DU CHAPITRE QUINZIÈME
La preuve de la divinité de l'hisloire évangélique par les miracles a été développée surtout par Arnobe * chez les anciens. Entre autres choses, il dit :
a E(ail-ce un simple mortel, ud homme comme nous, celui dont la puissance, dont uiuî seule parole chassait les intirmiiés, les maladies, les lièvres et loutes les incommodités corporelles? Etail-ce un humuie conimn un autre, celui qui d'un mot guéri^^sail un lépreux, celui dont il sutlisait de toucher la robe pour être guéri d'un flux de i^ang, celui qui ord(jiinaii au paralyiiquf d(; marcher? E!ait-ce par l'elVet d'uue puissance humaine', que ces mains desséchées s'étendaient, que ces membres j)erclus de naissance se mouvaient, que ces malades apportés peu auparavant sur les épaules de leurs proches, s'en retournaient en emportant eux-mêmes leur lit, que ceux qui avaient perdu la vue la recouvraient, que les aveugles-nés mêmes voyaient le ciel et le jour?
a Etait-ce un homme comme un autre, celui qui d'une seule parole guérissait des centaines de malades à la lois ; tflui dont la voix apaisait la mer courroucée et faisait taire la tempête ; celui qui marchait sur les flots, à qui toute la nature obéissait docilement, celui qui avec cinq pains rassasiait une multitude de ciiiq mille personnes, et qui, pour que personne ne put attiibuer ce miracle à un prestigt?, faisail recîifillir les restes du repas dont on remplissait douze corbeilles? Etait-ce un homme comme nous, celui qui rappelait dans leurs corps les dmes depuis longtemps parties; dont les morts ensevelis depuis quatre jours entemiaient la voix, sortaient de leur sépulcre |)Our être débarrassés de leur linceul et recommencer à vivre? Etail-co un homm^ tel qur Tiin de nous, ct'lui qui lisait dans le secret des âmes et des cœurs? N'élail-il rien de i)lus que nous, celui qui, après qu'il eul
• Advers. Cent., i, 45.
déposé son enveloppe moilelle, se fit voir en plein jour à plus de cinq cents personnes réunies; celui qui, après sa résurrection, s'entretint avec ses disciples, fut interrogé par eux, les instruisit, les reprit, les avertit; celui qui, pour qu'ils ne pussent croire avoir été trompés par leur imagination, conversa plusieurs fois familièrement avec eux, se laissa toucher par leurs mains? Etait-ce simplement un homme, celui dont le seul nom chassait les malins esprits, taisait taire les devins, déconcertait les aruspices, rendait vains tous les artifices de la magie, et cela non par l'horreur que ce nom inspirait, mais par sa vertu irrésistible?
« Non, c'était le Dieu Très-Haut, le vrai Dieu, descendu pamii les hommes comme Dieu Sauveur. Lorsqu'il quitta momentanément ce corps dont il s'était revêtu pour le salut du monde et qu'il laissa voir quelle était sa nature et sa grandeur, les éléments se troublèrent, et l'univers fut dans la consternation ».
(( Il a purifié les lépreux », dit saint Athanase *, « fait marcher les boiteux, ouvert les oreilles des sourds et les yeux des aveugles, guéri en un mot toutes les maladies, toutes les infirmités humaines, en sorte que chacun pouvait s'assurer de sa divinité. Qui, en etfet, en le voyant donner à quelques-uns ce qui leur manquait de naissance, par exemple, rendre la vue à l'aveugle-né, n'en aurait pas conclu qu'il disposait donc de la naissance des hommes, qu'il en était l'auteur et le maître? En voyant l'eau changée en vin, pouvait-on ne pas se dire que celui qui faisait ce changement avait aussi créé la nature de l'eau? C'est comme maître souverain de la mer, qu'il marchait sur la mer comme il aurait marché sur la terre ferme, signe évident de sa souveraineté absolue sur toutes choses pour ceux qui le voyaient. Lorsqu'il rassasiait avec cinq pains toute une multitude, et que la quantité qui restait était plus grande que les cinq pains, ne déclarait-il pas hautement par là qu'il était le Seigneur qui nourrit toutes Les créatures? 11 convenait que le Sauveur fit ces œuvres, ahn que les hommes qui avaient méconnu sa providence et sa divinité, dont cependant la création leur offrait partout le reflet glorieux, le reconnussent au moins à la vue de ces miracles qu'il opérait, qu'ils s'élevassent ainsi jusqu'tà la connaissance du Pcie, et qu'en voyant des actes particuliers de providence, ils en vinssent à concevoir l'idée de la providence universelle ».
* De incarnat. Verbi, p. 70,
Le peuple d'IsraëL — Sou caractère, son importance et sa position dans l'histoire. — La théocratie et les prophètes — L'attente du Messie chez les Juifs. — Elle ressort des Evangiles et des écrivains juifs contemporains.
— Altération de l'idée messianique. — Cette idée se répand ch>^z le» païens. — La figure du Messie chez les prophètes, le protévangile, les patriarches. Moïse, David, Isaïe, Jérémie, Aggée, Zacharie, Malachie. — Accomplissement de toutes les prophéties dans la personne de Jésus de Nazareth. — Ses propres éclaircissements. — Les temps et les attributs qui dwaient être ceux du Messie le désignent comme le Messie. — C'est en lui seul que les prophéties reçoivent leur accomplissement. — Etat d'Israël après la venue du Christ. — Saint Jean-Daptiste, le dernier prophète et le premier apôtre du Christ. — Pouniuoi les Juifs ont rejeté 1? Messie. — II? persécutent les prophètes. — Haine des Pharisiens. — IxMirs espérances mondaines. — Jésus-Christ le prophète de la nouvelle alliance.
— Il prédit son propre avenir, celui de ses apôtres, celui d'Israël et de l'Eglise. — Caractère de ses prédictions. — Leur accomplissement. — L/îivr force probante pour le présent. — Notes additionnelles.
Etes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre * ? Telle est la question que le dernier et le plus grand prophète d'Israël, saint Jean, près de mourir, fait adresser par ses disciples à Jésus-Chrisf. Dans cette question, il exprimait l'ardent désir de son peuple, de voir enfin venir Celui (\u\ avait été promis, il .exprimait l'idée vitale et la vraie raison d'èlre du peuple d'Israël. Dans Israël lui-même s'offre à nous un pliéuo-
? Mat th. y v, 3.
AroL. DU CnR;sT. — Touk II. £0
306 CHAPITRE XVI. — LES PROPHliriES
mène si particulier et si merveilleux, que l'histoire de l'humanité n'en présente pas un second exemple.
D'abord peuple pasteur et nomade , puis ensuite adonné à l'agriculture , Israël ne doit pas le rang qu'il occupe parmi les autres nations à de grands travaux, à de sanglantes et vastes conquêtes, comme l'Assyrie, Babylone et Rome. Jamais les beaux-arts ni les écoles philosophiques n'y ont fleuri comme en Grèce, ce pays enthousiaste du beau sous toutes les formes. Une grande partie de son histoire s'écoule sans révolution ni secousses politiques, chacun se reposant paisiblement à V ombre de sa vigne et de son figuier. Et pourtant Israël tient une place bien importante dans le monde, son influence a pénétré d'une manière profonde, efficace et durable dans la vie des autres peuples; c'est le premier acteur du drame de l'histoire universelle que ce peuple élu de Dieu, marqué de son sceau et choisi pour être le silencieux dépositaire de la vérité au miheudes déportemenls sans frein du paganisme.
Si l'on compare la littérature de l'Ancien Testament avec les littératures de l'Orient païen , on reconnaîtra bientôt qu'il règne là une tout autre puissance que la nature divinisée du paganisme. C'est une littérature qui n'a pas d'égale pour la sobriété et la naïveté du style, pour la pureté de la morale et l'universahté des vues et des intérêts qu'elle embrasse. C'est la littérature de l'esprit dégagé de la nature, de l'esprit qui se reconnaît en Dieu pour une puissance supérieure à la nature. Certes, tlle n'a pas la magnificence sensuelle, les spéculations éblouissantes ni, humainement parlant, le prestige imposant des livres indous ; non, la littérature hébraïque a
trouvé sa mesure et ses limites fixes dans le Dieu personnel et unique de la réTélalion, qui est tout ensemble dans l'histoire et au-dessus de l'histoire. Comme le génie hellénique avait ramené aux proportions de la beauté humaine les créations gigantesques et presque toujours monstrueuses de l'Orient ; de même nous voyons en Israël la vérité divine grandir peu à peu, sans bruit et sans éclat, au milieu du chaos d'une mythologie naturaliste et fantastique '. Parmi tous ces peuples de l'Orient, les Hébreux nous apparaissent comme une nation sobre au milieu de nations ivres. Les autres , avec une folle imagination, avaient considéré les éléments du monde, cherché à deviner ses origines et sa fin ; et, se sentant membres de ce grand tout, ils accompagnaient religieusement, en se livrant avec délire à la sensualité ou même à la mortification, tous les mouvements, toutes les convulsions de la vie universelle, les vicissitudes annuelles de la nature qui meurt et qui renaît sans cesse, la lutte terrible des bons et lumineux génies contre les génies des ténèbres et du mal. Los Hébreux voyaient ces folies d'un œil complètement inditrérent. Sans doute le Dieu fort et jaloux, qui veut la justice et punit le péché, avait créé le monde et fait naître les plantes et les animaux, afin que tout fût bon; mais la création, faible expression de sa gloire éternelle, n'absorbait point les pensées d'Israël; pour lui, Dieu était un Dieu libre, per- Minel, hislori(jue; la nature n'était (|ue son marchepied; \ humanité tout entière et particulièrement son peuple
' Cf. Delitzsch, Commentaire sur la Genèse, p. 50.
308 CDAPITRE XVI. — EES PROPHÉTIES
élu formaient Tobjet privilégié de sa providence. Tout ce luxe de mythes naturalistes et philosophiques, qui surchargeait si inutilement les autres religions de l'anliquilé, les Hébreux l'avaient rejeté pour ne s'occuper que d'un problème unique, celui du monde intérieur, celui de la justice et du péché. Ils se sentaient, non pas emportés dans le tournoiement vertigineux d'une circulation éternelle et fatale de la nature, mais bien mêlés au mouvement progressif de l'histoire. Tous les peuples de l'ancien monde sont sous le joug de la nature divinisée; Israël seul élève son regard par-delà le monde pour voir Dieu^ bien qu'il tremble devant sa majesté *.
Suivant Topinion de M. Renan *, le peuple Israélite, et en général la race sémitique, est disposé par nature au monothéisme. L'histoire contredit cette assertion, car elle nous rapporte les défaillances continuelles desJuifs^ retombant, comme par le poids de leur nature, dans ridolâtrie ', et nous montre les Prophètes constamment
* Comp. Lotze, MiltroTtosmos, m, p. 148.
2 Considérations sur le caractère généi^al du peuple sémitique^ damle journal Asiatique, 1859, et Etudes d^ histoire religieuse, p. 85 lL suiv. — Max Duiicker tente aussi un infructueux essai pour expliquer ce fait. « C'est, dit-il, l'adoration pure et intime de Jéhova,rêtre suprême,opposée au culte sensuel et extérieur des divinités phéniciennes ». [Geschichte des Alterthums. 2* éd. T. I, p. 214.) Mais cette aniilhèse, nous la connaissoius ; ce que nous demandons à savoir, c'est la cause qui l'a produite. Est-ce que la vérité vient d'elle-même nécessairement s'opposer au mensonge, les bonnes mœurs à l'immoralité, le bon grain à l'ivraie ?
»Sack {Apologetik, 2«édit., p. 157) fait une remarque pleine de bon sens : o Comment donc, au sein d'un peuple qui n'avait pas moins de goût que lesChananéens ses voisins pour
ET LECR ACCOMPLISSEMEM. 300
occupés soit à les soutenir, soit à les ramener au culte du vrai Dieu. Dès sa première phrase la sainte Ecriture met Israël a part de tous les autres peuples même les plus instruits dans la philosophie, les Hellènes par exemple, en lui donnant de la divinité une idée si nette et si pure qu'il faut recourir à la révélation pour l'expliquer. Et la révélation elle-même, qu'elle éclate soit dans des œuvres divines extraordinaires — les miracles, — soit dans des personnes choisies — les Prophètes, — forme la pensée fondamentale de toute l'histoire de ce peuple : c'est le principe vital qui anime tout. C'est ce qui a rendu Israël plus grand que tous ses voisins ; sa misêion a fait sa grandeur. Sa supériorité religieuse lui en donna une autre, celle de l'idée morale contenue dans
l'idolâtrie et ses rites abominables, une littérature put-elle se former, dans laquelle règne la mesure, la raison et l'équité môme envers les étrangers, une littérature où la plus forte imagination est toujours employée à louer le Très-Haut comme celui qui donne la victoire et devant qui il convient de s'humilier profondément, parce que son regard s'offense de la moindre tache, même cachée? Comment se fait-il que ce peuple, si sujet à tomber dans les plus grossiers désordres, ail produit toute une série de livres historiques qui rendent témoignage contre lui-môme et qui expriment très-nettement une opposition radicale entre les penchants naturels de ce peuple et sa mission provfdentielle? Ces phénomènes littéraires vSont quelque chose de trop grand pour pouvoir s'expliauv3r par des circonstances extérieures comme l'isolement es auteurs, ou leur direction particulière d'esprit. Une seule •explication est possible, c'est que la religion positive, nui est tout à la fois liistoire et révélation, avait trouvé lu de bonne heure un domicile lixe et durable ».
' La Genèse ne raconte pas seulement l'histoire nationale d'Israël, mais l'histoire du genre humain. C'est lo caractère qui la distingue de tous les écrits historiques des anciens peui>les. ha Genèse seule* nous niel ;\ môme de discoiner l'élément historique de l'alliage m)lhi(]ue, dans les traditions iv:s indiens, des Egyptiens et des Chinois.
son livre de la loi, idée pure et sublime, livre incomparable où tous les devoirs de la vie et publique et privée se trouvent définis et exposés, où les rapports mutuels du maître et du serviteur, du roi et du sujet, du riche et du pauvre, de l'homme et de la femme, sont marqués avec une sûreté, une délicatesse et une humanité sans égales dans aucune autre législation *. Israël est, selon l'expression appliquée à l'un de ses prophètes, un homme de désir ^, 11 est le peuple de l'avenir, choisi par la Providence pour servir d'expression vivante à l'idée religieuse, à la conscience du péché, à l'attente du Rédempteur, déjà préfiguré dans les sacrifices et dont la promesse formait la base et la raison d'être de la loi mosaïque. Tous les peuples de l'antiquité vivaient dans la tristesse et le découragement, pleurant un âge d'or à jamais perdu et un avenir toujours plus sombre *; seul, Israël rayonne d'espoir et aspire vers un futur âge d'or avec d'autant plus d'ardeur que le présent semble plus désespéré. Israël est le sein maternel où le salut du monde devait mûrir secrètement, invisibiement, mais
»Si l'on se fait une arme de certains passages de l'Ancien Testament, de la polygamie, par exemple, pour combattre )a révélation, c'est que l'on oublie que Dieu tolérait ces mœurs à cause de l'endurcissement de ce peuple, et que le Décalogue, cette loi fondamentale de la vie patriarcale, a été et sera encore la base de notre société et de sa civihsation.
• Ban,, IX, 23.
•Comp. Horace, III, c. Yi; Sénèque, [Qu. nat , m], Pline (Bist. nat., vil, 16), Pline le Jeune [Ep., VI., 20), Juvenal, {Sat., xiii, V. 19 etsuiv.; xv, v. 70 etsuiv.)
