DU CHAPITRE ONZIEME
L'idée que les anciens se faisaient de Ii misère de Texistence humaine se montre tout enlicrc dans la coutume qu'avaient les Thraces, au rapport d'Hérodote*, de saluer chaque nouveau-né, à sou entrée dans la vie, par des lamentations et des pleurs, en énumérant tous les maux qui l'attendaient; tandis qu'au contraire, en ensevelissant les morts, ils témoignaient leur joie de les voir affranchis de tant et de si grandes douleurs. Dans l'apologie de Socrate, Platon fait dire an plus sage des mor^ tels^ que la mort, même quand elle nous priverait pour toujours du sentiment, serait encore un grand avantage, puisqu'un sommeil complet vaudrait mieux que la plusj belle vie '. On connaît ce passage de Théognis * :
a N'être jamais né, n'avoir jamais vu le jour, serait le mieux pour Thomme mortel; mais, une fols né, son meilleur sort est de gagner vile la demeure d'Hadès et de reposer BOUS un tertre de gazon ».
1 Histor., y, 4. Conf. Bœekh, PhiloL, page 181, ' Page 40 : 0a'-///.«aTÔv xépooi «v Ht^ h 54v5ct»<; » Gnom., 425.
Sophocle exprime la même pensée dans l'OEdipe à Colune * :
Le premier des biens serait de n'èlre jamais né, le secoii ' de mourir tôt.
a La vie de l'homme, dit Euripide *, est remplie «Je douleurs, et ses pfines n'ont pas de terme ». Kl Homère avait (lit avant lui ■ : « De tous les ùlres qui respiient et se meuvent sur terre, le plus misérable, à mon avis, c'est l'homme ».
Pline * dit lui-même :
Chacun doit au moins se consoler par cette pensée que, de tous les biens que la nature a départis à l'homme, il n'en est pas qui soit prélérable à une prompte mort '.
Rien donc de plus répandu dans l'anliquitc que ce mot de Silène *, (jue le meilleur pour l'iiomme c'est de ne pas naître ou de mourir aussitôt ne. Sophocle ^ et Plularque ' le répètent; et, au temps de la i)lus {^Tande splendeur de la Grèce , uii
• Ver» 1225.
« Uippol., vers 189.
• //iVjii., xvn, k\(j. Odyss., xvni, 130.
• Ih'stnr. natur., XXViH, 2. (JU'iprofj(rr hoc pritnum in rrwcdnf «r rni mi hfihent, vx umnttms ùoms, (jiue huinini naturu inùuitf uulium itiCiiuê esse Umi^estiva morte.
• Ciccr. Tuscul., i, 48,
• Œihp, Col., vers 124.
' Consoi, ad Aftoll., page 115,
• Mcnandr. vers p.ige ib. Plaut. Bmch , iv, 7.
AruL. DU C;nu-. — Tome II. •
iU CHAPITRE XI.
poëte disait encore que le favori des dieux meurV jeune.
« Los dieux, dit le peuple dans une comédie de Plaute S se servent des hommes comme de balles à jouer ».
On trouve dans Platon * des pensées semblables. Qu estce que la vie? réponse : C'est un hasard ', c'est un jeu*. Chez les théosophes de la Perse et de Tlnde, même manière de voir ^ Le bouddhisme n'est que le désespoir éri£?é en svstème.
ce Tout ce que les anciens poetc^s ont chanté, dit Schellin^^ % toiichant le malheur de rexistencO; tous ces rayons sombres, d'une vue du monde foncièremGht triste, épars dans des drames profonds, répandus dans les légendes et les histoires des dieux et des hommes, et tous sortis de cette pensée qu'une aveugle fatalité régit le monde, qu'on les rassemble, qu'à ces jeux de la poésie, on substitue une gravité morne et éternelle, et l'on aura une idée aussi complète que possible de l'état d'esprit propre aux anciens Indiens ».
Homère ' met dans la bouche d'Achille des paroles qui sont restées célèbres :
« Noble Ulysse, ne flatte pas un mort, j'aimerais mieux être le mercenaire d'un homme voisin de la pauvreté, que de régner sur tous ceux qui ne sont plus ».
* Capiiv. proL. xxn.
* De Legg.f i, page 219.
« nérodot. Hist., î, 32.
* Tacite, Anna/., ni, 18.
* Tholuck, Anthologie, page 38.
* Sur la langue et la sagesse des Indims, page GO» ' Odijssée, XI, 488.
NOTES ADDITIONNELLKS. ilo
Il ne reste plus qu'une seule consolation, c'est d'attendre le sortinévitableavecun courage viril, c'est detoutsoufFrirsansse plaindre*, il y a pour l'honinie, uon plus que pour le prisonnier de fîucrre, aucun salut à espt';rer*. Voila la destinée réservée aux mortels*. Il se révèle clicz les |)lus fjrands penseurs, un tœdium vitœ que Sénéque * nous décrit très-bien, lequel est loin de confirmer ce que Gœilie dit dans son écrit sur Wiiickelm.-inn, de rinallérable séiénité de la vie antique. — La manière dont les anciens représentaient la mort ne contredit en aucune* façon les remarques que nous venons de faire. L'art hellénique représente la mort sous la figure d'un génie avec un llambeau éteint et renversé. Il se comporte en cela, selon la remarque judicieuse de Herder, comme l'enfant qui tient ses mairis devant ses yeux pour ne pas voir l'objet qui l'elTraie. N'ayant pas le courage d'envisager la moit en lace, l'art j«'tie sur elle le voile de la beauté des formes, il déguise ainsi fabime du néant et du désesprur, tandis que les survivants (jujploient le temps à poursuivre follement de vaines, jouissances.
ludulge ingCDÏo; carpamus dulcia, noslrum est Quod vivis. Cinis et mânes et fabula fies '.
L'art chrétien a oîé ce masque à la mort, cl il la montre dans toute son affreuse réalité. C'est que mainl»'na!it le regard ilu chrétien se porte par-delà la mort et le tombeau, sur le séjour de la gloire et de la vie. Jésus-Clirist ii v.iincu la douleur et la mort, il est le commencement de la vie.
« Il faut », dit Bœckli •, « ne voir qu'un côté ou que la superlieie des clioses, pour aperc(^voir en tout l'idéal dans l'antiquité. Louer le passé et bidiner le présent vient souve;it de la mauvaise htimiîur ou de la vaniié, qui dénigre les con- Icmporains pour s'élever et donner h entendre qm* l'on a soimême une grandeur dont rien n'aiiproche, sinon les anciens
• Virgile, jEnéide, v. 710.
