournit des points de vue pour pénétrer et concevoir l'essence des substances corporelles; et il n'y a pas de philosophie ni de science de la nature un peu profonde qui ne s'en accommode et ne les confirme.

a Nous ne disons pas», dit le catéchisme romain*,

» P. II, c. 4.

a que Jésus-Christ soit présent dans le sacrement en tant a que grand ou petit, ce qui regarde la quantité, mais en a tant que substance. La substance du pain est chan- « gée en la substance de Jésus-Christ et non en sa granadeur ou quantité. Personne ne doute que la substance a ne se trouve en grand comme en petit.... Puisque le o corps de Notre-Seigneur succède à la substance du « pain, nous sommes lorcés de dire qu'il est dans le saocrement absolument de la même manière que la « substance du pain y était avant la consécration. S'il y « est en quantité plus grande ou moindre, ce n'est pas la a question * ».

Nous voyons donc, nous touchons, nous rompons le corps du Seigneur seulement dans un sens large et impropre. Toutes ces choses ont pour objet propre les accidents et ne se disent qu'improprement de la substance du corps du Seigneur, cachée sous ses accidents ». On dira qu'un corps organisé exige l'éloignement proportionnel de ses parties et des membres, et par conséquent une certaine mensurabilité ; mais ici le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ est présent sacramentellement, substantiellement, et non pas à l'état naturel et sous le rapport quantitatif ». Sa présence dans le sacrement n'est pas

* Natura substantiœ tota est sub qualibet parte dimensionum, siib quitus continetur... sicut sub qmlibet parte aeris est tota natura aeris et sub qualibet parte punis est tota natura paais. Tliom. Aquin., L c, qu. lxxvi, art. 4.

* Corpus Christi non frangitur, nisi secundum speciem sacrameU' taïem. Id. l c, lxxvii, art. 7, ad 2.

' Quantitas dimensiva corporis Christi est in hoc sacramento non secwiduîn proprium modum, sed per modum substantiœ. Id.. /. c. txxYi, ait. i. '

sans analogie avec celle de l'âme dans le corps; l'un et Tautre sont dans l'espace, ici et non là , l'àme où se trouve le corps, Notre-Seigneur , où se trouvent les espèces, mais ils ne sont point étendus dans l'espace à la manière des corps K II n'y a cependant pas une complète parité ; car l'àme forme avec le corps une unité substantielle, qui n'existe point entre la substance du corps du Seigneur avec les accidents du pain et du vin ; les espèces contiennent le corps du Seigneur, mais ne sont pas ce corps ^. Elles sont les signes de la présence substantielle du Seigneur, mais non les accidents de son corps, et celui-ci ne les porte ni ne les soutient point comme étant leur substance '; cependant il ne s'ensuit nullement que ces espèces ne soient que des fantômes flottants, des apparences sans fondement ni consistance aucune. Elles possèdent au contraire une essence réelle en tant qu'espèces. C'est ainsi qu'une apparition miraculeuse, effet d'une force surnaturelle, est tout autre chose

* Suarès, De Eucharist. Disp. xlyiii, secl. i.

* Thom. Aquin., l. c, lxxvii, art. 5, ad 3.

* Accideniia non tra7iseiint de subjecto in subjectum. Thom., /. c, qu. Lxxvii, art. 1.

« Notre-Seigneur », dit le P. Faber {Le très-saint sacrement de l'autel, p. 27), D'est pas la substance des espèces, mais il leur eu lient lieu. Elles s'appuient sur lui, quoique d'une autre manière que les accidents s'appuient sur leur propre substance. De même que dans l'Incarnation la sainte Jiumanité du Sauveur n'a point de personne propre qui lui serve d'appui, ainsi dans la sainte Eucharistie, les accidents sont privés d'une substance propre qui les soutienne ».

Nos ponimus duo, scilicet causalitatem corporis Christi in species, per quam exercet munus substautiœ resi)ectu earum ; et intimam pra>sentiam provenientem ex vi ipsarum siiecierum ad trahendum secum corpus Cbisti. Lu go. De Euchuristia, Dispui. vi, sect. 2.