ET LBUR ACCOMPLISSEMENT. oH
d'une manière constante et progressive *. Marie ellemême, Vierge et Mère, est le symbole d'Israël.
La mission d'Israël était de préparer la voie au Christ', et cette mission religieuse se manifeste dans toutes ses institutions, pénètre et anime toute sa vie civile et politique, publique et privée; c'est le fond mêmedt' son existence. Le Christ préexista en germe dans Israël dès le commencement. Toutes les doctrines révélées à ce peuple, ses lois, ses pratiques religieuses et ses grands personnages ne sont que des figures de plus en plus significatives et plus évidentes du Sauveur à venir'. Malgré son isolement politique et religieux, Israël demeure pénétré de cette persuasion qu'un jour sa religion sera la religion universelle. Et comme cette religion n'est point le produit de Teeprit national ni le fruit d'un développement purement naturel, elle ne meurt point comme les religions païennes qui s'altèrent et périssent avec les nations dont elles sont les religions particulières. Israël meurt comme peuple ; la religion d'Israël, au contraire, déracinée du sol où elle était née, répudiée par la presque totalité du peuple, commence alors à prendre l'essor et à parcourir triomphalement la terre.
*Le salut vient des Juifs. (Jean, iv, 22.)
* La fin de la loi est le Christ. {Hom.y x, 4.)
I ^Eebr.y x, t. Les prophèios ne rrcpvaiont que des rayons >*pais, Itî Clirisi est la luiiiièro lout ♦Miii^re.rt. A cause do cela, un inyslùre pour lu monde. Les prui)luHes n'accoinplissaieni que des prodiges isolés; Jésus est un suprôine et continuel miracle ; dans l'Ancion Teslanient. on accordait certaines grAces, Jé^us esl la ^;ri\cc per^onniliée qui a rovt)iu une loruie humaine. (Comp. Col., i, 26 ; 1 Tim., ni. 16 ; Jean., i, 14.)
Ses lois, ses institutions théocratiques, son histoire, vieille de deux mille ans, font d'Israël le grand prophète universel qui traverse toute la vie de l'humanité ; c'est un arbre planté de la main de Dieu *, qui grandit d'âge en âge, qui étend de plus en plus ses rameaux jusqu'au moment où, dans la plénitude des temps, il doit porter le plus beau et le plus salutaire de tous les fruits, le Verbe divin fait homme. A certains moments de son existence, sa mission et sa destinée sont nettement indiquées par des hommes inspirés, par les prophètes, qui marquent fort distinctement les principaux traits caractéristiques du futur règne de Dieu. Cette concordance intime et profonde entre l'Ancien Testament et le Nouveau, entre la loi et TEvangile, entre Moïse et Jésus-Christ , cette harmonie grandiose qui embrasse des milliers d'années, une intelligence devant laquelle mille ans sont comme un jour, pouvait seule en avoir la pensée et rappliquer. Ainsi se démontre avec évidence l'origine divine des deux ordres du salut. « Quand un seul homme », dit Pascal *, « aurait fait un livre des prédictions de Jésus-Christ pour
* L'Apôtre compare justement le paganisme et ses fables à Tolivier stérile ; c'est le produit inutile d'une nature corrompue par le péché. {Rom., xi, 17.) Sctielling, slnspirant du mot de saint Paul, appelle les différents cultes des faux dieux des cultes sauvageons. {Wiîdwachsenden Religionen.) L'histoire d'Israël, au contraire, est la révélation et l'œuvre de Dieu; c'est un sarment planté et sans cesse protégé de sa main puissante. La barrière de la loi l'a défendu des attaques envahissantes du Polythéisme et du culte de la nature. {Jes., \,ps., lxix, 9, 15), comme aussi contre l'obstination et la dureté de cœur d'un peuple qui tendait toujours à retomber dans l'idolâtrie. {Jer,i n, 30).
* Pe/is.,P. II, art. i T.
ET LELB ACCOMPLISSEMENT. 31^
c le temps et pour la manière, et que Jésus-Christ c serait venu conformément à ces prophéties, ce serait « une force infinie. Mais il y a bien plus ici : c'est une c suite d'hommes durant quatre mille ans, qui, constama ment et sans variation, viennent l'un en suite de l'autre • prédire ce même événement ». Les prophéties concernant le Christ sont comme le programme nécessaire des desseins que Dieu voulait faire exécuter par Israël. Elles ne sont point ambiguës comme les oracles païens ; elles ne proviennent point d'une ivresse qui éteint la conscience, d'une surexcitation orgiastique : elle sont l'expression nette et intelligente des conseils de la divine miséricorde, expression humblement présentée en langage humain, mais indiquant de plus en plus clairement le règne de Celui qui doit venir, jusqu'à ce que Jean, le dernier prophète d'Israël, paraisse et qu'avec lui le peuple élu arrive au terme de son histoire. Le Christ ou le Messie venu, Israël disparaît de l'histoire ; sa constitution et ses institutions tiiéocratiques, son temple, ses prêtres et ses sacrifices, tout tombe comme l'enveloppe matérielle tombe dès que l'âme s'est envolée. Les véritables enfants d'Abraham, les vrais Israélites, ce sont les disciples de Jésus et les niemljres de son nouveau royaume.
Ce qui précède nous montre suffisamment combien est forte la preuve tirée des prophéties. L'Esprit de Dieu a dé|)cint en traits fort clairs, par parole et par symbole, dans l'histoire des siècles, la ligure de son Fils qui devait
riir, afin qu'à son apparition Israël et tous les peuples pussent reconnaître avec certitude le Messie promis. C'est
uune la figure auguste de Jésus Christ qui projette son
libre avant qu'elle fasse réellement son aooarition sur
la terre. Par les prophéties Jésus-Christ apparaît comme l'âme du peuple d'Israël, et toute l'histoire de ce peuple témoigne en faveur du Christ, qui est sa seule raison d'être.
i° L'attente messianique est universelle chez les Juifs comme chez les païens ;
2° L'attente messianique repose sur les prédictions des prophètes;
3* L'attente messianique reçoit son accomplissement en Jésus de Nazareth exclusivement.
Ouvrons les Ecritures, partout nous rencontrons Texpression de souhaits pour la venue du Messie promis. Cette attente était un dépôt sacré, un patrimoine pour la nation juive, sa consolation et son soutien dans ses infortunes; elle lui devait son élévation morale. L'apparition du Messie était un événement tellement prévu, que les prêtres, les lévites et le peuple, toujours inquiets, et croyant voir dans chaque homme extraordinaire le Messie *, font demander à saint Jean : Qui es-tii^? Et il le confessa et il ne le nia point; il con p^s^. qu'il n^ était pas le Christ '. La Samaritaine elie-^êoT^ parle de la venue du Christ comme d'une prédiction don». Taccomplissement est attendu avec certitude .
Et il ne s agit nullement loi d'une conception indéter-
* Jean, l, 19.
* LUCy III, 15.
' Jean, i, 20.
♦ Jean, iv, 25.
ET LrUR ACC03IPMSSE.^IENT. 315
jninée, confuse et vague, ni simplement de l'idéal * d'un avenir plus beau, désiré et rêvé par un patriotisme exalté; les détails les plus précis sur son avènement, sa généalogie, le temps et le lieu de sa naissance, les titres et les dignités qu'il doit porter, étaient généralement connus des Juifs contemporains de Jésus-Christ*.
Aussi, interrogés par Ilérode, les docteurs de la loi et les prêtres indiquèrent sans hésiter en quel lieu devait naître le Christ. Selon le prophète Michée, il devra naître
* Le rationalisme a cherché de cette manière (cf. Bruno Baur, Kritik der evang. Geschichte; Slœhelin, die mcssianiesch. Weiss. des A. 2.) à iléiiiiluriT l'idùc messianique. — Slninss (Glanbensîehre, i, p. 222) prétend qu'il n'existe pas de prophéties messianiques; ce qu'on appelle; ainsi n'était qu'un pressentiment agitant les esprits d'élite de la nation juive ; ils entrevoyaient, dans un avenir lointain, un dévt'luppenient considérable de la religion de Jéliovah. Qurl(]n('s anin'es nuoaiavant, cependant, le même auteur cherchait ;\ appuyer son lypothèse des myihes sur les piupliéties messianiques que es évangélistes, prolitant de la coïncidence d'époque, avaient appliciuées à leur maiire Jésus; et c'est ainsi qu»; la ligur(î (iu Christ aurait été ciéée. « 11 (ié>us) devait réaliser iDalis les prophéties messianiques de l'Ancien Testament ; il devait donc en tous points remplir le roie du Messie ». [Lcben Jtsn, I Tom., § 12, p. 73 ; i, Ausg.) Ainsi, une fois les Juifs n'espèrent pas dans hî Messie ; puis ensuite, tout l'édilice do. ce?tle Dypolhèse mylliKjuo repose sur faitentc du Messie, (.'/est ainsi que l'erreur se contredit elle-même. Du reste, l'idée du JMessie est une aspiration linupie ilans l'instoire ; jam.iis uu peuple païen n'a, par simple réilexion, créé une idéesemhlable. Les plus nobles génies de la (iièc(» et de l'Italie assistaient à la décadence de leur patrie, Iremissant de colère et de désespoir dans leur inipuissanet^ de l'arrêter; mais aucun il'eux ne portail dans son sein l'espoir d'un avenir meilleur. C.iceron et Ta(Mte considéraient la vie comme une grande boullonnerie. Sénécpie, les deux Pline. Dion Cassius, attendent dans uu proloiid découragement la lin ilc leur existence.
■ Ci". F,ang(Mi, Das Jfidrnthfim in ralestiwi zur zdt Christi. Kribourg, ISi.C». p. 3Ui. llancberg, Uiitoire de la rivi^ lotion biUi<)ue, 3« éd., p. 5i8.
à Bethléem, ville de Judas*. Il sortira de la race de David ; c*est pourquoi Ton doutait qu'il pût venir de la Galilée *. Il sera roi en Israël'; il sera le grand Prophète* et le grand- prêtre, le Fils de Dieu*; armé de la puissance de Dieu, il révélera une vie divine •. Il fondera un empire du salut éternel, où l'on verra paraître un nouvel ordre de choses tout céleste', et son peuple sera délivré par lui de ses péchés ®. Il régnera sur son peuple dans le sein d'une félicité qui n'aura point de fin et qui d'Israël se répandra sur toutes les nations '.
Cette foi au Messie qui doit venir éclate avec une vivacité toute particulière dans le cantique de Zacharie*®. Jetant un regard sur la suite non interrompue des prophètes qui ont paru en Israël dès le commencement jusqu'à la fin de son histoire, le saint vieillard voit l'accomplissement de leurs prédictions dans la naissance de saint Jean-Baptiste, le précurseur du Messie qui doit se
* Matth., II, 6.
* Jean,YU, 41-43.
* Matth., II, 2 ; Jean, vi, 15 ; Matth., xxi, 5 ; Luc, XXIII, 2, 3. ''Jean, \i, 14.
* Luc, I, 77.
* Jean, xi, 27 ; Jean, xii, 34.
"^ Matth., III, 2,11.
^ Jean, xii, 34.
« Luc. I, 78 ,79.
" Luc, I, G8.
manifester bientôt. Siméon le Juste reçoit avec des actions de grâces le Messie nouveau-né dans ses bras, lui qui avait attendu si longtemps et si ardemment souhaité le salut, la gloire d'Israël et la lumière des nations *. Enfin, lorsque le Messie paraît, Jean appelle l'allention sur Celui qui vient après lui, mais qui cependant était avant lui, car il est le Fils de Dieu^ comme le Seigneur le lui a révélé *.
Mais ce ne sont pas seulement ces idées touchées accidentellement et comme en passant, dans les Evangiles, qui établissent que l'attente du Messie existait chez tout le peuple juif avant Jcsus-Christ et de son temps. Les paraphrases chaldaïques sur le Pentateuque par Onkélos, et sur les prophètes par Jonathan-ben-Usiel, prouvent surabondamment combien cet espoir était universel et profond. Car si ces écrits ne sont pas antérieurs à Jésus- Christ, il est du moins certain qu'ils existaient déjà de son temps et qu'ils étaient lus par tout le peuple. L'autorité dont ils ont toujours joui chez les Juifs exclut le doute sur leur authenticité. Or, ils renferment en maint endroit l'expression bien déterminée et nettement définie do l'idée messianique •. C'est d'après ces sources que Jo^èphc a écrit l'histoire de son peuple. 11 dépeint les im-
' Luc, u, 30-32.
■ Jea/j, I, 3i.
* Cr. Khranl, Kritih dcr ei'awjeh Grsch. s. fir>.1. — Onki'los, yum., XXIV, 17, (lit : « (JwukI a'iicvtra le roi sorti d'Isratl? Quand sera s<icr(^ le Messie sorti d'Israël? » IJii tai^;um postérieur p»iraplirase ainsi \c. versel 30, 4, du DiMilémnome : a Sorioz-vous «ipars jus(iu*aux exlriMiiili's du cifl, la parole dt* Dieu vou« rasseiiiblera, et vous amènera par la main du roi Messie s.
posteurs et les faux messies qui se donnèrent pour le Fondateur attendu de la nouvelle alliance, et il indique la raison pour laquelle le peuple séduit continuait, quoique si souvent trompé, à croire tous ceux qui se présentaient. C'est qu'il lisait les prophéties de Daniel * ; et , sous la pression des événements extérieurs, il s'attachait de plus en plus étroitement aux promesses du Prophète, ail cornet prenait », remarque Josèphe *, c( que ces prophéties, a ainsi que les autres des livres saints, annonçaient un « grand Dominateur qui sortirait d'IsraëP ». Ainsi, l'idée messianique, entendue dans un sens charnel par la majeure partie de la nation, et réduite aux proportions d'une restauration purement politique, fut la cause des inexprimables malheurs qui fondirent sur Israël après la mort de Jésus-Christ. Après avoir rejeté Jésus, parce qu'il ne répondait pas à leurs espérances charnelles, les Juifs se précipitèrent à la suite du premier imposteur qui leur promettait la domination universelle et les excitait à la révolte. Ces rébellions fréquentes firent tomber sur toute la nation la colère de Rome, qui brûla le temple et dispersa Israël par tout l'univers. Ils étaient d'autant
^Antiqu.f x, 11.
* BeîL Jud. Josèphe, pour flatter l'empereur, reporte cette prophétie sur Vespasien; mais il avoue lui-même que cette interprétutiofi est contraire aux traditions de son peuple.
» Les livres religieux juifs des derniers temps, indiquent la venue du Messie comme le douzième article de foi. (Voyez le Sepher lekach toh, une sorte de catéchisme en forme de dialogue dans Carpz. Introd. in TheoL Jud. c. ix.) De même SJaimbnides dans son commentaire de la Mischna Sanhédrin, chap., X, § 1. Comp. Behr, Lehrb. der Mos, Relig. S. iv.
ilus exposés à voir dans l'annonce du Messie, la prome:se l'une grandeur terrestre, que les prophètes avaient emiloyé, pour décrire le royaume du Christ, les formes, les lersonnages, les institutions et les symboles de l'Ancien [estament. Ils redisaient sans cesse le royaume d'Israël, es combats et ses victoires, Sion et la montagne du em[)le, l'assemblée de tous les peuples dans la ville aintfi et les prospérités qui devaient inonder la race l'Abraham : typologie magnifique qui fait le fond du tyle prophétique et qui a été mise au service des idées hrétiennes dans le Nouveau Testament * : ce qui devait itre, puisque l'Eglise de la nouvelle alliance est la légiinie continuation et la consommation d'Israël. Ces symboles, mal compris, portaient les Juifs à faire une réalité le ce (|ui n'était (ju'une figure.
