‹ Apologie du christianisme (volume 3)Chapitre 9 sur 12 · VII · texte numérisé non relu

VII

» Ezech., xxxvii, 1, 14.

^ Jean., XI, 2L

* Joan., V, 28, 29.

' Matth., XXII, 23, 33.

* ICor , XV, 13, 17 ; Ephes., n, V ; 1 Thessal., IV, 14. — Cf. /POU., C. Hœres., iv, 18; v, 7- Terlullian., Resunect. cam., chap. 17.

' Apocal., I, o ; Col, il, 15 ; Rom., vjii, 23.

* nebr., u, li.

PUR Kl CATION ET CONSOMMATION. 4S3

morts, le Christ ne serait pas ressuscité lui-même, et toute notre foi serait vaine*. Nous ressusciterons tous ; les corps des justes seront alors l'expression de l'état de leurs âmes, « ce seront des demeures préparées de Dieu « pour les âmes* », des organes dignes des âmes en possession de la gloire*. En communiquant au corps son immortalité, l'âme fera rejaillir aussi sur lui l'éclat de sa gloire, elle relèvera à la splendeur de sa béatitude, à l'image du corps glorieux de Jésus-Christ*. L'état intérieur des damnés se manifestera de même dans leur corps. C'est déjà, bien que d'une manière imparfaite, une loi de notre vie terrestre, que le corps soit la copie et le miroir de l'âme ; notre intérieur se manifeste de plus en plus au dehors dans la conduite de notre vie, et rârjie façonne son corps à son image •.

Déjà dans un précédent chapitre* nous avons exposé les raisons qui démontrent non-seulement la possibilité, mais encore la convenance de la résurrection. Incontestablennent, ce n'est ni dans le corps ni dans l'âme, lesquels en s'embrassant dans une vivante unité constituent l'homms, que gît la puissance d'affermir assez, pour qu'elle dure toujours, cette union de l'esprit avec

» I Cor., XV, 17 ; Philipp., Ul, 21 . »nCor., V, 1.

' I Cor., XV, 44 , 47. 2ô u.a irvEUixaTOccv (avôjiUTrot iiroupâv.o;) paf Opposition à cûixa ^'x/y.it (àv6so)«o; y^cïxo;).

*P/ii«pp., m, 2t.

•Cf. Tertull., De resunect. carn., c. H, 16. Cyrill. Hierosol., Calecli. xvHï.

454 CHAPITRE XYI.

la matière. Chaque organisme ne possède, en vertu de la force vitale qui le forme et le conserve comme tel, qu'une durée déterminée, et ici revient encore la loi fondamentale de la création : Tout a été fait avec nombre, poids et mesure. Chaque force vitale a été cùrconscrite dans une durée restreinte, comme dans une sphère d'activité déterminée, qui lui a été assignée par le Créateur, et dont elle ne peut franchir la limite. L'âme humaine n'est en état de résister aux influences du monde extérieur que pendant un temps, elle ne saurait tenir indéfiniment en échec la force universelle de la vie naturelle, d'où l'organisme est sorti quant à soa côté matériel , et où il tend aussi nécessairement à rentrer. Les forces chimiques générales finissent par l'emporter sur le principe organisateur; l'action chimique dissout l'organisme dont les éléments vont former de nouvelles combinaisons. L'organisme en un mot se décompose.

Sous ce point de vue, ceux qui regardent la mort comme un fait naturel, provenant nécessairement de la double nature de l'homme, ont raison*. Mais, d'un autre côté, il faut dire aussi que la mort qui divise l'essence intime de l'homme en deux, est pour lui tout ce qu'il y a de plus amer ; et que, pour une créature comme lui, qui porte en soi l'idée d l'immortalité, qui a élevé le corps matériel à la participation de la vie spirituelle et immortelle, formant ainsi le troisième anneau, l'anneau intermédiaire de la chaîne de la création, celui qui relie

• Cf. Auctor. Fidei, Prop. xvil.

«ntre eux le monde de la nature et le monde de Tesprit, la mort en un certain sens n'est pas un fait naturel *. D'ailleurs l'homme porte en lui-même le désir du bonheur en tout sens ; mais l'âme n'est pas tout l'homme ; l'homme proprement dit, l'homme complet, se trouve dans l'union intime de l'âme et du corps. Il aspire donc, et cela par un désir naturel, à redevenir lui-même, il veut sa réintégration complète par la résurrection de son corps*. Aussi l'Apôtre ne peut songer sans un certain effroi à celte séparation d'avec son corps*, il souhaiterait, non pas d'en être dépouillé, mais bien plutôt d'être revêtu par dessus du vêtement glorieux de l'immortalité, afia que; ce qu'il y a de mortel en lui fût absorbé par la vie.

• Cf. Athenagor. De resurr. carn., pass. Méthodius, De resurrect. dans S. Epiphan., Hœi'es., LXrv, il et secyq. et Bibliothèque phoUenue. Cod., 234, p. 4-79 et seqq. Tertull., De resurr. carn., c. 15, 16. Cyrill. Hierosol., Catechism , xviii, 5.

^ Ostensum est, animas hominum immortales esse. Anima corpori naluraliter unitur; est enim secundum suam esseniiam corforis forma. Est igitur contra naturam aiiimce, sine corpore œse ; nihil autem quod est contra naturam, potest esse perpetuum. Non igitur perpétua anima erit absque corpore. Cum igitur perpetuo maneat, oportet eam corpori iterum covjungi, quod est resurgere. ïmmortaikas igitur animarum exigere videtur resurrectionem corpontm futuram. Adhuc ostensum est, naturale hominis desiderium ad felicitatem tendere... Anima autem a corpore separata est aliquo imperfecta, sicut omnis pars extra suum totum existens. Non igitur homo potest ultimam felicitatem consequi, 7v'si anima iterato corpori conjunqatur. (Thom. Aquin., C. Gent., iv, 79.) Cf. Greg. Nyss. De resfiirrect., opp. lom. ni, p. 252. Zachar. Mytilen., Bibl. Magn., VI, 1, p. 578.