Snjl CHAPITRE XI?.

qu'un pur fantôme, bien qu'un tel effet ne provienne point de sa cause propre, ou qu'à la cause réponde u| effet opposé à son effet propre '. Naîlre d'une Vierge, sortir -vivant d'un tombeau scellé, passer à travers des portes fermées, tous ces faits de la vie du Sauveur sont autant de témoignages de l'existence, supérieure aux lois naturelles de la substance matérielle, qui appartient à son divin corps *. Ce même corps glorieux et spirituel du Seigneur ' qui s'est élevé au ciel et qui est pour toujours assis à la droite du Père, est aussi celui qui est maintenant présent dans le très-saint sacrement de Tautel.

Ceci nous mène droit à la réponse à faire à la troisième question : Comment se peut-il faire que le corps du Seigneur, qui est assis à la droite du Père, soit présent dans tant de lieux différents ? Une fois admis que le corps du Seigneur est présent dans le sacrement selon sa substance, mais non selon ses dimensions, il va de soi que les

* Qitidditati seu essentiœ accidentis competit esse in subjecto. In sacramento nojidesinunt esse accidentia. Thom. Aquin., /. c, qii. LXXVII, art. 1. — Accidentia modalia, quœ immédiate afficiebant substaîitiam panis, non rémanent ; de accidentibus vere realibus non est dubium, id est de omnibus illis, quœ sensibus percipi possunU Lugo, l. c, Disp., X, sect. 1.

• Cf. Thom. Aquin., Opusc., lix, c. 3. Suarès, l. c.

Accipe quemadmodum sermo Christi mutât, quando vult, instituta naturœ. Consuetudo est, ut non generetur homo nisi ex vira et mu- Mere, vides ergo, quod contra instituta et ordinem homo est natus tx virgine. Liquet, quod prœter naturœ ordinem virgo generavit ; et hoc, quod conficimus, corpus ex virgine est. Quid ergo quceris naturce ordinem in Christi corpore, cum prœter naturam sit ipse Dominus Jésus partus ex Virgine? (Pseudo) Ambios., De Sacram., iv, 4. Ambres., Myst., ix, 53.

*ICor.,Kw, 44.

LE TRÈS-SAINT SACREMENT DE l'AUTEL. 2«5

rapports et les déterminations d'espace ne peuvent trouver en lui d'application *. Au ciel » , dit Bellarmin *, * le corps du Seigneur a ses coi>ditions d'existence surnaturelles, bien qu'il soit dans la gloire ; mais dans le sacret ment, son existence est sacramentelle. L'existence « sacramentelle, qui est une existence vraie et réelle, ne « pouvait mieux être caractérisée que par le mot de subs- « taiHieîle. Il veut dire que Jésus-Christ est tout entier < dans le sacrement en manière de substance, mais non « pas en manière de quantité, puisque aussi bien lasubs- « tance du pain a été changée en la substance du corps t du Seigneur.... Or, la substance, comme elle, n'a au- « cun rapport avec le lieu non plus qu'avec les corps « environnants ». Ainsi est-il présent sous les espèces du pain et du vin, en plusieurs lieux à la fois, et cela distingue la présence sacramentelle de la présence de l'âme qui, étant liée au corps, n'est présente que là où se trouve le corps '. Cette même présence sacramentelle se distingue aussi de la présence corporelle mais naturelle du Christ, selon laquelle il est non-seulement dans l'espace, mais en rapport avec l'espace * -, elle se distingue également de la présence de sa divinité, qui est partout. Sacramentelle, le corps du Seigneur est en plusieurs

1 Cvpus Christi est in hoc sacramento pertnodum substantiœ , id est per modiim quo substantia est sub dimensionibvs, non autein per viodum dimensionum^id est^nom per modum illiim,, quo quantita imensiva alicvjus coporis est sub quanttate dimensiva alinjus toci. Thom.. Aquin.. {Summ. trolog. LXXVI, art. 3 5,

De Eucharistia, 11.

• Definiive.^

* Circumscriptive.

