‹ Apologie du christianisme (volume 3)Chapitre 8 sur 12 · CHAPITRE XV. — CIEL ET ENFER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. — CIEL ET ENFER

qu'il fait éclater sa justice contre les réprouvés, qu'il ne l'est en comblant les justes des témoignages de son amour *.

Est concedendum, guod pœnœ inferuntxir a Deo non propter se, quasi in tpsis deledatur, sed prcypter alios, scilicet, propter ordinem imponendum creaturis, in quo honum vniversi consista. Eongit autem hoc ordo rerum, ut proportionaliter omnia diviiiitus dispenientur. Thom. Aquin., C. Gent.,m, 144.

PURIFICATION ET CO.NSOitVIATlON.

De l'état intermédiaire chez les protestants. — Définitions de l'Eglise. — Preuve par l'Ecriture. — Prière pour les morts. — L'antiquité ecclédastimie. — Le protestantisme et la prière pour les défunts. — Les peines Al yurguloire. — L'inauigence. — La cité du monde et li ciié de Dieu. — Le iuirement dernier. — Signes avant-coureurs du dernier avènement. — Jugement oariiculier et lugement général. — Convenance du jugement général. — Résurrection aes morts. — Convenance de la résurrection. — Les obiections du rationalisme et du matérialisme. — Acres la résurrection. — La glorification des corps. — Objections. — Annlogies tirées de la vie des saints. — Un nouveau ciel et une nouvelle terre. — Etat des reprouves. — Notes additionnelles.

« Un des grands motifs de la brouillerie du xvi' siècle o fut précisément le purgatoire dit de Maistre '. Les insura gés ne ■voulaient rien rabattre de l'enfer pur et simple. « Cependant, lorsqu'ils sont devenus philosophes , ils se « sont mis à nier l'éternité des peines, laissant néanmoins « subsister un enfer à temps, uniquement pour la bonne * police, et de peur de faire monter au ciel tout d'un « trait Néron et Messaline à côté de saint Louis et de « sainte Thérèse. Mais un enfer temporaire n'est autre « chose que le purgatoire (?) ; en sorte qu'après s'être « brouillés avec nous, parce qu'ils ne voulaient point de

^Soirées, u, p. 107.

•41b CHAPITRE XVI.

a purgatoire , ils se brouillent de nouveau parce qu'ils « ne veulent que le purgatoire ».

Ce que les adversaires du dogme catholique contestaient et rejetaient il y a un siècle au sujet du purgatoire, ils l'avouent aujourd'hui, bien qu'ils ne soient point complètement d'accord entre eux, ni avec nous pour ce qui regarde les définitions précises du dogme. « La plupart

< de ceux qui meurent sont, il faut l'avouer , trop bons c pour l'enfer p , dit un polémiste moderne d'entre les protestants \ «mais ce qui n'est pas moins sûi-j c'est qu'ils a sont aussi trop mauvais pour le ciel. On doit avouer « sans détour qu'il existait à cet égard une certaine obs-

acuritédans la doctrine des prolestants La science

a nouvelle l'a depuis longtemps déjà constaté ». «Aucune « âme » , dit un autre *, « n'ayant atteint l'état de consoni- « mation parfaite , lorsqu'elle quitte ce monde, il faut

< bien admettre un état intermédiaire oîi l'âme achève a de se développer, de se purifler, de se mûrir pour le «jugement dernier. Bien que la doctrine catholique du « purgatoire ait été repoussée, à cause du mélange d'era reurs grossières (1) qu'elle renfermait (?), cependant elle « a quelque chose de vrai, savoir que l'état intermédiaire « est nécessairement dans unsens spirituel un lieu de pu- « riûcation pour les âmes ».

' Hase, Folémique protestante, 2« édit. 1864, p. 422.

" Marlenseu, Dogmatique, p. 431. Lessing, Eschenmayer, de Mayer, etc. partagent ce sentiment rejeté par les classiques du protestantisme, Luther et Calvin en tête. Ils disent avec Chemiiitz {Exam. Corn. Trident., éd. Preuss. Berol., 1861, p. 621 ) : Veteres pro mortuis oraverunt, non quod sensennt eos esse in cruciatibus, unde iiostris suffragiis sint redimendi, sed propter

Par rapport au purgatoire l'Eglise a défini dogmatiquement les deux vérités suivantes : Il y a un purgatoire, et les fidèles qui sont encore sur la terre peuvent par leurs prières venir en aide aux âmes qui y sont détenues *. La croyance ainsi affirmée par l'Eglise n'était point étrangère à l'antiquité': pour ce qui est du peuple hébreu, on peut dire qu'elle était passée dans sa chair et dans son

siiperstitum institutionem, exhortationem et consolât ionem ; et V,s louaient David de n'avoir pas prié pour Absalon !!!

» Co7icil. Trident, (sess. 25. Décret, de Purgalorio) : Cum cathohca Ecclesia... docuerit , purgatorium esse, animasque ibi àetemas fidelium suffragiis juvari. Cf. ses6. xxii, cap. 2, caa 3, sess. VI, cap. 11, cap. 16.

» «A peine séparées de leurs corps, les âmes arrivent, dit Platon {Gorgias, p. 524), devant le juge qui les examine attentivement... Aperçuit-ii une àme défigurée par le péché il l'envoie aussitôt avec ignominie droit aux cachots où elle doit subir les justes châtiments de ses crimes... Or, il y en a qui profitent des peines qu'ils endurent, ce sont ceux dont les fautes sont de nature à s'expier; toutefois cet amendement ne s'opère en eux que par la voie des douleurs et des souffrances; car il n'est pas possible d'être déUvré autrement de l'injustice. Pour ceux qui ont commis les plus grands crimes, et qui, en raison de cet excès de perversité, sont devenus incurables, ils servent pour les exemples. Leur supplice ne leur est d'aucune utilité, parce qu'ils sont incapables (le guerison ». Cf. Phœdo., p. 113. — Pour les autres peuples, cf. Luken, Les.

Ces témoignages, par lesquels se manifeste le sentiment religieux de tous les peuples, il ne faut pas croire les infirmer sous prétexte de paganisme. — « Si l'on voulait par une critique pharisaïque, dit Hamann, écarter du christianisme tout ce qui ressemble de près ou de loin au judaïsme et au paganisme, il en resterait ce qu'il resterait de notre corps si la métaphysique le soumettait à un dédoublement analogue c'està-dire un rien matériel, un je ne sais quoi spirituel ». (ûE-tc 1, p 136, IV, p. 24i) —a Au lieu de se scandaliser, de voir que le christianisme a certaines choses de communes avec le paganisme, on devrait plutôt se réjouir de trouver des éléments chrétiens dans tout le paganisme ». (Delbruck.)

Apol. dd CaafST. — Tome IV. 27

41 ÎJ CHAPITRE XVr.

sang, et s'était comme incorporée dans son culte *. Et Jésus-Christ n'a point blâmé la pratique relative à cette croyance. Au contraire, ses paroles la présupposent et y font allusion en maint endroit. Il dit par exemple : Le péché contre le Saint-Esprit ne sera remis ni en ce monde ni en l'autre *. « Donc », conclut saint Augustin % « il y € a aussi une rémission des péchés dans l'autre monde». Il est encore question dans TEvangile de certains débiteurs qui seront jetés en prison jusqu'à ce qu'ils aient payé la dernière obole de leurs dettes *.

C'est ainsi que les Apôtres ont compris la doctrine de leur divin maître. Ainsi saint Paul dit que «tout genou a fléchira au nom de Jésus-Christ dansleciel, sur la terre a et sous la terre ' » , c'est-à-dire parmi les âmes qui se trouvent dans rétat intermédiaire. Là est la demeure de ceux qui ne sont pas encore assez purs, car rien d'impur n'entrera dans le royaume descieux ®. Y a-t-il encore un petit reste de péché qui ternisse l'âme, y a-t-il un péciié qui ait été remis, maisnon suffisamment expié, ilfautalors

nécessairement que l'âme passe par ce séjour de purifl-

» ri Maccft., XII, 43, 46. Et ayant fait une collecle, il envoya douze mille drachmes d'argent à Jérusalem afin qu'on ollnt UQ sacrifice pour les péchés des moris... C'est donc une sainte et !^alutaire pensée de prier pour les morts, atin qu'ils soient délivrés de leurs péchés.

« Matth., XII, 32.

• Civit. Bei, XXI, 24.

• Matth., XVIII, 34 ; V, 20.

^Philipp., II, 10. — biNUr, Hadès. — Cf. Act., il, i7; I Cor., XV, 55.

• AxMcalyp., xxi, 27.

cation douloureuse. Néanmoins les âmes ainsi détenues en expiation de leurs fautes appartiennent à l'Eglise de Jésus-Christ, parce qu'elles ont quitté ce monde en emportant le sceau de la foi et de l'amour. C'est pourquoi loin d'être tout à fait séparées de nous, elles ne font avec nous qu'un même corps, parce quelles ont un même chef avec nous, Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui elles appartiennent comme ses membres, membres souffrants et subissant une expiation, il est vrai, mais nourris et consacrés par sa grâce. De même que nos frères de l'Eglise triomphante et qui sont déjà dans la gloire intercèdent pour nous auprès de Dieu, de même nous qui sommes encore sur la terre, nous adressons nos prières à Dieu pour ceux de nos frères qui souffrent et qui ne peuvent rien pour leur propre allégement. Notre cœur nous pousse à leur donner ce que nous avons de meilleur a leur donner, notre prière. Saint Paul a lui-même donné l'exemple de la prière pour les morts \ et la révélation chrétienne ne serait point la parole de Dieu, l'éternelle vérité, si elle n'allait au-devant de ce besoin universel, si profondément imprimé en toute poitrine d'homme, pour le consacrer, le diriger et en faire le véhicule de forces et de grâces surnaturelles.