• Sonec. Satur. quasi. ^ vi, 2.
» Iliade, xxiv, 524.
• Ef)., XXIV,
• Pcrsius, Sat., v. 151. Cf. Ilor., i. (ki. tt. / E;>fsf. II.
• Bcpokli. Die Sinatshiiwih'iltutuj nW Athenfr, n, ISHi, pigo 701. Cf. te rcmartjuablo écrit ; Der Toiiesgcdanke bei den Griechen von, Dr. Rei-
uckcr Tiicr. 1862.
Il6 CBAPITRE XI. — NOTES ADDITIONNELLES.'
héros. Que l'on examine le fond de la vie hellénique dans l'Etat comme dans la famille, par exeaiple, dans la plus noble des sociétés antiques, à Athènes, et l'on trouvera une corruption profonde qui attaquait jusqu'à la moelle de la nation... Les masses se trouvaient entièrement dépourvues des consolations qu'une religion plus pure a répandues sur le monde. Les Grecs étaient, dans les beaux jours de leur art et de leur liberté, plus malheureux qu'on ne le croit généralement. Ils portaient dans leur sein leur germe de mort, et l'arbre devait tomber lorsqu'il serait entièrement gâté.
De Fôbligalion où se trouve l'homme de s'enquérir de l'existence de la révélation. — Elle se fonde sur lo besoin de l'esprit et sur \os faits de l'histoire. — La révélaîion elle-m^me, Jé?us-Christ et ses apôtres sollicitent l'eximen. — Evidence de la crédibilité du christianisme. — Elle repose sur le témoignage. — Coup d'œil sur les témoignages. — Les critérium intrinsèques à\ christianisme. — La morale de l'Evangile et la morale philosophique. — La foi est un acte de raison et de liberté. — Influence de la volonté sur la foi. — ElTort moral, condi'ion de la foi. — L'autorité de Dieu est le motif de la foi, et la grâce en est le principe efûcace. — Préparation pour recevoir la grâce. — Développement de la foi. — Notes additionnelles.
II y a, ainsi que nous l'avons déjà \u, deux penchants, qui, enracinés profondément dans la nature humaine, cherchent avec une égale force à se faire jour et à gagner du terrain : la soif de savoir et le besoin de croire. En se développant à l'exclusion Tun de l'autre, ils j)roduisent les deux grandes formes de l'erreur hiuuaine, les deux
I principales maladies de l'esprit humain, le scepticisme et le fanatisme: deux excès qui se manifestent toujours dans riunuanité comme chez Tindividu, i)artout où la vie
,% normale intellectuelle a été gônée |)ar (|uel(iue influence fâcheuse, et la sève de l'esprit détournée de la pousse na-
I turelle et centrale au profit de rejetons parasites et inu-
j liles. La science et la foi, la raison et la révélation sont au même degré indispensables à l'esprit luunaiu; et, réu-
nies, elles s'équilibrent et se modifient tour à tour pour amener une égale et juste répartition de toutes les forces intellectuelles.
Notre tâche sera donc d'indiquer la voie qui conduit la raison à la foi, et montre cette dernière comme le complément de la raison. Nous chercherons à faire voir quel lien, à la fois naturel et surnaturel, rattache intimement Fun à Tautre le monde de la raison et celui de la foi, les fondant ensemble dans une harmonieuse unité où la raison devient fidèle eila foi, raisonnable. Une incontestable vérité s'imposera à notre jugement, savoir que l'homme, en partant des faits les plus élémentaires de la conscience, desfaits immédiatement et intuitivement certains, pourvu qu'il se laisse simplement conduire à la raison et qu'aucun préjugé, né des inclinations perverses du cœur, ne trouble son esprit, est nécessairement amené à admettre que la foi est le postulat naturel de sa raison.
L'Eglise elle-même l'a déclaré * : La raison précède la foi, et c'est la raison qui amène l'homme à la foi au moyen de la révélation et delà grâce. Nous pouvons d'abord considérer la foi comme acte de l'intelligence, et nous aurons alors à traiter de l'examen scientifique de la révélation, de l'obligation et de la méthode de cet examen. Nous pouvons ensuite considérer la foi comme acte religieux et moral, et alors nous aurons à parler de l'influence du libre arbitre sur la foi et des conditions sous lesquelles celle-ci vient en état et subsiste.
^ Pi\fiip. S. Congreg. Ind. d. 2 Jun, 1855. Prop. m : Ratioiiis usus fidem rœcedit et ad eam hominem ope revelationis et gratiœ conducit.
La raison nous mène à la foi ; et, réciproquement, la foi éclaire la raison et la complète. Noire esprit réclame une révélation divine, sans laquelle il se consume dans une vaine et incessante recherche de la vérité. Eh bien, lorsqu'une soif brûlante nous dévore, ncus cherchons une source pour nous désaltérer; lors(|ue nous somnies aveuglés par les ténèbres, nos ytux épient un rayon de lumière. Ne pas demander, ne pas chercher, ne pas aspirer à une vérité plus haute, ce serait la mort de l'esprit, un suicide. L'esprit a donc pour lâche incessante et sacrée de rechercher si Ditu s'est léellcment manifesté au monde [)Our lépondrc au besoin le [dus pressant et le plus profond de la nature humaine; et si le résultat de ses recherches est affirmalif, c'est un devoir pour lui d'y soumettre son lutelli^^^ence avec foi et confiance.
La croyance à une révélation divine est dans le mondij depuis que le monde existe; et le christianisme, qui est le couronnement de toute révélation, estdans le monJe depuis dix-huit cents ans. C'est un fait. Quelle est notre lâche, ou plutôt, quelle e^t la tâche de l'esprit humain, en général, en présence de ces événements? Doit-il, peutil les ignorer? Non, c'est impossible; car, depuis dixbuil cents ans, l'histoire du monde est pénétrée d'idées chréti»nnes; ou plutôt, l'histoire du munde, c'est l'histoire du christianisme, le récit de son dévelop|)emenl et » de ses lutles, de sa force et de son innuence sur le domaine entier de l'humanité. Le christianisme, en uu mot, a marqué de son cachet indélébile notre vie socialo €t polititjue.
