‹ Apologie du christianisme (volume 4)Chapitre 7 sur 15 · DE LA RACE HUBIAINE ©'UN COUPLE UNIQUE · texte numérisé non relu

DE LA RACE HUBIAINE ©'UN COUPLE UNIQUE

bles des hommes blancs, on ne se tromperait pas en la mettant en grande partie sur le compte de ces derniers. L'européen et ranglo-américain en particulier sévissent contre ces malheureux sauvages avec une cruauté révoltante , ils les tuent comme des bêtes fauves, empoisonnent eurs sources et leurs vivres, et resserrent chaque jour davantage leurs terrains de chasse. On ne peut nier la pernicieuse inQuence des mœurs et des crimes européens ; les nombreuses maladies contagieuses importées par les colons, la petite vérole surtout, qui devaient nécessairement surgir au contact de deux races ; la méthode si peu rationnelle des missionnaires anglais, ainsi qu'une sorte de découragement et d'abattement amenés par la présence d'une race plus civilisée ; mais néanmoins, il ne faut pas perdre de vue que déjà avant l'arrivée de l'européen les plaisirs les plus honteux, l'infanticide, l'avortement, l'ivresse augmentée encore par l'importation des spiritueux et l'incurie enfin, avaient amené un dépeuplement marqué et progressif parmi plusieurs tribus *. Tirons de là notre seconde proposition :

La science ne peut pas démontrer Vimpossibililé de la formation de plusieurs races humaines dans une seule espèce^ par conséquennt Vimpossibililé de la descendance de tous d'un seul couple.

Les preuves de cette proposition se trouvent confirmées

* Comp. Waitz, i, p. 1S9. Augsh. Allgem. Zeitung, 1865. lY. ii, Beilage.

262 CHAPITRE V. — LA DESCENDANCB

par les citations des hommes compétents que nous venons de rapporter, ainsi que par l'analogie du règne animal et ■végétal. Pour nier notre proposition, il faut donner des preuves contraires, autrement dit démontrer l'impossibilité de la descendance de tous les hommes d'un seul couple^.

Voici l'objection de Burmeister * : « Puisque jamais un a juif habitant l'Allemagne ne devint un allemand, pas « plus qu'un européen émigrant en Afrique ou en Amé- « rique ne se transforma en nègre ou en caraïbe, poura quoi alors les descendants d'Adam seraient-ils devenus a des nègres ou des caraïbes? » — « Jamais un juif habi- « tant l'Allemagne n'est devenu un allemand » . Mais c'est précisément la preuve de notre proposition, que des variétés durables naissent de l'espèce générale, et souvent même d'une race unique; le juif, par exemple, appartient à la même race que l'allemand (la caucasique). Ou bien, parce que le juif se distingue de l'allemand, faudra-t-il en conclure une race particulière, la race juive? Quant aux nègres et aux caraïbes, l'expérience n'a pas été faite de façon à justifier cette division péremptoire ; car jamais des générations de nègres ne se sont maintenues pures en Europe pendant des siècles. Au reste, même en admettant cette opinion, que prouve-t-elle ? Précisément le

* « Nous affirmons l'impossibilité de la descendance de tous d'un seul couple ». Vogt, Kœhlerglanbe und Wissenchaft^ p. 50. — Au contraire, Schaafhausen (Tagbiatt der Yersammlung deutscher Naturforscher, 1867, p. 42) déclare que « la possibilité de la desceudance de tous les hommes d'un seul couple ne peut être niée ».

* Burmeister, Op. cit., 471

DE LA RACE EUMAiKE DTN COUPLE UNIQUE. 263

contraire de ce qu'elle tend à démontrer. Chez les animaux, de même que chez l'homme, chaque race nouvelle est le produit de deux facteurs, la race primitive et les influences modifiantes. Un nègre et un européen ne se ressembleront donc jamais, parce que, lorsqu'ils se reproduisent dans des climats opposés, un seul facteur est en jeu; mais l'autre, c'est-à-dire la race primitive, fait défaut. Qu'on prenne deux races chevalines et qu'on y introduise les mêmes éléments nouveaux ; jamais l'une ne deviendra l'autre ; chacune se modifiera mais restera différente de l'autre.