C'est ce que l'Eglise a toujours fait dès le commencement, et déjà Terlullien pouvait parler de la prière et du sacrifice pour les morts comme d'une pratique an-

Ml se loue (II Tim., i, i6, 18, cf. iv, 49) des services qn'Onésiphore lui a rendus à Rome, il salue sa maison, el prie pour lui ; Que le Seigneur Dieu, dit-il, lui fasse trouver grâce au jour du jugement. Il est clair quOnésiphore était mort dans l'inlervaiie.

cienne'.oLa prière de l'Eglise ou des personnes pieuses», dit saint Augustin * , « sera exaucée en faveur de ces a chrétiens qui au sortir de cette vie n'étaient ni assez a méchants pour être jugés indignes de la grâce, ni non « plus assez pieux pour être admis immédiatement à a jouir du bonheur éternel. Il y en aura aussi beau- « coup à la résurrection des morts, à qui la grâce sera « accordée plus tard, lorsqu'ils auront subi les peines a que les âmes des trépassés subissent pour l'expiation « de leurs pi'chés ».

Les témoignages des saints Pères sont confirmés par toutes les liturgies. Dès la plus haute antiquité, on faisait mémoire, pendant le saint sacrifice, des fidèles trépassés

* De corona milit. (c. 3) : Obtationes pro defunctis annua die facimus. Harum et aliarum hujusmodidiscipHnarum... traditio tibi prœtetidetur auctrix, consuetudo confinnatrix et fides observatrix. Cf. Cyprianus, Ep. lvi. — « Nous croyons », dit saint Cyrille de Jérusalem, «apporter un grand secours aux âmes des trépassés, en priant pour elles pendant que la viciime sainte et

terrible est sur l'aulel (Mi-yîarov ovykhv iriaTeûovTEî éffEaOat raîç

4/ux*ïî)- Nous ne tressons pas de couronnes pour les trépassés, mais nous offrons pour eux nos prières à Dieu ; nous offrons surtout le Christ immolé pour nos péchés, et par là nous apaisons pour eux et pour nous. Dieu qui aime les hommes » ^atech. mystag., v, 9.

« Dans la vie future », dit saint Grégoire de Nazianze {Orat. xxxix, 19. Cf. VII, 17, 24. Carm., LXXV, 7), « ils seront baptisés clans les larmes; c'est le dernier baptême, baptême nonseulement plus rude, mais aussi beaucoup plus long, et qui •onge la terre et l'herbe ». Saint Epiphane {Hœres., lxxv, 3) signale comme une des erreurs d'Aérius, la négation du purçaioire. Saint Basile appelle déjà le purgatoire, ivûp xsteapTi/.o» IBom. in Isa., lY, A. Hom. in P sal. y il, 1). Saint Augustin dit pxncuj purgatorias [Civit. Dei, xxi, 16). L'etficacilé de la prière pour les morts peut se conclure de ce que dit saint Augustin des martyrs : Injuriam facit martyri, qui orat pro martyre.

* Civitas Deif xxr, 24. Cf. De cura pro mort. pass.

PURIFICATION ET CONSOIMMATION. 42i

inscrits dans lesdiptyques, et on priait pour eux. Ce n'est pas en Tain, dit saint Chr^sostome', que le diacre s'écrie : Pour ceux qui reposent dans le Christ. Ne l'oublions pas, et songeons aux consolations qu'il est en notre pouvoir d'obtenir pour les morts '. Ce n'est pas en vain que les Apôlrt'S eux-mêmes ont établi qu'il serait fait mémoire des trépassés pendant le saint sacrifice. Lorsque tout le peuple est assemblé et qu'il prie, les mains élevées vers le ciel, et que la victime trois fois sainte est là sur l'autel, comment n elèverions-nous pas avec confiance nos voix vers Dieu en faveur des défunts ?

Pour quelle raison l'ancien protestantisme reielait-il une doctrine si consolante et si humaine, une doctri"*» qui nous ménage une dernière espérance quand une mort soudaine et imprévue nous enlève quelqu'un de ceux que nous aimons, une doctrine qui offre à la miséricorde de Dieu une plus large sphère d'action, sans blesser en rien sa justice et sa sainteté ; une doctrine qui donne satisfaction au sentiment de l'homme sans rien ôter à la gravité de la religion, une doctrine enfin qui seule permet de maintenir toute la sévérité de la morale chrétienne, sans qu'elle se déshonore par la dureté de ses condamnations? Saint Jean Chrysostome dit encore': « Vous dites : Je pleure ce cher défunt parce qu'il est € mort en état de péché... Alors venez- lui en aide, au-

* Eom. XXI, 5, in Act. Ilom. m, i, in PhiL, XLii, 4 et seqq. In ICor.

' Hom. in Matth., xxxii, 3, 4. — Voy. les prières pour les iDons dans les inscri plions des catacombes dans M. Wolters, Les Catacombes de Rome, 1886, p. 24.

» Hom. xu, 4 in I Cor.

a tant que vous pourrez, non par des larmes, mais par « des prières, des supplications, des aumônes, des of- « frandes. Ce n'est pas inutilement que dans le saint « sacrifice uous faisons mention de ceux qui sont partis « de ce monde, nous savons qu'il leur en reviendra « quelque adoucissement. Il n'y a même rien d'impos- « sible à ce que nous obtenions pour les morts un para don complet. Pourquoi donc persister dans votre dou- « leur, dans votre abattement? Et pourquoi ces gémisse- « ments, quand vous pouvez obtenir une si grande grâce « pour celui que vous pleurez ? » Dès que l'on enlève celte consolation aux âmes, et que parmi ceux qui s'en vont de ce monde, on ne voit plus immédiatement après la mort que des bienheureux et des damnés, on doit s'attendre à la réaction qui s'opère en ce moment dans le protestantisme, et qui consiste à nier de plus en plus réternité des peines.

Dans le commencement, Luther ne condamnait point la prière pour les défunts * ; ce n'est que plus tard qu'il se prononça en termes très-violents contre le dogme du purgatoire •. Ce qu'il no pouvait manquer de faire, re-

* De même MélaDchthon, Apolog. Confess. Aagust., xii, 94, S6. Nous n'empêchons pas de prier pour les morts, est-il dit là, proposition que Chemoitz (/. c, p. 619) explique dans le sens indiqué ci-dessus. « Je n'ai pas encore nié le purgatoire, dit Luther dans sa première période ». « J'ai décidé qu'il y a un purgatoire ». {(Euv., xxiv, p. 4, 147.) Mais en 1530, il le nie déjà, après avoir douté quelque temps, si c'était simplement une fiction et un mensonge (vu, p. 143). Enfin dans sa rétractation au sujet du purgatoire, il affirme que c'est un feu de mensonge (xxx, p. 190).

* Dans les articles de Smalcalde, p. 307, il dit que c'est vera diaboH larva.

marque justement Mœlher *, dès que les conséquences de sa nouvelle doctrine de la justification lui furent entièrement connues. Dès que l'on admet que le péché n'est pas véritablement eCfacé chez les justes, mais qu'il ne leur est simplement pas imputé, et même que tout péché est un péché mortel que Dieu couvre en eux en considération de leur foi % que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires, qu'elles sont même nuisibles, que

* Omne opus justi damnabile est et peccatum mortale. Luther. Assert, omn. artic. (Euv. tom. n, p. 325. [Renati) per fidem propter ohedientiam Christi boni et ju^^ti prowmtianîur et reputantur, etiamsi ratione corruptœ naturœ sint maneantque peccatores, dum mortale hoc corpus cirmmferunt. Form. Concord., p. 686.

Bans une consultation de l'Eglise évangêlique de Siîésie, Bresiau, 1862, on aîflrme ce que contredisent les confessions et les maximes des réformateurs, savoir que les anciens théologiens protestants n'ont blâmé que les prières solennelles et publiques pour les morts, mais qu'ils n'ont jamais défendu aux fidèles de prier pour les membres décédés de leurs familles, comme ils n'ont pu s'empêcher de le faire eux-mêmes pour ceux qu'ils aimaient ». (p. 12.)

« Une doctrine, comme celle du purgatoire, qui a trouvé un défenseur résolu dans saint Augustin, ne devrait pas être traitée avec dédain ni rejetée sans examen. Parmi les protestants, beaucoup se laissent trop facilement aller à croire que la mort les mettra en possession de la félicité céleste, bien que la grâce n'ait pu parvenir à rompre les liens bien forts qui les atlpcheut à la terre et au péché. La joie que leur cause la justification par la foi, leur fait oublier une certaine parole de l'Ecriture par laquelle il est dit que nul, s'il n'est saint, ne verra jamais Dieu. Hebr., xii, 14 ». (Zezschwiz, Apolog. du Christian., 1866, p. 403.)