lieux à la fois, mais il n'est point partout *. La présence de Notre-Seigneur dans le sacrement est donc une prét?ence d'un mode tout spécial, surpassant tout ce qui est de la créature, mais nullement égale à l'ubiquité divine. De parvenir à nous faire une idée adéquate de cela, c'est îe que nous ne pouvons absolument point, pas plus que nous ne pouvons nous représenter ce qui était avant la création et ce qui sera après. Notre connaissance commence avec la perception sensible; des idées sensibles, et surtout les catégories du temps et de l'espace, formes du fini au milieu desquelles nous nous mouvons, nous accompagnent jusque sur les sommets de la pensée la plus abstraite, et s'il est une vérité que nous ayons beaucoup de peine à maintenir et à développer dans toutes ses conséquences, c'est que ces catégories ne peuvent en aucune manière s'appliquer à Dieu et à la nature divine. C'est sur celle opposition entre les représentations sensibles et ridée pure que Kant a bâti le système connu de ses antinomies. Si ce monde visible nous offrait une image adéquate de Dieu, de l'éternité, de Tinfini, de l'esprit, du ciel, de l'état de gloire, alors les mystères du christianisme ne seraient plus des mystères, a On a prô- « tendu », dit Lewis", «que le créateur lui-même ne et saurait faire un corps sans étendue, par la raison, «ajoute-l-on, qu'un tel corps est impossible. On aurait «dû dire qu'il nous est impossible de concevoir, de a nous représenter un tel corps. Mais quelque irréducli-

* Par oppopilion à rubiquilé enseignée par Luther.

' nistory of Philosophy., p. 445. Cf. Dalgairns, op. cit. SJip.t p. 84.

lE TRÈS-SAINT SACREMF.>T DE L'AUTEL. 287

« bles que nous semblent nos associations d'idées, elles ne « sont pas pour cela la mesure des choses. Que nous ne « puissions concevoir de corps sans étendue, c'est vrai; a mais que pour cela la chose soit nécessairement im- « possible, c'est une conclusion précipitée ».

Aussi le mystère du très-saint sacrement est un miracle, c'est comme la somme de tous les miracles du Seigneur. Et cela avec raison ; car au miracle de son amour, que nous adorons dans ce mystère, doivent s'égaler les miracles de sa toute-puissance, laquelle est ici au service de son amour. Il convient qu'il en soit ainsi pour un sacrement, qui est le troisième dans la triade des mystères fondamentaux du christianisme, autour desquels tous les autres se groupent, celui auquel toutes les voies de Dieu viennent aboutir '. La Trinité est proprement le mystère de Dieu, c'est pourquoi il est admirable et incompréhensible; l'Incarnation est le mystère de Dieu dans Thumanité , l'Eucharistie est le mystère de l'Homme-Dieu dans toute la nature. Le conseil de la Rédemption a de toute éternité reposé dans les profondeurs du Dieu tri ne, par Jésus-Christ, il s'est accompli dans le temps, et il continue dans l'Eucharistie jusqu'à la consommation de tous les temps.

R/'Sle à dire comment s'accomplit la présence du corps et du sang de Jésus-Christ dans le très-saint sacrement. Le mystère se fait par traîissiibstautiation, de telle sorte qu'un changement de toute la substance du pain au corps, et de toute la substance du vin au sang du Sei-

' Cf. Hilar. De Trinit., vm, 13 et seqq. Cf. Notes addil. VM i4« chapitre.

gneur a lieu '. Dans l'idée de tout changement trois choses sont à considérer : D'abord la cessation d'un terme positif et le devenir de l'autre ^ la cessation est donc la condition du devenir, et il y a une liaison, une transition de l'un à l'autre, si bien que de l'un à l'autre il y a suite et continuité », il y a enfin un troisième moment commun, dans lequel a lieu le changement : c'est ainsi que dans les transformations naturelles, c'est la matière qui prend une nouvelle forme, une subs'tance commune et unique subissant une multitude de mutations accidentelles *. Ces trois moments apparaissent dans le changement du pain et du vin au corps et au sang de xNotre-Seigneur. Par la consécration la toute-puissance de Dieu met la substance du corps et du sang de Notre- Seigneur sous les espèces du pain et du vin, de sorte que la substance du pain et du vin cesse nécessairement d'exister, parce que toute essence doit être une et ne peut en même temps être une autre ; la chose commune

* Trmissubstantiatio. Comilium Trident., sess xiii can 9 cap. 4. Cf. Audor. fidei Pjop. xxix. ' • ^'

«QuecesoituDc subsîance [conversio substanfialis) ou unp Vropnait {conversio accidentalîs). »t"«'aui6; ou une

» L'anéanlissement d'un terme et la création d'un autrp pp ZTIV^'' f'"' un changement. Salstantiapan^ e^vM^^hoc smmnto non anmhilatur. TJiom. Aquin. , /. c, qu lxxv^

