XII
' Serm. vni, de Passion,
sainte humanité du Christ est la vraie et propre humanité, le protot^T)e et le modèle de tous les individus de l'humanité et de la spiritualité *. Et de même que rhorr.me, quoiqu'il appartienne au monde visible dont il est la couronne, s'élève cependant beaucoup au-dessus de lui, en sa qualité de médiateur entre la nature et l'esprit qu'il unit ensemble, de même le Christ, quoiqu'il appartienne à i'Iiumanité, étant proprement et véritablement homme, est néanmoins infiniment au-dessus de l'homme, en sa qualité de médiateur entre Dieu et l'homme, ayant en lui la divinité en môme temps que l'humanité.
Donc, selon la parole profonde de l'Apôtre * qu'Adam est la figure de celui qui devait venir, tout homme est une prophétie vivante qui indique l'Homme-Dieu. La place qu'occupe l'homme, de chef et de couronne du monde visible, nous fait pressentir quelqu'un de plus grand que lui, en qui le grand corps de l'humanité trouve un chef, une tête qui resplendit dans la clarté pure et immuable de la beauté divine, tandis que les pieds de ce corps foulent la poussière terrestre ; un roi qui réunit dans son royaume des milliards d'hommes et d'esprits » et par eux tout l'univers, grand royaume, d'où émane sur l'universalité des créatures la lumière divine, la vie divine, la félicité divine,
* Qui nous a prédestinés à être sfivS enfants en Jésus-Christ. {Ephes., 1, 6.) Chrisius Dominus causa exemplaris et final is et prœdestinationis aliorum. (Suarès, l. c, dispaî. V, eecl. 2; Symbol. Fid. Tolet., xi.) C'est pourquoi le Ciirist est le premier-né d'entre ses frères, {llom., nu, 29.)
*Iiom.,Y, 14.
^ *Idm quippe et angeli Saîvator et hominis, $ed hominis ab tncamatione, angeli ad initio creaturœ. (Bern., sorm. i. De circumcis.
de même que de l'homme, roi de la terre, procèdent la lumière et la "vie de l'esprit pour se répandre sur l'ensemble de la création \isible '. Comme la création visible élevée par celui-ci jusqu'à la vie de l'esprit célèbre les louanges de Dieu, ainsi l'Homme-Dieu, qui réunit en lui la nature et l'esprit, le monde visible et le monde invisible, Tordre des hommes et l'ordre des esprits, rend à Dieu la gloire la plus haute, la [)lus sublime, la plus entière. Nous pouvons donc le dire expressément avec Malebranche et saint Chrysostome * : o Le monde a été créé « pour l'Eglise de Dieu » ; et l'Eglise de Dieu, c'est le corps du Christ. Cette matière inerte aux formes variées qui constitue la terre, le soleil, la lune et les étoiles, avec ses secrets insondables et ses forces inconnues, avec son obscurité mystérieuse et son éclat visible, n'existe que pour Jésus-Christ. C'est pour lui, en vue de lui, qu'elle a été créée et marquée de son sceau ; car tout inférieur existe en vue du supérieur. Tout ce qui vole dans les airs, tout ce qui nage dans les eaux, tout ce qui erre dans les bois et les champs est à lui ; et le poisson devait apporter à Pierre l'argent de l'impôt. La nature humaine dans la personne d'Adam était une figure de sa sainte humanité. Et quoiqu'il n'ait pas racheté les anges qui n'avaient pas
* Naturœ cuique, ut bene sit, eo refluendum est unde effluxit, et ea refluendum via, qua effluxit. Ergo ut naturœ omnes intellectuales a Deo pâtre per Verbum effasœ sunt, ita per idem ad eumdem reflertantur necesse est. Vt via est, qua a principio exeunt, ita via
fit, qua redeunt At enim non alio Pater quam ipso nos et créât
et illuminât et docet et régit, ita nec nos alio quam ipso possumus Patrem dicere, colère fruique. (ThomassiD, Dogm. theolog. Incarn., Il, 2.)
' Serm. i, in Pentec.
L'mCAMATlON DU FILS. 549
besoin de rédemption, cependant la magnificence dont ils sont revêtus leur a été accordée en -vue des mérites infinis de Jésus-Christ, qui est aussi leur chef *. « Etant < donc ainsi », dit saint François de Sales *, « que toute « volonté bien disposée, qui se détermine de vouloir e plusieurs objets également présents, ayme mieux, et « avant tous, celui qui est le plus aymable,il s'ensuit que a la souveraine Providence faisant son éternel project et <i dessein de tout ce qu'elle produirait, elle voulut pre- « mièrement et ayma, par une préférence d'excellence, le « plus aymable object de son amour, qui est notre Saua veur ; et puis, par ordre, les autres créatures, selon que a plus ou moins elles appartiennent au service, honneur « et gloire d'iceluy. Ainsi tout a été fait pour ce divin a homme, qui, pour cela, est appelé aisné de toute créa- 0 ture... On ne plante principalement la vigne que pour « le fruit ; et partout le fruit est le premier désiré et préa tendu, quoique les feuilles et les fleurs précèdent en la a production. Ainsi le grand Sauveur fut le premier en « l'inteiition divine, et en ce project éternelque la divine a Providence fit de la production des créatures ; et en coa- « templation de ce fruit désirable, fut plantée la vigne de a ruui\ers ».
Ainsi s'accomplit ce que veut saint Irénée ; la fin est rat^' tachée au principe, la nature à l'esprit, l'esprit à Dieu. Car, Moi et le Père nous sommes un, dit le Fils de Tbomme,
* Qui erexit hominem lapsnm, dédit Avgelo, ne laberetur, sokeni illum, servum istum, et hue latiune fit œqua utrique redemptio. (Bernard, in caut., berui. xxu. CI. Sudifc^,i>el/ican»., 1. 1, Uibp. XLU.)
* De l'amour de Dieu, il, 5.