Les Eludes et Critiques (18QG, p. 396) permettent la prière pour les morts, mais seulement une fois ou deux (?), non pas trop souvent, ni <c avec ces répétitions par lesquelles on se ligure (comme dans l'Eglise romaine) que l'on forcera la volonté de Dieu ». Schelling, dans son dialogue de Clara, tient pour l'idée d'une purification dans l'autre monde bien que dans un sens différent du dogme catholique.

Dieu opère exclusivement tout dans l'œuvre de la justification, il est clair qu'il devient indifférent que l'homme agisse ou souffre, et qu'il n'y a plus de place pour le mérite ou le démérite *.

Quelle est la conséquence nécessaire de cette doctrine une fois admise? Entendons sur ce sujet un juge non suspect. « En rejetant tout état intermédiaire », dit Strauss *, a la confession protestante a creusé un abîme « entre l'état moral de l'homme avant la mort et son «état moral après la mort, et cet abîme nécessite un a saut pour le franchir. Tant qu'il traîne ici-bas son enve- « loppe mortelle, l'homme, même le plus pieux, et les a protestants sont les premiers à l'avouer, garde la souila lure du péché ; suivant les mêmes protestants, la foi ne « le justifie que d'une manière idéale et par le jugement « de DîeUj et immédiatement après la mort cependant

* Paulus, dit la formule de concorde (éd. Berol., 1857, p. 707). initium, médium et finem soli Mei adscribit. — Hœc fides, dit l'Apologie de la confession d'Augsbourg [l. c, p. 138), facît discrimen inter dignos et i7ïdignos, inter hos, quibus œntingit salus, et illos, quibus non contingit. — Cf. Art. Smalc, p. 307 : Furgatorium... mera diaboli larva est, pugnat enim cum primo drtitulo, qui Christum solum et non hominum opcra animas liberare.

« Nous sommes tous des saints, et maudit soit celui qui ne se dit pas saint et ne s'en vante point », dit Luther {(Euv., xi, p. 196) ; « si tu crois aux paroles du Christ tu es un saint aussi bien que tous les antres saints. — Que dit le Christ? il ne dit mot de nos actions ni de notre vie. (xii, p. H7). Veici la prédication de Moïse : Quiconque fait cela, vivra : doctrine terrestre, doctrine de mon et d'enfer, qui ne voit rien au-delà d'une piété et d'une doctrine terrestre, (iv, p. 35.) Si -VOUS croyez en moi, dit le Christ, tous vos péchés vous sont déjà pardonnes ; car je sais que vous ne pouvez faire au I rement par votre nature ». {Exposition évangélique, p. 346, ceuv. xiF, p. 86.)

« Op. cit., p. 686.

a il doit paraître devant le Christ, dans le cortège de qui « rien de souillé ne peut entrer, il doit être mis en pos- « session de la félicité céleste, laquelle suppose la pureté a parfaite *. Quand on recherche la cause efficace d'un si « grand changement, la réponse qu'on croit découvrir « dans les symboles luthériens, c'est que cette soudaine t purification serait communiquée à l'âme par sa sépara- « tion d'avec le corps, siège du péché *, ce qui, par paf renthèse, suppose une notion assez inexacte de l'essence « du péché. Que si l'on veut bien ne pas interpréter les « textes rigoureusement, il reste néanmoins que les prot testants ont recours à un miracle, moyennant lequel « Dieu extirpe de l'âme séparée du corps jusqu'aux der- « nières racines du mal '. Mœlher a donc raison de voir « là une sorte d'opération mécanique, Schleiermacher 0 un procédé magique, l'un et l'autre une interruption

* Aberit, dit le vieux dogmatiste protestant Quensledt (it, p. 553), a beatis omne, etiam minimum peccatum.

* Cf. Kâse, Dogmatique, p. 135.

* « Je ne demanderais pas mieux que d'être pieux, dit Luther [Œuv., IV, p. 44), et j'ai assez bien commencé, mais continuer est impossible; je retombe toujours dans le péché: donc, je n'ai rien de mieux à taire, j'irai avec le vieux coquin sous la terre!... Quand nous aurous passé par la mort, les péchés mourront dans notre chair, et nous serons alors de parfaits chrétiens, avant cela, c'est impossible. Et telle est la raison pour laquelle nous devons mouiir, c'est afin que nous soyons un jour entièrement délivrés du péché. (CEuv., xr, p. 197). Dès que nous serons morts, tout sera consommé pour nous en un moment, et ce sera pour l'éternité ! » (QEuv., XXI, p. 104). — Ainsi la sainteté proprement dite commence immédiatement après la mort, par la séparation de l'âme d'avec le siège de l'iniquité, le corps. Maintenant on cherche à remplacer le purgatoire par la vertu purifiante de l'heure de la mort! Cf. Thomasius, Le Christ, sa personne et son œuvre, III, p. 413. Zezschwilz, op. cit. sup.

« violente apportée au développement actif de l'esprit a humain par lui-même ».

Livrons-nous, maintenant que nous avons réfuté les iasoutenables inventions des prétendus réformateurs, à un examen plus approfondi de la doctrine catholique.

Comme il a été dit précédemment, Dieu, par le sacrement de baptême, remet, en même temps que la coulpe, la peine éternelle et temporelle. Là nous sommes régénérés par lui, nous recevons tout le prix de son sang, nous sommes rachetés de la faute et de la peine due à la faute. Il n'en est pas de même dans le sacrement de pénitence ; la pénitence, c'est la planche après le naufrage, elle nous procure la remise de la faute et du supplice éternel, mais non pas toujours celle des châtiments temporels ^ Il nous laudra nécessairement payer la solde du péché et satisfaire à la Justice divine, soit pour les péchés graves non encore assez pleures et expiés, soit pour les péchés véniels, nos faiblesses et nos négligences journalières, qui à la vérité n'ont pas détruit en nous la vie de la grâce, mais que nous aurions pu éviter par un plus grand amour de Dieu, un plus vif désir du bonheur éternel, et une vigilance plus active •; car rien de souillé n'entrera dans le ciel.

*Concil. Trident., sess. xiv, can. 12. — Cf. Notes additionnelles du xvi« chapitre.

* Concil. Trident, (sess. vi, cap. 2) : Licel in hac mortaîi vita quantumvis sancti et justi in levia saltem et quotidiana,quœ etiam venialia dicuntur, peccata quandoque cadant, non propterea desinuni esse justi. Ibid. can. 23 : Si quis dixerit hominem posse in tota vita peccata omnia, etiam venialia vitare, nisi ex speciali Dei privi' legio, anathema sit.

Saint Thomas {Summ., I, II, qu. Lxxxvm, art. i) définit le

L'Ecriture témoigne par de nombreux exemples que la rémission des péchés n'entraîne pas la remise de la peine temporelle K « Ce n'est pas sans raison », dit le concile de Trente -, « que la divine justice semble avoir voulu « que ceux qui ont péché par ignorance avant leur bap- ■« tême, soient remis en état de grâce sous d'autres condi- « tiens que ceux qui n'ont pas eu honte de profaner « sciemment le temple de Dieu en eux-mêmes ». En enseignant la nécessité d'une satisfaction, l'Eglise a exprimé une -vérité profondément enracinée dans la conscience morale de l'homme. L'ordre moral troublé exige une expiation, les plus grands esprits de l'antiquité l'ont enseigné aussi bien que l'Eglise ; c'est d'ailleurs un principe

péché véniel : Peccata, quœ habent inordinationem circa , qiiœ trmt ad finem, conservato ordine ad ultimum finem. Cf. Suarè ÇTom. IV, Tract. \, Disput. ii, sect. 4) : Ratio peccati venialis in hoc consistit, quod prœtcr moralem malitiam ex objecta et circumstantiis contractam non habeat illam propriam mortalis malitiam, quœ in aversione ab ultimo fine sita est, quia suntquœdam res, licet minu£ rectœ, adeo tamen parvi momenii natura sua, ut non sint média sinipliciter necessaria vel ad obtinendum finem ultimum 'i)d ad conservandam Dei amicitiam. Cf. Jac, III, 2; Proverb., ZX, 9.

« Soutenir que tout péché considéré en lui-même », dit Jul. Mùller lui-même, « que la moindre négligence, même atténuée par toutes les circonstances qu'on voudra, peut néanmoins rendre l'homme passible de la damnation éternelle (doctrine des réformateurs), ce n'est là qu'une consé- (juence d'école, conséquence abstraite , qui , si elle était iainais admise dans la pratique, aurait pour résultat d'atfaibUr l'horreur des grands crimes en supprimant toute différence dans la culpabilité ».

* Exemple : Adam, Moïse (Deuteron., xxxiv, 4), David {II Rois, XII, 14; xxTV, 11). Ils étaient justifiés par la grâce du Christ, et cependant ils devaient encore expier. Le Seigneur cite luimême l'exemple des Niuiviles (Jon., i, 1 ; Matth., xii, 41.