Tri* fr'r^^'i- '•' ^''P- ?"^ ^'^'- ^' - lî'^Ilarm., De Eucharist. 111,18. m emm generatîo naturalis, quod forma in ea mutatur rccte acpropne transformatio dici potest, ita etiam, guod in Sacra' vientoEuchanstiœ unimrei substLtia in totam aUeZsreisub stantiam trameat, verlum transsubstantiationi^ rcTetsalTenUra majmbus nostns invenium est. Calechis.n. Rom. P II,Tap [y

au moyen de laquelle a lieu ce changement, ce sont les espèces. Il ne faut pas se représenter ce changement s'opérant comme si la matière du pain et du vin servait à constituer le corps et le sang de Notre-Seigneur, comme cela se passe dans le progrès de la végétation, par exemple, où les formes essentielles seules changent », tandis que la matière reste commune aux deux formes successives ; il s'agit au contraire d'un changement de toute la substance en une nouvelle substance, avec sa forme et sa matière *.

* Conversio formalis.

2 Deus est actus infinitus, unde ejus actio se extendit ad totam mturam entis. Non igitur solwn potest perficere conversionem formaleiH, ut scilicet diversœ formœ in eodem subjecto succédant, sed conversionem totius entis, ut scilicet tota substuntia hujus convertatur tn totam substantiam iUius.... Undehœc conversio non est formalis sed substantialis. M., l. c, qu. lxxv, art. 4. - Ratio d^sitionis pams sequitur rationem adductionis corporis Christi, sicut ante erat. Suarès, /. c, Disp. iv, sect. i et seqq.

Selon Suarès, Konink, Lessius el Faber {Le Sacrement de t autel, p. 76) la transsiihstantialion opère à la manière d'une production proprement dite du corps de Jésus-Christ, de sorte que s'il pouvait cesser d'être au ciel, il pourrait être con.spive dans le saint sacrement. Cependant on peut, ce nous Gumble, alléguer contre cette opinion : 1° que la lettre du concile de Trente n'exige pas une telle production ; 2° que noiis n avons pas à instituer graluilemeni de nouveaux miracles; 3° que la production de soi-même est philosonhique- Jïienl inconcevable ; 4° que la cessation de la présence du corps de Notre-Seigneur par la corruption des espèces est quelque chose qu'il est alors dilûcile d'expliquer.

Cf. Lugo, l. c, Disput. VII, sect. 2 et 3. Bellarm., l. c, Vasquez, mm, D. Thom., Disput. clxxxi, c. 2 et seqq. Thom. Aquin-, /. c, qu. lxxv, art. 4.

L'acte de la transsubstantiation est une actio constitutiva corpons Chrtsti sub accidentibus et non pas une simple adductio locahs, comme l'admettait Scot. Dans la corruption des espèces le corps de Jésus-Christ cesse d'être présent sous ces espèces, sans qu'il y ait anéaniisseaieot du corps divin, ni Apol. du Christ. — Tome IY. i9

Il y a certainement dans les considérations précédentes de quoi satisfaire une raison même exigeante et subtile. Cependant nous ne voulons pas exagérer la valeur de ces raisonnements qui ont occupé les plus sublimes esprits de l'antiquité chrétienne et pénétré de plus en plus dans le secret du sacrement. Ce sont des tentatives humaines ayant pour objet de mettre le mystère d'accord avec les lois de la science, mais ce n'est pas là le fondement de notre foi. Nous ne les rejetterons pas non plus comme d'inutiles subtilités , comme un vaia réseau de conceptions métaphysiques sans consistance. Nous ne pouvons saisir le surnaturel que selon les formes de l'entendement humain, et notre devoir est d'essayer de le comprendre d'une manière quelconque et de le définir aussi rigoureusement que nous pouvons pour repousser l'erreur. Aussi l'Eglise a-t-elle adopté ellemême certaines définitions préparées par l'école, telles que celles de substance et de transsubstantiation, au moyen desquelles elle a établi pour toujours le sens propre de ce mystère ainsi protégé contre les attaques de l'hérésie *.

changement de ce corps en la substance des espèces. Thom: Aquin., /. c, qu. lxxvii, art. 4. — Suarès, l. c, Disput. liv, sect. I, 2.

Sicut enim qmim disposita est materia corporis humani mffidenter. Deus animam créât et infundit et hoc non dicitur miraculum, quia hoc exigit ordo rerum a Deo institutits ; etiam quando per alterationem specierum panis eo devenit, ut adsint dispositiones requisitœ ad aliquam formam introducendam, exigente ordine rerum, Deus materiam substituit et in illo ipso instanti ab agente naturali, dispositiordbus prœmissis, introdmitur forma substantialis. Bel larm . , loc. cit. , 24.