« Le christianisme n'appartient pas uniquement anx
i20 CHAPITRE XII. — LA VOIE
«théologiens, dit Schelling ', il est aussi bien di; 0 domaine de Thistoire. Quand même les rationalistes « seraient parvenus à l'abaisser au niveau d'un pliéno- 0 mène ordinaire, la grande critique historique lui 0 maintiendrait son rang et son importance histori- « que, comme Ta fait par exemple Jean de Mûller, au « milieu d'un siècle d'abaissement et de platitude intellec- « tuelle ».
Nous ne pouvons ignorer le christianisme, car partout il nous enserre, partout il nous poursuit, à chaque pas nous le rencontrons; il forme Tatmosphère spirituelle dans laquelle nous vivons et à laquelle nous ne pouvons échapper. Toutes les questions politiques et sociales, a dit avec raison un homme d'Etat éminent de ce siècle *, aboutissent toujours, en dernier lieu, à un principe religieux. L'homme peut nier le christianisme, le haïr, parce qu'il le gênedans ses œuvres de ténèbres, comme le malfaiteur hait la lumière qui accuse la noirceur de ses crimes * ; il peutle combattre, parce queles préceptes de la foi blessent et humilient son orgueil, mais il ne peut l'ignorer. Déjà
* Philosophie delà Uévélation, t. ii, chap. iv, p. 22»
* Guizot, — Proudhon lui-même dit (Confessions d'un révolutionnaire) : « Chaque fois que nous voulons approfondir la politique, nous arrivons à la théologie ». — Cf. Troplon^, De l'influence du christianisme sur le droit civil des Romains. Paris, 1843. — Meysenbourg, De christianœ religionis vi et efjectu in. jus civile. Golting., 1828. Rhoer, Dissertât, de effect. religion. Christian, in jurisprudentiam romanam. Groning, 1766.
» « Ils tiennent leurs yeux fixés à terre pour ne pas voir la lumière du ciel et ne point se souvenir des justes jugements de Dieu ». [Dan., xiii, 9.)
rhisloire a prouvé la vérité de cette parole divine : Celui gui n'est pas avec moi est contre moi. Roine lança ses exécuteurs pour anéantir le christ anisine; dix fois les persécutions sévirent avec une violence toujours nouvelle et firent tomber des millions de martyrs sous la main du bourreau. Depuis celte époque sani;lantej chaque siècle a vu les puissances du monde le combattre ; les sciences, à l'aide de leurs sophistes, l'ont attaqué; et l'art même, salarié par le péché, est venu jeter le ridicule et le mépris sur la pensée chrétienne. Tous ils se sont réunis pour anéantir le christianisme, mais pas un ne l'a ignoré.
Nous pouvons croire ou ne pas croire, être pour ou contre le Christ; mais nous ne pouvons nous soustraire à l'examen des p ncipes du christianisme. Il 7ie demande qu'une chose, gu'oïi ne le condamne pas sa7is ientendrey dit Tertullien *. Du jour où le christianisme fit son apparition sur la terre, il n'a cessé de crier au monde ; Examinez ma doctrine, discutez mes principes; voyez quel est mon droit de m'imposer à res|)rit humain. Jng'Z, dit le Seigneur *; et par là il ne demande rien sinon l'examen qui, avec une certitude victorieuse, doit imposer sa révélation à tout esprit qui rélléchit.
Et le grand Apôtre, le héraut de hi foi parmi les nations, loin de demander une soumission scrvile, une foi aveu-
' Hoc unum gestit ne ignorata daintietur. Apologet. init,
• Jésus ilonno pour preuves de sa inission divine, ses mirai 1rs, les propliélies qui se sonl déjà accomplies, celles qui diMvenlse réaliser plus Uird, el enfin, l'esprit et le lexle même de sa doclrine. Matth., ix, ir — Marc, u, 10. —Jean, x, 37; XIV, 10. — Luc, V, *23. — Jésus absout les incrédules qui o auraient pas vu ses miracles. Jean, x\, 24.
g!e, veut au contraire une libre adhésion de l'esprit, une foi raisonnée *, connaissant les motifs de sa croyance et capable de rendre raison de 7iotre espérance et de repousser les objections d'un adversaire *. a Car celui qui croit «vite a le cœur léger * ». C'est ainsi que la raison nous mène à la foi en pesant les motifs qui nous font croire *.
Cette confiance à demander un examen sérieux et approfondi forme un trait caractéristique du christianisme. Un grand-prètre païen a-t-il jamais dit : Jugez, examinez ma doctrine? Non, le païen et le mahoniétan ne connaissent pas ce mot. Ils s'écrient : Croyez, mais ne pensca point ^. L'Eglise catholique, au contraire, s'adresse à l'homme réfléchi et intelligent. Elle lui indique les motifs qui prouvent avec une certitude morale la divinité de sa révélation, la font paraître évidemment digne de foi, et montrent clairement que la foi qu'on lui accorde
* Eom., xîi, 1 : Aarp-Ja Xoy.Ai, c'est-à-dire un culte qui soit en harmonie avec la doctrine.
* Tiï., T, 9; Viene, m, 15.
Sans doute, la révélation est un fait nouveau et sublime; mais elle n'est pas étrangère à la raison , au point de ne se rattacher à elle sous aucun point de vue. La révélation s'adresse à l'intelligence qui doit la comprendre à l'aide de la réflexion ; c'est pourquoi la raison a droit à un examen de la révélation [Examen fundamemale et externum), mais assurément en se dépouillant de toute idée préconçue.
* Jes. Sirach., xix, 4.
* Ratio auctoritatem non deserit, cum consideratur, cui sit cre^ dendum. Augustin, De vera religione, 24.
* Voyez Reland, La religion de Mahomet. (Préface, § i2.)
est, dans toute la force du terme, une foi justifiée par la raison, une foi raisonnable *. Car, pour qu'un article dj foi s'impose comme tel, dit Suarès *, il nesufût pas (jue Tobjet en soit simplement vraisem.blable, mais évidirament digne de foi, comme venant de Dieu, et par suite infailliblement certain. Il faut que le motif qui détermine la volonté à croire, soit certain et évident, fondé sur l'évidence de l'autorité infaillible de Dieu. Il faut que la révélation se montre entourée de circonstances qui la rendent digne de foi, etsi digne de foi que la raison naturelle commande la croyance avec une certitude (jui exclue toute opinion contraire. En effet, bien que surnaturelle, la révélation n'en est pas moins susceptible d'être démontrée évidemmentdigne de foi |)ar les miracles et d'autres marques extérieures que la raison naturelle reconnaît et constate, c L'homme, dit saint Thomas, *ne croirait point, s'il ne a voyait avec évidence et clarté qu'il est obligé de croire a par l'évidence des signes ». Oui, la révélation est si bien fondée et attestée par tant de preuves irréfutables, qu'en considérant tous les motifs qui établissent la divinité de son origine, tout tidèle peu* dire avec Kicbard de Saint- Victor : a Si nos croyances sont erro-
• Cf. Noies additionnelles du cliap. m.