Le nègre adulte transporté en Amérique ne deviendra pas un yankee, ni celui-ci un nègre, s'il est transporté en Afrique. Mais en supposant des croisements convenables et un échange actif d'idées, nous pourrions, sans blesser aucune loi naturelle scientifiquement établie, construire théoriquement un tableau qui nous montrerait visiblement le progrès ascendant par lequel le nègre pourrait devenir européen K « Il est probable», observe Burdach % « que la nature humaine ne renfermait pas au commen' «cément de son existence des types aussi caractérisés; « ce n'est que petit à petit qu'elle s'est déterminée et «qu'elle a formé les différentes races. Ainsi, tous les « hommes ont dans le sein de la mère, et immédiatement « après leur naissance, une peau rougeâtre qu'on ne trouve a dans aucune race adulte ; ce n'est que petit à petit que « l'enfant du nègre devient noir, celui de l'européen,

* Bastian, Das Bestœndige in den Menschen racen und die SDielmite threr Verœnderlichkeit, Berlin, 1868, p. 83. ^

* Burdach, Op. cit., p. 702.

« blanc et celui du mongol, jaune». Il ne faut pas oublier non plus que les nègres et les caraïbes forment l'extrême limite des variétés; a mais», dit J. Mûller*, c les particularités de la race ne sont pas tellement abso- 0 lues qu'elles ne puissent se rencontrer sporadiquement a dans d'autres races, résultant soit de cette tendance à la 0 variété qui semble se produire sans cesse dans la naa ture, soit des influences climatériques». Certains européens ont les cheveux laineux des nègres, ainsi que leur forme de visage et de crâne ; chez tous la peau se brunit sous les tropiques, tandis que l'enfant du nègre ne se colore qu'après son apparition à la lumière, et que les parties recouvertes de vêtements sont moins foncées que celles qui sont exposées à l'air ^ Généralement les Italiens et les Espagnols ont le teint plus foncé que les Anglais ou les Norvégiens ; appartiennent-ils pour cela à des espèces différentes ? On pourrait alors se poser cette question: quel est le degré de coloration qui détermine une race nouvelle? « Lorsque je vins à Ghadames », dit RichardsonS « j'avais un teint rose ; maintenant, je suis devenu « jaune comme ces hommes au milieu desquels j'habite » . Les européens qui habitent longtemps la Guinée deviennent presque rouge-cuivre* ; en Egyple ils prennent, au

» J. Mûller, Op. cit., p. 773.

« J. Mûller, Op. cit.

3 Ricliardson, Trav. in the gr. désert of Saharah, 1848, l, p. 203.

* Monrad, Gemœlde der Eûste von Guinea, i82o, p. 371.— Olivier, Land-und Seereisen im niederland. Indien, 1829, il, p. 266.

DE LA RACE HUMAINE d'uN COUPLE UNIQUE. 265

dire de Pruner \ une teinte brune, et bronzée en Abyssinie. Les Arabes du Nord ont le teint plus clair que ceux du midi ; à la Mecque, ils sont jaunes tirant sur le brun ; dans le désert leurs cheveux sont crépus et laineux, et en Nubie ils sont parfaitement noirs *. Les Afghans présentent aussi toutes les variétés de nuances. Le voyageur Barth devint peu à peu rouge-brun comme les nègres des montagnes. Langsdorf 'rencontra dans les Iles Marquises des européens qui étaient devenus aussi bronzés que les naturels, a II n'est point de nuances qu'on ne trouve a dans les tribus indiennes », dit Gobineau *.

Non-seulement le juif ne deviendra pas un allemand, s'il conserve les moeurs , la religion et la langue de ses ancêtres, sa nationalité et son genre de vie enfin ; ni un français, ni un espagnol ne se transformeront également, s'ils se retranchent dans leur famille, leurs coutumes et leur langage. Sommes-nous obligés en conséquence d'admettre des Juifs, des Français ou des Espagnols autochtones ? D'autres raisons encore font que l'exemple d'un juif est mal choisi ; car, ainsi que l'a prouvé Sandifort ^ la parité de leur crâne souffre de fréquentes exceptions, et leur couleur est des plus variées *, La vie du foyer domestique, depuis la civilisation

•Pruner, Erankeitein des Orients, 1857, p. 83.