* L'opinion qui nie la réali»'*. des espèces et les regarde

lE TRÈS-SAINT SACREMENT DE l'aUTEL. 291

Considérons maintenant la signification et l'importance du très-saint Sacrement.

Les traditions et les histoires les plus antiques parlent d'un commerce familier de Dieu avec le premier couple humain. Le ciel était descendu sur la terre, et il y avait sur la terre un paradis. Mais lorsque le péché fut entré dans le monde, la crainte prit la place de l'amour de Dieu dans le cœur de l'homme, la présence de Dieu inspira l'^roi au lieu d'une filiale confiance. Cependant le souvenir de ces premiers temps n'a jamais pu s'effacer, il est demeuré vivant parmi tous les peuples. Et ils espéraient, souhaitaient, appelaient de tous leurs vœux une habitation de Dieu parmi eux, un Dieu qui fût présent au milieu d'eux d'une manière plus haute et plus parfaite qu'il ne l'est dans la création nar son essence, sa puissance et sa providence, sous une figure corporelle et visible aux regards de l'homme revêtu lui-même d'un corps. Et en effet, l'essence intime de toute religion se concentre dans une seule idée, celle de VEmmanuel ou Dieu avec nous. Dieu loin de l'homme et l'homme loin de Dieu, telle est l'essence même de l'irréligion doctrinale et pratique, sous quelques formes qu'elle puisse se montrer. Car même là où l'homme croit encore en Dieu, s'il n'y a plus entre la créature et le Créateur d'autre société, d'autre commerce que par le moyen des lois et des forces de la nature, alors la nature devient un mur

comme un effet immédiat de l'action de Jésus-Chnsi sur les sens, ne pourrait guère se soutenir, puisqu'elle irait à jiupprimer le signe externe qui est cependant de l'essence du sacrement. Cf. Iren. {C. Hœres., iv, 18) : Eucharistia e duabus rébus constans.

de séparation élevé entre ià créature et son Créateur, alors il n'y a plus de prière véritable, n'y ayant plus de communication immédiate, alors la religion n'est plus qu'un vain nom. Et ce désir de contempler Dieu sous une forme visible est enfoncé si avant dans le cœur de l'homme, et si incontestable, que nous sommes obligés d'y reconnaître la racine la plus profonde de l'idolâtrie et son principe actif. Tant il est vrai que toute erreur n'est autre chose qu'une vérité altérée, et que l'empire que l'erreur exerce sur les esprits, elle le doit tout entier au peu de vérité qui reste encore en elle.

Quelque chose qui meut l'humanité dans son ensemble et dans sa masse, qui la saisit jusque dans ses entrailles et la pousse à l'action, et cela non pas seulement une ou deux fois, mais durant des milliers d'années, ne saurait être purement et simplement, exclusivement une erreur. Car l'erreur serait plus forte que la vérité. Qu'était-ce que l'idolâtrie, sinon la voix puissante de l'humanité appelant son Dieu, le Dieu qu'elle avait perdu et qui se cachait d'elle derrière le voile de sa création? C'est pourquoi l'homme bâtissait des autels, érigeait des statues et des sanctuaires, atin que Dieu y vînt habiter '. Le Germain l'aperçoit dans ses forêts sacrées, le Grec dans la statue du Jupiter Olympien*; le Chaldéen voit ses dieux dans la brillante lumière du soleil, dans la splendide armée d'étoiles qui, la nuit, peuple le ciel '. L'homme se

* ^ cf., XVII, 27.

» Lucien, De sacrifie. , ii. Plutarq., De Isid.y n,

* Deuter., iv, 15-19.