* Sess. XIV, cap. 8.

dont l'âme humaine est si fortement saisie qu'il poussa le coupable à faire l'aveu de sa faute uniquement pouf pratiquer l'expialion et se décharger ainsi du lourd fardeau qui pèse sur sa conscience, a La nature du crime», dit Hegel *, a aussi bien que la volonté raisonnable du 0 criminel demandent que le désordre causé soit réparé». Ceux qui n'attribuent qu'une valeur correctionnelle aux peines temporelles devraient, s'ils étaient conséquents, mer l'enter et changer aussi le génie de notre langue, qui, sous les expressions d'expiation et de pénitence, entend tout autre chose qu'un simple moyen de correction et d'amélioration. Dans toutes les religions, l'homme considère le malheur en partie comme un moyen de correction, en partie comme un châtiment que lui ont valu ses péchés, et il dit : Je l'ai mérité.

Cette nécessité de la satisfaction est enseignée unanimement, Calvin lui-même en convient, par tous les Pères *, et cette doctrine sert de fondement à la pénitence qui peut avoir subi diverses modifications, mais qui s'est toujours pratiquée dans l'Eglise dès les temps les plus anciens. Ceux qui voient là un amoindrissement de» mérites de Jésus-Christ, ne savent pas que le peu que l'homme est capable de faire et de souffrir, n'a de prix que s'il est uni aux souffrances et aux mérites infinis de Jésus-Christ. Car, ainsi que l'explique le concile de Trente ', « cette satisfaction même que nous pratiquons

»(Eu«., p. 140.

• Instit., m, 4, § 38.

• Sess. XIV, cap. 8.

« pour nos péchés n'est pas tellement notre ouvrage, « qu'elle ne se fasse point par Jésus-Christ ; car nous qui B ne poutons rien de nous-mêmes, et en tant que livrés « à nous-mêmes *, nous pouvons tout en Celui qui nous a forliQe. En sorte que l'homme n'a point à se glorifier, c et toute notre gloire est en Jésus-Christ, en qui nous « vivons, nous méritons et satisfaisons, faisant de dignes <r fruits de pénitence *, fruits qui tirent de lui leur vertu, a sont offerts par lui à son Père, et reçus du Père par sa a médiation ». La doctrine qui enseigne que le pécheur est justifié sans qu'il y coopère, et exclusivement par Jésus-Christ, est-elle de nature à inspirer une crainte plus grande du péché'?

C'est sur la nécessité de satisfaire pour le péché et de subir la pénitence imposée par l'Eglise que repose l'indulgence. Elle consiste en ce que l'Eglise, en vertu de la toute-puissance * de lier et de délier qu'elle tient de Jésus- Christ, remet aux fidèles repentants, pénitents et réconciUés avec Dieu, soit toute la peine, soit une partie de la peine temporelle , qu'ils auraient à expier, soit en ce

* II Cor., ni, 5.

' Luc, m, 8.

* La doctrine des réformateurs qui nie toute coopération de la part de riiomme dans l'œuvre du salut, est la conséquence nécessaire du péché originel conçu comme ils le conçoivent. Elle ne fait que reproduire dans l'ordre surnaturel ce que le panthéisme donne pour la loi universelle des choses, savoir qu'à côté de la cause première toujours agissante (Dieu) il n'y a pas de place pour une cause seconde véritable et proprement dite, et que celle-ci n'existe pas. — Cf. Mœlher, op.

at., p. 80.

* Matth., xvi, 19; l Cor., v, 4, 5 ; Cl. II Cor., u, 10.

monde soit en l'autre '. Elle puise la rançon qu'elle offre à Dieu dans le trésor surabondant et infini des mérites de Jésus-Christ et de ses saints, trésor beaucoup plus riche qu'il ne faut pour offrir au Père une satisfaction suffisante pour tous les péchés du monde *. L'indulgence est donc le complément de l'action rédemptrice du Christ dans l'Eglise, complément par lequel se trouve levé le dernier obstacle qui nous empêche d'aller à Dieu.

* Concil. Trident, (sess. xxv, décret, de Indulg.) : Sacrosancta synodus anathemate damnât, qui indulgentias aut inutiles esse asserunt vel eas concedendi in Êcdesia potestatem esse negant. Saint Thomas (Summ. suppL, qu. xxv, art. 1) démontre la valeur des indulgences pour la conscience et devant Dieu.

^ Cf. Propos. XLi Synod. Fistor.

L'unité du corps mystique de l'Eglise et la communion de tous les membres dans un même esprit sous un même chef font que les mérites extraordinaires des saints et des martyrs, et s^urtout de la sainte Vierge, profitent au reste des fidèles. I Cor., xn, 26. Catéch. nom. P. 1, cap. x, qu. 23. Si nous mentionnons les mérites des saints, ce n'est pas que nous croyions qu'ils ajoutent rien au mérite du Christ, lequel étant infini ne saurait être augmenté ; ce n'est pas non plus que nous voulions opposer ces mérites des saints à celui du Seigneur. Le corps mystique de l'Eglise est réellement l'œuvre du Christ et des saints Les forces de Dieu et de l'homme agissent en ce corps, mais dans un parlait accord et une étroite union. Aussi saint Paul appelle sa souffrance la souffrance du Christ en lui. « Je me réjouis », dit-il, « de souffrir à cause de vous, et j'accomplis ce qui reste à accomplir de la passion du Christ dans ma chair pour son corps mystique, qui est l'Eglise ». CoL, i, 24. Cf. August. Enarr. in psal. LII, 1. Ps. CXLii, 3. — Ce n'est plus Paul qui vit, mais c'est le Christ qui vit en lui, e». lorsqu'il persécutait l'Eglise, c'était le Christ qu'il persécutait.

« Nos frères séparés », dit de Maistre {Soirées, x* entretien), « nous ont contesté ce principe de la réversibilité, comme si la rédemption qu'ils adorent avec nous était autre chose qu'une grande indulgence, accordée au genre humain par les mérites infinis de l'innocence par excellence, volontairement immolée pour lui!... Us ont dit: l'Homme-Dieu a payé pour nous; 'dooc nous n'avons pas besoin d'autres mérites; il fallait dire :

PCRIFICATION ET CONSOMMATION. 431

Tant que la pénitence due pour le péché n'a pas été accomplie et qu'aucune remise n'en a été accordée parle pouvoir des clefs qui appartient à l'Eglise, l'on doit s'attendre à payer sa dette d'expiation par des peines temporelles souffertes en purgatoire. Il s'agit d'un châtiment destiné à venger l'ordre divin violé ; c'est par le châtiment que l'âme doit être purifiée de ses fautes et restaurer en elle l'imÀige de Dieu qui s'y trouve gâtée, a Comme

Donc les mérites de l'innocent peuvent servir au coupable... Quel superbe tableau que celui de celte immense cité dos espnls avec ses trois ordres toujours en rapport! Le monde qui combat présente une main au monde qui souffre et saisit de l'autre celle du monde qui triomphe. L'action de grâce, la prière, les satisfactions, les secours, les inspirations, la foi, l'espérance et l'amour, circulent de l'un à l'autre comme des fiti*aves bienfaisants- Rien n'est isolé, et les esprits comme les lames d'un faisceau aimanté, jouissent de leurs propres forces et de celles de tous les autres. Et quelle belle loi encore que celle qui a mis deux conditions indispensables à toute indulgenoe ou rédemption secondaire : mérite surabondant d'un cùlé, bonnes œuvres prescrites et pureté de conscience de l'autre! Sans l'œuvre méritoire, sansVétat de grâce, point de rémission par les mérites de l'innocence... Les aveugles ou les rebelles peuvent donc contester tant qu'ils voudront le principe des indulgences : nous les laisserons dire, c'est celui de la réversibilité; c'est la foi de l'univers »

Saint Chrysostome [Hom. in SS. MM. Juveiit. et Maxim.) parle

déjà d'un Or.aa'jfb; tt,; è^cxXraîaç, véou; y.aî ■TTxXaioù; r/^uv axp-^Xftrâ;.

De même, saint Augustin, Sermon xviii, in Ps. xlix, 4. Saint Ambr., De pœnitent., i, 15.

Un écrivain protestant, H. Léo, s'exprime ainsi à ce sujet : « La communion des saints n'existe pas que sur cette terre; elle s'étend jusque dans le ciel où elle est toujours vivante en tous ses membres morts depuis longtemps ou depuis peu. Nous pouvons avec eux entretenir un commerce de prières constant et efficace, comme nous le taisons avec nos frères qui sont encore de ce monde. C'est cette communion de tous les fidèles vivants et trépassés qui donne à TEglise romaine son admirable unité et son invincible solidité. Celte idée est partout dans cette Eglise et forme comme le centre d'une vaste harmonie. Lieux saints, pèlerinages, temps de piières.

a il arrive souvent », dit saint Thomas S « que des justes « meurent avant d'avoir sufûsamment fait pénitence, la a vie éternelle qu'ils ont méritée ne peut leur être « refusée, mais leurs fautes ne peuvent non plus rester « impunies parce que l'ordre éternel ne saurait perdre a ses droits : il faut donc nécessairement que ces justes a obtiennent enfin le prix de la vie éternelle, mais seule- « ment après qu'ils auront subi une peine temporaire ». a Comme par le péché », dit saint Bonaventure *, « ils € ont offensé la majesté de Dieu, fait tort à l'Eglise et « souillé la ressemblance de Dieu dans leurs âmes ; « l'offense exige la punition, le tort la satisfaction , la 8 souillure la purification ».