* Pfichard, Op. cit., iv, p. 590 et suiv.

* Langsdorf, Bemerkungen auf einer Reise um die Welt, p. 77.

* Gobineau, Essai sur l'itiégalité des races humaines, iv, p. 243.

Dans ses Tabulœ crardorum.

•Comp. Wailz, Op. cit., i, p. 251; Prichaid, Op. cit., iv, p. 597; Mulke, in Nat. und Offenbar., année 18G3.

la plus raffinée jusqu'à une grossièreté presque animale, doit transformer l'homme d'une façon bien autrement marquante que les animaux, sur lesquels, cependant, la domestication exerce une influence si profonde. C'est ce qui ffit que l'émigrant européenne deviendra jamais ni un nègre ni un caraïbe, parce qu'il est bien supérieur à celui-ci par son éducation, ses mœurs, sa langue et sa religion, par tout ce qui constitue en un mot l'homme •véritable *.

Si, actuellement, un Européen ne dégénère point en nègre, ce n'est nullement une preuve que l'homme ne puisse pas se transformer en ce type, si l'on considère les milliers d'années de l'histoire et les catastrophes effrayantes des époques antéhistoriques rapportées par les traditions de toutes les nations. « On aime à se per- «suader», dit A. de Humboldt *, a que ces indigènes a accroupis autour d'un brasier, ou assis sur des cara- 0 paces de tortues, barbouillés de terre et de graisse, et « fixant pendant des heures leurs regards hébétés sur le a breuvage qu'ils s'occupent à préparer, ne sont pas la a race primitive de notre espèce; on voit bien plutôt en 0 eux une branche abâtardie et des restes de peuplades « qui, après avoir longtemps erré dans les bois, sont « retombées dans la barbarie». C'est aussi l'opinion de Forster^ Quant à cette conclusion, «puisque aujourd'hui

* Comp. de Salles, Histoire générale de la race humaine, 1849, p. 263.

•A. de Humboldt, Mquinoctialreise, m, p. 441, p. 240 et suiv.

• Forster, Bemerhungen auf einer Reise um die Weît, p. 240.

DE LA RACE HUMAINE d'dN COLPLE UNIQUE. S.Ô7

« les nègres ne deviennent pas blancs, ni les blancs et noirs, ils ne descendent pas de la même origine », elle est purement de fantaisie, ainsi que l'observe justement Wuttke ', et n'est pas plus sérieuse que les suivantes : Comme les fougères actuelles en Allemagne ne sont que de petUs végétaux, il est impossible qu'elles aient été autrefois aussi grandes que des arbres ; ou bien cette autre : Puisque l'homme, dans l'âge mûr, change diffi- ';i]ement de physionomie, il doit en être de même pendant son enfance. La variation des races coïncide avec les prem.iers développements de l'humanité; ce qui est en train de devenir obéit à d'autres lois que ce qui est devenu. « Au commencement de l'existence du genre et humain », dit Burdach ^ « les hommes ne pouvaient « pas encore avoir acquis une personnalité aussi mara quée, ils devaient par conséquent dépendre davantage « de la nature et être plus impressionnables aux in- « fluences extérieures. Maintenant, que les forces na- « turelles n'agissent plus avec la même intensité, et « que les rapports ont pris un caractère plus fixe et a plus durable, que l'homme enfin est devenu plus in- « dépendant, le climat n'a plus une influence aussi forte « qu'autrefois ».

Lorsque Burmeister* et Vogt* se demandent comment les hommes ont pu se multiplier aussi rapidement et

* Wullke, Geschichte des Eeidenthums, i, p. 30,

* Burdach, Op. cit., p. 701.

^ Burmeister, Op. cit.