Les païens, eux aussi, avaient une vague idée d'un fessie qui devait venir ramener Tàge d'or sur la terre, elle attente était très-éveillée et fort répandue vers les em[)s de Jésus-Christ, a C'était une croyance universel- ; lemcnt répandue », dit Tacite', a et fondée sur une I antique prophétie, que l'Orient deviendrait puissant,
et que des hommes, sortis de la Judée, fonderaient une
* Le Christ ost le Roi sur le trôno de David. {Luc, i, 32.) Los 'Oyanls loinienl risraël de Dieu. {Gui., vi, Ifi; liotn., ix, 8.) »s piupiit'iit's de l'Aniien Te>lameni cherchenl à nous taire Urevoir la vio fiiiine en so servaiil d'iiiiapes emprunit'os à la ,e réelle. Saint Tlioinas en a <lonné la raison; //. //. Qiuest. Xni, art. 1. Pir doinon prophrtiœ (whifut Spiritus sanctus h'i'iini , quod est supra facuUatc.tn natiira' hutnanœ ; scd foniuirc qua^lam mm specics potcst homo farultatr luttiirali. L'Iiouiiuo pciJi»e et île de la divniilé on lanj^a^^o humain.
*Aim., v, 13.
« domination nouvelle ». « Il s*ctait répandu par tout « l'Orient », dit Suétone S a une vieille et constante traa dition, que des hommes partis de la Judée établiraient a une nouvelle domination universelle ». Cicéron * dit positivement que, selon d'antiques prophéties , un roi devait paraître auquel on serait obligé de se soumettre pour être sauvé ; et il se fait à lui-même cette question : Quel sera ce roi, et quand paraîtra-t-il ? Virgile ^ chante ce nouvel âge d'or qui a été prédit par la sibylle, qui sera inauguré par un enfant mystérieux, par un fils de la divinité, lequel renouvellera le monde, tuera le serpent, effacera les crimes et fera régner la paix sur toute la terre. Que le pressentiment d'un grand et prochain événement s'était emparé de tout le peuple romain, une observation de Suétone * le prouve sans réplique ; cet
* In Vita Vespas., c. iv, Cf. Id, in Octav., c. XGiv. Dio Cass. Eistor. Rom., XLV, 1. Cf. Josèphe, De Bell, Jud., v, 5, 4 : Xpraiiô^ èv Toï; Upoî; ■vpâu.u.aaiv, w; xatà tôv x%ipbv èxsîvovàîTÔ rf,; y.wpxç ti; avrwi»
ftf;îi TTC cUo'jixïvr,;.
* De Divin., xi, 54.
* Ecîog.f IV :
Ultima Cumœi venit jam carminis setas, Magnus ab intesro seclorum nasciiur ordo ; Jara redit et virgo, redeunt saturnia regaa. JauQ nova progenies cœlo demillitur alto.
La descripUoD de Virgile répond à celle qu'Isaïe (ch. ix) a donnée de Tépoque messianique. Virgile voit cette prédiction accomplie par la naissance d'un fils du consul Pellion ; celte idée prouve qu'on s'attendait à voir cette époque bienheureuse amenée par une personne déterminée. (CÏ. Augustin. De Civ. Dei, x, 27; Epist. CLV.
* In vita Octav. j c. XCIV.)
historien dit que tous étaient dans Tattenle d'un roi qi«e la nature allait donner au monde.
L'idée et l'attente messianiques sont ainsi suffisamment démontrées; c'est un fait incontestable. D'où provenait une conviction si universelle, si profondément enracinée, qui traverse sans s'altérer les siècles, à laquelle le monde s'attache avec un amour toujours nouveau et jamais affaibli ? Il n'y a qu'une seule raison possible à ce phénomène. L'attente du Messie avait été jetée dans les cœurs par la prophétie, la suite des prophéties l'avait cultivée, développée, alimentée et entretenue vivante. Israël attend le Rédempteur, parce que le Rédempteur lui a été promis, son espérance repose sur des prophéties souvent répétées.
Dès les premières pages de ses livres saints, l'Israélite lisait la promesse du Sauveur qui devait naître de la femme pour écraser la tôte du serpent'. Il est promis trois fois : Comme lils de la femme, il descendra d'Abraham : Et tous les peuples de la terre seront bénis en vous et dans votre Race, c'est-à-dire par quelqu'un de votre race',
^Gencs., m, 15. « Je mellraj une inimitié entre loi et la feminc, entre sa race et lii tienne ; elle le brisera la tôle, el lu Udunus (Je la niordro par le laloii ». Celte prophéll»*, qui, l.i preniit're, annonce le salul, s'appelle le ; !••. Hat.'?
(yr») ne si^Miilie pas ici nnci naiiun, la il» en ;:»''
néral, mais un iiuliviilu. ain>i ijuf le prouvent les pass,.. suivants : II liais, vu, 1*2. — 1 PaniHp., xvil, 11, i'i. — Gt/i... . jrr, 13. — Exotl.y XXX, 21. — Lcv., XXI, 17. — IV Huù, xvil, ÎO. — Ezcch.y XX, o.
■ Gcncs., XII, 3; XVIII, 18 ; xxn, IS : « Tous les peuples de la
rre seront Ihmiis en toi et en U H:i( e ». — Gui., III, 10. Oi\ ytromcsscs de Dieu ont itc fuitrs à AitUmm tt à iu Ldcc qui ci iS-Chriat.
lui dit le Seigneur. Celte promesse est renouvelée àlsaac et à Jacob *, et celui-ci, sur son lit de mort, la transmet à Juda*; en même temps il détermine Tépoque de la venue du Messie en la fixant au moment où le sceptre sortira de Juda^ c'est-à-dire lorsque cessera Tindépendance du peuple juif.
Ainsi, à l'époque des patriarches (2000 à 1500 ans avant Jésus-Christ), nous avons déjà une image fidèle du Messie à venir. Elle devient plus précise et plus claire encore sous Moïse. C'est alors que Bdlaam% voulant proférer des blasphèmes, voit sa parole impie se transformer contre son gré en prédiction annonçant le Messie, vainqueur des ennemis d'Israël. Moïse mourant annonce le grand Prophète, semblable à lui, que Dieu doit susciter du milieu de son peuple, qui sera le représentant de Dieu sur la terre, le médiateur, le fondateur de la nouvelle alliance ®tle législateur de la terre *. Lorsque Israël fut gouverné
^ Gènes., xxvi, 4; xxviii, i4.
2 Gènes., xlix, 10 : « Le sceptre (c'est-à-dire la puissance, l'autonomie politique), ne sera point ôté de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que celui qui doit être envoyé soit venu ; et c'est lui qui sera l'attente des nations ». ("S'tt7 Cf. Ezech., XXI, 25.)
3 Nomb., XXIV, 17 : « Je le vois, mais non maintenant ; je le considère, mais non pas de près. Une étoile soilira de Jacob, un rejeton s'élèvera d'Israël et frappera les chefs de xMoab». — La dernière révolte des Juifs fut suscitée 131 après Jésus- Christ, par Bar Cochba (Le fils de l'Eioile), le faux Messie qui s'était appliqué la prophétie citée plus haut. ^
* Beutéron., xviii, 15-18. « Je leur susciterai du milieu de
leurs Irères un prophète semblable à vousj et il leur dira
tout ce que je lui ordonnerai ».
Act. des Apôt , ni, 22. Moïse a dit aussi : Le Seigneur votre \
IDi
par des rois, ils furent la figure du Roi futur, oint par Dieu pour régner sur le peuple de son choix. Il sera le Messie, c'est-à-dire l'Oint du Seigneur, le rejeton de David ', le Roi légitime choisi de Dieu% le Roi victorieux, le grand Pontife et le parfait représentant de Dieu sur la terre*. Sa domination, qui amènera des temps meilleurs
Lieu vous suscitera d'entre vos frères un prophète comme moi: écoutez-le en tout ce qu'il vous dira, et tous les prophètes, depuis Samuel , ont annoncé ces jours. — Jean, v, 40. Si vous croyiez Moise, peut-être vous me croiriez aussi, parce que c'est de moi qu il a écrit. — Matih., \'U,b. Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le. — La comparaison avec Moïse le luédialeur cl Je lonJaleur de Tancienne alliance, prouve qu'il ne s'agii pas ici d»'s prophètes ni des prophéties en général. — Voyez Deuter., xxxiv, 10. Il ne b'éleva plus dans Israël de prophète seniLlahle à Moïse, «à qui le Seigneur parlai face à face ».
* J/ Rois, VII, 12 : a Je mettrai sur voire trône après vous voire (ils, qui sortira de vous, et j'affermirai son règne. Ce > ra lui qui bâtira une maison à mon nom; et je rendrai le trône de son loyaume inébranlable à jamais ».
Cl. La (jincalo(jic de Jcsus selon la chair dans Matth., i, 1, d Luc, m, 23.
*Ps. Il, 1. « Pourquoi les nations se sont-elles soulevées avec un ^rand bruil, et les peuples ont-ils formé de vains projets? Li's rois de la terre se sont assemblés, el les princes Se sonl ligués ensemble contre le Seigneur el coniro son Chribl».
• Ps. cix, {. « Le Soigneur a du à mon Si-igneur : Asseyez- Tous à ma droile, juscpi'à ce cpie je réduise vos ennemis à tous servir de marche-pied ».
Matth., XX11. \'k. Or, pendunt <iw' les phnisicns ctaicnt <: us leur fit cette q\U'.<tion : (Jucvous scinblc du Christ? Ih- </
? Ils lui répondirent : De liavid. Ki rovimcnt donc, leur dit-H, tvid l appcllc-t'il en espiit son Seigneur, s'il est son fils?
« Le Seigneur fera sortir de Sion le sceplro de voire puis-
ice, régmvz au milieu de vos ennemis. La principauti- est
fec vous au jour de votre pnissame, dans les snb'iuleurs
^s s.iinîs. Je vous ai engendré do mou sein avanl i'éloile du
Ltiu ».
32i CHAPITRE XVI. — LES PROPHÉTIES
et plus heureux, dure éternellement. Tous les rois, tous les peuples de la terre lui rendront hommage. Sa venue sera une grâce pour les nations, et son règne une ère de salut et de bénédiction *.
En regard de ce portrait d'un Prêtre-Roi glorieux et puissant, et de la monarchie universelle qu'il doit fonder, dans laquelle tous les peuples trouveront le salut et la
« Le Seigneur a juré, et il ne s'en repentira point ; vous êtes le Prêtre éternel selon l'ordre de Meichisédech ».
Hebr., v, ">. Ainsi Jésus-Christ ne s est point élevé de lui-même à la dignité de souverain Pontife, mais il l'a reçue de Celui qui lui a dit : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd'hui. Comme il lui a dit aussi dans un autre endroit : Vous êtes le Prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech.
« Le Seigneur est à votre droite ; il a brisé les rois au jour de sa colère. Il exercera son jugement au milieu des nations. Il boira dans le chemin de Teau du torrent; el c'est pour cela qu'il élèvera la lète ».
* Fs. LXXi, 4 et suiv. « Il jugera les pauvres d'entre le peuple; il sauvera les enfants des pauvres el humilierais calomniateur. Et il demeurera autant que le soleil et que la lune, dans toutes les générations ».
Matth., XVI, 18. Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de Venfer ne prévaudront point contre elle. — Matth., xxviii, 19. Allez donc, et instruisez tous peuples; je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles.
« Il descendra comme la pluie sur une toison, et comme Teau qui tombe goutte à goutte sur la terre..... Et il régnera depuis une mer jusqu'à une autre mer, et depuis le ileuve (l'Euphraie) ]usqu'aux extrémités de la terre. Les Eibiopiens se prosterneront devant lui, et ses ennemis baiseront la terre. Les rois de Tarse et les lies lui otfriront des présents; les rois de l'Arabie et de Saba lui apporteront des dons. Et tous les rois de la terre Tadorerout, toutes les nations lui seront assujéties. Il délivrera le pauvre des mains du puissant, le pauvre sans appui. Il aura compassion de celui qui est pauvre et dans l'iu-
digence; et il sauvera les âmes des pauvres Et que son
nom soit béni éternei'i'ement , il sub.^istera autant que le soleil. Et tous les peuples de la terre seront bénis eu lui; toutes les nations lui rendront çloire «•
bénédiction, se place l'annonce, en apparence contradictoire, d'un Messie abreuvé d'iiumilialions et de souffrances. Les psaumes nous représentent l'imn^'e du Messie crucifié d'une nianière si saisissante, qu'il? semblent plutôt une histoire évangélique qu'une prophétie*.
* Ps. XXI, 3 et suiv. « Mon Dieu, je crierai pendant lo jour et vous ne m'exaucerez pas ; je crierai pendant la nuit, et je n'aurai point de repos. — Je suis un ver de terre, et non un homme; je suis l'opprobre des hommes, et le rebut du peuple ».
Jean, xix, 5. Jésus sortit donc, portant une couronne d'fpines et un manteau d'écarlate; et Pilate leur dit : Voici l'homme.
a Tous ceux qui me voyaient se sont moqués de moi ; ils en ont parlé avec oulrage et ils ont branlé la tète ».
Matth., xxvii , 30 rt suiv. : Et ceux qui passaient par là le blasphémaient en branlant la tête, et lui disaient : Toi qui détruis le t'nnple de Dieu, et qui le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu toi-même? Si tu es le Fils d': Dieu, descends de la croix. Les pnnces des prêtres se moquaient aussi de lui, avec les scribes et les anciens, en disant : Il a snuré les autres, et il ne peut se sauver lui-même. S'il est le lioi d'bracl. qu'il descende présentement de la croix et nous croirons en lui. Il met sa confiance en Dieu; si Dieu l'aime , qu'il le délivre maintenant.
« Il a espéré au Sei^Mieur; que le Seij^neur le délivre ; qu'il le sauve, s'il est vrai (juMl l'aime. De jeunes taureaux m ont environné en {^rand nombre, des taureaux gras m'ont assailli. — Je me suis répandu coium»! r«!au, et tous mes os se sont déplacés. Mon cœur, au milieu de mes entrailles, a été semblable à la cire qui se fond. Toute ma force s'est desséchée comme la terre qui est cuiie au feu, et ma langue est demeurée attachée a mon |)alais ».
Jean, XIX, 28. Jésus s'écria : fai soif.
« Ils ont percé mes mains et mes pieds, et ils ont compté tous mes os. Ils ont nariagé entre eux mes babils, et ils ont jeté le sort sur ma robe ».
Jean, XIX, 18. Il vint au lieu appelé Gclgotha, oii ils le cntcifiè-
rent Les Sitbhits ayant cmcifii' Jésiui, prirent ses vêtements et en
frent quatre parts, uîu: pour chaque sitldat. Ils prirent aussi la iimique ; et comme elle était sans couture, et d'un seul tissu depuis le haut jusqu'en bas. ils dirent entre eux : fS'e la cmtpoM pas, maù jetons au sort à qui l'aura.