Les âmes des justes vivent là séparées de leurs corps et par conséquent exemptes des impressions changeantes de cette vie sensible et terrestre ; elles vivent d'une vie spirituelle d'autant plus intense que leurs liens corporels sont tombés, et qu'elles sont déchargées du fardeau

fondations pieuses, mille voix qui s'elevent de toutes paris dans la vie de l'Eslise entretiennent ce commerce vivant avec le oassé. Tous les héros du christianisme reviennent sans cesse passer en qualité de saints sous les yeux du catholique et mettre sous ses yeux, pour, le Porter à la vertu les plus beaux exemples de l'histoire. L'image de Marie au-dessus de sa couche, ^e crucifix sur sa table avec leurs Qeurs et leurs couronnes toujours fraîches, introduisent l'Evangile tout vivant et tout réel au sein de la vie présente. Tout cela constitue un milieu dont l'influence est tres-salulaire sur l homme qui s'v livre naïvement et avec simplicité, il y puise sans cebse de nouvelles forces pour raccomplissement de ses devoirs de chrétien; et cependant ces sources abondantes de bonnes inspirations, le protestantisme les a desséchées ». '

* Contr. Qent., iv, 71. \

' Breviloq., vil, 2.

d'un corps sujet à la corruption, qui opprime l'âme et l'accable. Elles vivent là, inaccessibles aux illusions, l'es-» prit constamment tendu vers la vérité, s'étudiant à creuser dans l'essence de Dieu et d'elles-mêmes avec une énergie et une constance d'efïorts impossible, même aux plus saintes âmes sur la terre , dans ce royaume des apparences au milieu du tumulte et des dissipations de cette vie. Les mille voix de la vie de ce monde dont l'âme, tant qu'elle porte ce corps mortel, entend l'écho bruyant jusque dans la solitude la plus sainte et la plus reculée, sont là depuis longtemps et pour toujours éteintes. L'imagination qui, avec sa fantasmagorie bigarrée, inépuisable, Brouille, dissipe, déçoit, fascine si aisément notre âme, l'imagination a été dépouillée et laissée avec le corps à la frontière de l'éternité. Tout cela s'est évanoui comme un songe de la nuit, aux premières lueurs du jour éternel. L'âme voit là tout son passé concentré comme un seul instant sous son regard. Elle ressent la moindre faute comme faute, et cela avec une douleur qui n'est point de la terre; nulle pensée relative à la créature ne la distrait, et chaque instant passé dans un sentiment si douloureux est comme une éternité. La moindre tache qui la ternit, la brûle comme du feu, parce qu'elle sait que Dieu, qui est la sainteté même, la voit. Et c'est là ce feu purificaleur qu'il faut qu'elle traverse, bain d'amère soulTrance et d'angoisse cruelle, oîi elle se plonge entièrement jusqu'à ce qu'elle soit assez pure et digne de paraître devant le plus pur et le plus saint des juges. Sans consolation, quoique non sans espérance, brûlant de voir Dieu el se sentant attirée vers lui avec toute l'impétuosité d'un amour surnaturel, elle est tout abîmée dans sa douleur. ÀPOL. DO Christ. — Tome lYt ci

4cJ4 CHAPITRE XVI.

Son intelligence est plus claire, sa volonté plus forte, son repentir plus amer, son désir du bonheur plus ardent : et tout cela multiplie sa peine ^ Plus l'amour désordonné fut violent, plus le supplice le sera, dit saint Augustin *. Cependant les âmes aspirent à ce supplice, loin de le fuir '. Lorsque Platon a dit : Quiconque a commis une injustice , doit aller volontairement à l'expiation , il a plongé à une grande profondeur son regard dans l'essence de la justice et deviné l'amour qu'une âme pure a pour elle. « L'âme », dit sainte Catherine de Gênes, « qui ne 0 se trouve pas, après sa séparation d'avec le corps, dans « un état de pureté parfaite, et qui voit que cet obstacle a qui l'empêche d'aller à Dieu ne peut être détruit que 0 nar les flammes du purgatoire, se jette avec avidité a dans ces flammes. Alors elle éprouve une douleur a excessive, inexprimable, incompréhensible pour nou: 0 autres habitants de la terre. Et cependant elle aime ce a supplice* ». Quelque chose néanmoins adoucit son tour-

* L'Eglise n'a donné aucune définition concernant la grandeur, le genre, la durée des peines du purgatoire. Cf. Bellarm., DePurgaior., ii, 9, 14.

* Quantum hœserat amor , tantum urit dolor. [Be Civit. Bci, XXI, 26.)

^ Dicitur aliquid voluntarium voluntate conditionata... Si sine •pœna ad bonum pervenire non possumus. Et tune voluntas pcsnam supportât, et quantum ad hoc voluntaria dicitur. Et sic pœna piirgatorii est voluntaria. (Thom. Aquin., l. c. suppl. append., qu. Il, art. 1). — Cependant les âmes du purgatoire ne peuvent plus faire d'actes méritoires, parce qu'elles sont in statu termini. D'après une opinion vraisemblable, elles peuvent néanmoins obtenir par leurs prières des grâces pour les vivants. Suarès, de Purgat., Disput. XLVii, sect. 2.

* Del Purgator.

meut, l'espérance, quelque chose la fortifie dans sa souffrance, Tainour. Elle aime celui qui la frappe, elle aime le châtiment qui la corrige et la rend digne d'être aimée de Dieu '.

La croyance au purgatoire est donc une consolation pour les saints, dont elle calme l'inquiétude, sans leur enlever cette défiance salutaire d'eux-mêmes qui leur fait opérer leur salut avec crainte et tremblement. Elle relève le courage du pécheur pénitent qui craint toujours de n'avoir pas suffisamment expié et réparé ses péchés. Elle fait luire un rayon d'espérance aux yeux de ceux que la grâce et le repentir saisissent seulement à l'heure de la moi t. Lord Byron, à son heure dernière, reconnais-

* Afpigiintur animas in purgatorio minus graviter quam in infemo, et gravins quam in hcc rnundo ; non tamen ita graviter, quin semper sperent et sciant se in infemo non esse. (Bouavent., /. c, vu, 2.)

On peut d'après cela apprécier la portée de certaines attaques récentes de Zezschwiiz (op. cit., p. 406) : supputer le temps et la durée, confondre la racine avec ses pousses isolées, guérir par le cliàliment et non par l'amour, appeler l'homme à l'expiation, quand on devrait rendre honneii''au mérite parfait du Christ, autant d'atteintes portées à la vérité €t à la sainteté ». — Le dogme catholique ne définit point le temps ni la durée, il ne confond point les pousses avec la racine, mais il sait très-bien que le juste fait tons les jours celte prière : Pardonnez-nous nos péchés; il enseigne que l'amour donne à la souffrance tout son prix, qu» tout ce que nous pouvons faire et souffrir pour satisfair >. à la justice divine n'a de valeur que s'il est uni au mérita infini du Christ. — Lorsqu'un peu plus loin Zezschwitz ajoute : Une fois séparée de son corps, l'àme connaît to.a à coup le monde qu'elle a quitté, elle voit que c'est un monde tout d'apparence, de vanité, de péché, et en ce po'nt l'épreuve de la mort est une dernière grande expiation, un baptême de feu, après le baptême de nos larmes sur la terre; quand il s'exprime ainsi, n'est-ce pas le purgatoire do it ii parle en d'autres termes ?

4i5t) CHAPITRE XVI.

sait que le dogme du purgatoire a quelque chose de Irèsconsolant.

Le purgatoire joint à la communion des saints cette éociélé intime de toute l'Eglise militante, souffrante el triomphante, adoucit beaucoup la douleur des survi« vants et sèche les larmes versées sur la tombe des morts. Les chrétiens s'affligent, mais non comme les païens qui sont sans espérance*. Ceux que nous pleurons sont séparés de nous, mais leurs âmes n'ont point cessé de vivre ; elles vivent en Dieu, devant qui tout vit, en Dieu qui est le Dieu des vivants et non des morts. Nos amis ont seulement dépouillé le vêtement de ce corps terrestre, pour en revêtir un plus beau et meilleur. Ils sont passés de l'Eglise d'ici-bas à celle d'au delà. Par la foi et par l'amour, par la grâce de Jésus-Christ et par les sacrements nous demeurons intimement unis à eux. Dans la prière et le sacrifice que nous offrons pour eux, nous leur tendons les mains, jusqu'à ce que le temps de cette vie terrestre, temps sombre et court comme une journée d'hiver, soit passé, et que nous allions les retrouver dans le sein du Père*. Et puisque l'incrédule lui-même ne peut s'empêcher d'adresser à son ami qui s'en va de ce monde, un ave pia anima, un Que la terre te soit légère^ nous devons en conclure que nous entendons là l'expression d'un besoin le plus profond du cœur humain. Il se

* Thessal, iv, 12.