• De fide Disp., iv, sect. 2.
^Summatheolog.,\\y 11. qu. i, art. \.—Sotanda, observe Suarès, est distiwtio illorum vcrbonim credere et viclere. nam prius dicit
o' ' !,m, uudc jK^stcrius \it con(listm> him ah (!!•> ilirit claritutem f- .mm, ritt^uc illd duo rt'inijri'iut. «yum Vir.<<:utur circa c/i-
ver.<>a; natn ir^^iitur aliquid sub valiuiiti vnri, tidetur auiem Stt6
rntiiiiir rrr !i' iUs,
124 CnAPITRE Xil. — LA VOIE.
«nées, c'est vous-même qui nous avez trompés, ô « Dieu ^ ».
a Si ma religion était fausse, dit la Bruyère, voilà le « picge le mieux dressé qu'il soit possible d'imaginer ; il c était inévitable de ne pas donner tout au travers et de n'y « être pas pris. Quelle majesté, quel éclat de mystères, a quelle force invincible et accablante des témoignages « rendus successivement et pendant trois siècles entiers « par des milliers de personnes les plus sages, les plus mo- « dérées qui fussent alors sur la terre 1 Prenez l'histoire, c( remontez jusqu'au commencement du monde, jusqu'à « la veille de sa naissance : y a-t-il eu rien de semblable «dans tous les temps? Dieu même pouvait-il mieux « rencontrer pour me séduire ? Par où échapper ? Oii « aller ? Où me jeter, je ne dis pas pour trouver rien de c meilleur, mais quelque chose qui en approche ? S'il « faut périr, c'est par là que je veux périr ; il m*est plus « doux de renier Dieu que de l'accorder avec une trom- « perie si spécieuse et si entière ; mais je l'ai approfondi, «je ne puis être athée ; je suis donc ramené et entraîné « dans ma religion, c'en est fait^ ».
Voilà donc un point solidement établi : Nul ne peut se soustraire à l'obligation de s'enquérir et d'examiner. La nature intime de chacun, qui aspire à la révélation, lui en fait un devoir. C'est par la lumière qui de cet examen se répand sur toute la vie, que celle-ci se montre dans
* De Tiinit., i, 2. — Cf. Suarès, 1. c, sect. 2, 3. Viva damnaU ihes. Trutin., p. n, p. 72.
■La Bruyère, Des esprits forts.
son importance propre et dans sa vraie dignité. Le soricux et rimmense portée de la (juestion veulent (jue l'on soit fixé sur la valeur des niulifs qui font accepter ou rejeter la fui K
* Sjjllabus Error. Prop. xv : Lilenim cuique homini est eam am- Tphrti ac jjrofiteri religionem, quam rationis htmine quis dactiis vetam futaverit. — H ne peut pas ct'riainemenl y avoir de COQviciion contraire au christianisme qui scil forult'e. C'est pourquoi l'Eglièe (Prop. xxi, damnât, ab. Innocent., xi) a condamné la proposition consistant à dire que la foi peut se fonder sur une simple probabilité, qu'elle peut même se concilier avec la crainte que la révélation ne soit qu'une imposture. Plus l'homme approfondira les r^otifs de crédibilité du christianisme, plus sa conviction dtviendra forte et inébranlable. 11 y a deux choses dans la révélation, les faits et la sub.^tance. Les faits, l'esprit humain peut les rriounailre et les con^tate^ avec certitude. (Juanl à la substance, il ne peut pas en percevoir la vérité imméiliaiemenl et par sa propre ii:tui;ion, mais il la tient pour vraie sur la parole de Dieu, qu'il sait par lui-u ùme, être infaillible, ce qui Constitue le motif formel do la loi, motivum furmnle fidci. Mais que faire lorsfju'iine dillicullé nouvelle surgit plus tard dans Tesprit du croyant? Le doute ne doit-il pas alors revenir, et avec lui la nécessité d'un nouvel examen?
Non, quand même un awje du ciel apporterait un nouvel évangile. Gai., I, 8. Cf. / 3ïm., i, 18; 11 Petr., n, 21 ; Ileb., vi, 4. — Uuo fois la vérité du cliiistiani^me reconnue avec une certitude infaillible et divine, toute obje'ction est d'avance sans fondemeiil aucun. — Facilius dulÀtartm me vivere, quam vcra c<se, quœ audivi , dit saint Augustin. Conf., vil , 10. L'objection ue prouve que ^insuIli^ance de mon esprit qui n'a pas encore su découvrir la solution, mais non la fausseté de la (oi. — « Oemotislrationis vim non habcnt, scd vtl sunt rationes pwUibilcs vel fj et ad ta soUcnda lucus r ' t. S. T!io:w., Summa
' . I, 7.— « On a appelé en le ^e contre Moï>e Ihis-
luiie, iu chronologie, 1 astronomie, la géologie, etc.; les objections ont disparu devant la véritable science ; mais ceux-là lurent grandement sages qui les méprisérenlavant tout examen, ou <|ui ne h's ex.iminèionl «pie pour trouver la • . mais
sans douter jamais rpi'il y en t ùt une ». De Mais . - rres, i, 248. Cela est aus^i vrai de la science. On disait un jour à Copernic: Si votre système était vrai, Vénus aurait ses phases comme la lune; or, elle n'en a pas. donc votre théoiie est icuvciice. Copuruic répondit : J'avoue que jo u'ai pus dd
426 CHAPITRE Xll. — LA VOIE
Ici se place naturellement notre seconde question : Quelle voie suivrons-nous pour arriver à nous convaincre que la révélation chrétienne mérite d'être crue ?
« Il ne faut pas perdre de vue, en effet », dit Leibniz*, « que Dieu n'est pas seulement la première des sub-
a stances qui a créé et qui conserve toutes les autres
a il a ses volontés particulières et manifestes, au sujet de « chacun de ses actes ; il a ses lois pour le gouvernement « de sa cité, et c'est pour les déclarer, en les sanctionce nant par des récompenses et des peines, qu'il a institué « des révélations.