Le Juste sera humilié, outragé, chargé d'opprobres; il souffrira plus qu'aucun homme n'a jamais soufferl. Il sera conspué et traité par ses ennemis comme le rebut du peuple. Ses calomniateurs se réjouissent de ses tortures, se rient de ses douleurs; on se partage ses vêtements, on tire sa robe au sort. Il endure une passion cruelle et imméritée qui sert à expier la peine méritée par les autres hom.mes, qui devient pour tous une source abondante de bénédictions, et qui, par la volonté de Dieu, les élève au faîte de la gloire; tels sont les traits principaux de la figure du Messie souffrant, figure où le ministère sacerdotal du Messie et son rôle de Médiateur, tout ensemble prêtre et victime, sont si justement mis en relief. Toute la profondeur de l'idée messianique se découvre à nous dans cette figure du Messie souffrant, satisfaisant, réconciliant Dieu avec les hommes, du Messie médiateur et fondateur de la nouvelle alliance, et qui, par ses humiliations volontaires, expie les péchés du peuple et ramène la paix. Sa passion et sa mort sont une source de bénédictions et de grâces pour tous, et toutes les nations se convertiront et adoreront le vrai Dieu K
L'idée du Messie s'éclaircit et se complète de plus en plus dans la conscience d'Israël, grâce aux prédictions ies prophètes qui parurent depuis les captivités d'Assyrie
* Fs. XXI, 23 et suiv. « Je ferai counaître votre nom à mes
frères; je publierai vos louanges au milieu de l'asserabl<;e
Toutes les extrémités de la terre se convertiront au Seigueur, et toutes les nations seront dans l'adoration en sa présence ».
Rom., X, 18. Oui, la voix des apôtres a retenti par toute la terre, et leur parole jusqu'aux extrémités de la terre.
i-Vl
et de Babylone. (722-536 avant Jésus-Christ.) Michée * préJit qu'il naîtra à Bethléem; une vierge, selon la prédiction d'Isaïe *, Tenfantcra d'une manière miraculeuse. Il est Dieu se manifestant dans la chair. Il réunit en sa personne tous les caractères divins': il est roi*, il est
* Mich., V, 2. « Et vous, Bethléem Ephrata, vous êtes; petite eutre les villes de Juda, mais c'est de vous que doit sortir celui oui doit régner dans Israël, dont la génération est dès le commencement, dès l'éternité ».
Matth.f H, 0. Le roi Jlcrode assembla tous les princes des prêtres et les scribes du jieuple, et il s^en'iuit d'eux où devait naitre le Christ. Ils lui dirent ; Dans Bethléem de Juda, selon ce qui a été écrit par le Prophète.
* Is//fe, VIT, 14. « C'est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe. La Vierge (n^zSyn) concevra, et elle enfantera un Fils qui sera appelé Emmanuel (Dieu avec noiisjo.
Mntth., I, 20; Luc, i, 3o. Lange lui rrpondit : Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Trc'^-Haut vous couiTira de son ombre. C est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils di Dieu.
C'est le signe donné par le prophète au roi découragé, qu'Israël ne périra point tant que la [Mvdiction du Messie né de l;iVu'rge,neserji pasaccomplie.(Theodoret., in Isai., vu, W.) Le Messie est désigné dans ce passau'e et hai., ix, ■), ("ommo rap|)arilion de Dieu dans la chair. S^n nom, dans la bouclie du Prophète, représente, suivant Tusage de lu langue hébraïque, le caractèie de l'individu, et n'est pas une appella-
I lion vague et fortuite. C'est [pourquoi Dieu donne lui-inùme
I les noms : par exemple, Ahraliam (père de la muliiiude) au lieu d'Abram. {Oenèae, xvn, ;>.) Israël (iirnihatlanl »le Dieu) au lieu de Jacob. [Genèse, xxxu, '28.) Pierre (rocher, base de la
1 foi) au lieu de Simon. [Jean, i, 23; Mitth., xvi, 18.) Cl. Ext^i..
\ Xxui, 21 ; Isaie, LX, 2, 3. Le Prophète ne pouvait pas nommer
<i un simple mortel Emmanuel.
I • « Car un petit enfant nous est né, et un fils nous a élé 'donné; il portera sur son épaule sa principauté, et il ser;i appelé l'admirable, le conseiller, Dieu, le fort cl le Père du de futur, le prince de la paix ». [ïsaic, ix, 5.)
* Isuic, IX, 2. o II s'asseoira fur le Irùno de David »
:i^B CHAriTriE XVI. — les PROPAÉTIES
prophète, il est à la fois prêtre et victime ; il eouffrira et mourra aGn de satisfaire pour le monde. Chacun sera sanctifié par lui, puisqu'il verse volontairement son sang pour tous les hommes. De son humiliation sortira son exaltation et son triomphe ; de sa mort, la vie pour tous^ les hommes. C'est lui qui promulguera la loi de la nouvelle alliance, lui qui amènera les peuples à la justice*. Sa mort ignominieuse ne sera que le prélude de sa victoire, et son royaume, qui embrassera toute la terre et tous les peuples, n'aura jamais de fin*.
* Isaîe, xLix, 6. a Je vous ai établi pour ôîrc la lumière des nations, et le salut que j'envoie jusqu'aux exlrémilôs de la terre ».
Luc, II, 32. « Comme la lumière qui éclairera les nations, et la gloire de votre peuple d'Israël ».
*Isaîe, LUI, i. « Qui a cru à notre parole? et à qui le bras du Seigneur a-t-il été révélé? Il s'élèvera devant le Seigneur comme un arbrisseau et comme un rejeton qui sort d'une terre sèche ; il est sans beauté et sans éclat. Nous l'avons vu, et il n'avait rien qui attirât l'œil, et nous l'avons méconnu. — Il nous a paru un objet de mépris, le dernier des hommes, un homme de douleurs, qui sait ce que c'est que souffrir. Son visage était comme caché. Il paraissait méprisable, et nous ne l'avons point reconnu. Il a pris véritablement nos langueurs sur lui, et il s'est chargé lui-même de nos douleurs. Nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié ».
Jean, XIX, 5. Et Pilate leur dit : Voici V homme
« Et cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui nous devait procurer la paix est tombé sur lui> et nous avons été guéris par ses meurtrissures ».
Matth., XXVI, 26. Ceci est mon corps, ceci est mon sang qui sera répandu pour plusieurs pour la rémission des péchés. {Jean, i, 29.) Jean vit Jésus qui venait à lui, et lui dit : Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde,
« Nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes;
ET LELR AC( OMPLISSEilL.M. 32^
Daniel, pour consoler son peuple pendant la captivité de Babylone, lui dévoile la suite des quatre gramls ein[)ires, assyrien, persan, grec et romain, et puis il lui moiitre celte monarchie universelle et éternellement durable, que le Dieu du ciel doit fonder sur la terre et établir sur
chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie; et Dieu l'a chiirgé lui seul de riiiiijuilé de nous tous. 11 a été oÛerl, parce «jue lui-môme l'a voulu ».
Jean, X, 47, 18. J'ai le pouvoir de quitter ma vie, et j'ai le pouvoir de la repremlre. (Matth.^ XXVI, 53.) Peiisei-votLs que je ne puisse pas priei^ mon Père, et qu'il ne m'enverrait pas aussitôt plus de douze logions d'anges ?
oll sera mené à la mon comme une brebis qu'on va égorjjer; il demeurera dans le silence, sans ouvrir la bouche, comme un agn 'au est muet devant celui qui le lond ».
Matth., XXVU, 12. Et étant accusé par les princes des prêtres et îes anciens, il ne ré\'>ondit rien. Alors Pilate lui dit : Kentendezvoiis fos de combien de choses ces personnes vous accusent ? Mais il ne répondit neîi à tout ce qu'il put lui dire, de sorte que le gouver^ neur en était tout étonné.
tOn placera son tombeau parmi les impies, son monument sépulcral sera celui du riche p.
Matth., XXVII, 57-CO. Sur le soir, un homme riche de la ville d'Arimathie, nommé Joseph, qui était aussi disciple de Jcsus, vint trouver Pilate ; et lui ayant demandé le corps de Jésus, Pilate com- ^■'•'nda quon le lui donnât. Joseph ayant donc reçu le corps. Ccnvel>a dans mi linceul blanc, et le mit dans un sépulcre neuf qu'il ULuit fait tailler dans le roc.
I 0 Mais le Seigneur l'a voulu briser dans les douh'urs. S'il livre son iuie pour le péché, il verra sa race durer longtemps, et la volonté de Dieu s'exécutera heureusement par sa conduite. C'est pourquoi je lui donnerai pour partage une grande multitude de personnes; et il ilislnbuera les dépouilles des torts, !"rce iju'il a livré sou iuie à la mort, et qu'il a été mis au
inbn' des scélérats, qu'il a porté les péchés de plusieurs, et
il il |)rié pour les violateurs de la loi ».
Matth., xxvii, 38. Et deux voleurs furent cruà/iés ar<r lui, l'un \ sa droite et l'autre à sa gauche.
L'interprétation rationaliste (]ui veut voir dans celle prophétie ilestin d'Israël ou des prophètes en général, tombe parce fait ljI que le < soutlrances de ce juste, du serviteur de Jchovah*
les débris de toutes les autres ^ Il désigne en même temps l'époque oii commencera le règne du Messie. Partant des soixante-dix ans de la captivité de Babyione, prédite par Jérémie, il annonce Tavénement de la complète délivrance et du véritable salut d'Israël, après un laps de soixante-dix semaines d'années, à compter du décret qui ordonnait de rebâtir Jérusalem *. Alors la pré-
sont une expiation pour les péchés du monde, ce qu'il est impossible de dire en parlant du peuple coupable et des prophètes eux-mêmes, pécheurs comme tous les hommes. {Isaîe, VI, 5; Lxiv, 5.) Cette prédiction fui écrite cinq cents ans environ avaut Jésus-Christ. (Voyez Actes des Apôtres, vni, 30-38, son application à Jésus-Christ.)
^Ban., II, 44, 45. « Dans le temps de ces royaumes, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, un royaume qui ne passera point à un autre peuple, qui renversera et qui réduira en poudre tous ces royaumes, et qui subsistera éternellement, selon que vous avez vu que la pierre qui avait été arrachée de la montagne, sans la main d'aucun homme, a biisé Targile, le fer, l'airain, l'argent el l'or; le s^raud Dieu a fait voir au roi ce qui doit arriver dans l'avenir ». Selon Flavius Josèphe [Antiqmt., ii, 8), on avait montré cette prophétie k Alexandre pour lui prouver que Daniel avait parlé de lui. Suivant le Talmud, Jonathas, le fils d'Usiel, n'a pas traduit les prophéties de Daniel en chaldaïque, comme les autres livres saints, parce qu'une voix du ciel lui cria : Arrête. (Bava Megilla, fol. 3, 1.) Car, observe le commentateur, l'annonce du Messie (c'est-à-dire du (Christ), y est consignée ». (Hieros. Schabbat., xv, 3. Comp. Lighir. opp, posth., c. m, § 2 et Sepp. Leben Christi, iv, s. 280.)
* Dan., IX, 24. — « Dieu a abrégé et fixé le temps à soixante et dix semaines, en faveur de voire peuple et de votre ville sainte, atin que ses prévarications soient abolies, que le péché trouve sa fin, que l'iniquité soit effacée, que la justice éternelle vienne sur la terre, que les visions et les prophéties soient accomplies, et que le Saint des saints soit oint. Sachez donc ceci, et gravez-le dans votre esprit; depuis l'ordre qui sera donné pour rebâtir Jérusalem, ju>qu'au Christ, le Chef, il y aura sept semaines et soixante-deux semaines; et les places el les murailles de la ville seront rebâties de nouveau
varication sera écartée, le péché ôté, l'iniquité abolie, la justice éternelle manifestée, la prophétie accomplie; alors sera oint le Saint des saints. Après soixante-neuf semaines accomplies, au milieu de la dernière semaine, le Christ conflrmera son alliance avec plusieurs, les hosties et les sacrifices seront abolis, le Messie sera mis à mort, et bientôt un peuple étranger viendra dévaster et détruire la ville et le sanctuaire.
Déjà Jérémie * avait indiaué le temps où le Seigneur
parmi des temps fâcheux et difficiles. Et, après sept semaines et suLxante-duux semaines, le Clirist seia mis à mort, et Jo peuple qui doit le renoncer ne sera point son peuple. Un peuple avec son chef qui doit venir, détruira la vilh3 et le sanctuaire; elle Unira par un(î ruine ontirre, et la désolation qui lui a été prédite ariivera aprtîs la fin de la guerre, il coulirmeia son alliance avec plusieurs dans une semaine ; et à la moitié de la semaine, les liosiies et les sacrifiées seront abolis, l'abomination et la désolation seront dans le temjde, cl la désolation durera jusqu'à la consommation et jusqu'à la fin ».
Matth., XXIV, t5. Quand donc vous veirez que iahumiwition dâ la dcsolution (jui a été prcdite par le prophète Ihmicl, sera dans le lieu saintj que celui qui lit entende bien ce quil Ut.
î,es semaines d'années sont d«; sept ans, suivant la loi de Moï>e. [Lcvit., xxv, 8.) Les liLirus(|ues et les Hoinains les connaissaient aussi, et le Talniud les erpploi»^ encore plus lard. Les rabbins eux-mêmes, Saadia Gaon et AIumi E<ra, entre autres, ont explKjué ce texte |)ar semaines d'aiinées dans leur commenlaire sur Daniel. De même (|ue sept jours forment une semaine, ainsi sept années toruienl une seMuaino d'années qui se termine par uni; année de sabbat où Toi n'enseinenrait ni ikî récoltait. Apiès sept semaines d'annérs (4!« ans), arrivait une anné»; de sabbat l)ien plus solennello encore ; c'était le jubilé, où se lais.iil une restiluli(»n universe'bî, où tous les esclaves r«'Couvraieiil leur libi'rlé et le gouvernement juif célébrait pour ainsi dir«* sa renaissance. (Vov. Srpp. LchcnChristi, i, s. 128, Miobaelis, Mosaisches Hecht, il, U^l. § M et suiv.)
» Jcrcm., x\xi, 3t et suiv. « Le temps vient, tiil le Seipnenr, où jo ferai une nouvelle alliance (ncin n^-S) avec la maisou
conclurait avec son peuple une nouvelle alliance plus intime, plus haute, plus spirituelle que celle qu'il avait conclue par Moïse. Aggée * prédit d'une façon encore plus précise que, dans le temple bâti par Zorobabel, après la seconde captivité, on verrait apparaître le Dieu après lequel soupirent les nations, comme jamais on n'avait été appelé à le contempler dans le sanctuaire de Salomon. Il ne viendra pas dans la pompe et la magnificence, annonce Zacharie : Fille de Sion, soyez comblée de joie ; fille de
d'Israël et la maison de Juda, non selon ralîiance que je fis avec leurs pères au jour où je les pris par la main pour les faire sortir de TEgypte, parce qu'ils ont vicié cette alliance; c'est pourquoi je leur ai fait sentir mon pouvoir, dit le Seigneur. Mais voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël, après que ce temps-là sera venu, dit le Seigneur, j'imprimerai ma loi dans leurs entrailles, et je l'écrirai dans leur cœur; et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple ».
* Aggôe, ii, 7-9. « Car voici ce que dit le Seigneur des armées: Encore un peu de temps, et j'ébranlerai le ciel et la terre, la mer et tout l'univers. J'ébranlerai tous les peuples, et le Désiré de toutes les nations (D^iarrSa n:2Dn) viendra, et je remplirai de gloire cette maison, dit le Seigneur des armées. La gloire de cette dernière maison sera encore plus grande que celle de la première ». — Le mot gloire, gloria, ^o^a, Jean, I, 44, Ma Kupiou. I Tim,, VI, 16. (Tl^3) a une signification déterminée dans ce parallèle entre l'ancien et le nouveau temple ; c'est le symbole de la présence réelle de Dieu audessus de l'arche, dans son temple, dans la colonne de fumée et la colonne de feu. — Uî Rois, viii, 10. « Après que les prêtres furent sortis du sanctuaire, une nuée remplit la maison du Seigneur, les prêtres ne pouvaient plus s'y tenir,, ni faire les fonctions de leur ministère à cause de la nuée; parce que la gloire {l^'3.0) du Seigneur avait rempli la maison du Seigneur». — {Exod., xxiv, 17.) « Ce qui paraissait de cette ghire du Seigneur était comme un feu ardent au plus haut de la montagne, qui se faisait voir à tous les enfants d'Israël ». D<' même, Exod., XL, 34. — Nomb., xiv, 10. — Isaîe, vi, 3. — ^'iipparition la plus remarquable de Dieu est son incarnation ; aussi saint Jean dit (i, 14): a Nous avons vu sa gloire ». [^ola..