* Vogl, Kœhlerylaube und Wissenschaft, xxvn.

parvenir jusque dans les îles les plus lointaines; puis ensuite, pourquoi ils ne sont pas restés réunis dans les contrées fertiles, mais se sont dispersés jusqu'aux contrées glaciales et inhospitalières^ on ne peut vraiment prendre les questions au sérieux. Nous trouvons, en effet, dans l'histoire, une foule d'exemples d'un accroissement trèsrapide de population. Une île occupée en 1589 par quelques anglais naufragés, dont quatre femmes, comptait, quatre-vingts ans après, douze mille habitants K Wiseman *, A. Wagner ' et surtout R. Thum, nous citent de nombreux faits de ce genre *. « C'est en cette circons- « tance», dit Thum, aqueVogt prouve surabondamment e sa déclaration qu'il n'est pas mathématicien. Car, s'il a avait gardé, de ses études, la moindre notion de la a progression géométrique, il n'aurait jamais écrit cette « phrase » . D'après les calculs très-simples de Thum, on trouve, en partant d'un seul couple, huit cent millions d'hommes en quatre cent vingt-cinq ans. Les innombrables troupeaux de bœufs du Paraguay et de Buenos-Ayres, issus d'un seul taureau et de quelques vaches qui y avaient été laissés par Salazar en 1546, nous offrent une analogie des résultats surprenants d'une progression géométrique. « On compte », dit Burdach •, a en moyenne quatre enfants par mariage

* Comp. Bullet, Réponses critiques, Besançon, ;i8l9, ni, p. 45.

* Wiseman, Rapports des sciences avec la religion révélée.

» A. Wagner, Op. cit., ii, p. 280 et suiv.

*R. Thum, Cari Vogts Kœhlerglaube und Wissenschaft in seinem eigenen Licht., année -1836, surlout p. 27 et suiv.

* Burdach, p. 704.

DE LA KACE HUMAINE D'UN COUPLE UNIQUE. 2u9

« en Europe. Si donc, ainsi qu'il est probable, il n'y a eu a qu'un seul couple de créé, et qu'ils se soient multipliés « selon cette moyenne, mille ans après il y aurait eu sur fi la terre le double d'habitants qu'aujourd'hui.

Nulle part les communications d'une contrée à l'autre ne sont plus difficiles que pour les îles de la mer du Sud ; et c'est là cependant qu'on peut prouver avec le plus d'évidence, non-seulement que ces difficultés ne sont pas insurmontables, mais même qu'elles ont été vaincues réellement. Ce sont principalement des Japonais dont on rapporte les hardies explorations dans le Pacifique, jusque auprès de rembouchure de la Columbia ^ Déjà A. deHumboldt^ afait remarquer que, pour passer d'Asie en Amérique, la traversée n'était que de trente-six heures. Mais un fait décisif et capital, c'est que l'idiome, les mœurs, les traditions et la religion des peuplades du Pacifique se ressemblent au point de ne pas permettre un doute sur la possibilité des migrations dans ces parages ^

*Comp. G. Careri, Voyage autour du monde, v, p. 94; Bennet, JVgit. of a whcdinrj voy. i, p. 242: Wi'.':cs, l:\an. of the V. St.Exploring eajpedii.Piiiladelphia, 1848, Y, p. 2G0; iv, p. 293.

2 A de Humboldt, Histoire de la géographie du nouveau contitincnt, 1836, il, p. 607. — Sur la possibilité du peuplement de toute la terre, à partir de l'Asie, voy. A. Wagner, Op. cit., p. 232. — Le cardinal Bembo raconte, dans son histoire de Vfiiîise, VII, p. 170 (Paris, 1331), qu'en l'année 1308, un matelot normand trouva sur les côtes de Bretaç^ne, une embarcation montée par des esquimaux tatoués de bleu. Il y en avait encore un en vie sur sept. En Tannée 1682, des Groënlandals furent aussi jetés sur la côte desOrcades. Cf. A. de Humboldt, Kritische U7itersuchungen, i, p. 471.

