III
« nale domination, voilà pourquoi j'endure ces tour- « ments. C'est en secourant l'homme que j'ai attiré sur « moi ces malheurs ».
Alors il exprime l'oracle, connu de lui seul, qui prédit la fin de la domination de Jupiter^ le faux dieu, et il voit venir de loin Hercule son libérateur. Il ne pouvait obtenir sa délivrance que si un Dieu mourait volontairement pour lui. a N'attends pas, lui dit Hermès, la fin de «ton supplice, avant qu'un Dieu prenant sur lui tes a maux ne paraisse et ne veuille descendre pour toi dans G Tobscure demeure d'Hadès et dans les abîmes du Tar- « tare ». Ceci s'accomplit lorsque le fils de Chronos, Chiron, le plus juste et le plus sage des centaures, se sacrifie pour lui *.
Les Germains regardaient Odin comme le premier homme ; il était tombé et demeurait enchaîné dans les profondeurs de la terre. Comme le Promélhée grec, il serait délivré à la fin du monde '.
Les Mexicains croyaient que le père de leur race et leur dieu bienfaisant, Quetzalcoalt, reviendrait un jour les consoler et les rendre à leur premier bonheur. Alors l'ancienne religion cesserait avec les sacrifices humains, et des dons innocents seraient offerts comn.e à l'origine du monde ^ . Les Péruviens avaient la
* Hesiod., 0pp. et dies, îlii, seqq. .Eschyl., Prométhée, V, cxix seqq., 443-546; mxxv seqq. Apollodor, II, v, 4. Cf. Bultmarin, Le mythe dlkrcule. Creuzer, Symbolique, il, p. 270. Daub et Greuzer, Etudes, 1807, p. 305 : Suivant l'esprit de l'antique mythologie, on peut voir eu Jésus- Christ, rilercule prédit, qui tue le vautour et délivre Promélhée.
* Grimm., Mytholog., p. 540,
3 Humboldt, Vue des Cordillères, i, p. 265. Clavigero, Storiadi-MessicOf t. II, p. 11.
NOTES ADDITIONNELLES. 3C.j
même croyance au sujet de Virakocba, le premier homme *.
a L'accord de ces légendes », dit Tholu.k % a indique 0 une source liislorique commune, lafjuelle date du temps « où l'homme, chassé d'un étal de bonheur, obtint la pro- G messe qu'un héros viendrait écraser la tête du serpent c et rétablir l'homme en son premier état: délaces pres- (' sentiments et cette attente répandue chez toutes les (' nations, d'une grande restauration future et d'un âge « de bonheur d.
* Garcilasso de la Vcga, Hist. des Ineas., l.V, c. 28.
* La docirinç du péché et du médiateur, p. 237.
CHAPITHE XVif.
Témoignage qiie Jésus donne de lui-même. — Il affirme sa divinité devant ses disciples, devant le peuple et devant le tribunal civil et religieux de sa nation. — Signification que son témoignage emprunte aux circonstances qui l'accompagnent. — Le p'an de Jésus-Christ. — Harmonie entre ses paroles et ses œuvres. — Saint Pierre à Rome. — Etat religieux, moral et politique de Rome. — Accusations des païens contre la doctrine et la vie des chrétiens. — Grandeur de la mission donnée par Jésus-Christ à ses Apôtres. — Disproportion des moyens avec la fin. — Lutte du paganisme contre le christianisme. — Essais d'explication par les moyens naturels.
— Les persécutions. — Les martyrs. — Importance de leur témoignage.
— Le développement de l'islamisme et celui du christianisme. — Conséquences. — Notes additionnelles.
Lorsque, après plusieurs siècles de guerre, Rome vit enfin à ses pieds tous les peuples alors connus, et qu'Auguste eut élevé dans la capitale du monde le trône impérial, alors, pour la première fois depuis longtemps, le bruit des armes cessa et la paix régna dans l'univers. Un silence mystérieux se fit par toute la terre, comme s'il se préparait quelque chose de grand, d'extraordinaire. Des pressentiments merveilleux d'un nouvel et grand avenir occupaient tous les peuples. L'humanité était dans un moment d'attente solennelle. C'était principalement en Judée que l'espoir d'une heureuse révolution agitait les esprits. Il devait surgir du milieu des Juifs
qneî(|ii*un qui posséderait la domination universelle *. Les Juifs avaient lu dans leurs prophètes que le Désiré des nations paraîtrait après un laps de soixante -dix semaines d'années, lorsque le sceptre serait sorti de Juda. Plus le joug étranger pesait sur eux, plus l'époque de la délivrance devait être {)roche *.
Es-tti celui qui doit venir ^ ou devons-nous €?i attendre un autre? Cette question que Jean adressa au Seigneur* clait celle de tout Tancieii monde. Quand paraîtra le Désiré? comment paraîtra-t-il? quel sera-t-il? Depuis qu'Auguste était monté sur le trône des Césars , les écrivains s'imaginaient que ce serait quehfu'un comme lui, dans la personne de qui s'accomplirait la prophétie. Le sort du monde était dans sa main, sa volonté commandait d'Orient en Occident, son nom résonnait sur toutes les lèvres, et déjà la flatterie s'apprêtait à lui élever des autels. — Mais, loin du trône d'or de César^ voici une crèche, et tandis (jue d'un bras puissant il gouverne le vaisseau du monde, voici (ju'un petit enfant repose sur le sein d'une pauvre femme *. Auguste à Rome, et le
* Josùphe, Uc//. Juc/., V, 3; m, 8.