LE TRÈS SAINT SACREMENT DE l'ADTEL. 293

prosterne devant des images de bois et de pierre, et il adore ; il dit à la créature : Tu es mon Dieu I car il ne peut ni ne veut vivre sans une divinité présente. En un certain sens rien de plus légitime que ce désir de l'humanité, car s'il n'y avait plus sur la terre aucun sanctuaire accusant la présence de la divinité, la terre serait pour l'homme un séjour affreusement vide et désolé. De là ce fait que nous ne voyons aucun peuple qui n'ait possédé son sanctuaire national, fondement et foyer nécessaire de la puissance et de la grandeur nationale. De là cette tendance profonde et universelle à voir dans toute manifestation humaine un peu extraordinaire une divinité sous un déguisement terrestre »; de là cet entraînement irrésistible et inquiet qui se manifeste au déclin des religions, vers les mystères, vers la magie et la théurgie, comme si les âmes devaient trouver là de quoi éteindre la soif ardente qu'elles ont de Dieu \ Et ce panthéisme qui, dans le monde ancien et moderne, voit Dieu en toute chose, ce faux mysticisme, oe spiritualisme dévoyé, ce fanatisme des sofis de l'Orient en même temps que des quiétisles et des anabaptistes de l'Occident chrétien , qui aperçoivent Dieu en chaque rêve de leur fantaisie, qui le sentent dans chacun des mouvements de leur sensibilité, qu'est-ce que tout cela, sinon une déviation fâcheuse, un funeste égarement de cette disposition naturelle et légitime de voir Dieu, de l'entendre, de le percevoir d'une tout autre manière que dans le déploiement extérieur de

Ad., xiT, 10.

* Cf. Dœllinger, Paganisme et Judaïsme, p. 176, Cj6.

ijy4 CDAPITRE XIV.

sa puissance, de sa sagesse et de son amour, dont sa main a laissé l'empreinte sur le monde au jour de la création ?

Si donc la foi en la présence de Dieu parmi les hommes est la base de toute religion, il n'est pas possible que la révélation ne l'admette point, et il faut nécessairement que dans la révélation la plus haute et la plus parlaite, dans le christianisme, Dieu soit aussi présent de la manière la plus parfaite et la plus haute. Quoi I il n'y aurait pour la vraie religion aucun sanctuaire où Dieu serait présent? L'homme serait condamné à toujours chercher sans pouvoir jamais trouver? C'est impossible ; c'est pourquoi la divinité ne s'est pas seulement manifestée au monde par la parole qui s'adresse à l'esprit, ni seulement par la grâce qui s'établit dans le cœur, mais elle se montre d'une manière visible à l'âme humaine enfoncée, si l'on peut dire ainsi, dans la visibilité, et qui en subit absolument toutes les conditions. Aussi Dieu s'étaitil bâti un sanctuaire dans Israël, et il n'y avait pas de peuple qui eût ses dieux aussi proches de lui, que le Dieu d'Israël l'était de son peuple ^ De mémo que dans le paradis il avait conversé avec Adam, sous une forme visible, ainsi se montra-t-il dans la flamme visible du buisson ardent au législateur d'Israël, et le lieu où se tenait Moïse qui le voyait et l'entendait, était une terre sainte *. Il marchait avec son peuple élu à travers le désert, et la colonne de nuée durant le jour et la colonne

* Deutetxin., iv, 7.

• Exod., m, 5.

LE TRÈS- SAINT SACREMENT DE l' AUTEL. 295

de feu pendant la nuit étaient pour le peuple des signes que son Dieu était présent au milieu de lui *.

11 habitait surtout d'une manière particulière et se rendait visiblement présent dans le Saint des saints du Temple, paraissant sous le symbole d'une nuée qui reposait sur l'arche d'alliance ' ; c'était là que se manifestait la gloire du Seigneur que le ciel et les cieux des cieux ne peuvent contenir '. Là donc était le cœur du neuple, car c'était là qu'il cherchait et trouvait son Dieu ; c'était devant ce saint lieu que les adorateurs venaient se prosterner, c'était de ce côté qu'ils se tournaient pour offrir au Seigneur leurs remerciements, leurs louanges et leurs prières *. Et Israël chantait devant son Dieu : « Que vos « tabernacles sont aimables, ô Dieu I mon âme languit « et se meurt de désir pour les parvis de votre temple , « quand me sera-t-il donné de me présenter devant «vous?» a Mon cœur et ma chair tressaillent de joie a devant le Dieu vivant. Bienheureux ceux qui demeurent a dans votre maison, Seigneur, ils vous louent durant c toute l'éternité; un seul jour passé dans vos parvis vaut « mieux que mille autres; j'aime mieux être le dernier a dans la maison de mon Dieu, que le premier sous les ;« tentes des pécheurs 1 » Celte allégresse de l'âme en présence de Dieu, et sa douleur de se sentir éloignée de lui

*Exod., xui, 21, 22.

* Levitic, XVI, 2; Ps. XXVI, 8; Exod., xxv, 22; Nomb.,

Page 1