» II Cor., V, i, *' — L'opinion qai admet un corps éthéré dont lame serait revêtue après la mort, et que nous trouvons appuyée sur de fausses suppositions psychologiques dans Bonnet, Gœschel, Weisse, Eschenmayer, non-seulement cette opinion nest pas confirmée mais formellement repoussée

4y(> CHAPITRE XVI.

uomme le grain de blé que l'on jelle en terre et qui pourrit, renferme une force organisatrice qui sommeillait en lui, et qui dans un temps donné se développe et produit des fleurs et des fruits, ainsi de notre corps corruptible il doit sortir un corps nouveau qui ne connaîtra jamais la corruption. Toutefois cela ne se fera point suivant le cours naturel des choses, ni par une force propre à notre corps, mais bien par la vertu de Dieu qui a créé une première fois l'âme et le corps et qui est capable de restaurer celui-ci*. « Il est vrai », dit saint Thomas*, « que si on la considère au point de vue du principe qui a l'opère ', la résurrection n'est pas un événement natu- « rel; mais si on la considère au point de vue de son but, « elle est naturelle en un sens. Le corps, dans le prin- « cipe, avait reçu de Dieu une force qui le tenait insépa- « rablement uni à l'âme ; mais l'homme perdit bientôt « ce privilège par le péché qui le sépara de Dieu, et a donna accès à la mort. Ainsi, si l'on considère la des- « linée originelle de la nature humaine, on voit que la « mort est en quelque sorte un événement fortuit. Mais « ce malheur, cet accident, le Christ l'a réparé par le mé- « rite de sa passion et par sa mort qui a été une victoire t décisive remportée sur la mort. Par conséquent, la a même puissance divine qui avait primitivement doué

par saint Paul. Cf. De Wclte ; Simar, La Théologie de saint Patil, ibtii, p. 224.

^Minuc. Fel., Octav., •. 34.

*C. Gent., IV, 81.

• Cf. Matlh., xxii, 29 : a Vous ne connaissez ni l'Ecriture m la force de Dieu n.

« le corps de l'immortalité, lui a de nouveau conféré ce a privilège». La fol de Jésus-Christ a ouvert en nous une source de vie éternelle ^ et notre communion à la fois mystique et réelle avec lui dans le très-saint sacrement de l'autel, dépose en nos corps une semence de gloire qui n'est autre que le corps glorieux de l'Homme- Dieu ; et c'est ainsi que le corruptible trouve un remède d'incorruptibilité, et que notre corps reçoit un germe de résurrection et d'immortalité. Lorsque nous recevons le Christ, dit saint Cyrille d'Alexandrie*, il met l'esprit de son Père et le sien dans notre cœur. N'est-il pas évident pour chacun que, en faisant abnégation de notre vie propre, et en nous assimilant à l'Esprit surnaturel qui est en nous, nous passons dans la sphère d'une nature supérieure et nous sommes appelés enfants de Dieu et hommes célestes ?

Quant aux objections contre la possibilité de la résurrection, saint Thomas ' les a déjà refutées. Rien , dit-il , de ce qui est de l'essence de l'homme n'a été anéanti par la mort ; l'âme raisonnable, forme du corps, demeure après la mort en vertu de son immortalité, ainsi que la matière avec laquelle l'âme avait formé le corps humain en unissant cette matière à elle-même. Que l'âme donc reprenne cette matière, et le même homme se reformera de nouveau. Les forces végétatives et sensitives sommeillent, il est vrai, dans les âmes séparées de leurs corps, puisqu'el-

• Joan., VI, 47.

*InJ(mi., XI, H. Iren., l. c.,v, 2.

•C. Gent.,i\, 81.

458 CBAPLTRE XVL

les ont besoiu.des organes corporeis pour s'exercer ;.mai8 comme ces forces tiennent à l'essence de l'âme qui est leur principe et leur soutien, elles s.e réveilleront et entreront de nouveau en activité, dès que l'accession de la. matière rendra, encore une fois la vie organique possible- C'est ainsi qu.e le grain ensemencé, après avoir Quelqua temps sommeillé dans le sein delaterre, se réveille sous! l'influence du printemps , et que , s'il se trouve dans les conditions qu'exige sa.croissance, il déploie toute son activilé ^. On sait qu'un travail incessantd'assimilation et de séparation a déjà lieu dans notre vie tefnestrej (ju*il s'y opère un va et vient continu.d'éléments qui s'en v<mt pour être aussitôt remplacés, c'est-à-dire une transiormation constante au corps humain de L'inerte et iaaifférente ma^ tière, et cela sans préiudice pour l'unité et l'identité de ce corps; il faut nécessairement en conclure que cette unité, cette identité est exclusivement, comme nous l'a- Yons déj,à démontré, un effet de Vam& esseaiiellemeni une.

Il était réservé au rationalisme du dernier siècle de rejeter, à l'exemple de Kant*,.. la résucrectio» du co^ps principalement par la raison que le corps ne seraii pour l'âme qu'un fardeau gênant. C'est la doctrine de ce spiritualisme faux, exclusif , de ee dualisme si l'on veut , qua nous avons déià signalé; ce. serait peine perdue de le réfuter ici une seconde fois. L'hotame n'est pas seuienvent esprit ni seulement corps, c'est un esprit mcor/)07'6', et un

* I Cor., XV, 35.

• La religion dans les limites de la raison pur&^D. 1-92.

PUBIFICATION ET CONSOMMATION. 459

corps spirîtualise ; dans l'union de ces deux substances consiste l'essence de l'homme et toute sa position dans l'univers, comme trait d'union des deux mondes, comme centre vivant dans lequel l'esprit et la nature s'embrassent dans une étroite unité. Ce qui est onéreux pour l'âme, ce qui ne saurait avoir part au royaume du ciel ', ce n'est point le corps comme tel, comme Méthodius l'objectait déjà aux Origénistes, mais c'est ce corps voué à la mort et à la corruption par le péché et la concupiscence *. Donc par la résurrection, Dieu, bien loin de détruire l'essence de l'homme, ne fait que réaliser d'une manière plus pure et plus haute cette essence, c'est-à-dire l'idée qu'il a lui-même de l'homme *. Cette même doctrine devait nécessairement nier aussi l'humanité glorieuse du Christ. Le sens de l'Incarnation, ce pivot dogmatique de tout le christianisme, lui échappe; et l'Eglise elle-même et tout le dessein de la nouvelle économie de notre salut devaient s'évanouir pour elle en une vaine fantasmagorie.