« Mais la révélation divine doit se reconnaître à cer- « tains signes, qui puissent nous assurer que ce qu'elle (' contient et ce qu'elle nous ordonne est la volonté de
« Dieu, et non point une illusion d'un mauvais génie
« La sagesse divine ne peut avoir, en effet, négligé les « précautions habituellement prises par tous les iégisla- « teurs prudents, pour donner à la volonté du souverain a une publicité suffisante. Il appartient donc à la saine « raison, en sa qualité d'interprète naturel de Dieu, de «juger l'autorité de tous ceux qui prétendent interpréter «la volonté divine avant de les admettre; mais quand « ces nouveaux interprètes ont une fois démontré la lé-
réponse à donner, mais avec la grâce de Dieu on en trouvera une. Après sa mort, le télescope permit d'apercevoir les phases de Vénus. — Cf. Prop. xix, XX, damn. ab Innoc. xi : Potest qufs prudenter repudiare assensum, quem habebat suioernaiuralem. Viva, Trutin. Theol. in h. Thés
^ Système théol., init.
c gitimité de leur litre, c'est à la raison à son tour à a subir la loi de la foi '.
a Or, toutes les démonstration? de la révélation divine, a si on laisse de côté les preuves qui se tirçnt de l'oxcela lence même de la doctrine, en reviennent toujours à c !'appuyer sur un miracle, c'est-à-dire sur un cvcnec ment ou sur un rapport de circonstances merveilleux a et inimitable qu'on ne peut attribuer au hasard. En o outre, si les miracles accomplis autrefois nous sont rapc portés avec toutes les preuves qui nous servent d'ordict naire à établir la vérité des faits passés , il faut les
a croire comme s'ils avaient eu lieu de nos jours On
0 ne doit pis supposer d'ailleurs que la Providence, qui ff gouverne le monde, supporte que le m'msonge prenne a Î0!ites les apparences et pour a.nsi dire se pare de tous « les vêtements de la vérité d.
Les miracles et les propliéties, voilà notre pierre de louclie [»ou réprouver la vériléde toutes les manifestations qui se présentent comme révélations divines dans l'histoire de rimmanité. Les miracles el les propbéties se
*nicu a cn'é la nature pour qu'ollc nous servit de maltresse, el que, instruils par elle, nous puissions croire plus ladleuienl h la révélalioi:. Trilnll., De U€>un\ C'irn , r. 1*2 — et. Tlioin., C. Gent.f l, r». llnju.'^mndi autcn vrritatt\ eut ratio humana CJrpnrimentum non •prabct, fidin mlhiféentrs non Iciitn' creilunt. Uac €)iim d'vinœ aipiottiœ ^c<rtta ips'i ilirinn • 'm homiuihus diqunta CFit rcvclarc, qu(t nui jrr<r<irntiiim H 'f t
i'A. liMiui., 1, h. l. : Mtninilitrum opiiatio îiun sic /ûit'm toufiniiat christùwam, (fitasi jvirticulantcr vUere faci int ea, quœ 5* ■ ' " ' -. Vfffa esse . .. Scd movent voluutafcm ad hor., ut ridnisca derc. r ": rnim j:hlirntur < " - j>raJitu;ir<.
Jt^'û ' t in uui{cr>ali^\<
rencontrent fréquemment dans l'histoire du christianisme, qui n'hésite pas à se déclarer la plus grande et la dernière révélation. A nous donc de le juger à l'aide de ces marques infaillibles. A ces signes extérieurs s'ajoute la lumière qui s'échappe de la substance môme de la doctrine, et à la fdveur de laquelle on aperçoit son unité intime, le parfait accord de toutes ses parties, sa sublimité, sa sainte'ié et sa divinité. Cette dernière preuve est moins simple et moins facile à saisir que celle qui se fonde sur les signes extérieurs. Il faut dire néanmoins que pour beaucoup d'âmes, notamment pour les natures les plus intelligentes et les plus réfléchies^ elle a une force démonstrative qui croit à mesure que l'homme pénètre plus avant dans le fonds si riche, sï lumineux et si plein de vie de la doctrine chrétienne.
La révélation, dans son accomplissement historique;, est] un événement extérieur et visible. C'est un événement) miraculeux, extraordinaire, c'est vrai ; mais le miracle aussi est un fait extérieur, visible, quelque chose enfin qui tombe sous les sens. Susceptible d'être perçu par les sens, il peut aussi être attesté, et les témoins qui l'affirment, ont le droit d'exiger qu'on les croie. Pour attester la guérison d'un sourd-muet, d'un aveugle, les parents par exemple n'ont besoin que de savoir que leur fils était sourd-muet ou aveugle de naissance, et qu'en un instant il a acquis l'usage de la parole ou de la vue. Tout homme sain d'esprit peut vérifier ce fait et l'affirmer. Pour certifier qu'un mort est ressuscité, il suffit de savoir que le mort a été renfermé quelques jours dans un tombeau et que la décomposition était déjà commencée, puis que tout à coup il a reparu plein de vie. Tout homme en
DE LA FOI RAISONNEE. i2\)
possession de son intelligence peut constater ce fait. Uh événement miraculoux demande, il est vrai, d'être examiné avec un soin tout particulier, mais il ne change rien ni à la nature ni à la force démonstrative du témoignage.
La révélation en général et la révi'lation de Dieu en Jôsus-Christ particulièrement, est un événement visible, perceptible pour les sens, connu et affirmé par des témoins.
Jésus-Christ, le Fils de Dieu et de la Vierge , est-il né à Bethléem, dans une étable ? Jésus-Christ a-t-il rendu la vue à des aveugles, l'ouïe à des sourds, guéri des boiteux et des paralyliiiues ? Jésus-Christ a-t-il, oui ou non, ressuscité des morts ? Lui-même n'cst-il pas ressuscité le troisième jour après avoir été enseveli par ses disciples et ses amis, et après que ses ennemis eurent formellement scellé le caveau où reposait son corps ? Qu'a-t il dit de sa personne ? Quel a élé son enseignement et comment a-l-il prouvé la vérité de ses déclarations ?