^ V. les preuves à l'appui dans Waitz, Anthropologie, i, p. 226. — Les langues malaies et polynésiennes ont des ra-

il est à présumer qu'autrefois déjà des navigateurs côtiers furent jetés par des tempêtes à de lointains rivages. Des émigrations plus considérables furent déterminées par un excédent de population, la famine, ou d'autres causes semblables. Pour fuir la mort, l'esclavage ou la suggestion de mœurs étrangères, des peuplades entières prirent le chemin de l'exil. Mais le motif le plus puissant fut ce besoin de migration, cette aspiration de l'homme qui croit trouver son bonheur à l'étranger, ou bien encore la soif des aventures ou du gain, comme chez les Phéniciens.

Mais lorsque Vogt, suivant l'école américaine ^, tire de la mortalité considérable des Européens sous les tropiques, cette conséquence que les immigrations sont impossibles dans ces climats, puisque les indigènes seuls peuvent s'y maintenir, il devrait d'abord prouver que les circonstances climatériques et physiques ont toujours agi comme elles font actuellement. Mais ce raisonnement est réfuté par ce simple fait que des peuples de races différentes habitent les uns près des autres, par exemple, les Ariens et les Malais, les Européens et les Bojesmans. On n'est pas encore parvenu à démontrer jusqu'ici l'impos- J sibilité pour les blancs d'avancer peu à peu dans le pays des nègres. L'opinion que le nègre est l'habitant primitil des tropiques, n'est au reste qu'une simple hypothèse ;| les nouvelles découvertes des voyageurs ont prouvé la

cines communes, ce qui a donné lieu à l'hypothèse d'uiil continent morcelé ensuite en une quantité d'iles par^ quelque grand cataclysme. — Comp. Pott, die Ungleichheit der menschlichen Raccn, p.2ol; W. de Humboldt, Kawispraçhe, II, p. 3.

* Surtout Knox, The races of man.^ 18i>l.

DE LA RACE HUMAINE d'lN COUPLE UNIQUE. 271

grande diversité ' de leur nature physique et morale. Bowdich reconnut complètement le profil grec dans lo type des Actiantis. « Parmi les filles d'Yombo (Zanzibar)», rapporte Burton % « il en était trois dont le galbe rappea lait le type grec le plus pur ». La preuve, au reste, tirée de la mortalité parmi les émigrants, dépasse son but. Dans rinde, par exemple, ce berceau de la race caucasique, la mortalité est très-grande parmi les Européens ; et même dans les contrées insalubres de l'Europe, les indigènes se trouvent comparativement bien , tandis que les étrangers meurent en général rapidement.

Un examen plus approfondi démontre, au contraire, que la difficulté de l'acclimatati on prouve en faveur de l'unité de l'espèce humaine. Ce qui détermine avant tout la race, ce sont des influences physiques, climatériques et morales. Une transition brusque dans un milieu en tout différent de celui où l'on a jusque-là vécu, doit donc nécessairement faire dépérir la race. Si l'acclimatation ne présentait pas ces d^ingers, la race serait quelque chose d'incompréhensible. Lorsque la transition n'est pas aussi immédiate, l'Européen s'acclimate très-facilement à côté de races primitives, au cap de Bonne-Espérance, par exemple, cette patrie des Cafres et des Hotteotots. A Ceylan, les indigènes sont plus décimés par la fièvre que 'es nègres qui ont déjà passé quelque temps en Europe ;

* Quatrefages, loc. cit., 1861, t. xxxi, p. 433; Perly, Anthropoîogische Yortrœge, p. 70 et 86 ; Wailz, il, p. 12.

* Burton, Expédition du Zanzibar au lac ^yanza. — Comp. aussi le grand ouvrage de Barlh. — De mèiûe Bowdi cU, Mission von Cape Coast nach Aschanti.

tandis que ceux qui arrivent directement d'Afrique sont sujets à la maladie. Le bataillon nègre envoyé par Saïd- Pacha au Mexique, fut autant et même plus éprouvé par le climat de la Vera-Cruz que les troupes françaises*. Nous pouvons donc conclure de là que la mortalité fréquente résulte en grande partie du manque d'habitude d'un climat, mais non d'une disposition naturelle inhérente à l'espèce'. Sans même changer de climat, chacun de nous ne peut, à moins d'un préjudice grave pour sa santé, prendre tout à coup un genre de vie opposé à celui qu'il suivait auparavant. Burmeister semble au reste avoir reconnu lui-même le peu de valeur de ses objections; car, au lieu d'apporter de nouvelles preuves à l'appui, il se contente de la déclaration suivante : « On a n'a jamais pu prouver la descendance de tous les a hommes d'un seul couple, et c'est pour cela que nous «combattons la justesse de cette opinion ». Mais alors, pour être conséquent, le même auteur doit nier tous les phénomènes de la nature et tous les faits de l'histoire dont il ne connaît ni les lois intimes, ni les causes déterminantes.