Jérusalem, poussez des cris d'allégresse ; voici votre Roi qui vient à vous, ce Koi juste qui est le Sauveur. Il est pauvre, il est monté sur une ânesse et sur le poulain de l'ànesse *. Il est le bon pasteur qui a pitié de son troupeau égaré et qui vient pour le faire paître ; mais les ingrats le repoussent, et ils estiment sa personne au vil prix du salaire annuel d'un serviteur, trente pièces d'argent. Cet argent, monument du crime de son peuple, est jeté en un endroit impur près du temple ; alors Tancienne alliance de Dieu avec Israël est rompue, et Israël — le troupeau — est dispersé*.
Le dernier anneau de la chaîne prophéli(|ue est Malachie. a Voici », s'écrie-t-il, a que j'envoie mon ange'», et
^Zach.y IX, 9, 11. a Fille de Sion, soyez comblée de joie; fille de Jérusalem, poussez des cris d'allégresse : voici volio Roi qui vient à vous, ce Roi juste, qui est le Sauveur. Il t'St pauvre ei il est moulé sur une ànesse, et sur le poulaia do l'ànesse.
Matth., XXI, 75. Et ayant amené l'ànesse et ràno)i^ ils les couwircnt de leurs vêtements, et le firent mu/Uer dessus.
' /Aicharie, XI, 12. « t^l je leur dis : Si vous juf^ez qu'il soit juste de me payer, rendez-moi la récompense qui m'e.^t due. Ils pesèrent alors ireuU; pièces d'ari^tMil pour ma ncompense. El le Seigneur nuî dit : allez jeter au potier cet argent, celle belle somme (pi'ils ont cru que je valais».
Mdftii., XXVII, 3. Cependant Judus qui iavait trahi, rof/,uit
on il liait otndamnôj toucht^ de repeidir, reporta les treitte ) tt'i > s
adrucnt aux )irinces des prêtres et aux anciens. Ils en achetèrent te
champ d'un potier.
' Malach., m, 1. u Voici ipie j'envoie mon anp^e, el il préparera la vou! (levant ma lace, et aussiUM le Dominateur que vous cherchez, cl l'Ange de l'alliance si désiré de vous, viendra dans son temple. Le voici ipii vient, dit le Si i^neur des
armées iv, 5. Je vous enverrai W prophète Elie, avant que
le prantl el épouvantable jour du Seimieur arrive ».
Matth., XVII, 10. Les disciples l'interrogèrent alors et lui di-
33 l CHAPITRE XVI. — LES PROPHÉTIES
il préparera la voie devant ma face ; il viendra, comme le prophète Elie, prêcher la pénitence avant le grand jour. Et aussitôt, le Dominateur que vous cherchez et l'Ange de l'alliance si désiré de vous, viendra dans son temple. Il créera un sacerdoce nouveau après avoir rejeté les fils d'Aaron. Et les prêtres de la nouvelle alliance présenteront à Dieu depuis l'Orient jusqu'à rOccident une ohiation sans tache, même au milieu des gentils. Par îà se trouvaient clairement énoncés et l'abrogation de l'ancienne loi et le caractère typique et par conséquent transitoire de l'ordre de choses fondé par l'Ancien Testament, et l'établissement par le Messie d'une nouvelle économie du salut ^
Le peuple avait ainsi devant les yeux une image complète du Messie, qui lui faisait envisager l'avenir avec
rent : Vovrquoi donc les scribes disent ils qu'il faut qu'Elie vienne auparavant. Mais Jésus leur répondit : Je vous déclare quElie est déjà venu, et ils ne Vont point conw. ; mais ils l'ont traité comme il leur a plu. Cest aiiisi qu'ils feront souffrir le Fils de Vhomme.
* Malach., ï, 10, M. « Mon afTection n'est point en vous », dit le Seigneur des armées, « et je ne recevrai point de présent de votre main. Car, depuis le lever du soleil jusqu'au couchant, mon nom est grand parmi les nations; et l'on me sacrifie en tout lieu, parce que mon nom est graud parmi les nations )>. — Id., m, 5 : « Il purifiera les enfants de Lévi et les rendra purs comme For et l'argent qui ont passé par le feu ».
S. Luc, XIV, 24 ; I Cor., xi, 24 : Ceci est mon corps qui sera offert 2)our vous ; faites ceci en mémoire de moi.
Ce qui prouve qu'il s'agit ici d'un sacrifice réel, c'est que ceci est dit par antithèse à l'ancien sacrifice. — S'il ne s'agissait que du sacrifice de la prière, cette prophétie ne contiendrait rien de nouveau; on n'aurait pas eu besoin d'un nouveau corps de prêtres, l'hostie ne serait pas appelée immaculée, car la prière de l'homme ne sauniit l'être : l'expression ellemême (nn:^2) indique un sacrifice réel.
confiance et observer les signes des temps. Ce miroir de l'avenir mis devant les regards du peuple, cette peinture miraculeuse à laquelle chacun des prophètes qui s'étaient succédé à travers les i^iècles avait donné .^on coup de pinceau,, représentait fidèlement et trait pour trait celui qui devait venir. Si, [)ar la nature même de toute prophétie, la figure du Messie se trouvait encore entourée d'un certain clair obscur, si toutes les questions n'étaient pas encore résolues, sa ressemblance était assez accusée néanmoins pour que tout homme au cœur droit, tout véritable Israélite pût le reconnaître et dire : Jésus de Nazareth • t le Messie qui doit venir, en lui et en lui seul les prophéties trouvent leur accomplissement'.
Jésus paraît en déclarant o^\'\\ est le Christ, le Messie annoncé '. Je sais que le Messie doit venir, lui dit la ' niaritaine '. Et Jésus lui répond : C'est moi-même qui tuus parle. Voici que nous allons à Jérusalem, et tout ce que les prophètes ont écrit du Fils de l'homme sera accompli ^.Et, passant en revut tous les prophêtes^d corn-
* I Jean, i, 17.
* Jésus (y*iu") S.iuvciir), désif^nc sa mission, Messie (n^^o I XfioTb;, oini) sa dignilc. Il est l'oint par ciccllciice, rempli de ; l'uspni do UîUll.
" Jeaîiy IV, 25.
* Luc, xvni, 31. Jésus se nomme le Fils de l'homm»», paît c "i que c'est sous ce. nom (lu'il a été annoncé; c'est lui [Ikvi.f
TU, <3, W) (jui di)it app.i^allie après la eliiite des «jualio crands royaumes et recevoir île hieu une ploire cl une puisirice éternelles. C'est le Fils Uo l'homme tluns l'acception la piUs ^Mande du mot, le nouvel .\dam, le cîicl" de la r. )uvclie 4;éuuration, du / humanitt' rojcncnie.
mencer par Moïse, il lew expliqua tout ce qui était écrit sur lui dans les livres saints^. Il déclara sa dignité de Messie et de Roi des Juifs devant le grand tribunal de sa nation, déclaration qui devint le principal chef d'accusation porté contre lui et le titre que Ton mit sur sa croix *.
Oui, Jésus de Nazareth est le vrai Messie'. Toutes les indications de temps marquées dans les prophètes, touchant l'avènement du Messie, le désignent clairement. Il apparaît au moment où Israël perd son autonomie polil> que, peu de temps avant rentière dissolution de l'étai juif*, à Texpiration de la soixante-neuvième semaine
* Luc, XXIV, 26.
2 Jean, xix, 12. — Actes des Apôtres, xvii, 17.
^ Matth., XXVII, 37. — « Et, au-dessus de sa tête, ils mirent par écrit le sujet de sa condamnation : Cest Jésus, le Roi des Juifs ».
* Genèse, xux, 10. Déjà l'Iduméen Hérode a'-îit fait mettre, pendant son rèL'ne sur la Judée, un aigle d'Cî au-dessus de la porte principale du temple, comme signe db la suprématie romaine. Après sa mort (750 de Rome), son fils Arcliélaùs gouverna quelque temps la Judée, la Samarie et l'idumée ea qualité d'elhnarque, mais ne tarda pas à être banni. La Judée fut alors incorporée à la Syrie et régie par un procurateur romain. Nous ne connaissons d'autre souverain que César, disent les grands-prêtres et les accusateurs du Seigneur. [Jean, xix, 15.) Les gouverneurs héritèrent de la puissance royale; et, bien que le Sanhédrin conservât encore une certaine autorité en matière de religion, probablem.ent même le droit de faire lapider le coupable d'un crime prévu par la loi de Moïse, le gouverneur s'était réservé la sentence de vie ou de mort en matières politiques. ( « Et tous s'écrièrent : Qu'il soit crucifié ». Matth., xxviii, 23. Comp. Dœllinger, Ileidenth. und Judenth., p. 706. — Id. Christenth. und Kirche, p. 437. Josep. Fhiv., Antiqu., xx, 9.) A peine un âge d'homme étiit-il écoulé, que la destruction de Jérusalem et de sou temple.
d'années, à compter du décret qui ordonne la reconstruction du temple, selon la prophétie de DanieP. Il paraît dans le second temple bâti par Zorobabel, après la capli- Tité, et qui devait avoir la gloire d'être viêilé par le
sous Vespasien (70 ans après Jésus-Chrisl), entraînait dans sa ruine les derniers vestiges de rautonomie politique des Juifs, a Le temps du premier avènement de Jésus-Christ est prédit; le temps du second ne Test pas, parce que le premier devait être caché, au lieu que le second doit être éclatant, et tellement manifeste que ses ennemis mômes le reconnaîtront ». (Pascal, Pensées, p. Il, art. vni.)
F * Dan. y IX, 21-27. Esdras obtint la permission de retourner à Jérusalem et de rebillir la ville la septième annt^e du règne d'Artaxerce Longue-Main, l'au 295 de Rome, 458 avant Jésus- Christ. (I Esdr., 7-10.) Ajoutons à l'an 295, soixante-neuf semaines d'années, c'est-à-dire quaire cent quatre-vingt-trois années, l'appaiilion de Jésus dans i<i vie publique aur.iit eu lieu l'an 778 de Rome. Selon les calci.îs les plus probables, Jésus est né l'an 747 de Rome. Le Mt.-sie ayant été sacrilié a la moitié de la 70» semaine, l'année 782 paraît être celle de la mort de Jésus. L(îs commentateurs ont rencontré de grandes difdcultés pour fixer exactement le point de départ de celte prophétie, d'autant plus que la permission de rebâtir la ville aété donnée deux fois, dans la septième et la vingtième année du règne d'Artaxerce. [I Esdr., 7-10; // Esdr., n, 1 et suiv.) Mais ces écarts de quebiues années ne sont rien par rapport ;\ l'époque elle-même en général. Car, en sup[)Osanl même (lue cluuiue Israélite ne connill pas exactement la chronolof;ie, il pouvait cependant se rendre compte de répo(]ue où devait apparaître le Seigneur d'une façon très-approximative; ce (jue prouve du reste l'attente fiévreuse qui précéda la venue de i Jésus. « Qiiebiues-uns croient avoir des raisons poqr luellre i un peu plus haut ou un peu plus bas le commencement »l"Ar-
I taxerce ou la mort de Noire-Seigneur Mais le peu d'années
; dont on pourrait dispul«r, sur un compte do (juatre cent
I quatre-vingt-dix ans, ne feront jamais une impi»rianie ques-
^•lion. Dieu a tranche la dilticullé. s'il y en avait, par une
■ décision qui ne soullVe aucune réplique. L'n événement mani-
it feste nous met au-tlessus de tous les rallinements des chro-
w noiogistes; et la ruine totale des Juifs, qui a suivi de si près
"la mort de Notre-Seigneur, fait entendre aux moin
j" voy.iiits raccom[)li<sement de la prophélie. (Rossuet, i . >
\tur l'histoire universelle.)
AroL. DU Cdrist. — Tome U. 22
Messie avant sa destruction définitive, selon la prédiction d'Aggée * ; il vient alors que le sacerdoce d'Aaron desservait encore le sanctuaire, sacerdoce qui allait être bientôt abrogé avec tout Tensemble du culte mosaïque, et remplacé par un sacerdoce et par un culte nouveau, ainsi que l'avait annoncé Malachie*; il vient après que le précurseur a prêché la pénitence dans l'esprit d'Elie', et lorsque tout Israël soupirait ardemment après celui qui devait venir*.
En Jésus apparaissent tous les caractères attribués par les prophètes au Messie. Il est fils d'Abraham'', de la tribu de JudaS de la famille de David'', né à Bethléem*, d'une Vierge *, et son avènement en ce monde fut humble et
* Agg., II, 6-9.
*Malach., i, 10, H; ill, 3.
^ Malach., m, 1; Luc, i, 76 : « Et vous, petit enfant, vous serez appelé le prophète du Très-Haut, car vous marcherez devant la face du Seigneur pour lui 'préparer ses voies ». (Matth., III, \.) En ce temps-là Jean- Baptiste vint prêcher au désert de Judée, en disant : Faites pénitence ; car le royaume des deux est proche, car la cognée est déjà mise à la racine de l'arbre. Four moi, je vous baptise dans Veau pour la pénitence ;.... mais celui qui doit venir après moi, est plus puissant que moi. {Jean, i, 29.)
* Tout prouve combien le Messie était impatiemment attendu, les discours du peuple aussi bien que les envoyés du Sanhédrin à saint Jean-Baptiste. [Matth., xvi, 14, 17; xi, 14; Marc, VI, 15; viii, 28; ix, 11 ; Luc, ix, 8 ; Jea7i, i, 19.)
» Genèse, xii, 3; xviii, 18. Comp. Matth., i, 1;
* Ibid., XLix, 10. Comp. Matth., i, 1. II Rois, vu, 12. Comp. Matth., i, 1.
» Mich., V, 2. Comp. Matth., ii, 6.
' Isaîe, VII, 14. Comp. Matth., i, 20.
«ans éclat*. Sa vie publique et ses œuvres ont été admirables *. Suivant ce qui avait été prédit ', il a souffert l'ignominie, la douleur et la mort; mais il s*est relevé dans la gloire. Apres sa mort, la cité et le temple sont ruinés, les enfants dlraël dispersés parmi tous les peuples, et ils demeurent sans roi ni prince, sans sacrifice et sans autel, sans Ephod et sans Thérapbim *. Une nouvelle alliance, un nouveau sacrifice, un nouveau sacerdoce sont fondés '. Le Messie est prôcbé aux gentils qui affluent vers lui de toutes les extrémités de la terre pour l'adorer *.
Jésus est donc le vrai Mossie et lui seul peut Têtre. Un Jiîossie a été annoncé, juifs et païens Tout attendu ; mais, s'il est certain qu'il a été prédit, et qu'on Ta attendu, il ne Test pas moins qu'il a maintenant paru. Il a dû naître en Israël, nation divisée par tribus, et dans laquelle chacun pouvait suivre sa généalogie jusqu'à Abraham, et le Messie, princi|)alement, dut rendre compte de sa généalogie. Il s'ensuit rigoureusement qu'il a dû nécessaire-
* Zachar.y ix, 9, tO. Comp. Matth., xxi, li.