Telles sont les questions auxciuellcs nous devons répondre. Le christianisme tombe ou subsiste, selon la réponr.e qu'on y fait. Qu'avons-nous à faire i)0ur nous créer une certitude touchant des faits que nous n'avons ni vus ni pu voir ? Celte (jueslion a été déjà traitée dans un précédent chajûtre. Nous en croyons ceux qui ont pu savoir ces faits, en ayant été témoins oculaires et auriculaires, et qui ont voulu dire la vérité sur ces faits, parce qu'ils n'ont eu aucun motif pour nous trouïpcr, elciu'ilsorl môme confessé leur loi au milieu des plus pénibles s crillces. Nous avons déjà démontré que la plupart d > choses que nous savons avec certitude, dans la scicuoo v> Apol. du CnnisT. — Tomk U. ^
i30 CHAPITRE XII. — LA VOIE
dans la vie, nous les devons au témoignage d'autrui ; que toute science tombe anéantie, que toute vie domestique et sociale se dissout, si nous refusons notre créance au témoignage digne de foi.
Quelle est donc notre tâche en présence de la révélation chrétienne? Nous avons à remplir le devoir d'un juge impartial et intègre qui, pour s*assurer de la vérité d'un fait, fait comparaître les témoins. Un témoin honnête et consciencieux suffit dans la vie civile pour donner une certitude morale et pour décider une question de vie ou de mort, a La vérité », dit l'Ecriture, est dans la bouche a de deux ou trois témoins * ». Avant de commencer cet examen redoutable, où il ne s'agit plus de questions insigniflanles, mais de la vérité la plus haute ; où ce n'est plus une vie périssable qui est en jeu, mais la vie éternelle de nos âmes, prenons l'engagement de ne nous laisser influencer par aucune de ces considérations que l'orgueil, la sensualité et une foule de passions nous suggèrent , mais de rendre notre jugement selon les règles strictes de la justice et du droit.
Debout I vous tous, témoins de Jésus-Christ, de sa vie et de ses souffrances, de ses paroles et de ses actions ;
^ Beut.t xvii, 6. — Est differentia inter videre, aîiquid esse sci' bile et vider e, aliquid esse credibile. Scibile namque est aliquid ex se, credibile autem ex testimonio, ac per hoc, si constat aliquid esss scibile, constat, illud esse verum, necessarium, etc. Si autem constat aliquid esse credibile, non constat pro'pterea esse verum, sed testi' monia esse talia, ut illud sit credibile, ut quotidiana experientia in judicum sententiis per testes et propriam confessionem manifestât. Ex hoc namque, quod fide digni testes aliquid asserunt et reu$ sponte confitetur, non habetur certa evidentia, quod ita sit ; habetwr tametsi evidentia, quod ita esse est credibile et judicabile absque aUerius partis formidine. Cajetan. in S. Thom., 11, II, qu. I, art. 4, §4.
debout î vous tous qui l'avez vu, qui l'avez entendu, qui avez vécu avec lui, qui avez souffert et qui êtes morts à cause de lui I Avancez devant le jury de la raison, devant le tribunal du inonde qui doute et qui vous interroge; déclarez et proclamez ce que vous savez de lui. D'abord s'avancent douze hommes, à la figure grave et respectable. Vos noms? Ils nous répondent : Simon-Pierre, André, Jacques, Jean, Philippe, Barthélémy, Thomas, Matthieu, Jacques fils d'Alphée, Thaddée, Simon et Judas le traître. — Qui êtes-vous? — Nous sommes les témoins de Jésus-Christ, car notre Maître nous a dit : « Vous serez mes témoins à a Jérusalem et dans la Judée, dans Samarie et dans toutes a les parties de la terre * » . — Pouvez-vous dire la vérité ? — a Ce que nous vous annonçons, nous l'avons entendu a de nos oreilles, nous l'avons vu de nos yeux, nous l'avons « touché de nos mains '». a Ce que nous vous donnons « à lire, nous ne l'avons écrit qu'après un mùr et scrua puleux examen, afin que vous n'ayez sous les yeux que a la vérité pure' ; ce que nous vous racontons, ce ne sont « pas des fables concertées d'avance sur la puissance mira- « culeuse et les apparitions de Jésus-Ciirist, mais le récit f fidèle de ce que nous avons vu S. — Us ont tout examiné à fond, et ils n'étaient point crédules; plusieurs parmi
* Act. des Ap., I, 8.
* l Jean, I. 1 ; lue, i. 2.
LuCy I, 3, 4 : lIx^r.*tXc'jOr,x.oTi âvwôiv nidiv ôxpiCû; iv« J:riYv«; r^.'i
* Il L'icr., I, IG : V.rriTîTai -jivr.Oimç rni ixtivcv (Aii^aXaiCTr.TOC.
432 COAPITRE XII. — LA VOIB
eux étaient durs à croire *, quelques-uns étaient sceptiques comme saint Thomas*. Voulez-vous dire la vérité ? — « Nous avons signé notre témoignage de notre sang a et Tavons scellé de notre mort». — Eh bien! que témoignez-vous du Christ? — Alors Pierre, leur chef, prenant la parole, dit : a Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant •, a que Dieu a fait connaître par des merveilles, des proa diges et des miracles * » . Voilà la déposition de ces douze témoins : ce n'est pas à la légère qu'ils ont cru ce qu'ils vous rapportent. Tout à l'heure nous voyions que la vérité était dans la bouche de deux ou trois témoins; en voilà douze qui sont morts pour confirmer la fidélité de leur déposition. Mais, douze témoins ne vous suffisent Das encore? — Debout! debout 1 vous tous, qui êtes les témoins du Christ! La terre tremble et s'agite comme les vagues de la mer, les tombes s'ouvrent et des milliers de morts s'en élancent. Ils viennent le dos lacéré, le corps déchiré, tous leurs membres brisés. Qui êtes- vous ? — Nous sommes les témoins de Jésus-Christ, nous sommes les martyrs * I Nous ne venons pas témoigner seulement
* Luc, XXIV, 25 : « Alors il leur dit : 0 insensés, dont le cœur est tardif à croire tout ce que les prophètes ont annoncé ».
* « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans le trou des clous et ma main dans son côté, je ne croirai point ». Jean, xx, 23.
* Matth., XVI, 16.
* Act. des Apôt., ii, 22.