Nous devons signaler comme aussi exclusive et aussi fausse, la doctrine déjà mentionnée précédemment qui, ou bien identifie l'activité de l'âme avec celle du corps ou bien la veut partout et toujours liée aux organes corporels ; d'après la première manière de voir l'âme

• 1 Cor., XV, 50 ; Sage$s., rx, 15.

•Méthodius explique que l'Apôlre ne condamDe pas rriv

oôfx* aÙTTiv, mais, T71V oXc-jcv itfi; -ri; ftay^Xûffocç ttç «^uy^fiî dpu.T.v T.Jovâ;.

(Dans Pholius ; Cod., 234, p. 479 et seqq.)

' Cf. Suarès, in m, div. Thom., tora. il, Dispul. XLvni, sect. ï, 2. Iren., adv. Hcei-es., v, 2.

i'^O CnAPlTUE XVI.

doit aussi mourir en même temps que le corps, d'après la seconde on revient à une conception antique , au sommeil des âmes *, et la résurrection du corps n'est plus alors que le simple effet des forces de la nature '.

Quel sera l'état des hommes après leur résurrection ? l'Apôtre s'est chargé de répondre : Le Christ est le premier-né d'entre les morts; comme il est notre chef et notre modèle dans l'ordre de la grâce et de la sainteté, il est aussi notre chef et notre modèle dans l'ordre de la gloire et de la béatitude '. Etant notre chef et notre modèle, sa résurrection, sa glorification est le gage de la nôtre. Tel est le chef, tels seront les membres*; celui qui l'a ressuscité nous élèvera jusqu'à sa ressemblance •. Si nous possédions une idée adéquate de la gloire du corps ressuscité et transGguré de Jésus-Christ, nous saurions exactement à quel état de gloire nous serons élevés dans la vie future. Mais nous n'avons aucune idée de ce que peut être un corps gloriOé, parce que nos idées, pour se former, ont besoin de l'expérience. Le commencement delà création, le point de départ de la race humaine, l'état primitif cl le paradis, tout cela reste enveloppé pour

* Cf. Ulrici, et sup. 1. 1, p. 340. Le terme de dormir («i|*«<i«a») employé déjà par le Seigneur (Joan., n, H) pour désigner la mort, ne prouve pas, il s'en faut de beaucoup, que lui ût l'Apôtre aient enseigné le sommeil des âmes. De nombreux passages contredisenl cela: II Cor., v, 1; Phiîipp., I, 23; Eebr., IX, 27.

» Apocalyp., i, 5 ; Rom., Viii, 2» ; 1 Cor,, iv, 20, 23.

♦ITp/ies., 1,22; Col., i, 48.

» I Thessal, iv, 13 ; Ephes., i, 19, 20.

nous comme d'un nuage, éclairé seulement par quelques rayons émanés de la révélation divine, et il en est de même de la fin.

a II est », dit Schelîing \ « des choses et des particula- « rites sur lesquelles on peut bien s'excuser de s'expliquer, cr parce qu'on ne peut jamais rendre entièrement compiéa hensible quelque chose qui n'a pas d'analogue dans la a sphère de l'expérience humaine. On sait le passé, on a croit l'avenir. Voici ce qu'il y a de certain : d'après l'ina tention du Créateur tout devait se consommer en Dieu ; a mais comme ce qui devait être originellement ne peut a jamais être abandonné finalement, le dernier dessein c doit être que tout l'ordre intérieur des choses soit enfin fl déployé ostensiblement, visiblement, dans le monde a extérieur, en exécution du plan originel et primitif; a que l'homme par conséquent, qui intérieurement est « un être purement spirituel devienne aussi un être pua rement spirituel à l'extérieur. C'est en quoi la doca trine chrétienne se dislingue beaucoup de toutes les 0 doctrines philosophiques qui enseignent l'immorlaa lité de l'âme d'après la seule raison : elles accordent a que l'âme survivra au corps, elles affirment qu'une a existence nouvelle attend l'homme après cette vie ; mais (' celle existence nouvelle , elles ne lui indiquent aucun a but, aucune deslinalionsatisfaisante, surtout lorsqu'elles a la représentent entièrement indépendante et dégagée! a de la nature, tandis qu'il est absolument nécessairti que « la nature, qui s'est obscurcie pour l'homme et lui est

Philosophie de la révélation, tom. il, p. 222.

4(j!2 CHAPITRE XYI.

«devenue impénétrable, s'explique, s'éclaire enfin dans a un état futur qui établira l'harmonie entre le monde a extérieur et le monde intérieur, qui subordonnera « le physique au spirituel, et dans lequel le corps de « l'homme prendra la nature d'un corps spirituel. S'il 0 avait conservé le rang où il a été créé, lorsqu'il fut sou- « mis à l'épreuve, l'homme serait, en comparaison de ce « qu'il est maintenant, un être surhumain. Maintenant 0 qu'il est devenu l'homme dans le sens actuel du terme, • le dessein de Dieu est que l'homme, comme tel et sans « renoncer à cette humanité à laquelle il tient par tant de 0 liens indissolubles, entre en possession de toutes les déli- « ces, de toutes les félicités qui lui avaient été primitive- « ment destinées. C'est seulement dans un tel avenir, a dans une telle fin de l'existence humaine que la cons- « cience de l'homme peut trouver son repos. Nous som- 0 mes redevables de cette espérance au Christ dont la proa messe nous autorise à attendre après la crise suprême a un nouveau ciel et une nouvelle terre » .