Ceci nous conduit à nctre troisième proposition.

La science peut démontrer la vraisemblance de la for-^ motion des races d'ime seule espèce^ par conséquent leur descendance d'un seul couple.

* Comp.-.Aw3s6. Allge. Zeitung, 1864, n. 4.

* Corap. Boudin, Traité de géographie et de statistique médicale, Quetreiages, loc. cit., t. xxxii, p. 641.

DE LA RACE HDUAINE d'UN COUPLE UNIQUE. 273

Nous trouvons une preuve dans la vie animaîe. « U est « de toute impossibilité », dit J. Mùller% a que les espèces « animales soient issues les unes des autres. D'après tout a ce qui s'observe maintenant dans l'histoire du règne « animal, on doit admettre nécessairement que chaque a espèce a été créée isolée et indépendante des autres. « Pour expliquer les variations d'une espèce, il suffît de « l'accouplement de deux individus de cette espèce et de 0 l'influence persistante de conditions climatériques penadant plusieurs générations. L'histoire des races ani- « maies et végétales aboutit invariablement à cette con- « clusion, que toutes les races véritablement différentes «d'une même espèce peuvent être formées à Taide de :« quelques individus soumis pendant une longue durée « aux mêmes causes intérieures et extérieures ». Plus est étendu le berceau d'une race, observe Bulmenbach% plus s'étend aussi le domaine de ses variétés. Le chien est l'animal le plus répandu sur la terre ; eh bien, en Guinée, nos chiens deviennent pour ainsi dire nègres; leur poil tombe, et ils prennent une couleur noire et sale. Dans le Nord, au contraire, les animaux sont disposés à avoir le plumage ou le pelage blancs : nos animaux domestiques mêmes prennent des couleurs différentes sui- Tant la nature du sol ».

Si les plantes et les animaux présentent des variétés, combien n'en doit-on pas rencontrer davantage parmi

« J. Mûller, Op. cit., p. 769.

« Blumenbach, Op. cit., p. 24; J. Mûller, Op. cit., p. 77i. •Burdach, Op. cit., p. 698; J. Mûller, p. 771-773. Apol. dd Christ. — Tome III. Ig

les hommes dont les caractères généraux sont détermines, non-seulement par des influences physiques, mais encore par l'intelligence, les mœurs, la religion, la politique et d'autres agents historiques. Déjà, dans le cercle • étroit d'une seule famille, nous voyons tant de variétés se produire dans l'unité du type domestique ; puis, dans une même tribu, chaque famille et chaque génération porter son cachet particulier (par exemple, l'hérédité du tempérament, de certaines maladies ou difformités, comme un nombre anormal des doigts , une peau rugueuse .;, {homme porc-épic), les traits de famille enfin, surtout dans les maisons royales (Bourbon, Lorraine) \ Si parmi les peuples de l'Europe se trouvent des différences aussi marquées, qui se dénotent par le type national, lorsque tous sont soumis à l'influence des mêmes principesl religieux, moraux et politiques, ces différences doivent ' nécessairement s'accentuer en dehors de toute proportion, lorsque les agents physiques et moraux sont dissemblables, ainsi que nous pouvons l'observer dans les races diverses. Si donc nous refusons de voir dans l'influence du lieu et du climat la cause unique et génératrice de la formation des races, nous sommes loin de lui contester son importance reconnue du reste par Burmeister.

M. Perty * et Th. Waitz * ne nient pas la possibilité que tous les hommes descendent d'un seul couple, seulement.

*■ Comp. Lucas, Traité physiolog. de Thérédité nat., 1847, ',1, p. 339 ; II, p. 507.