Vous serez mes témoins (easaôe {xâpTupt; toûtwv). Matth., X, 18 f
Luc, XXIV, 48.
par des paroles, nous témoignons encore par des faits; nous avons versé notre sang pour lui, nous l'avons proclamé au milieu des supplices et des tourments les plus affreux. — Quelle est votre déposition? — Et tous répondent avec saint Ignace * : « Il n'y a qu'un seul Dieu qui a a créé le ciel et la terre, et un seul Jésus-Christ, son Fils « unique, au royaume de qui je veux avoir part, qui a c attaché mes péchés à sa croix d. J'ai foi dans le témoignage des Apôtres, car il leur a coûté la vie; si je ne crois pas à leur déposition, à qui croire? Je crois aux paroles des martyrs, car ils ont signé leur déposition de leur sang, f Je crois, dit Pascal, à des témoins qui se font égorger ». Dirons-nous que l'histoire de l'Evangile est inventée à plaisir? o Mon ami, ce n'est pas ainsi qu'on invente ; et les a faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins «attestés que ceux de Jésus-Christ*». Personne n'est mort, personne n'a versé son sang pour affirmer la vérité des premiers.
Tous ces témoins ne suffisent pas? En voici encore un : il est seul ; mais de siècle en siècle, sur tout le globe, une foule innombrable parle par sa bouche •. Ce témoin unique, c'est l'Eglise. Où trouver une institution semblable, dont le dévelopr)ement soit intimement lié à l'histoire universelle et la dirige; une association aus:ri (ortcmcut conslituéc, aussi générale^ assez puissante pour
• Dans les acles de sou marlyre (Uuiuarl, Act. Martt/rutn êinotra),
■ Emil., I. IV.
• Iren.. C. Uœres., i, 10.
appeler à rexislence un monde nouveau et en faire Téducation? Sa durée inébranlable au milieu des tempêtes de tous les siècles prouve les bases divines qui la soutiennent et la parole de Jésus-Christ, sans laquelle elle serait une énigme inexplicable. Tous ses membres, depuis les premiers siècles jusqu'à nos jours, i»ont des témoins de Jésus-Christ. — Quelle est leur déposition ? Nous croyons en Jésus-Christ, le Fils unique du Père K Voilà un monde de témoins; ou, pour mieux dire, l'histoire entière témoigne pour Jésus-Christ.
Un dernier témoin se traîne à la barre du tribunal ; il est harassé de lassitude et fatigué de la vie ; son œil est cave et sa figure porte les traces ineffaçables de dix-huit cents ans de douleur et de souffrance. — Qui es-tu, malheureux?— Je suis Israël, le peuple infortuné, maudit de Dieu! — Il est le témoin par excellence de Jésus- Christ, ce peuple Juif qui suit partout la croix comme Fombre suit le corps. Il est aussi vieux que le monde; toutes les nations qui se partageaient avec lui la terre d*Asie sont depuis longtemps ensevelies dans la poussière de l'oubli ; lui seul demeure debout, car Israël ne peut périr, il doit perpétuellement errer de pays en pays et de peuple en peuple, sans jamais se fixer ni se réunir nulle part. Ahl ce témoin muet n'est-il pas le plus éloquent de tous ? Lui qui a vu le Christ, qui a vécu avec lui, qui l'a persécuté et, pour comble d'infamie, a voulu que son sang retombât sur sa tête 1 Eh bien, il y est retombé ce sang, et chaque juif en porte sur son front la
Symbol. ApostoU
marque empreinte en traits de feu *. Il était au pied de la croix dans la personne de ses aïeux, il est la preuve vivante de racconiplissement des anciennes prophéties yui lui annoncent sa triste destinée * : a Les enfants d'Israël i seront des siècles sans rois, sans princes, sans sacrifices, a sans Epliod et sans Théra[)him 1 d — J'ai foi dans le témoignage du peuple Juif, car c'est malgré lui qu'il dépose en faveur de Jésus-Clirist. — Juifs et païens, Flavius Josèplie, les rabbins. Tacite, Celse, Porphyre, tous reconnaissent la vie miraculeuse de Jésus. Ils ne nient pas ses prodiges; seulement ils les déniiturent en les présentant comme le résultat de sortilèges, a Vos témoi- « gnagcs, Seigneur, sont très-dignes de foi », dit le Psalmisle •. En effet, tout homme qui, sans parti pris et avec un cœur droit et sincère, voudra prendre la yoij que nous lui avons indiquée, et examiner de près la dc-
* Et hoc enim magnum esf q-nod Tiens i)ra'stitit Ecclesiœ suœ ubique diffusœ, ut gcus jwlnica mtrito deUUata et dispersa pcr terras, ne a nobis hœc composita putareiitur, codiccs prophetinrum nostrarum ubique portarct et inimica fîdci nostrœ testis fieret veritatis nostrœ. Aii^'Ubtin, De conseils. Eiaïuj.y i, IG.
•Oi(t', m, 4.
La li'ijt'iuUî du juil «'nanl est riiisloire du pruplc juifluim(^in<) (]ui a rejeté le Messie, et qui, pour punition de son forliiil, crro, dispcîrsé dans tout l'univers, sans patrie ni repos, sans jaii.ais pouvoir su leconstiiuer comme nation.
Le poêle Prudence a déjJi exprimé cello idée dans les vers suivants [Apoth. IV, adv. Jud.) :
Kxiliis vapus illiic nuitantibus rrrat Judiviis, poslquam palria <!«' sodt* roviilsus Suppliriuin pro caulo luit, Clirtftiquo nopU San^uiuo rcspei-suà cuiniiiissa piacula solvit.
• Ps. xcn, ").
136 CflAPlTRE XII. — LA VOIE
position des témoins répétera ce mot de d'Aguesseau :« Je a vous remercie, ô mon Dieu, de m'avoir mis à même de 0 prouver la divinité de ma religion comme Texistence a de César ou d'Alexandre * I »
Cependant, notre tâche n*est encore qu'à moitié remplie: si les motifs extérieurs ont prouvé jusqu'à l'évidence la vérité et la divinité de la révélation, quel doit être notre désir de connaître sa doctrine. La majesté de l'Ecriture sainte nous ravira jusqu'à l'admiration. La sainteté de sa doctrine parlera puissamment à notre cœur. Les écrits des philosophes disparaîtront devant la lumière de l'Evangile; et sa grandeur si simple nous fera remonter à Dieu, comme à son seul auteur possible. « Les préceptes de « Platon », dit Rousseau *, « sont souvent très-sublimes ; a mais combien n'erre-t-il pas quelquefois, et jusqu'où « ne vont pas ses erreurs. Quant à Cicéron , peut-on « croire que, sans Platon, ce rhéteur eût trouvé ses offices ? « L'Evangile seul est, quant à la morale, toujours sûr, toua jours vrai, toujours unique et toujours semblable à luiamême».