Cette ressemblance avec le corps glorieux du Christ que l'Ecriture nous fait connaître, voilà précisément le point de repère qu'il nous faut pour pouvoir nous représenter, au moins dans ses traits généraux, le corps glo-, rieux des élus. Un corps animal est semé, et il surgira «n corps spirituel *. En tant que sortis du premier Adam,' fils de la terre, nous sommes terrestres; régénérés parle second Adam, nous deviendrons célestes par la vertu de l'Esprit, et transfigurés à la ressemblance de son corps

. •! Cor., "xv, 33, H.

qui a été enlevé air ciel ^ « Comme le premier homme a « été terrestre, ses enfants sont aussi terrestres ; et comme a le second homme est céleste^ ses «nfants sont aussi eé- « lestes. Comme donc nous avons porté l'image <le a l'homme terrestre, portons aussi l'image de l'homme « céleste. Semé difforme, le corps ressuscitera glorieux ; « semé corruptible, il ressuscitera incorruptible ; semé a infirme, il ressuscitera plein de force». Une âme vivante, tel est le commencement *, wi esprit vivifiant, tel est le terme du développement humain, c'€st-à-dire un esprit qui pénètre toute la vie de Thomme et la spiritualisc. Notre vie terrestre voit déjà parfois des exemples de corps spiritualisés, bien que dans une faible mesure. C'est une image de l'avenir. Si nous sommes les membres du corps du Christ, nous avons droit à tous les dons et à toutes les grâces de notr€ Chef, excepté ceux par l-esquels le chet est chef. « Comme la chair que Dieu a prise , qu'il a res- 0 suscitée et emportée au ciel unie à la divinité, n'a pas « été tirée d'ailleurs que de nous, il s'ensuit que la rc- « surrection d'une partie de notre nature doit entraîner a celle de toute cette même nature, et s'étendre de laparatieautout, à cause de la corrélation desparlies entre elles et et de l'unité de la nature '». Celui qui n'entend pas cela, ne comprend pas non plus que cette graine que l'on jette enterre y pourrira d'abord , puis qu'elle en sortira ensuite pour devenir un grand arbre admirable par sa

* / Cor., XV, 49.

' Qmes., II, '.

" Gregor. Nyss., Orat. Catechet. magn., c. 32.

beauté, sa magnificence et sa force. Les disciples avaient vu le cadavre du Seigneur, défiguré, couvert de sang et de blessures; ils ne prévoyaient pas alors qu'il allait devenir bientôt brillant comme le soleil au jour de la résurrection. Le premier de ces spectacles est de tous les jours, le second s'est vu le jour où le Seigneur sortit glorieux du tombeau. C'est le gage et la caution de notre propre avenir.

Comme le Seigneur ressuscité passa à travers un tombeau qui était scellé, qu'il parut soudain devant ses disciples dans un appartement dont les portes étaient fermées, et qu'il disparut de même *; ainsi notre corps, non plus composé d'une manière grossière, mais pénétré en toussens et animé par l'esprit*, traversera l'espace par la vertu de l'esprit, semblable à un rayon de soleil, sans pouvoir être arrêté par aucun obstacle corporel. Comme le Seigneur a été enlevé au ciel, ainsi nous serons em portes à la rencontre du Seigneur dans les airs ', car alors notre corps appartiendra à une matérialité plus haute, ce sera un corps de lumière ; il ne sera pas accablé comme présentement sous son propre poids ni retenu à la terre par

' Joan., XX, 19, 26 ; Luc, xxiv, 31.

Ccrpora gkriosa dicvntur subtilia proptei' compktam corpori$ perfectiù7iem... ex dominio animœ glori[icatœ quœ est forma corporis, ratione cvjus corpus gloriosum spirituale dicctur ; quasi omnino spiritui subjectum. Tliom. Aquin-, l. c, summ. suppL, qu. Lxxxiii, art. 1 .

^IThessaL, iv, 17.

Per dotem agilitatis corpus subjicitur ammœ glorificatœ, in quantum est motor, ut sit habile et eapecHtum ad obediendum spirilui in omnibus tmtibus et actionibus animœ. (ïhom., l. c, uu. Lxxxiv, un. 1.)

la force d'attraction '. Nous voyons déjà, dans l'ordre de choses actuel, que les éléments impondérables tels que l'électricité, le magnétisme, pénètrent aisément à travers tous les corps; il en sera de même de notre corps: l;i matière ne pourra plus l'arrêter ni le borner. Ce qui est corruptible sera alors revêtu d'incorruptibilité; notre corps, maintenant faible, fragile et sujet à mille maladies, deviendra impassible, doué de force et d'éclat *. Plus de maladie alors, plus de mort, et partant plus de nourriture, plus de génération, plus de distinction de sexe '. Ce corps mortel, habitacle du péché, qui ne cesse de lutter contre l'esprit qui l'enchaîne et le paralyse dans ses élans les plus sublimes, sera changé en une demeure pure et céleste de l'âme, demeure préparée de Dieu même * ; la bassesse sera absorbée dans la gloire, le sensible dans le spirituel, l'humain dans le divin. Comme le nuage sombre du matin s'illumine tout à coup des feux du soleil levant; ainsi la pure clarté de l'esprit divin, pénétrant l'âme et le corps, spiritualisera, déifiera tout. Trempés dans le torrent de la vie divine et de l'amour divin, l'esprit se déifiera et le corps se spiritualisera. Elevé par la grâce et la gloire par-delà les limites de tout ce qui est humain et créé jusqu'à la ressemblance et à l'union avec Dieu, l'esprit emporte avec lui le corps dans une région supérieure de l'clre, où les propriétés uatu-

' Caro a spiritu possessa, oblita quidem sui, qunlitatem spiritus assumens, conformis facta estverbo Dei. Ircn., C. Uœres., \, 9.

» I Cor., XV, 42, 44.

» Matth., XXII, 30.

*JICor.,v, I.

Apol. du Cbrist. — ToaB lY. 33

relies de la matière disparaissent, où l'obscurité devient lumière *, le corruptible incorruptible et impassible *, le matériel éthéré ', le pesant prompt et rapide *.

Ce n'est pas sans une raison profonde que l'Apôtre a choisi la lumière' comme symbole du corps ressuscité. La lumière, qui est le pbénomène le mieux connu de tous, la lumière qui nous ouvre le royaume des choses visibles, est quant à son essence et à son principe ce qu'il y a de plus inconnu et de plus obscur, qu'on ait recours pour rendre compte de ses effets, soit à l'ancienne théorie de l'émanation, soit à celle, plus récente, des vibrations et des ondulations. Il est évident qu'il ne faut pas chercher son principe en dehors de la sphère des choses physiques, non plus que celui de la chaleur, de l'électricité et du magnétisme ; ce n'est pas un esprit ; mais de tout ce que nous connaissons dans le monde des manifestations physiques, il n'y a rien qui se rapproche plus de l'esprit. Elle n'est pas assujélie aux lois de la pesanteur ; elle se déplace avec une rapidité prodigieuse *. C'est donc avec raison que l'Ecriture nous le propose comme symbole de l'esprit. La science n'est pas encore parvenue à

» Les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Matth,, xiii, 43 ; I Cor., xv, 41, 42. — Claritas corporum sanctorum provenit ex redundantia gloriœ animée in corpore. (Ttiora., l. c, qu. LXXXV, art. 1.)