* M. Perty, Op. cit., p. 43.

' Waitz, I, p. 326.

DE LA RACE HDMAINE d'UN COUPLE UNIQUE. 275

ils ne la regardent pas comme vraisemblable, parce que, dans cette hypothèse, « l'existence de l'espèce n'aurait «tenu qu'à un fil bien fragile ». Cette raison, nous l'avouons, ne nous semble pas très-sérieuse, car Celui qui fut assez puissant pour créer l'homme, devait également l'être assez pour lui conserver Texistence.

En résumant toutes les recherches qui ont été faites sur les difTérences essentielles des races, on arrive à cette conclusion à peu près certaine, que la couleur de la peau, fii elle n'est pas nécessairement dépendante de la latitude, est principalement déterminée par le climat ; mais qu'à son tour, l'influence du climat est modifiée par le genre de vie et la nourriture. Il est constant que la peau devient plus foncée par le séjour dans des contrées humides et basses, lorsque le corps est exposé aux intempéries des saifons'. «Partout sur la terre », dit Lacépède *, G nous voyons les puissantes influences du sol, de l'eau, a de l'air et de la température sur l'organisation et les « forces de l'homme. La diversité des races se forma au a temps de la dernière catastrophe qui a donné à la « surface du globe sa figure dernière et actuelle ».

Après le déluge, d'abord, puis ensuite après la grande catastrophe de Babel, eut lieu, selon le récit de la Bible, une diminution considérable et sans cesse croissante de la vie humaine. «En ces temps », continue Lacépède, « où tous ces éléments que nous comprenons sous le nom « de climat, avaient une activité plus grande que présen-

* Comp. Waiiz, Op. cit., i, p. 56 et suiv. Mulke.

* Dictionnaire des sciences naturelles, art. îlomme.

a ternent, le climat pouvait produire ces vaiiétés princia pales, de même que maintenant encore il produit des a Yariétés de second ordre » . Les descendants des blancs fixés sous les tropiques ont un développement plus hâtif, et prennent une teinte olivâtre qui va même en Afrique jusqu'au brun. Les colonies Portugaises des côtes africaines nous en offrent un exemple K D'un autre côté, les enfants des nègres, transportés sous des climats plus froids, ne sont jamais d'un noir aussi foncé que sous le soleil brûlant de l'Afrique. C'est ainsi que par des circonstances récentes s'est formée une variété particulière de la race nègre, le nègre américain (créole), qui ne regarde qu'avec un profond mépris le nouveau débarqué du Sénégal*.

* Durand, Voyage au Sénégal, î, p. 169 ; Heber, Narraiw. ofa JQum. prov. oflnàia, \, p. 68.

* La peau foncée est le résultat d'uo pigment qui se dépose dans les cellules de la membrane muqueuse ,• suivant d'autres, elle provient d'un picromel qui est secrelé par le foie, dans les pays chauds, sous forme combustible. Comp. Heusuiger, Fhysiolog., 1831 ; Berthold, Lehrbuch der Physiolog., n, p. 323; Miilier, Enstehung des nienschengeschlectes , p. 108; Foissac, {Influence du climat sur l'homme, 1840, p. 68), explique la couleur toucée, comme la conséquence en grande partie de la nourriture presque exclusive de végétaux et de matières contenant du carbone. Au reste, le corps des Européens présente aussi de ces taches foncées. (Taches de rousseur, eto.) Nimium ne crede colori, avait déjà dit Linné. Chez les hommes de couleur, les cellules intérieures de la membrane muqueuse sont d'un brun ou d'un noir foncé et forment, en opposition avec la couleur plus claire de la peau, une bordure bien tranchée; ensuite viennent des cellules plus claires; enfin sur la limite de la couche cornée, les couches pâlissent

et sont plus transparentes Dans la peau jaune d'une tête de

Malais qui se trouve dans la collection anatomique de Wurlzbourg on retrouve les mêmes matières que contient le scrotum , d'un Européen. Ainsi donc la peau des races de couleur û'aj

Page 1