* haïe, IX, (). Comp. Jean, xv, 'iV. « Si je n'avais point fait parmi eux dos œuvres qu'aucun auU'e n'a faites, ils n'auraient point de péché ».
'Toutes les circonstances de sa passion ont rtc nunulieusenienl prédites. {Vs. xxi ; haie, lui; Zarharic, ix.) Il sera rejeté par lt»s chefs de la syna^^o^^uî, train par ses compagnons de table, frappé au visa^^e, conspué, eulin abreuvé do fiel. (Ps. cxvii, 22; Ibid., XL, 10; haie, i, 0; Ps. LXVUI, 22; haie, lvi, 6.)
* Osée, ni, 5.
» Malach., i, 10, i I ; Mat th., x\Ti, 26 ; 1 Cor., XI, 21.
* haie, lx, 01 ; lxii,^C3 ; Rom., x, 18.
3i0 CHAPITRE XVI. — LES PROPHÉTIES
ment venir alors que rancienne organisation politicoreligieuse de ce peuple subsistait encore ; or, elle est depuis longtemps renversée et devenue à jamais impossil)le depuis la dispersion des Juifs. II a dû visiter Israël à une époque où l'on apportait encore au temple les offrandes exigées par la loi, où les enfants d'Aaron continuaient à former le corps sacerdotal et les Lévites, une tribu à part ; le temple devait encore être debout pour servir de point de réunion à tous les observateurs du culte, dont il était la condition fondamentale et indispensable *.
Mais tout cela disparut bientôt après la mort de Jésus et irrévocablement. Il fut même interdit aux Juifs d'entrer dans la nouvelle ville, ^Elia Capitolina, que l'empereur Adrien bâtit l'an 131, sur l'emplacement de la vieille
* Tous les privilèges sont abolis; le peuple juif a encore la loi, mais elle o'a une sigoificalion et une application qu'autant que le temple et l'autonomie politique existent encore. Delà cette contradiction fatalement inhérente au peuple juif actuel ; basé sur l'avenir et devant progresser par sa nature même, il se trouve enserré dans le culte de la lettre morte et de cérémonies privées de leur signification : il s'est survécu à lui-même avant d'avoir atteint son développement. 11 en est réduit à se contenter du semblant de la loi, ne pouvant remplir réellement ses prescriptions, et ce peuple, possédant au plus haut degré l'esprit national, est condamné à errer dispersé dans l'univers entier. Le Talmud lui-même (Cf. Schœttgen, De Messia, v, p. 489) avoue que les périodes messianiques sont écoulées : « Le Rabbi a dit : Tous les termes fixés sont dépassés ». — « Les sages, que leur mémoire soit bénie, écrit Maimonides (Iggereth Hatteman, f. cxxv, 4), nous ont défendu de supputer l'époque de la venue du Messie, parce que le peuple est scandalisé de voir que le terme fixé est écoulé et qu'il n'a pas paru. Aussi les sages disent : Maudites soient les âmes de ceux qui calculent lés époques, parce qu'ils sont un sujet de scandale pour le peuple ». (Voy. Sepp., Leben Christi, iv, p. 281, Schœttgen, 1. c.)
Jérusalem, détruite de fond en comble et rasée, a Une a fois par an », dit saint Jérôme *, « le jour anniversaire a de la destruction de la ville, on voit un peuple en deuil a s'avancer tristement, et des vieillards, couverts de cen- « dre et les habits déchirés, pleurer sur les débris du a temple. Encore s'ils veulent s'arrêter quelque temps, le a soldat impitoyable demande un salaire et leur fait payer a leurs larmes ». Les captivités d'Assyrie et de Babylone ne peuvent entrer en comparaison avec l'état actuel des Juifs. Ces épreuves ne furent que de courte durée, et Dieu suscitait alors des prophètes pour consoler les vaincus et leur rendre Tespérance. Miellée et Isaïe vivaient pendant la captivité d'Assyrie, Jérémie et Daniel pendant celle de Babylone, et ils annonçaient une délivrance prochaine. De ces exils, les Juifs revinrent avec toutes leurs institutions, avec leur organisation politico-religieuse entière. Le peuple restait toujours divisé en tribus et en familles ; Lévi continuait à fournir les serviteurs du temple; Aaron, les prêtres, et la race de David attendait avec impatience le Messie qui devait sortir de sa tige.
Depuis la destruction de la ville et du temple, depuis la suppression des fonctions sacerdotales et la dispersion d'Israël parmi les peuples, le Messie ne peut plus paraître dans les circonstances qui devaient, selon les prophéties, accompagner sa venue.
Ainsi la prédiction et l'atlmte du Messie sont sans objet, une vaine illusion ; ce qui pour nous est inadmi^bible et
* In Soph , G. II.
ce que les Juifs eux-mêmes sont loin de concéder : ou bien il a nécessairement fait son apparition sur la tei'ro. Parmi tous les prétendants au titre de Messie, Jésus de Nazareth est le seul dans lequel toutes les prédictions se réalisent. Jésus seul est le Christ ; lui seul peut être le Messie. Tel fut du reste le dernier objet de la prophétie en Israël : montrer l'accomplissement de toutes les prophéties dans la personne de Jésus de Nazareth, faire voir la parfaite concordance entre le Messie dépeint par les prophètes et la personne historique du Seigneur. Ce n'est pas à la multitude ignorante que Dieu laisse le soin de faire l'application des données prophétiques au présent, d'établir la comparaison entre l'idée messianique et la personnalité réelle du Messie enfin venu; Jean, le dernier et le plus grand prophète d'Israël, se présente après un silence delà prophétie qui avait duré deux cent cinquante ans ; il indique comme du doigt la réalisation des promesses, raccord des figures avec le modèle et leur parfaite conformité. «Voici», dit-il, «Tagneau de Dieu, voici celui « qui ôte les péchés du monde* ». L'œuvre prophétique qui avait commencé à l'aurore de l'histoire, trouve en lui son faîte et sa consommation. Il ne dit plus comme ses devanciers : Il viendra, il dit : Le voilà. C'est ainsi quels dernier des prophètes est le premier qui publie la venue du Messie et qui croit en lui *.
* Jean, i, 29.
* Jean, i, 34. « J'ai vu et j'atteste que celui-là est le Fils de Dieu. C'est aussi ce que dit l'hymne ».
Ceteri tantum cecinere Valiim.
Corde pntsago jubai- affuturum,
Mais pourquoi Israël a-t-il rejeté le Messie et couru luimême à sa perte, alors que, une fois Jésus \enu sur la terre^ toute l'antique économie du salut avait atteint sa fin et n'avait plus de raison d'être? La réponse est facile. D'abord il avait été prédit que la masse du peuple le rejetterait. La révolte qui éclata peu après la mort du Sauveur (l'an 66 après Jésus-Christ), et qui eut pour conséquence la destruction de la ville et du temple, ne fit qu'exécuter la condamnation qu'Israël avait appelée sur sa tête *. Cet événement brisa l'enveloppe qui retenait jusque-là captive la jeune Eglise ; pendant ce temps elle avait recueilli dans son sein tous les meilleurs éléments de la synagogue, tous les vrais enfants d'Abraliam. La sainte Vierge, qui était une personnification d'Israël, Elisabeth, Anne, Zacharie, les Apôtres du Seigneur et les milliers d'hommes qui crurent en lui étaient les vrais Israélites*. Israélite, on l'était par la naissance; confesseur de Jésus-Christ, on le devenait par une foi libre. Faut-il donc s'étonner que tous ne se soient pas élevés jus(|u'à cette bienheureuse foi? Quant à la répulsion dont le Christ fut l'objet, elle provenait de la dépravation presque générale des mœurs, et d'une attache exagérée à la lettre et au culte extérieur de la loi. « 11 ne in'a[»parlient c pas », dit Josèphe', a de juger ce que cet état de choses
Tu quidom inundi scclus aufereolttl ladice prodis.
' Matth., xxvu, 25 ; a yue sou saug relombe sur nous el sur DOS enfants ».
* Jean, I, ^7.
• Bell. Jud., VI, 2.
«réclamait; mais je crois que si les Romains avaieut a tardé à massacrer cette race perverse, un tremblement a de terre, un déluge ou les feux de Sodome l'auraient a anéantie ; car, jamais les générations ainsi châtiées ne a furent si impies et si criminelles que celle-ci ». Les paroles de saint Etienne* mourant, sont le jugement d'Israël, confirmé depuis par l'histoire entière : a Têtes « dures, hommes incirconcis de cœur et d'oreilles, vous « résistez toujours au Saint-Esprit et vous êtes tels que « vos pères ont été. Qui est celui d'entre les prophètes « que vos pères n'aient point persécuté? Ils ont tué ceux « qui leur prédisaient l'avènement du Juste que vous « venez de trahir et dont vous avez été les meurtriers I » Déjà Jérémie se lamente* : « Votre épée s'est enivrée du « sang de vos prophètes ». Et Néhémie * : a Ils vous ont « quitté, Seigneur, ils ont méprisé votre loi et ils ont mis « à mort vos prophètes, qui les conjuraient de revenir à «vous».
Ajoutez que la direction du peuple était tout entière aux mains des pharisiens et des prêtres liés avec eux. Or, à cette époque, nous voyons la souveraine sacrificature déshonorée et devenue vénale, les pharisiens enflés de leur science de la loi, contents d'eux-mêmes parce qu'ils observent ponctuellement la lettre de la loi, et pénétrés de la persuasion qu'ils sont les élus et les privilégiés de Dieu. Dans une disposition d'espi'it semblable, ils de-
* Actes des Apôtres, vu, 5i
* Jerem,, ii, 30.
3 II Esdr., IX, 26.
ri LEUR ACCOMPLISSEMENT.' 315
Yaient voir avec une violente jalousie Jésus étendre peu à peu son cercle d'action, et cet ignorant galiléen pousser sans cesse à des réformes qui blessaient [irofondémentces esclaves du texte de la loi. 11 ne s'était pas instruit dans leurs écoles ; il n'admettait pas leur interprétation traditionnelle des livres saints, et il avait l'audace de les humilier souvent devant le peuple, par des réponses qui portaient coup *. Comme il sondait les cœurs et répondait plutôt à leurs pensées qu'à leurs discours, sa parole pénétrante, en mettant à nu l'intérieur de leur âme, alluma en eux une haine sauvage qui ne trouva satisfaction que dans sa mort *.
Mais c'était surtout l'attente d'un puissant roi terrestre, d'un libérateur politi(|ue et d'un conquérant destiné à faire triompher Israël de tous ses ennemis, qui possédait les esprits. Cette idée préconçue ne permettait pas de voir le Messie promis en quelqu'un qui ne se présenterait pas à la tôte d'une armée puissante et victorieuse '. On ne
^Matth., XXI, iC, 23 ; XXII, 17.
*Jeah, X', 47. — Conip. bai\\\i]Qer,Christenth. und Kirche, p. i3. Tous les prophJ^les étaient des martyrs, au témoij^nage de gainl Etienne [Actes des Apôtres, vu, 51).' he plus prand. et, pour •JIKMJX dire, le Boi des p'ophèles, le Christ devait aussi tMre le Roi des martvrs. La piace MielTahle qu'il faisait au monde par sonincarnalimi.enflammala raj^edes esprits impurs, et lesexcita au combat. Tel lui toujours l'etlVl de la crdce, elle attire à elle tous les nobles sentiments, tandis que les passions honlcu^es ne lont aue s endurcir dans le mal : c'est comme le fcoleil qui romollii ceuaines substances et en durcit d'autres.
•Voy. Scliœltgen, norœ hchr.y 1. VI, c. m. Cu^iaeide Ucp. lleb.y 1. I, c. xv/i. On distingua plus tard deux Messies. Le Messie, fils de David, et le Messie, fils de Joseph. Les disciples du Seigneur eux-môi2.es pouvaient diOicilemeut s'habituer ù.
faisait attention dans les prophéties messianiques qu'à ce qui flattait la vanité nationale, Tamour-propre, la haine de rétranger; on fermait les yeux sur tout ce qui ne pouvait s'interpréter en ce sens. On ouhliait tellement l'autre série de prophéties, celles qui représentent le Messie pauvre, humilié, souflrant comme le serviteur du Seigneur, qu'au mépris des traditions d'un temps meilleur, on les attribuait à un autre personnage. Mais le Christ ne se montra point à la tête d'une armée^ il n'excita pas à la guerre contre les Romains abhorrés : il venait pour opérer une restauration morale et non politique. Ce fut la cause qui le fit repousser. 11 était envoyé pour annoncer la bonne nouvelle aux gentils, loin d'en faire les esclaves du peuple choisi : aux yeux des Pharisiens un tel dessein méritait la mort ^
Voilà pourquoi Israël a rejeté le Messie.
Jusqu'ici nous n'avons considéré qu'un côté de la
l'idée d'un Messie souffrant et crucifié, malgré leur commerce incessant avec le Seigneur durant trois années consécutives. {Matth., XVI, 22; xvn, 22; Luc, xviii, 34.) Eux aussi avaient de la peine à distinguer le premier avènement du Messie du second. On peut voir l'idée matérielle et grossière que les Juils se font'de nos jours du Messie et de ses œuvres (telles que la montagne des Oliviers séparée en deux, la victoire sur Gog et Magog) dans le livre Munimen Fidei bei Wagenseil, Tela ignea Satan, p. 16 et suiv. — Israël nous offre l'exemple d'un Etat essentiellement religieux, et Rome celui d'une religion d'Etat. Tant il était difficile de s'élever jusqu'à Tidée d'une religion universelle qui ne repose que sur la distinction de la vie religieuse et de la vie politique et civile.
» Actes des Apôtres, xxn, 21, 22. Il me dit : « Allez, car je vous enverrai vers les Gentils. Les Juifs l'avaient écoute jusqu'à ce mol ; mais alors ils élevèrent leurs voix, et crièrent; Olez de ce monde cet homme, car ce serait un civme de le laisser vivre *.
preuve à tirer des prophéties; raccomplissement de toutes en Jésus-Christ. Mais à son tour, Jésus-Christ est prophète, plus grand que Moïse et que tous les autres. Il est le prophète et le fondateur de la nouvelle alliance, l'auteur de la nouvelle loi. De môme que le prophète de l'Ancien Testament apercevait dans la vision prophétique, l'histoire de l'avenir comme présente, et la dévoilait dans ses principaux traits au regard curieux de son peu[)le, qui s'enquérait de la raison et de la fin des voies dans lesquelles son Dieu le conduisait; ainsi, Jésus-Christ répondant à ses disciples, leur indiquait, d'une main sûre, le plan du nouveau temple de Dieu sur la terre, leur avenir et celui de l'Eglise qu'il venait fonder. Sa parole prophétique, comme un jet lumineux, rayonne jusque dans le plus lointain avenir, et, tout en laissant les choses secondaires enveloppées d'un voile épais, permet de discerner avec précision les grands événements et les points culminants de l'histoire de l'Eglise.
Jésus prédit ce qui doit lui arriver à lui-même * ainsi qu'à ses Apôtres *, sa passion et sa résurrection ; il prédit le reniement de saint Pierre ', alors que celui-ci ne i)ou-
^Matth., xvn, 21 ; Marc,x, 33 ; Jean, x, 17. « Nous allons, €omnie vous voyez, à JcTusalem, (3t le Fils de l'honinie sera livré aux princes des prùlres, aux scribe's cl aux anciens ; ils le condauineronl à mort et le livreront aux Gentils : ils lui jMsuItLMoni, lui crachiMont au visape, le fouclleroni, le feront mourir; et il ressuscileni le troi>i('!n«* jour ».