• 1 Cor., XV, 42.

' I Cor.,xy, 44.

* I Cor., XV, 43. Cf. August., Civit. Dei, XX, 8.

*ICor., XV, 41.

« Selon Bradley et Rœmer la vitesse de la lumière est de 76,000 lieues par seconde.

PURIFICATION ET CONSOMMATION. i67

formuler d'une manière précise et ferme les lois de son activité, encore bien moins est-elle en état de nous renseigner complètement sur son essence et son principe. Nous savons seulement d'une manière certaine qu'en dehors des corps pondérables il existe un fluide matériel, mais éminemment subtil, mais impondérable, qui les enveloppe et les pénètre de toutes parts. Nous ne sommes pas même capables d'expliquer les phénomènes du monde physique *, ni la première condition de toute existence dans l'ordre naturel des choses, et nous nous étonnerions que la vie future ait pour nous des mystères I Ceci nous montre suffisamment combien déjà dans son état actuel la nature est féconde et inépuisable en ses moyens , puisque l'esprit humain est incapable de les sonder, que plus l'investigation scientitique avance, plus s'étend devant ses regards l'horizon de l'énigmatique et du mystérieux, enfin qu'il ne nous est pas possible de dire : La matière, dans son progrès d'ascension lumineuse vers la région de l'esprit, va jusqu'Ici et pas plus loin. De tout cela nous pouvons conclure avec certitude que l'on peut concevoir pour nos corps une nouvelle manière d'être infiniment différente de leur manière d'être actuelle, c'est-à-dire qu'on peut les concevoir tellement élevés, ennoblis, embellis ', transfigurés , qu'il y aurait entre ce nouvel état et l'état présent une beaucoup plus grande différence qu'entre une roche inerte et la lumière

* Eisenlohr, Cours de physique, 8* édit., p. 212, 219. Bauragartner, Hist. naturelle, 6» édit., p. 373.

• Nuîla erit deformitas, quam facit incongruentia partium. (August., Civ. Bei, xxii, 19.)

avec sa subtilité, sa mobilité merveilleuse et son ubiquité relative ; voilà ce que l'on peut concevoir, et cela sans sortir de la catégorie des choses corporelles.

Reprenons, pour l'ajouter ici, une pensée déjà précédemment exprimée \ savoir que la nature trouve sa destination et sa consommation dans l'esprit humain, que le monde immense de la matérialité s'élève, à partir de sse dernières profondeurs, et monte en prenant toujours des formes plus belles, des types et des figures plus nobles jusqu'à son terme suprême, qui est le corps de l'homme; que l'activité constante et universelle de ce monde matériel n'a en quelque sorte qu'une fin, qui est de tisser pour l'esprit immortel un vêtement digne de lui ; car tout ce que cette terre a d'éléments, se retrouve dans notre corps qui le porte en lui-même, mais ennobli par l'âme immortelle et élevé à la dignité d'organe de l'esprit. Bien que la parole que nous proférons soit, si on la considère physiquement et physiologiquement , quelque chose de corporel, c'est néanmoins d'un autre côté la plus pure manifestation de l'esprit, la plus haute spiritualisation de la matière. La com pénétration mutuelle de la matière et de l'idée atteint là son plus haut degré, la pensée s'est assimilée on ne peut plus parfaitement l'élément corporel. Pourquoi donc, de même que le mot est l'expression de la pensée, le corps tout entier ne deviendrait-il pas la pure expression, le miroir et l'image de l'esprit? Si le but de l'art est de représenter l'idéal par le réel, de créer avec du bronze ou une pierre brute les

Cf. Thom., Cont Gent., m, 100.

PDRIFICATION ET CONSOMMATION.

plus sublimes chefs-d'œuvre de l'architecture et de la statuaire, d'animer un bois, un métal inerte, de manière à leur faire produire la plus admirable musique, de forcer les éléments naturels à faire éclater à nos oreilles la plus pure expression des choses spirituelles, de retrouver enfin cette harmonie divine entre la nature et l'espril, qui nous saisit à l'audition des grandes œuvres musicales, comme ferait l'écho d'un paradis lointain ; comment peut- on dire que le maître dont la main a façonné le corps de l'homme, qui a placé par sa grâce notre âme si près de lui, n'est pas assez habile pour refaire ce chefd'œuvre de notre corps défiguré par le péché et pour le rendre plus beau, plus parfait qu'auparavant à notre âme glorifiée elle-même et transfigurée * ?

D'ailleurs ce qu'il fait dans le saint Sacrement, où il est réellement et substantiellement présent, quoique d'une manière surnaturelle, nous montre bien que les lois de la matière ne sont pas faites pour mettre des bornes à sa puissance, à sa sagesse et à son amour, que les lois qui régissent les corps ne sont rien pour lui. Pas un événe-

• Quemadmodum omnia a Deo initio creationis ferfecta fuerunt, ita etiam in resurrectione futurum affirmare otnnino oportet. Catechism. Rom., P. i, cap xii, qu. 9.