« « Un preiriienlinic'iU a^^iuiitlc niuiide entier; quoique clio^e (!o nouveau t't d'imprévu allait surgir. Les peuples el le*urs K'iigions étaient réduits au silence par la supriMuatie écrasaulo lie Konie. L'univers se taisait el attendait dans l'aiixiétô les événements luturs ». Schclling, Vhilosuih. dcr Oflcub., u, ui)lli., IV, bd. p. 153.
■ Matth.. XI, 3.
* Comp. cette phrase si simple et Ri éloquente à la fois du Marlyroloj;e romain : Atwo imyerii iktavûmi Atujusti qvadrage' itiiuo sccwuh, tutu oi'bc in yuce u!ii})vitto, stxtu viumii ir(aU, J->tit
nouveau né de Betliléem : là, tout ce que la terre a porté de plus riche, de plus grand, de plus puissant; ici, l'image de la pauvreté, de la faiblesse et de l'humilité sous les traits d'un enfant en pleurs ; quel contraste 1 Et tandis que Tibère se livre dans Tîle de Caprée à des orgies telles que le monde n'en eut jamais le spectacle, quelqu'un meurt, loin de Rome, sur la croix, de la mort des criminels.
Quelques années se sont écoulées ; que s'est-il passé? L'empire des Césars est en ruines ; le sceptre du monde s'est échappé de leurs mains défaillantes, et, de ces fiers' dominateurs il ne reste pas même un ossement. Un autre royaume s'est fondé, plus vaste, plus puissant encore ; un nouveau nom passe de bouche en bouche et vit dans tous les cœurs. Ce nom, béni de siècle en siècle, à mesure que son royaume s'agrandit chaque jour, quel est-il? C'est celui du pauvre enfant de Bethléem, du crucifié du Golgolha. Ah 1 c'est que l'une de ces grandeurs était une grandeur terrestre, et par conséquent bornée et périssable, comme tout ce qui vient de l'homme, tandis que l'autre était l'œuvre de Dieu, qui l'a marquée comme telle du sceau de l'immortalité.
La divinité de Jésus-Christ se démontre par une double raison : premièrement par sa parole ; secondement par son œuvre. Celle-là annonce celle-ci, et celle-ci confirme celle-là. Considérons l'une et l'autre et commençons par la parole.
Chrîstus œternus Deus œfemique Potris fiHus mundum voïens adventu suo piissimo consecrare, de Spiritu sancto conceptus i7i Bethiehcm Judœ nascitur ex Maria Virgine factus homo.
Quel témoignage Jésus rend-il de lui-même? a Un fjour», raconte l'évangéliste saint Matthieu \ a Jésus f étant venu aux environs de Césarée de Philippe, intera rogea ses disciples et leur dit : Qui dit-on que soit le a Fils de rhomiiie ? Ils lui répondirent : Les uns, «ju'il est « Jean-Baptiste, d'autres, Elie, d'autres, Jérémie ou quelc qu'un des prophètes. Jésus leur dit : Et vous, qui ditesa vous que je suis? Simon-Pierre répondant, dit: Vous « êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. Et Jésus reprenant, a dit : Tu es heureux, Simon, fils de Jean, car ce n'est pas a la chair et le sang qui te Font révélé, mais mon Père a qui est dans les cieux d.
Commentons ce passage. Si quelqu'un devait savoir d'une façon précise et indubitahle qui était Jésus, co devaient être ses disciples. Pendant trois années ils hi suivirent partout, pas à pas, recueillant toutes ses paioles. Ils avaient été choisis par lui pour porter son nom chez tous les peuples, pour être ses témoins par toute la terni et mourir pour affirmer la vérité de leur témoignage ". Or, ils croient en lui comme au Fils du Dieu vivant. Si cette expression de 7*7/5 de Dieu n'avait eu qu'un sens général et vague, susceptible de s'appliquer à une créature en sa qualité d'ouvrage de Dieu; ou bien encore, dans le sens de bien-aimé, de favori de Dieu, la profession de foi de Pierre n'aurait pas ditTéié de celle du public. Pourquoi donc le Seigneur lui aurait-il dit : Vous êtes bienheureux ^ tt cette parole ne vient pas de vous^ mais de mon l'ère ? Ll'S
^Matth., XVI, 13.
Mittth., xxviH, l'J ; Act , I, S ; V.tc, XXiv, 47, lo. AroL. DU Cuniâi. -- Ton. II. SI
autres disciples lui rendent tous le même hommage que saint Pierre. Mon Seigneur et mon Dieu, s'écrie saint Thomas ^ en tombant aux pieds du Seigneur. Au commencement^ dit saint Jean, était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.., Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi 7ious *. Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique '. Saint Paul le nomme le Fils unique de Dieu \ en qui et par qui tout a été créé V q^ii, pcir son incarnation^ s'est dépouillé de sa dignité de Dieu et s'est abaissé jusqu'à l'homme ^; celui devant qui tout genou doit fléchir ; son avènement est r avènement de notre grand Dieu '^ ; c'est Dieu manifesté dans la chair ^ et Dieu béni dans l'éternité^. Saint Matthieu rappelle Dieu avec nous^^, et tous les autres évangélistes commencent leur récit par un témoignage clairement rendu à sa divinité ".Et ce qu'ils croyaient, ils Font enseigné, et ce qu'ils enseignaient, ils l'ont résumé
* Jean, xx, 28.
* Ibid., I, 1.
' îbid., m, [(ô.
* ^om., vni, 31 ; Gai., IT, 4 5 Co/.,T, 16.
^ Philiip., II, 6-8.