* Matth., X, xvn ; lue , xxi, 12. « Ils vous feront comparaître dans leurs assemblées, et ils vous feront fouetter dans leur synagogues : et vous serez présentés à cause de moi aux gouverneurs et aux rois, pour leur servir de lémoi-
gn.igf ».
*Matth., XXVI, 33. « Pierre, pieiianl \d parole, lui dit : ^juauJ
^18 CHAPITRE XVr. — LES PROPHÉTIES
vait même y croire, la trahison de Judas*, qu'aucun des disciples ne soupçonnait '. Il prédit le sort de son peuple, la destruction de la ville et du temple *, en indiquant les circonstances qui doivent l'accompagner: a Ces faits s'ac- « compliront avant que cette génération passe * ; il surgira « de faux prophètes % du temple il ne restera pas pierre a sur pierre ® ; Israël sera à tout jamais dispersé parmi «les peuples ' ».
tous les autres se scandaliseraient à votre sujet, pour moi, je ne me scandaliserai point. Jésus lui répartit : Je vous dis en vérité qu'en celte nuit même, avant que le coq chaule, vous me renoncerez trois fois ».
* Jean^ xiii, 21. «Jésus ayaut dit ces choses, se troubla en son esprit et se déclara ouvertement, en disant ; En vérité, en vénié je vous le dis, Tun de vous me trahira ».
« Jean, xni, 28, 29.
^ Matth., XXIV, 2; Marc, xni, 2; Luc, xix, 42-44; XLI, 6. Matth., XXIV, 25 : « Voyez, je vous ai prédit toutes ces choses ». Luc, XIX, 43 ; « il viendra des jours pour toi où tes ennemis l'environneront de tranchées, qu'ils t'enfermeront et te serreront de toutes parts ; qu'ils te renverseront par terre, loi et les enfants qui sont au milieu de loi, et que de toi ils ne laisseront pas pierre sur pierre, parce que tu n'as pas connu le temps auquel Dieu l'a visitée ».
* JUa«/i.,xxiv,34. « Je vous dis en vérité que cette génération ne finira point que toutes ces choses ne soient accomplies ».
^ Matth., XXIV, 5. « Parce que plusieurs viendront sous mon nom, disant : Je suis le Christ, et ils en séduiront plusieurs, (xxiv, 24.) Car il s'élèvera de faux christs et de faux pro- \< phèles ».
*Luc, XIII, 2. « Il ne restera pas pierre sur pierre ».
' Luc, XXI, 24. « Ils seront passés au fil de Tépée ; ils seront emmenés captifs detns toutes les nations; et Jérusalem sera
T LEUR ACCO.MPLISSEMEM. 349^
Tous ces faits, Jésus les a prédits a\ec la certitude tranquille et profonde qui caractérise chacune de ses paroles. On le sent, l'avenir est présent pour lui, c'est un livre ouvert dans lequel il lit, de menie qu'il lit dans la vie la plus intime et la plus secrète de chaque homme *. Qu'il prédise un de ces événements qui ébranleront la terre et qui en changeront la face, ou qu'il rappelle un mort à la vie, qu'il opère un prodige ou l'action la plus ordinaire, c'est toujours chez lui le même calme divin. Qu'il produise un miracle soit dans l'ordre naturel, comme une guérison soudaine ; soit dans l'ordre morale comme une prophétie ou une conversion, rien ne l'étonné. Le surnaturel est pour lui le naturel, Jésus-Christ faisait ses prédictions à une époque et dans des circonstances où la terrible catastrophe qui allait frapper le peuple juif, loin d'être prévue par personne, semblait contraire à tous les calculs de la politique humaine.
L'histoire a enregistré l'accomplissement de la prophétie. Le peuple, raconte Josèphe, suivait avec une crédulité aveugle le premier imi)Osteur qui se donnait pour prophète, pour précurseur du Messie ou pour le Messie lui-même. A partir de Theudas, (jui paraît hieiilùt après la mort de Jésus-Christ [l'an -i.')), il ne se passe pas une période de dix années sans que de faux prophètes et de
foulée aux pietls par les Gentils, jusqu'à ce que le Wu]\^ des nations soil accompli ».
* Jean, I, i8-d0. — Natlianaèl lui ilit : D'où mo. connaissezvous? Jésus lui répondit : Avant (jur Philippe vous appelât, je vous ai vu lorsque vous cUez sous lo figuier ». [Jean, vi, 71, "72 ; Matt'i., ix, -ii ; xii, 'l'J ; Jrnn, il, '21.) « Il connaît les pensées du iraltrc et les riKichinaiious de ses ennemis ».
faux messios ^ se présentent. Pendant que ie temple brûlait, six mille hommes se mirent à la suite d'un faux prophète qui leur promettait le salut, et trouvèrent tous la mort dans un passage souterrain. Les contemporains de Jésus survécurent à la destruction de la ville et du temple, puisque la révolte éclata en 66 ^ Sept ans durant, la guerre sévit avec une fureur incroyable ; chaque pouce de terrain gagné par Titus et ses Romains leur coûtait un combat ; l'inexorable acharnement des assiégeants et Tindomplable exaspération des assiégés montrèrent toute la haine que se portaient mutuellement les Juifs et les Romains, les deux peuples les plus orgueilleux de la terre. Le nombre de ceux qui périrent s'éleva à un million, au rapport de Josèphe^; environ quatre-vingt-dix mille furent vendus comme esclaves *. La maladie et la famine en enlevèrent plus encore que le fer *. Contraire-
* Josèphe, BeîL Jud., ii, 13; vi, 5. — Aîitiq., xx, 7.
* Des prodiges avaient annoncé l'événement. {Luc, xxi, \i.) « Il paraîtra des choses épouvaniables et des signes extraordinaires dans le ciel ». — « La nuit », dit Tacite {Ann., v, 13), on voyait des armées qui combattaient, des armes qui éiincelaient, le temple, soudain illuniiné de feux qui venaient d'en haut, les portes du sanctuaire s'ouvraient d'elles-mêmes, et une voix surhumaine annonçait que la divinité s'en allait, et là-dessus on entendit un bruit comme de plusieurs qui sortaient ». Cf. Josèphe, VI, 5.
' Bell. Jud., VI, 9.
* Luc, XXI, 24. « Ils seront emmenés captifs dans toutes les nations ».
* Luc, XXI, 23 : « Malheur à celles qui seront grosses ou nourrices en ces jours-là! » — iMarie, la fiUe du noble Eléazar, tua et rôtit son enianl dont elle donna moitié à une troupe dt*
ET LEUR ACCOMPLISSEMEKT. 351
ment à la politique romaine, qui d'ordinaire respectait les capitales et les sanctuaires nationaux ^, au mépris dos ordres formels de Titus qui voulait sauver le temple, la ville et le temple furent détruits. Un grand nombre de juifs, qui avaient leur domicile ailleurs qu'à Jérusalem, mais que la célébration de la fêle de Pâques avait attirés dans la ville sainte, périrent également. Seuls les chrétiens, se souvenant de la prédiction du Seigneur, avaient abandonné la ville pour se retirer à Pell;'., colonie grecque, au-delà du Jourdain *. Pour la jeune Eglise engagée dans une lutte à mort avec la synagogue, ce dut être un puissant motif de confiance que cette prophétie du divin Maître accomplie d'une façon si terrible et si éclatante ; et pour les Juifs un sujet de réflexion qui ébranla l'opiniâtreté de plusieurs *. Et l'accomplissement de la pro-
soldats afTamés : cette action abominable excita l'horreur dans le camp romain. (Beîl. Jud., vi, 3.)
* La domination romaine ne fit rien perdre de leur antique splendeur à Syracuse, Antioche et Alexandrie.
*EusM)0, JJ. E., m, 5. — Kpiph., De fond, et mens.f c. V. — Luc, XXI, 20. « Lorsque vous verrez une armée environner Jérusalem, sachez que sa désolation est proche. Alors que ceux qui sont en Judée s'eufuient sur les montagnes ».
* En rejolant le christianisme, les Juifs amenèrent la chute de Jérusa.'rm; car s'ils avaient admis la nouvelle religion, ils •Draieut poursuivi dans l'avenir un autre idéal, et la révolte suscitée par la haine n'eiM pas éclaté. L'accomplissemem si ^bit et si exact de celle pr(>pliétie est une preuve tellcuîent forte que l'atliéisme moderne a dû chercher à y échapper. L'on prétend (jue cette prédiction a été taite après coup, par «lemple Strauss. {Lebm Jes^xi, n, p. 367 ) Mais l'éponue où *nreiii composés les Kvaugiles, bien antérieure aux taiis pré-
i:s, contK-dil cette assertion ; Strauss lui-même adm»t qiio L's Evangiles ont été composés dans un espace de trente ans.
phélie ne fut point passager, mais durable. Trois siècles plus tard les Juifs, d*accord avec l'empereur Julien, essayèrent de rebâtir le temple et de faire mentir l'Evangile en reconstituant le culte mosaïque. Mais tandis qu'ils poussaient activement la reconstruction du monament, rapporte l'historien Socrate, Cyrille, alors évêque de Jérusalem, se rappelant les paroles du Seigneur, annonça que bientôt il ne resterait plus pierre sur pierre. Pendant la nuit un grand tremblement de terre eut lieu, bouleversant les anciens fondements du temple avec les constructions contiguës... Le feu du ciel dévora tout Touvrage... consuma tous les outils des travailleurs, et durant tout le jour le feu continua ses ravages *. Ce phénomène peut sans doute s'expliquer naturellement
ce qui prouverait qu'ils ont été lus avant la destruction de la ville. (Slrauss, Id., i, p. 66.) Les Evangiles rapportent, en outre, des détails et des circonstances antérieures à la destruction de la ville, avec une vérité qu'un historien postérieur à cet événement n'aurait pas pu imiter, car tout fut alors changé et bouleversé. Un fait vient encore attester l'auihenlicité de cette prophétie : c'est l'émigration des chrétiens, lorsque personne ne soupçonnait la destruction de Jérusalem, et qui furent ainsi épargnés. Enfin, si cette prophétie avait été composée, post eventum, elle porterait un caractère plus historique, et la sentence qui condamne Israël ne serait pas englobée dans la prédiction du jugement universel, comme; nous le voyons surtout dans saint Matthieu, xxiv, 29.
1 Socratp H. £., in, 20. Tous les historiens chrétiens sont d'accord sur les laits. Sozomène, H. £., v, 22. — Théodoret, H £., ni, 20. — Rufin, H. E., i, 38. — Saint Ambroise, Ep. XL ad Theodos, — Saint Jean Chrysost., Exp. in Ps. ex. HormL Lxvi in Matth. — S. Grég. de Nazian., Orat. ii in Jul. — L Arien Philostorgius, IL £., vn, 9, et entin le païen Ammien Marcellin, xxiïi, 4. Pendant qu'Alypius, dit Aramien, poursuivait ardemment son œuvre avec l'aide du proconsul, aes globes de feu éclatèrent tout à coup au milieu des travailleurs a plusieurs reprises diiférentes, en brûlèrent un grand nombre.
par un lreml>leinent de terre, par la circonstance d'un sol riche en bitume ; mais l'intervention providentielle n'en subsiste pas moins, elle éclate dans le concours des faits particuliers qui constituent l'événement total. Que ce phénomène se soit produit en ce temps, en ce but, au milieu de ces circonstances, qu'il ait eu pour résultat l'accomplissement et la confirmation réitérée des anciennes prophéties, c'est tout cet ensemble qui est divin. La dispersion prédite d'Israël parmi tous les peuples, telle qu'elle se présente dans l'histoire, c'est-à-dire unique en son genre et même contraire à cette loi générale de rhisloire suivant laquelle les nations vaincues sont absorbées par la nationalité \t\'^<, forte des vainqueurs, voilà encore un phénomène d'une nature si miraculeuse, que l'habitude seule ou la sottise peuvent passer à côté avec indifférence. Les peuples subjugués périssent, mais Israël ne périra point, il doit resUji dispersé dans l'univers sans jamais se confondre avec les autres nations, ombre qui suit la croix partout où elle s'érige, témoin muet mais éloquent de l'histoire évangélique, confessant malgré lui que Jésus est le Messie, étalant à tous les jards sa propre réprobation, instrument mystérieux des plans divins. « Car lorsque tous les peuples auront em- '« brassé la vérité chrétienne, Israël à son tour sera sauvé *.
l 'l rondironl le lieu inaccpssibl»' : comme tous les élémont'? f^cmhlaiont se conjurer opiniitrémiMit conire cel ouvrage, on Vul forcé de rabiinUoiiiUM* n.
Voy. Diorinpor, Gcrîtlichc Tfuit. des Cfiristent , i , 380. — .ibbon, Histoire de la chute de icmyire romain, t. n
^I\oi/\., XI, 2;i.
Ai'OL. rr 'Ikr ST. — Toîie II. 23
3oi CHAPITRE XVI. — LES PROPHÉTIES
a De sorte », dit Pascal * après saint Augustin % « que a ceux qui ont rejeté et crucifié Jésus- Christ qui leur a « été en scandale, sont ceux qui portent les livres qui a témoignent de lui et qui disent qu'il sera rejeté et en e scandale ; de sorte qu'ils ont marqué que c'était lui eu a le refusant, et qu'il a été également prouvé et par les «justes Juifs qui Tout reçu et par les injustes qui l'ont a rejeté, Tun et l'autre ayant été prédits ».
Jésus-Christ annonce enfin la propagation de sa doctrine par toute la terre et la perpétuelle durée de son Eglise à travers tous les siècles, jusqu'à la fin du monde. « Vous recevrez la vertu du Saint-Esprit qui descendra « sur vous, et vous me rendrez témoignage dans Jérusa- « lem et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux « extrémités de la terre*». Si Platon et Socrate avaient été appelés à donner leur opinion sur cette parole, ils l'auraient crue insensée; et s'ils l'avaient vue accomplie, ils auraient bien certainement reconnu dans ce fait la main
* Pms., p. n, art. 8.
2 Circumquaque ambulant ocuUs obscuratis, ut per eos hœc probentur. Ideo factuni est, ne sic delerentur, ut eadem secta omninonulla esset ; sed dispersa est super terras, ut portans in nos collatœ : -yatiœ prophetias ad convincendos firmius infidèles nobis ubique -^
prodessent Occisi non sunt, sed dispersi in libris suffraga*
tores, in cordibus nostri hostes, i?i codicibus testes. De Fide, c. Vf, n. 9.
» Actes des Apôtres, i, 8 ; Jean, xii, 32. « Et moi, quand j'aurai été élevé de la lerre, j'attirerai lout à moi ».
Matth., XXIV, 14. « Et cet Evangile sera prêché dans toute la terre, pour servir de témoignage à toutes les iialioQS ».
ET LEUR ACCOMPLISSEMENT. S^ri
de Dieu *. Trois cents ans à peine s'étaient écoulés depuis que cette prédiction avait été prononcée, et déjà elle était réalisée. Saint Paul pouvait, avant de mourir, constater avec joie que TEvangile avait déjà pénétré jusque dans nilyrie *, et que la foi des Romains était prêchée partout, A la fm du premier siècle, le Christianisme, au dire de Pline, avait envahi l'empire tout entier, au point que les fêtes des dieux avaient cessé et que leurs temples étaient déserts ' : a On les trouve », dit Scnùque % « dans tous les « pays; les vaincus ont imposé leurs lois aux vainqueurs». « Nous ne sommes que d'hier », disait Tertullion * sur la fin du II" siècle »,et nous avons envahi tout votre empire, € cités,îles, camps, palais^sénat, forum ; nous ne vous lais-
* ATpolog. Socrat., p. 117, 118.