Est de ratione naturœ, quod anima humana sit corporis forma. Ex personalibus actibus meretur anima in gloriam divinœ visionit elevari. Disponetur igitur corpus secundum condecentiam animœ, vt forma incomiptibilis esse incorniptibile corpori tribuat, eo quod materia corporis humani quantum ad hoc animœ humanœ subjidetur omnino. Sed ex claritate et virtute animœ ad divinam visiO' nem eletatœ corpus sibi unitum erit totaliter subjectum animœ, divina virtute hoc faciente, non solum ad esse, sed etiam quantum ad actiones et motus et corporeas qualitates. (Thom., C. Gent., lY, 86.) — Cf. August. (Civ. Dei, xix, 3) : Omni molestiœ se/isu omni corruptibilitate substrarta.

ment, dit saint Augustin*, n'a été prédit dans l'Ancien Testament et dans le nouveau, qui i:e fût surprenant de sa nature et par son accomplissement. Le premier avènement de Jésus-Christ avait été prédit, il devait venir plein de miséricorde ; sa venue en Israël avait été annoncée, ce devait être la venue d'un juge. L'histoire a enregistré l'accomplissement de ces deux prédictions. Les livres saints qui annoncent la venue, le temps, les qualités du Messie, sa mort et sa résurrection, ia destruction de Jérusalem, la dispersion définitive d'Israël, la propagation du christianisme, ces mêmes livres annoncent égaîement,avec le même calme élevé, avec la même certitude inébranlable, que les morts ressusciteront, qu'il y aura un jugement dernier, un paradis, un enfer, que la figure de ce monde passera et qu'on verra un nouveau ciel et une nouvelle terre. Nous avons vu une de ces deux séries de prédictions s'accomplir, c'est pour nous une garantie suffisante que la seconde série s'accomplira pareillement. « Pourquoi ne croirions-nous point, bien que nous ne « voyions pas encore , puisque nous avons les témoia gnages des prophètes, et leurs prédictions qui toutes se « sont accomplies? »

Ainsi donc le corps, dans l'état de gloire, sera un corps spirituel, mais cependant un vrai corps, identique par sa substance à celui que l'élu portait durant sa vie terrestre,' mais différent par sa manière d'être et sa constitution. D'après saint Thomas et saint Augustin, nous pourrions, en nous fondant sur certaines insinuations de la sainte

^ August., De fide eorum, qxue non videntur, c. 4.

Ecriture*, émettre la conjecture que les corps célestes auront la figure particulière à l'âge auquel Notre-Seigneur sortit glorieux de son sépulcre et s'éleTa dans le ciel avec son corps transfiguré. Le Seigneur est en effet l'idéal de la jeunesse absolue comme de l'absolue maturité ^ur la vie éternelle.

Devant cette exposition de principes tombent d'ellesmêmes les objections qu'on a soulevées dans les temps anciens et modernes contre la glorification des corps. Lorsque Strauss * objecte qu'il y a contradiction à admettre que le corps ressuscitera avec tous ses membres, mais sans que ceux-ci continuent à faire leurs fonctions respectives, de manger, de digérer, etc., il ne prouve qu'une chose, à savoir qu'il n'a jamais compris le corps bumain ni entrevu sa haute dignité. Il est déjà dès ieibas l'organe, le véhicule, la représentation et la demeure de l'esprit, il est le temple de Lieu, et par conséquent il a une tout autre destinée que celle de boire et de manger simplement. Il sert d'intermédiaire à la grâce, il reçoit la consécration, il est l'auxiliaire ou l'instrument nécessaire de l'âme dans les efforts que fait celle-ci pour parvenir à la sainteté, il est serviteur dans la pratique des bonnes œuvres, victime dans les souffrances, partie intégrante de l'homme et de l'humanité, c'est une idée divine réalisée. Déjà même ici-bas ses actes subissent l'influence et la loi de l'esprit, et tout fait sensible est en même temps un fait moral et spirituel. Que sera-ce dans la vie

Epkes., IV, 13; Thom., C. Ge«f., IV, 88. — Augustiû., Civ. Dêi, XXII, 13, 14.

* Op. cit. sup., p. 649.

future, où le corps, qui est dès maintenant la représentation extérieure de la vie religieuse et morale et de la grâce dont l'âme a reçu le don, deviendra une manifestation éclatante de l'âme glorifiée, le compagnon de son bonheur et de sa gloire, une tente construite par la main de Dieu et préparée pour être la demeure du Père, du Fils et du Saint-Esprit, afin que Dieu soit tout en tous.

D'ailleurs la vie présente n'est pas sans fournir des analogies et des anticipations de cette future gloire dont jouiront nos corps, et dans laquelle ils cesseront d'être onéreux et gênants pour l'àme ; l'Eglise les trouve dans la vie des saints, dans ces extases miraculeuses dont la vérité a été scientifiquement et officiellement constatée et affirmée par mille témoignages. Dès qu'une âme a pris son es or vers Dieu, que l'Esprit d'en haut est descendu en elle la gratifiant d'une liberté divine, elle devient même ici-bas par instants maîtresse des éléments auxquels obéit la matière. Alors l'âme soutient le corps suspendu au-dessus de la terre, comme s'il avait perdu sa pesanteur naturelle *. La matière ne peut plus opposer d'obstacle au corps pénétré de l'Esprit de Dieu, les portes fermées s'ouvrent devant lui, ou bien encore il entre quoique les portes restent fermées *. Le saint demeure dans une ville, et l'Esprit le transporte au loin pour ac-

Par exemple, saint Pierre d'Alcantara, saint Joseph de Coperlin, saint Domuiique, saint Vincent Ferrier et beaucnuD d autres: Cf. Gœries, Mystique, ii, p. 523. La vie de siimte Tnérebe écrite par elle-même, ch. 20. Le Château de l âme, vi,*.

• Cf. Acta sanct., 30 Jan., Vita S. Aldegundis.

PURIFICATION ET CONSOMMATION. Al'3

complir une mission ; il est vu en différents lieux à la fois et il traverse l'espace avec une promptitude surnaturelle '. Quelquefois la lumière intérieure que l'Esprit a versée dans l'âme du saint, s'échappe en un rayonnement splendide dont sa tête et son corps paraissent glorieusement entourés *. Et il doit en être ainsi ; car ceux qui ont semé dans la chair récoltent de la chair la corruption ; ceux qui ont semé dans l'Esprit recueillent de l'Esprit la vie éternelle '.

D'un autre côté les corps des réprouvés seront conformes à l'état de leurs âmes. « Leurs corps », dit saint Thomas *, « seront complètement restaurés dans leur a état naturel, mais ils ne seront point spiritualisés ; ils a seront immortels, mais non impassibles ; ils ne seront a point anéantis afin qu'ils souffrent éternellement ' ».