* Charitas, quœ est vita animœ, non finitur. I Cor., xiii, 8. Thom. Aquin., l. c. suppL, qu. lxxi, art. 2. — JYegue itiim pioritm animœ mortuoi'um separantur ab Écclesia... Cur enim fiunt ista, nisi fidèles etiam defuncti membra ejus sunt? {Aug"USt.,Ctvtf. Dei,, XX, 9.)

trompe, l'incrédule, sur le genre de satisfaction adonner à ce besoin, lorsqu'il se borne à une vaine formule et qui ne veut rien dire, mais il ne se trompe pas sur le besoin lui-même. Et ce besoin est une impulsion de la pure nature humaine.

Pour nous, nous ne nous contentons pas de garder chèrement la mémoire des morts, de placer des fleurs et <les couronnes sur leurs cercueils, d'ériger des monuments de pierre sur leurs tombes, nous prétendons demeurer unis avec eux d'une union effective formée par le lien d'un vivant amour. C'est pourquoi nous ne nous livrons pas à des plaintes inutiles, à des souhaits vides et sonores. La croyance que les vivants peuvent encore quelque chose pour les morts, laquelle se retrouve, Fechner*, l'avoue, chez tous les peuples, les protestants exceptés, quoique sous forme d'idées obscures et de pressentiments mal définis, cette croyance a parmi nous une base déterminée, une forme claire et un but certain et bien marqué. Nous faisons des prières et des exercices de pénitence que nous offrons pour eux au Père, à leur Père et à notre Père, nous offrons ce sacrifice sublime par lequel apaisé, Dieu pardonne les plus grands péchés et en remet la peine*. Et notre prière et le sang de l'Agneau montent jusqu'au trône de l'Eternel, pour en faire descendre la grâce sur ceux qui gémissent dans les tourments, comme une fraîche rosée qui adoucit leurs souffrances^ l Plus notre vie est pure, plus notre charité est

* Les motifs de la foi, p. 177.

* Concil. Trident, sess. xxu, cap. 2.

* Quantum ad aliquid, quod est consequens ad statum gralûB,

438 CHAPITRE XVÎ.

ardente, plus les œuvres, les expiations et les prières que nousolTrons à Dieu comme rançon prur les morts, seront bien reçues de lui. Et comme nous nous méfions de notre faiblesse, nous avons recours à l'Eglise de la terre pour qu'elle leur applique en indulgences les trésors de mérites dont elle dispose *. Autrefois le Seigneur avait promis à Abraham sur la prière de celui-ci, qu'il épargnerait les villes de Sodome et de Gomorrhe,'s'il s'y trouvait seulement dix justes * ; c'est ainsi qu'il pardonne aux âmes du purgatoire en considération des prières que nous lui adressons en Jésus-Clirist et par Jésus-Christ. Et puisque le Seigneur a déclaré si solennellem-ent que ce que nous faisons pour le moindre de nos frères, c'est pour lui que nous le faisons, ne peut-on pas dire que ce service charitable que nous rendons à nos frères trépassés en Dieu est aussi la vraie et la meilleure manière de servir Dieu ^? C'est ainsi que l'active charité de l'Eglise catholique apporte aux trépassés une compensation pour la double douleur que leur apporte la mort la doulHir de

opus uniuspotest valere alteri, non solum per viam orationia, sed etiamper viam meriti... qniaomnes, qui sibi charitate connectuntvr, aiiquod emolumentum ex mutuis opcribus reportant, quœ etiam in patria unmquisque gaudebit de bonis alterius. Alio modo ex intentione facientis, unde ista opéra quodammodo fiunt eorum, pro quitus fiunt, quasi eis a faciente collato. (Tliom. Aquin., suppL, qu. ixxi, art. 1.)

* Les indulgences peuvent être appliquées aux morts per modum suffragii, à cause de l'union qui existe entre les membres du corps de l'Eglise. Auctor. Fidei. Prop. xlii. August., Civ. Dei, XX, 9. Les vivants, quoique soumis encore à la juridiction de l'Eglise, reçoivent Tindulgence per modum absolutîonis.

• Gènes., xvni, 32.

» Matth., XXV, 40; Jac, I, 27.

kl séparation et la douleur de l'oubli. Etre séparé n'est qu'une demi-mort ; la mort complète, c'est d'être oublié de ceux qu'on aime. Et quel mort n'est tôt ou tard et plus souvent tôt que tard oublié ? La foi catholique fait du souvenir un devoir. L'amour que nous devons à Dieu garde celui qu'il convient que nous ayons pour les trépassés. Or, au jour des trépassés, l'Eglise n'oublie personne, elle fait mémoire de tous.

Cet état de purification douloureuse est de sa nature et par son but un état transitoire. Il dure autant que la vie de l'Eglise sur la terre, vie qui elle-même n'est qu'un travail continuel de séparation et de purification progressive. Un jour viendra que la séparation définitive aura lieu entre les bons et les méchants, entre le bon grain et l'ivraie, entre les enfants de lumière et les fila des ténèbres ; mais jusqu'à ce que paraisse ce jour, la lutte et la souffrance durent à travers tous les siècles ; ce qu'on nous a promis, ce n'est pas la paiX; mais le glaive '. Babylone et Jérusalem, la cité des ténèbres ev du péché contre la cité de la lumière et de la justice voilà les deux camps qui se font la guerre dans le temps. « Tous ceux qui se livrent aux plaisirs de la terre, préa férant les biens terrestres à Dieu, appartiennent à ce 0 royaume dont le nom mystique est Babylone et qui a 0 pour roi le diable. Tous ceux au contraire qui aspirent a vers ce qui est en haut, qui songent a^x choses du cielj 0 qui marchent avec précaution en ce monde, afin de ne tt pas offenser Dieu* aui se préservent du péché, et s'ils

Matth., X, 34.

a ont péché, n'ont pas honte de confesser leurs péchés, a les hommes doux, humbles, saints, justes, pieux, tous « ceux-ci appartiennent à un même royaume dont le « Christ est le roi. Ces deux peuples, sous les ordres de « leurs rois, se font la guerre jusqu'à la fin des temps : « l'un combat pour le péché, l'autre pour la justice, l'un a pour le mensonge, l'autre pour la vérité ' ». D'un côté règne la loi de la chair, de l'autre, la loi de l'esprit ; là on demande la paix à un plaisir passager, ici on nourrit la ferme espérance de trouver la vie au milieu des douleurs journalières et dans la mort. Et tous ces hommes, une même terre les porte bien que séparés profondément les uns des autres par le cœur, bien que séjrarés déjà aux yeux de Dieu définitivement et pour l'éternité. Un même soleil les éclaire, ils respirent le même air, les mêmes pluies lertilisent leurs champs. Cependant le jour et la nuit, xc ciel et la terre ne sont pas plus éloignés les uns des auties que ces deux royaumes, ces deux mondes, chaque jour en apparence si mêlés, si confondus. C'est comme l'ivraie qui croît avec le froment jusqu'au jour de la moisson. « Dieu », dit saint Augustin *, « souffre le a méchant sur la terre, soit afin qu'il se convertisse, soit a afin qu'il serve à éprouver la vertu du juste ».

Entre les citoyens des deux royaumes un œil de chair ne voit aucune différence. Dieu n'a pas refusé les biens de la terre aux méchants, peut-être même ceux ci sontils plus favorisés à cet égard que les bons ; car Dieu rc-

' August., in Ps. LXI, 5.

* TJt convcrtantur, vel ut fer eos boni exerceantur. (Augusl., »»i Ps. LIV, 4.J

compense dans le temps ceux qu'il ne veut pas récompenser dans Téternité '. Il n'y a qu'une seule chose qu'il leur refuse, c'est lui-même.

Ainsi l'ivraie continue de croître, la lutte devient de plus en plus chaude, les oppositions de plus en plus tranchées. L'empire du mal s'apprête pour le dernier combat, qui doit se livrer avant la séparation *. « L'homme de a péché paraîtra, l'homme sans loi, le contradicteur de « Dieu et du Christ, V Antéchrist, s'élèvera au-dessus de atout ce qui est appelé Dieu ou qui est adoré, jusqu'à a s'asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui-même a passer pour Dieu » ; et, par de fausses doctrines et de faux miracles, il en conduira un grand nombre à leur perte '. Mais lorsque le mystère d'iniquité aura déployé toute sa puissance, le Seigneur paraîtra, il découvrira les mensonges de son ennemi, le tuera d'un souffle de sa bouche, l'anéantira par l'éclat de sa présence. Ces choses

* August. Civit. Bei, v, 15.

a Vous voulez que Dieu vous donne de l'argent? Mais les voleurs en ont aussi; une femme, un enfant, la santé, des honneurs? Combien de méchants ont tout cela. Ne chancelez point pour cela, ne dites point que vous servez Dieu inutilement, puisque ceux qui ne le servent point possèdent de tels biens. Oui, tout cela il le donne aux méchants, mais il est quelque chose qu'il ne leur donne point, c'est lui-même ».

(August., Ps. LXXIX, 14.)

Considéré en soi-même le malheur atteint aussi bien les méchants, mais le malheur n'est malheur que pour les impies, puisque pour les justes tout, même la plus cruelle souffrance, se change en salut et en bénédiction. Thom. Aq., I, II, art. 10 ad 4. — Platon lui-même a développé ces pensées (De Legg., n, p. 242 et seqq.).

^IIThess., II, 1, 12.