■ lioin.y XV, 19.
' Ep. Hb. X, ep. xcvir. Il reçrorde comme dangereuses les
poiirsuiU'S diri;;ées conlro les chrétiens à cause de leur foi, vu le gniiid nouibre de personnes de tout Age, do tout sexe et de toute position qui se trouvent enveloppées daus cette accusation. La ville et l.i cainpiigne ont été perverties, dit-i), par celte peste abominable de l.i sui)erstition chrélienno ; peu s'en laulijue les temples ne soient cumplélement abandouués, el les lûtes tombées en désuétude.
*Ap. August., Deciv.Dci, 1. M, c. ix.
• Apolog., xxxvii. « Tous les peuples croient au Christ », dit- Il en un autre endroit [C. Jud., c. vu), « les Parlhes, les .V^•lle^', les Elainites, les habitants de la .Mésopotamie, de l'Arniénie, de lii Phiyjzie, de la (lappadoce, du Pont, d«^ rAsie-Mineure, de la P.un"ph\,lie, de TlO^yple, et de l'Alriiiue, juS(]U'au-i!elà *ue Cyrèue : les tribus des (iétules el des .Niaures, toutes les provinces do TL^spagne, les dillerentes nations do la (iaule et ;Us(iu'à des lieux inaccessibles aux Itomains dans la Graiidelîrein;;ne sont soumis aux lois du Christ. Ajoutez les Sar- :Tialli('s, les Daces, les (iermains, les Scythes el les habiluuis Viles éluiguées dout nous connaissous à peine lo nom »
356 CnAPlTRE XVI. — LES PROPHÉTIES
c sons que vos temples». — a II n'est pas une seule nation c dans laquelle », dit saint Justin \ « on n'adresse aujour- 0 d'iiui des prières au Dieu, Père de Tunivers, au nom c de Jésus crucifié D. — « Le Christ annonce la durée de c son Eglise au milieu et en dépit de toutes les persécu- <i tionsqui ne lui manqueront jamais * d. — « Vous serez « opprimés dans le monde, mais ayez confiance, j'ai 0 vaincu le monde ' » . — « Tu es Pierre, et sur cette pierre ((je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévau- « dront pas contre elle * ». — « Je suis avec vous tous « les jours jusqu'à la fin du monde^ ». Toute œuvre humaine porte nécessairement le cachet du fini, est circonscrite dans les limites du temps et de l'espace. L'universalité de l'Eglise et sa propagation par toute la terre montrent déjà son caractère divin, et la durée indéfectible de cette même Eglise, sur laquelle le temps coule sans laisser de trace, le temps qui cependant ensevelit tout, renverse tout et entraîne tout ce qui est terrestre, manifeste d'une autre manière sa céleste origine.
Deux mille ans bientôt ont passé et Thicftoire a confirmé les paroles du Seigneur. Par sa propagation d'abord,
* Au commencement du ii* siècle. {Liai. c. Tryph., cxvii.)
^Luc, XXI, \2; Jean, xv, 20 : «Comme ils m'onl persécuté, ils vous pcr>i'louleronl ».
}Iatth., XX, 9. « Tous les peuples vous haïronl à cause do ijio'ii nom ».
' Jean, XVI, 33.
^ Matth., XVI, i8.
» Ibid., XXVIII, ÎO.
ensuite par sa durée, l'Eglise clirélienne est donc deux fois l'œuvre de Dieu, elle prouve deux fois la divinité do Jésus-Christ. Objet des pro[)liéties, elle est l'œuvre de Dieu, car Dieu seul pouvait la prédire. Réalisation des prophéties, elle est encore l'œuvre de Dieu , car Dieu seul pouvait réaliser ce qui a été fait, et vaincre les obstacles inhérents à la nature même des choses, sans parler de ceux qu'y ajoutaient les circonstances particulières du temps et la situation du monde. Il a en vérité vaincu le monde.
La révélation contient les promesses du salut ; or, le salut n'apparaît consommé et parfait que dans l'avenir ; c'est pour([uoi la révélation est nécessairement prophétique. Aussi dans l'Ancien Testament chaque nouvelle période de révélation se montre avec un élément prophéti(iue, jus»iu'à ce que Daniel annonce d'une manière précise l'épocjue à la(|uelle paraîtra le Sauveur *. C'est pouniuoi le Christ (jui comi)lèle la révélation accomplit en même temps la prophétie. Israël pouvait contempler sa propre histoire dans le miroir des prophéties ; et l'Eglise aie même avanlui^ei car le Christ lui a expliqué
* Omiiia .rgo hœCf sicut tunto ante yrœdida legimus, sic et facta cognuscimus et (lucmadniudum piiini cfuistianit «/«ù< nondum istc frovenisse videbiuit , miTaculis inovchantur ut credcrcnt, sic mis, quia oninia ista cumpltta sunt, sicut va in litris Ugiimis tfui luinje antequ'.im h'ir. compltrentur consrripti suiit, ' ' ^'"*,
:€t jii'dsciUia jam vidciUur, aililictimur : , . [ttf
'^restant, siisli'u^Ues et pirseverantcs in Uorntno sine dubitatwne vcntura n-edamus. Siqitidem adhuc trilnilationes futiirœ in eisdtv^ tcriptuns hguntur, rt ï;».sy ultnnus judini (/iVs, ubi omnc$ en es ambtinim iHnrum rivitatiiin /"-/i^s « rrccturi .o.nt.cl
rutiniiun i»7te silœ antc tnfduml l'Ini^tt j . .'an. De c.itichiz.
rudib xx;v.
358 CHAPITRE XVI. — LES PIlOPOÉTIES
son avenir ainsi que le jugement dernier en traits profondément significatifs. La première partie de sa prédiction, c'est-à-dire la destinée et le jugement d*Israël, ia propagation et la durée de son Eglise, est maintenant accomplie; ce qui, selon la remarque de saint Augustin, nous donne Tassurance et la certitude que la seconde partie de la même prédiction qui regarde le second avènement et le jugement dernier, aura aussi son accomplissement.
Les contemporains de Jésus eurent le bonheur inestimable de le voir, lui, le Fils de l'homme, et d'être témoins de ses miracles ; sur ce point ils ont été plus favorisés que nous, qui ne connaissons ses actions divines que par les histoires. Mais, à d'autres égards, nous sommes plus heureux qu'eux, car nous voyons de nos yeux le grand, le continuel, l'incontestable miracle de Taccomplissement de ses prophéties, miracle qui frappe maintenant tous les yeux qai regardent, et qui est double, parce que Dieu seul a pu et faire et accomplir les prophéties, a II ne faut pas « d'autre preuve », dit Pascal * après saint Augustin % « pour
* Pascal, Pensées, p. ii, art. 3.
* Qui enim temporibus illis in Judœa terra fidèles fuervnt, ex virgine nativitatem mirabilem ac yassionein^ resurrectionem, ascensionem Christi, omnia divina dicta ejus et facta prœsentes prœsentia didicerunt. Jlœc vos non vidistis. Ergo hœc adspicite, in hœc attendue, hœc, quœ cernitis, cogitate, quœ vobis non prœterita narrantur, nec futura prceimntiantur , sed prœsentia demonstrantur. A7i vobis inane vel leviter videîur, et nullum vel parvulum putatis esse miraculum divinum, quod in nomine unius crucifixi U7iiversum genus cnrrit humanum. Non vidistis quod prœdictum et impletum est de humana Christi nativitate: Ecce virgo concipiet et panel (ilium; sed videtis quod prœdictum et impletum est ad Abraham Dei verbum ; Id semiûe luo benediceniur omnes génies. Non videtis, quod de mira-
« reconnaître la vcrilé de la religion chrétienne, l'accomf plissement de toutes les prophéties est un miracle pert [>ctuel ». C'est encore une disposition de la sagesse divine qu'en aucun temps ses témoignages n'ont cessé d être miraculeusement dignes de foi *.
a La seule Eglise catholique », dit Bossuet *, « remplit tous € les siècles précédents par une suite qui ne peut lui être € contestée. La Loi \ient au-devant de l'Evangile ; la sucf cession de Moïse et des patriarches ne fait qu'une même € suite avec celle de Jésus-Christ. Etrealtendu, venir, être « reconnu par une postérité qui dure autant que le c monde, c'est le caractère du Messie en qui nous croyons, f Jésus-Christ était hier, il est aujourd'hui, et il est aux c siècles des siècles. Quatre ou cinq faits authentiques et
bilibiis Christi prœdictum est : Venite et videtc opéra Doniini quae posuil piodigia super Icrram [Ps. XLV, 9) ; sedvidctis, quod dictnm est: Postula a me, eldalx) libi ^enlns hiEreditateui. Non vidislis, quod prœdictum est et impletum de jmssioîie C/insft ; Foderuni Dianus meas el pedes mens,iliuiimeraverunl ossa mea, ipsi vero consideraveruiil et inspox«'runi me ; diviscrunl silii vestimeula n)«'<i, <U sup(;r veslcm muiim mis»MUi»l sorlciii ; scdvidetis,ijnod iti codem psalmo prœdictum est et nufic apjxiret impletum : Coiuineniorabuniur, el converleniur ad Dominum univers! fines lei rae, et ad()ral)unl in conspeclu cj us u ni versajp.UriîBjîcn tin m (Ps. XXI. 47.) NuH vidistis, quod de resurrectione ejus dictnm et imyilctum est: E^'o dormivi rt sommiin c«'[>i, l'I «'xsurn-xi «t Doimnus est niccum : sed videtis ejus Eccksiam, de qua sitnilitcr dictum et impletum est : Dominus Deus meus, ad le génies venienl db exliiMUO terrai cl diecnl : Vere mendacia coluerunl paires nostri
Biriiiilacra. Uoc certe, sive velitis $ivc nolitis, <iccipite Vtrnipie
vobis prœdicla vioiistrdnms, utniipic uutctn lohis implcta proprerea f*X)hi$ dcmmistrare vich'wia non jHjssumus. qnvi revocare m conspectum prœterita non valemus. (Auguslio., De /Wc, c. IV.)
* Ps. xr.ii. n.
*lHscAjui^ MU- l'Uistoire witia:>tUf, ii p. lin.
a plus clairs que la lumière du soleil font voir notre « religion aussi ancienne que le monde. Ils montrent, « par conséquent, qu'elle n'a point d'autre auteur que a celui qui a fondé l'univers, qui tenant tout en sa main, G a pu seul et commencer et conduire un dessein où tous a les siècles sont compris ».
NOTES ADDITIONNKI.LE:
DU CHAPITRE SEIZIÈMP.
« Tout le paganisme ancien et moderne », dit I.ûcken *,
« avait une prophëlie quil faisait n'ir.oriltT jusqu'au preniicr
3atriarche du genre hiiiTiain, selon laquelle à la fm d'uue
ongue période, lorsque riniquité serait montée à i^on comble,
'âge de fer du péché et de la misère cesserait, les dieux ou
es tyians de ce monde, c'est-à-dire les démons, seraient
renversés. A la Hn de ce temps, il paraîtra un gj^uid roi, un
héros, sorti de la postérité de la première fenjme, mais eu
même temps d'une oiigine divine, il viendra pour écraser la
tête du démon et pour inaugurer un nouvel Age de bonheur
i d'innocence, semblable au pieoiier âge du monde o.
Chez les anciens peuples civilisé?, particulièrement clicz les Perses, nous trouNons la [)einlure d'un nouvel âge du monde, d'une restauration de rbiimanilé. a Le letiips a viendra qu'Ahrin.aa sera anéanti, la terre sera alors a égale et unie, et il sera établi un royaume habité par a des h( mnies heureux, d'une même langue ' d. Celte période est aussi décrite dans le Zend-AvesUi tt le Boundelie^eh ; Ahriman sera contraint de rendre hommage a Ormuzd *. Dans les derniers temps, il viendra un homme nommé Oschandeibéga, c'est-à-dire, l'homme
« pp. cit. 8up. 351.
• Plut., Df Isid. et Osirid.y c. 47. Cf. lue, m, 5. Ua., XL, 3,
' Zend-AvutOf IxaduU par Kkuker. in, p. lOl.
du monde, qui fera fleurir la religion et la justice dans le monde, rétablira et purifiera la yraie croyance *.
Chez les Indiens, la femme de Kassiapa , le premier homme, s'appelle Diti comme mère des mauvais géants, et Aditi comme mère des bons esprits. Comme Diti, chassée du paradis pour une faute, se lamentait, Kassiapa, son époux, lui prédit que leur postérité ne serait pas totalement perdue, qu'il leur naîtrait un fils qui serait rempli de vertu et de sagesse, et par qui les dieux seraient vengés des géants. Pour Aditi , la femme avant la chute, Vischnou lui-même lui prédit qu'il lui naîtra un fils qui combattra et tuera les géants*. A la fin de l'âge actuel du péché, Vischnou doit paraître dans le dixième Avatar (Bouddha a paru dans le neuvième) sous le nom de Kalki pour faire cesser tous les maux et rétablir l'âge du bonheur , tel qu'il régnait au commencement du monde *.
L'idée qu'il viendra dans le monde un grand saint est universellement répandue en Chine depuis le vi^ siècle avant notre ère, dit A. de Rémusat \ Confucius lui-même affirmait que le véritable Saint, dont il voulait être considéré comme le messager, viendrait de TOccident *.
* Kleuker, op. cit., Ii, p. 273. Ilydc, De relirjione vet. Persor.^ Oion. 1700, p. 382.
2 Bagavadam, asiut. Originalschr., i^e part., p. 56, lii, 135.
3 Bagavadam, i'« part., p. 206. Kleuker, Asiat. abhandl., i" P"t-> p. 185.
* Dans les remarques sur le livre sacré des Chinois, Tschoung-youn?, c'est-à-dire VinvariaUle milieu. Notice et extrait des Manuscrits, t, x, p. 158-160.
* A. Rémusat^ l. c, p. 143-145.
a C'est en Chine d , dit Desguignes, « une croyance très-an- « cienne qu'une autre religion doit succéder à celle des «i idoles, qui a dénaturé l'ancienne * ».
Chez les Egyptiens l'antagonisme d'Osiris et de Typhon était d'abord tout physique, mais plus tard il fut tout ensemble physique et moral. IJorus, fils d'isis la première mère, le vengeur d'Osiris, ou mieux Osiris luimême ressuscité, est poursuivi dès son enfance avec sa mère par Typhon, et précipité dans les profondeurs de l'abîme ; mais bientôt il se relève, enchaîne et tue le serpent Python *. Diodore ■ raconte la légende des Libyens, chez lesquels était Toracle de Jupiter Ammon. Chassé de son royaume, Ammon avait annoncé à son peuple qu'après un certain laps de temps son fils Dionysos (Osiris) viendrait au monde, qu'il rétablirait sa souveraineté héréditaire, se rendrait maître de toute la terre et serait reconnu pour Dieu.
Chez les Grecs, Prométhée passe pour avoir façonné l'homme et pour être l'homme primitif ; il représente toute l'humanité, qu'il sauve lorsque Jupiter veut la perdre. Jupiter irrité, mais dont la puissance doit être brisée un jour, le cloue à un rocher où un aigle en fait sa proie. Prométhée avait prévu ce supplice et aurait pu l'éviter, mais le sentiment qu'il a de son immortalité l'élève au-dessus de sa |)ropre destinée.
«J'ai osé sauver l'huinanilé, je l'ai arrachée à l'infcr-
■ Mémoires de Pacad. des Inscn'pt., t. XLV, p. 543. •Plular., De Isid. et Osùvi., iix.