Jésus-Christ est le Premier-né, l'Homme-Dieu, dont l'humanité glorieuse siège à la droite du Père, et c'est à cause de lui que toute l'humanité sera glorifiée à son exemple; c'est pourquoi une humanité renouvelée exigera une nouvelle terre, et qui réponde à la gloire de son état. Comme l'homme, devenu pécheur et sujet aux maladies et à la mort, entraîna la nature dans sa chute ; ainsi l'homme délivré, ressuscité^ glorifié, sera le prin-

* Cf. Acta sanet., i6 Juin, Vita S. Bennon., 8 Jan., Vita B. Laurent. Justin.

* Vie de sainte Claire, Act. sanct., 12 Aiigust. •Gai., VI, 8.

* C. Gent., IV, 89.

* Bernard., in Cantic. cantic, serm. lxxu.

cipe et le modèle de la glorification de toute la nature créée. Car l'univers est un tout organique, c'est le vêtement de toute Tespèce, la nature est le grand corps de l'humanité, comme le corps de chacun de nous est un monde en petit. La transfiguration du monde, qui donnera un nouveau ciel et une nouvelle terre, est donc la conséquence nécessaire de la transfiguration des corps ; ce sera le dernier acte de Dieu comme Rédempteur du monde ; il a déjà dès maintenant béni et sanctifié la nature, mais alors il la consommera dans la perfection qui lui est propre ^ Le corps de l'homme passera par les affres de la moi t, il se décomposera, il pourrira dans sa misérable forme actuelle, mais ce sera pour en recevoir wne plus haute, et parvenir à la gloire. Le corps total de l'humanité, l'ensemble de la création visible passera par l'épreuve du feu, et il en sortira purifié des souillures du péché, pour prendre sa part de la gloire des élus. De même que le métal n'est pas jeté dans la fournaise pour y être consumé et détruit, mais purifié de ses scories, afin qu'il en sorte à l'état d'or pur, de même l'embrasement que subira le monde ne l'anéantira point, mais le purifiera, le transfigurera en une représentation plus pure et plus parfaite de l'idée divine, qui

» Sicut anima est mutata, innovata et renovata in statum alliorem et digniorem , et corpus, quod est propter animam, fuerit etiam innovatum et renovatum in altiorem et digniorem slatum, ita totus mundus, qui factus est propter hominem, débet innovari et renovari in. altiorem et digniorem statum ad gaudium ipsius hominis. ut sicut anima est vestita nova veste amoris perfectissimi in seipsa et etiam corpus suum est vestitum novo habi'u, ita etiam totus mundus.. .. Induetur nova veste, ut totum sit proporlionatum. Raimund. de Sabaud. Theolog. natur., c. 155. Tliom. Aquin., /. c, 97.

est réalisée en lui. a Voici que je renouvelle l'uni- V vers * ».

Les cieux passeront par le feu, les éléments fondront Wans l'embrasement avec la terre et tout ce qu'elle renferme. Mais nous attendons un nouveau ciel et une nouvelle terre que la justice habitera '. La matière subit déjà dans le laboratoire de la nature et de l'art des transformations admirables, par exemple un noir et vil charbon est transformé en un diamant étincelant, cela ne peut-il pas nous faire pressentir ce qui aura lieu alors ? Ce sera la grande consommation cosmique s'accom plissant parallèlement avec la consommation et la résurrection individuelle, ce sera la délivrance de toutes les créatures, qui, étant liées en tout à la destinée de l'homme, soupire avec lui sous le poids du péché et appelle de ses vœux la rédemption *. Alors sera bâtie et achevée la Jérusalem

* Le monde finira par le feu, c'est une tradition trèsrépandue. Voy. Cicéron, De natara Deor., u, H8. — C'était la croyance des Egyptiens (Origen., adv. Cels., i, 20. P.'at. Timée, p. 25), des Perses (Plutaich, De Is. et Osir., p 659), des Indiens (de Bohlen, Vlnde antique, i, p. 168. Bagavadam, i, p. 52, S3), des Grecs et des Romains (Ovid. Metamoi^h., i, 256 ei seqq. Senec. iîercuZ. Œt., 1103,1115), des Celtes (Strab., IV, 4), des Germains (Grimm, Mytholog., p. 468).

«JlPcfr., m, 10, 13.

•Ce qu'attend la créature, c'est la manifestation des enfants •le Dieu. Car si la création est soumise à la vanité, ce n'est -oas de son plein gré, mais à cause de celui qui l'y a soumise,

inais elle conserve l'espérance d'être délivrée, elle aussi, de 'assujétissement à la corruption et d'être élevée à la liberté le la gloire des enfants de Dieu, car nous savons que toute la îféation soupire et est dans le travail de l'enfantement. Rom., nu, 19, 22. Cf. Chrysosl., in Matth. Hom. ii, 8 ; LV, 6. Gregor. „"iyss. De Opific, Hom. c, 22. Basile, Homil. i, in Hexaem. Gregor. Nazianz. Garm. Samb. xv. Iren., advers, Eœres., v, 29, 33, 35. August., Civ. Dei, x, 7 et seqq.

476 CHAPITRE XVU

céleste, où l'Agneau réside au milieu des élus, éclairant de sa gloire la cité sainte dont il est le soleil que toutes les créatures réfléchissent. Ce que Dieu se proposait dès le commencement à l'égard de l'homme et de toute la création, ce qui gît maintenant caché et enseveli sous les décombres du péché, de la corruption et de la mort, ce qui soupire douloureusement sous la malédiction et la corruption, tout cela se relèvera dans la lumière, la joie et la gloire d'une harmonie parfaite, qui ne sera plus troublée, entre l'idée divine et la réalité. Dieu sera tout en tous '.

Une nature environnera aussi les réprouvés en rapport avec leur état : Un étang de feu et de souffre % des ténèbres extérieures ', la seconde mort *.

Et je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre. Car le premier ciel et la première terre avaient disparu, ainsi que les eaux de la mer. Et je vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, qui venant de Dieu, descendait du ciel, parée comme une épouse qui se pare pour son époux. Et j'entendis une grande voix qui venait du trône et qui disait : Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes ; et il demeurera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu demeurant avec eux sera leur Dieu. Et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux, et la mort ne sera plus, ni le deuil, ni les gcm'Siemcnls.. ni la douleur.