• Matth., XXIV, 24.

arriveront lorsque le nombre des élus sera au complet, et que le temps de la moisson sera venu. De toute éternité Dieu a connu ses élus \ son regard se repose sur eux au milieu des convulsions du monde, il les voit tous et les appelle par leur nom ». Cependant, la séparation qui existe dès maintenant dans le secret sera rendue extérieure et visible à la face du ciel et de la terre, des anges et des hommes, pour durer ensuite éternellement. Le Seigneur viendra pour la seconde fois, mais non plus sous la forme d'un esclave comme à son premier avènement; il viendra plein de majesté et environné de gloire». Quand il viendra, personne ne le sait, le temps et l'heure sont un secret pour tous *; toutefois il viendra sans être attendu, à l'improviste, comme un voleur de nuit •. Tel réclair qui, parti de l'Orient, brille au même instant jusqu'à l'Occident, tel son avènement «. Le jugement sur Jérusalem, qui mit le sceau à la réprobation d'Israël et ferma l'ère de l'Ancien Testament, nous est présenté comme l'image et la figure de ce second jugement qui doit clore la période actuelle du monde, lorsque les temps des nations ' seront écoulés, que l'Evangile d'après lequel tous seront jugés aura été prêché par tout l'vini-

» Il Tim., II, 19."

* Joa7i., X, 3.

8 II Thessal., I, 6, 8 ; Matth., xxvi, 04.'

* Matth., XXIV, 36, 44 ,- Marc, Xlll, 32.

» Matth., III, 24, 43; 1 ThessaJ., Y, 1, 5. « mtlh., XXIV, 27.

' Luc, XXI, 24.

PDRIFICATION ET CONSOMMATION. 413

Ters *, que les restes d'Israël se seront convertis au Seigneur *, et qu'une grande apostasie aura eu lieu'.

Des signes terribles annonceront le jour du Seigneur, lorsqu'il viendra pour le jugement. Le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel et les puissances célestes seront ébranlées. Alors le signe du Fils de l'homme paraîtra dans le ciel, et toutes les nations de la terre s'écrieront : Malheur à nous! et elles verront le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel avec une grande puissance et une grande majesté. Il enverra ses anges avec des trompettes, et ils rassembleront ses élus des quatre vents, d'un bout du monde à l'autre *. Les éléments se fondront dans le feu, et la terre et tous les ouvrages qu'elle porte à sa surface seront détruits par le feu '. Les morts qui sont morts dans le Seigneur se lèveront les premiers et iront avec les survivants à la rencontre du Seigneur ". « Et je vis un grand « trône blanc, et quelqu'un assis dessus^ devant qui la a terre et le ciel s'enfuirent ; et il n'en resta pas même la e place. Et je vis les morts, grands et petits, qui compa- « rurent devant le trône; et des livres furent ouverts, et (( on en ouvrit encore un autre qui est le livre de vie, et « les morts furer^ jugés sur ce qui était contenu dans ces

• Matth.j XXIV, 14.

' Rom., XI, H.

» II Thess.. Il, 4.

» 3/a«/i., XXIV, 29, 31.

*II Petr., lu, 10.

• Thess.,1, 8; I Cor., ni; 13.

« livres, selon leurs œuvres *. Et la mer rendit les morts « qui étaient ensevelis dans ses eaux, et la mort et l'enfer I rendirent aussi les morts qu'ils avaient , et chacun a fut jugé selon ses œuvres... Et celui qui ne fut pas « trouvé écrit dans le livre de vie fut jeté dans l'étang de « feu * » .

Ce sera le jugement général, et tous ceux qui sont dans le tombeau entendront la voix de Dieu. Ceux qui ont fait le bien viendront à la résurrection de la vie, et ceux qui ont fait le mal à la résurrection du jugement qui sera porté contre eux Ml y a aussi un jugement particulier, et chacun comparaît, immédiatement après sa mort, au tribunal du Christ pour entendre sa sentence *. Mais au jugement universel c'est toute la race d'Adam qui se présentera devant son Dieu, devenu son juge '. Celui-là se passe aussitôt que l'homme a quitté le champ de bataille de cette vie terrestre pour aller, s'il y a lieu, saisir la palme éternelle •. S'il est conforme au Christ, s'il a su correspondre à la grâce, c'est la question qui est alors examinée et tranchée pour jamais. Celui-ci aura lieu

« I T/iess., IV, 16, 17.

« Quœdam igitur, dit saint Augustin {Clvit. Dei, XX, 14) relativement à celte description prophétique, vis est intelligenda divina, qua flet, ut cuique opéra sua, vel bona vel mala, cuncta in memoriam revocentur, et mentis intuitu mira celeritaie cernantur, aique ita simul omnes et singuli judicentur, quœ nimirum vis divina Hbri no7nen accepit.

^ Apocal., XX, H, 15.

» Joan., V, 28, 29.

^Hebr., ix, 27.

« I Cor., VIII, 24 ; H Tim., IV, 6,

lorsque toute l'humanité sera parvenue à sa fin. Là c'est rhomme, ici c'est l'humanité qui est à juger, et non pas seulement l'humanité, mais l'ordre tout entier des créatures raisonnables. Les anges seront eux-mêmes jugés, et leur jugement est remis à ces assises universelles '. C'est qu'aussi bien il n'y a qu'un seul royaume, celui du Christ ; en dehors, c'est la nuit, c'est l'erreur, c'est la mort éternelle.

Le Fils de l'homme, le Rédempteur du monde, sera aussi le Juge du monde *. Tous les hommes qui auront jamais passé sur la terre, comparaîtront devant son tribunal. Ceux qui sont couchés dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu, et ils passeront, ceux qui ont fait le bien, à la résurrection de la vie, ceux qui ont fait le mal à la résurrection du jugement qui les condamnera '. Par-dessus tout il jugera les plus secrètes pensées du cœur *. Il est notre juge, parce qu'il nous a rachetés au prix de son sang et qu'il a compté la rançon de notre salut, parce qu'il nous a mérité toutes les grâces. Nous lui appartenons, nous sommes sa propriété ', nous sommes à lui par notre existence et notre vie, par notre pensée et noire volonté, par nos paroles et nos

* II Petr., II, 4 ; Jud., vi ; I Cor., vi, 2. » Joan., v, 32.

' Joan., V, 28.

* Rom., II, i6; I Cor., Vf, 5. — Qui judicaturus est vivos et mortiios. Symb. Nicsen. Conslanl. Inde venturus est judicare vivos et mortuos, ad cujus adventum omnes hommes resurgere habent cum corporibus suis et reddituri sunt defactis propnis vationem. Symb. Athan.

» I Cor., VII, 23.

actions; son droit sur nous est souverain, lia, par son Esprit, répandu la semence de la vie surnaturelle et divine dans le monde, il lui appartient donc aussi de faire la moisson, de séparer l'ivraie du bon grain ; il est le cep de vigne duquel seront à jamais séparés les rameaux desséchés et improductifs.

Les spéculations panthéistes et l'absurde matérialisme sont les seuls systèmes qui essaient de rejeter celte consommation finale du monde, telle que la révélation nous l'annonce, par laquelle le bien obtiendra un plein triomphe et toute la création une fin, un dénouement suprême. Et en effet, si celte vie du temps a son principe et son commencement en Dieu, il faut aussi qu'elle ait sa destination et sa dernière perfection en Dieu , comme nous l'avons amplement démontré. Si au contraire l'on n'admet, comme les panthéistes et les matérialistes, aucun commencement ni aucune fin des cjioses, alors il n'y a pas d'autre solution de la question que celle qui consiste à concevoir le monde comme circulant éternellement dans le tympan d'une aveugle et fatale nécessité, conception à première vue trop absurde pour avoir besoin d'une réfutation. Un système doctrinal dans lequel l'idéal ne devient jamais réel, dans lequel le bien n'est jamais complètement le maîlre du terrain ni séparé du mal, qui n'clTre aucune mesure pour déterminer la signification, l'importance morale de la vie humaine; qui enfin, s'il ne supprime pas entièrement l'essence même du péché et dumal, l'atténue du moins beaucoup; dans un tel système il n'y a point place, on le comprend, pour une crise finale, pour un dénouement absolu, universel. Ceux qui nient la différence, l'opposilion qui existe entre le bien et

le mal, n'ont assurément aucune raison d'admettre une dernière et définitive séparation des bons et des méchants; or, le jugement dernier et universel est cela et rien autre chose.

Si nous en croyons Strauss *, la théologie spéculative a pris pour devise le mot de Schiller : Le jugement universel est dans l'histoire universelle ; et ce jugement qui se poursuit à travers tous les temps rendrait le jugement dernier inutile et superflu.

Il est vrai, selon le mot du poète, que l'histoire universelle est un jugement universel, 'et cette pensée n'est point nouvelle, les Pères de l'Eglise l'ont eue et exprimée *. Mais ce mol ne comprend pas toute la vérité, Il a besoin d'être complété nar celui - ci : L'histoire universelle est dans le jugement universel. Il est bien vrai que Dieu ne cesse jamais d'exercer sa fonction de juge dans Thistoire ; mais, selon la remarque de saint Augustin , c'est précisément rhistoire qui , par ses énigmes, par ses pages tantôt obscures, tantôt claires, où les signes contredisent les signes, nous oblige de conclure à une solution finale, que le Christ seul peut nous donner, laquelle solution apportera une réponse claire et péremptoire à cette question : D'où vient que tel méchant est heureux, et tel bon malheureux'? Ainsi le juge-

» Op. dt., p. 672.