■'/Cor., XV, 28.

-Apocalyp., xix, 20; XX, 10.

» Matth., vnr, 1-2 ; Jf Petr., n, 17. ♦ Apocalyp., xxi, 8.

parce que le premier état sera passé. Et celui qui était assis sur le trône dit : Voici que je renouvelle toute chose *.

C'en est fait, le mouvement du temps est entré dans le repos de l'éternité ; a le changeant a disparu et il ne reste « plus que l'immuable * ». Le ciel, la sainte Jérusalem, la résidence de la divinité manifeste, descend sur la terre; la terre va au-devant du ciel, parée comme la fiancée qui attend son fiancé, elle sera désormais le séjour non plus de Dieu caché, mais de Dieu dévoilé. La créature ne cesse pas d'être créature ; ce qui cesse, c'est le changement, c'est l'altération, c'est le développement et l'histoire. Le haut et le bas monde, l'être et le paraître, le ciel et la terre ne font désormais plus qu'un. La créature est parvenue à sa fin, dans les élus à une société étroite avec Dieu ; dans les réprouvés, à une séparation pleine et irrévocable, à la seconde mort qui est absolue» Le terrestre est en même temps céleste, l'intérieur extérieur, et le corporel n'est plus que le très-pur miroir et le reflet brillant de l'esprit; tous les esprits sont unifiés dans l'Esprit de Dieu. Entrée dans la vie de Dieu, la créature prend part à son bonheur. Affranchie du changement, elle ne vieillit plus; comme la beauté de Dieu elle est éternellement jeune ; les siècles ne terniront point son éclat. Dans le paganisme, où l'homme succombait sous l'ascendant de la vie naturelle , où le côté physique dominait l'idée morale, la souillure

* Afjocalyp., XXI, 1, 5.

* Ilelr., XII, 1. Thom. Aquin., C. Gent., xi, 97.

i78 CHAPITRE XVI.

et la purification extérieures étaient le fondement des luslrations et des mystères antiques. Le christianisme connaît lui aussi l'opposition entre la nature et l'esprit, opposition introduite par le péciié. A la fin des temps cet antagonisme sera supprimé, et le physique ne sera plus que l'expression , la représentation , la manifestation du moral , en chaque créature en particulier comme dans la grande et universelle harmonie des êtres.

Enfin voici venir le jour qui ne connaît pas de déclin. C'est alors que nous nous réveillerons pour la troisième fois. Lorsque nous sommes venus de la nuit du néant au jour de l'existence nous nous sommes éveillés à la vie, à la vie sensible , au monde des phénomènes ; lorsque la lumière de la raison est entrée en nous, nous nous sommes éveillés pour la seconde fois à un monde nouveau, au monde des idées, au royaume de l'esprit. Enfin se lève sur nous le soleil de cet autre monde , dont la foi nous avait déjà fait voir l'aurore, soleil qui n'est autre que Dieu lui-même, éclairant à découvert ses créatures, et nous le verrons tel qu'il est, et en lui toutes choses, telles qu'elles sont dans leur essence. Quelles conditions nouvelles et quels changements tout cela doit amener dans rélat physique de la terre et de son système, comme dans leur situation cosmique par rapport au reste de l'univers ; si la disparition du ciel doit s'entendre objectivement * ou subjectivement, c'est-à-dire seulement au

* Comme l'entendent saint Méthode (Deresurrect., n. 8), sainf Hilaire (iu Ps. 148), saint Arabroise (Uexaèmeron, i, 6), sain* Jérôme {Inl$aî.,u, Q).

PLilU'ICATION ET CONSOïIMATION. 479

point de vue- de la perception sensible *, c'est sur quoi la science théologique peut faire des hypothèses, mais non donner une réponse décisive dont nous n'avons d'ailleurs pas besoin. Dans la description qu'il nous a faite de la vie future, le Fils a tracé d'une main rapide comme des hiéroglyphes divins; nous pouvons nous essayer à les interpréter ; ils nous permettront peut-être d'entrevoir de loin ce qui se passe au pays de la gloire; mais le mesurer ce pays et nous en faire une exacte idée, nous ne le pouvons pas plus que celui qui habiterait depuis le sein de sa m.ère une caverne souterraine ne pourrait se représenter l'éclatante lumière d'un beau jour du mois de mai. Ce que seront le nouveau ciel et la nouvelle terre. Dieu seul le sait *. Nous ne devons pas oublier que le ciel, le royaume du Messie ne nous a été représenté qu'en images ' ; mais ces images, ne l'oublions pas non plus, sont les portraits de choses grandes et véritables, la haute manifestation de l'amour divin et de la très-grande gloire

* August. {Civit. Bei, XX, 18), saint Thomas d'Aquio, /. c. sup. — Que î'élat actuel du monde a eu un cominencement et qu'il aura une fin, tes récents travaux de Soûle, d'Helmotz, de J. K. Mayer et de Fick l'ont démontré jusqu'à l'évideûce. Voy. La transformation des forces, par A. Fick. 1869.

* Langen dit avec raison [Le Judaïsme en Palestine. Fribourg, 1866, p. 519) : « Ce qui convient pour expliquer la dernière et suprême révélation, ce n'est ni une interprétation allégorique capricieuse et sans règle, ni une interprétation littérale et grossièrement judaïque. Cette révélation est à la fois positive et spirituelle ; elle n'a plus le caractère pédagogique propre à l'ancien Testament, mais elle est compréhensible pour les hommes, qui ont toujours un corps et des sens,

uelque subtilité que leur esprit ait acquise.

*UFetr., ni, 10.

des élus , le commentaire éloquent de celte grande parole : rœil de l'homme n'a pas vu ce que Dieu prépare à ceux qui l'aiment \ Ici la parole s'arrête impuissante sur les lèvres humaines; nous ne pouvons rien qu'espérer, nous taire, avoir confiance.

Et celui qui était assis sur le trône, me dit : Ecris, car ces paroles sont sûres et véritables *.

* Dunss ScOUis, in iv Sentent., Dist. XLXiï, qu. ïi, fia

* Apocahjp.f XXI, 6.

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