* Saint Augustin dit {Cuit. Dei, xxi, 1) : Ideo, eum diemjudicii dicimus, addimus ultimum vel novissimum, quia et nunc judicat et ab humani generis initio judicavit.

^ Iste enim dies judicii proprie jam vocatur, eo quod nuUiis ibi «rit impentœ quœrelœ locus, cur injustus ille sit felix et cur justus

ment universel sera une leçon de théodicée, dernière et complète, car tout ce qui s'est passé dans le cours de l'histoire universelle y recevra sa rétribution juste, entière, éclatante '. Le jugement de l'histoire n'est qu'un jugement incomplet, qui loin d'exclure le jugement futur et de le rendre superflu, l'appelle au contraire et l'exige comme son complément et sa pleine consommation ; s'y rapporte comme le moindre au plus grand, comme le germe au fruit. Le jugement de l'histoire n'est pas un jugement public, tandis que le mal est public, qu'il s'élève avec une arrogance qui provoque la vengeance du ciel. C'est un jugement incomplet, parce que toute action bonne ou mauvaise est une semence de bien ou de mal, dont son auteur ne peut ni prévoir ni pressentir les fruits. Et cependant cet auteur, il doit savoir, il faut nécessairement qu'il sache ce qu'il a fait ».

C'est pourquoi, si le jugement universel ne nous avait pas été révélé et prédit, nous devrions le demander, l'affirmer comme une conséquence nécessaire, comme la

ille infclix. Omnium namque tune nonnisi bonorum vera et pleiia félicitas , et omnium nonnisi maîorum digna et summa félicitas apparebit. (August., l. c.)

*I1 dévoilera les secrets des cœurs, Rom., n,iù; I Cor., IV, 5.

' Cum ipsis hominibus interdum superstites sint fiUi parentum imitatores, reliqui sint liberi, discipuH, exemplorum, orationum, nsctionum amatores ac propugnatores, quibus rébus ipsorum mortuoru'm prœmia et pœnas aitgeri necesse est, cum hœc vel utilitas vel calamitas ad plurimos pertinens non prias finem habitura sit, quam extremus veniat mundo dies ; œquum erat, de universa hac recti aut perperam factorum dictorumque ratione perfectam quœstionem haberi. (Calech. Rom. P. I, cap. vin, qu. 4.)

dernière démarche de cette providence de Dieu, qui dirige le mouvement de l'iiisloire à travers les siècles, comme une dernière mesure pour compléter son œuvre et y mettre le sceau. Ce jugement universel n'est que le dernier tableau du drame universel, c'est l'exécution générale de tous les jugements partiels émanés de Dieu dansl'bistoire depuis le commencement de la création*. C'est seulement à celte condition que l'histoire du monde deviendra claire et compréhensible pour nous, comme un livre ouvert dr3vant nos yeux ; que nous la verrons telle qu'elle est en vérité, et non telle que se la figurent les regards troublés de l'homme. C'est en ce jour que Dieu se justifiera devant l'homme , afin qu'il ne puisse lui reprocher « d'avoir été un maître dur* ». C'est en ce jour que la divine sagesse célébrera son triomphe, cette sagesse admirable qui conduit les hommes avec tant de douceur et sans gêner aucunement leur liberté, et tout ensemble avec une puissance qui sait briser tous les obstacles ' pour arriver à ses fins. Ce sera le jour de triomphe de la divine justice, qui rendra à chacun selon son mérite, qui délivrera le juste de l'oppression et réduira l'impie à néant. Ce sera le triomphe de l'amour de Dieu, qui n'a cessé d'ouvrir son oreille et son cœur à la prière de sa créature, qui n'a que des pensées de paix

Non soJum quœcumque tune judicabuntur, venm etiam miœ- (Mmqm ah initio judicata et quœcumque usque ad iUud tempvs adliw judicanda sunt, apparebunt esse justissùnu. (August., l. c.

* Matth., XXV, 24.

* Sages., vill, 1; xil, 18.

ArOL. DU ChuIST. — T9ME IV. 2<1

et jamais d'amertume \ qui a tout fait pour sauver l'homme perdu, tandis que celui-ci faisait tout pour se perdre. C'est aussi le triomphe ée sa puissance qui fera tout servir, même le mal à racccomplissement de ses desseins éternels, et qui a pennis ce mal tant pour manifester sa miséricorde envers les méchants, que pour éprouver et purifier les bons par le commerce des méchants *.

Juste etes-vGus, Seigneur, et justes sont vos jugements ' ! Tel sera le cri de toutes les créatures au jour de la consommation des temps ; telle sera la réponse de la création tont entière à la sentence portée par k Seigneur.

Le Fils de Dieu, chef de l'humanité, le nouvel Adam, géra le juge. Et il jugera non-seulement Fâme, mais tout l'homme, mais l'humanité complète, l'espèce humaine

^ Jiérém.,xxix, H.

* Catech. Rom., l. c.

^ Ps. cxvm, 137.

Ce sont là les pensées que le Missel romain expose Je xxiv» dimanche après la Penlecôle, à la tin do Taunee ecclésiastique. La messe de ce jour attire l'aUention sur la lin des temps, sur la consommation de l'Eglise milUanle. L Evangile présente le tableau du jugement dernier, l'introit commence par ces sublimes paroles du prophète Jéremie (xxix, 11) : «J'ai pour vous des pensées de paix et non d'amertume; invoquez-moi et je vous écouterai, et je .vous ramènerai ae votre caplivilé en quelque lieu que vous soyez». LEpître (Coloss., I, 9) nous exhorte à prendre patience tant que nous sommes ici-bas, dans la vue de la rétribution qui ne nous fera pas défaut. A quoi le graduel répond par le cri de joie des élus (Fs. Xliii, 8) : « Vous nous avez délivrés, Seigneur, de ceux qui nous affligeaient et vous avez confondu nos ennemis. Nous louerons Dieu toujours, et nous glorifierous son nom dans l'éternité ».

en corps et en âme, telle qu'elle est constituée. (Test pourquoi tous ressusciteront avec leurs corps^ Puisque notre vie, dit saint Ambroise *, repose sur l'union de l'âme et du corps, et que la résurrection doit être suivie de récompenses et de châtiments, il faut que tout l'homme reparaisse tel qu'il est par nature pour recevoir la rétribution que méritent ses œuvres. Comment l'âme seule serait-elle soumise au jugement, eUe qui doit rendre compte de la vie qu'elle a passée dans le corps ?

Déjà dans l'Ancien Testament la foi en la résurrection des morts était le fondement de l'espérance. « Je sais », dit Job », a que mon Rédempteur est vivant, et je me a relèverai de la poussière au dernier jour. Et je serai « de nouveau revêtu de ma peau*, et je verrai le Seigneur « étant dans ma chair. Je le verrai et je le contemplerai « de mes yeux, moi-même et non un autre. Mon cœur «se consume de désir dans ma poitrine». «Beaucoup a qui dorment dans la poussière de la terre se lèveront, a les uns pour la vie éternelle, les autres pour l'opprobre «éternel ' ». « Nous savons », disent les Maccha-

* Symbol, apostol. : Credo carnis resurrectionm. Symbol. Nie. — tonstantinop. : T.xs'pecio resurrectionem mortuorum. — Conçu. Lateran.jiv, cap. Fjrniiter) : Qui omnes {tam reprobi, quam eiech) cum sms propriis corponbus résurgent, quœ mnc habent.

* De Fide resurrectionis, c. 52. — Cf. Catechism. Rom P i c. viii, qu 4. Clem. Rom., Ep. i ad Ccrr., c. 13 et seqq. Cvrill'

?'^?o'^'''? ■'. ^?^^^ '^^'"^' P^^" *°'- Alhenagor, De resurtect. éarn' C. 18. lertull.. De resurrect. carn., per lot.

» Job., XIX, 26.

* Dan., XII, 2,

« bées ', que le Roi de l'univers nous ressuscitera pour la a vie éternelle, si nous mourons pour observer ses coro- « mandements ». Et le prophète Ezéchiel*, voulant donner au peuple une idée grandiose de son rélablissement futur, le présente sous l'image de la résurrection générale des morts ; ce qui suppose évidemment que la croyance à la résurrection était communément répandue dans le peuple. Marthe encore témoigne de la généralité de cette croyance lorsqu'elle dit au Seigneur : « Je sais « que mon frère ressuscitera lors de la résurrection du a dernier jour* ». Partout le Seigneur la suppose dans ses discours * ; il la défend et la contirme de nouveau contre les Sadducéens qui la niaient \ Le Christ, nous dit l'Apôtre, est vainqueur de la mort ; les résurrections miraculeuses qu'il opéra, et avant tout sa propre résurrection d'entre les morts, nous sont une garantie que nous ressusciterons tous un jour en lui et par lui *. Il a vaincu le péché, il doit donc aussi remporter la victoire sur la solde du péché, qui est la mort ', et il la forcera de rendre son butin*. S'il n'y avait i)as de résurrection des

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