La doctrine sacrée a en elle-même une force, une
* « Si nos croyances sont fausses, dit fort bien Richard de Saint-Victor déjà cité (De Trinit., ii, 2), c'est vous-même, ô Dieu, qui nous avez irorapés par les miracles que vous avez faits ». — Revelationis christianœ probatio ex miracuîis Christi desumpta y quœ testium ocularium sensus mentesque percellebat, vim
sucvn atque fulgorem quoad subséquentes generationes non amisit
Non habemus jus ab incredulo requirendi, ut divini Salvatoris nostri resurrectionem admittat, priusquam certœ probationes ipsi administratœ fuerint. Thés., m, iv, vi, a Baut. subscript. d. 8 sept. 1840.
* Emile j l. IVet IW lettre de la Montagne,
vérité qui porte le cachet de sa divinité et s'impose à l'esprit avec une certitude irrésistible ; grâce à elle, se résolvent avec une facilité merveilleuse les questions les plus abstraites de la vie, et se découvrent les vraies voies et le but de la nature humaine '. Voyez à quelle grandeur morale elle cherche à élever l'homme et la puissance avec laquelle , victorieuse de ses ennemis , elle donne à des millions d'êtres, une vie divine, et crée un nouvel ordre de choses dans l'univers. Saint Augustin * a résumé en d'élégantes paroles cette série de preuves de la divinité du christianisme.
a Si Platon vivait encore et qu'il daignât m'entendre; « ou plutôt, je suppose qu'à l'époque où il enseignait un tde ses disciples l'eût interrogé : Platon veut lui persuaa der que la vérité ne se révèle point aux yeux du corps, a mais à l'esprit seul, et qu'en s'y attachant l'àme devient a heureuse et parfaite; que rien n'empêche de la découo vrir comme les passions mauvaises et les fausses images a desobjets sensibles (jui, imprimées en vous parce monde « visible, y laissent la trace de toutes les opinions et de a toutes les erreurs ; qu'il faut par conséquent guérir son € esprit pour saisir la forme immuable de tous les êtres, «cette beauté toujours égale, toujours la même, exemple «de toutes les variations de l'espace et du temps, se con-
* La réviMalion répond aux besoins de la nature humaine : ^ elle va môme plus loin, elle fiiil découvrir i\ l'espril religieux son véritable but. « l/honiine se laii souvent de fausses idées sur ses besoins, dit Keuclilersleben (t. iv, p. lU), non-seuleiiH m il désire co qu'il croît nécessaire, mais il arrive bien souvent qu'il rejette ce qui lui est indispensable ».
" Augustin, De v«*a rdiy., c. 3 seq.
1C3 CDAPITRE XII. — LA \OiE
« servant partout parfaitement une et identique, dont les a hommes rejettent l'existence, bien qu'elle soit d'une sou- « veraine et parfaite vérité ; tandis que tous les autres êtres 8 naissent, tombent, s'échappent et s'évanouissent, et ne « subsistent dans ce qu'ils sont que par ce Dieu éternel « dont la vérité leur a donné l'existence. Qu'entre tous 0 ces êtres, c'est à l'âme seule, douée de raison et d'Intel- 0 ligence qu'il a été donné de se complaire dans la pensée « de l'éternité, d'en être pénétrée, embellie, et de pouvoir a méditer la vie éternelle ; mais si elle se laisse blesser 0 à l'amour ou à la douleur de ce qui ne fait que naître « et passer, si elle se laisse aller exclusivement aux en- « traînements de cette vie des sens corporels, et qu'elle 0 se perde en vaines imaginations, elle se rit alors de o ceux qui affirment l'existence d'un être qu'on ne peut avoir des yeux du corps, ni se représenter sous une a forme sensible, et dont la raison et Tintelligence seules c peuvent se faire une idée. Je suppose donc que Platon a persuade ces vérités à son disciple; je suppose de plus « que celui-ci demande au maître, s'il jugerait digne des a honneurs divins l'homme assez grand pour faire croire a ces vérités, soit au peuple incapable de les comprendre, « soit même aux esprits éclairés qui sont élevés au-dessus c des vaines opinions de la multitude, dont cependant iJs a partagent les communes erreurs; à cette question Pla- « ton eût répondu, je pense, que l'œuvre était impossible « à un homme : ou bien il aurait fallu que, d'une nature « à part et éclairé dès le berceau, non par l'enseignea ment des hommes, mais par les rayons d'une lumière c intérieure, cet homme fût enrichi de tant de grâces par t la puissance et la sagesse de Dieu , entouré de tant de
t force, environné d'une majesté si haute, que méprisant a tout ce que les méctiants convoitent, soulTrant tout ce 0 qu'ils abhorrent et faisant tout ce qu'ils croient iriiposa sible, il amenât le genre humain à cette foi salutaire a par le dévouement le plus héroïque et par la plus ima posante autorité. Pourquoi demander alors, ajou-
0 terail Platon, quels honneurs sont dus à la sagesse de a Dieu ? Entre ses bras et sous sa direction suprême ce génie « exceptionnel n'a-t-il pas mérité pour le salut du genre € humain des distinctions particulières et surhumaines?
0 Si cette merveille est accomplie, si elle est constatée c par les écrits et les monuments publiés ; si, de la con- « trée qui seule adorait le vrai Dieu et où avait dû naître a un homme aussi grand , d'autres hommes ont été a choisis, envoyés dans l'univers entier, et ont de tous t côtés, par leurs exemples et leurs discours, porté l'ina cendie de l'amour divin; si^ après avoir conûrmé leur a salutaire doctrine, ils ont laissé à la postérité l'univers a rempli de lumière ; et, pour ne point parler des choses c passées, qu'on pourrait ne pas croire, si aujourd'hui on € répète chez tous les peu[des et toutes les nations : An « commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, a et le Verbe était Dieu ; il était au commenccmoit avec a Dieu; tout a été fait par lui, et sans lui rien n a été fait, • Si, pour faire connaître ce Verbr, le faire aimer, faire € trouver en lui les délices (jui guérissent rànie et ren-
1 dent l'esprit assez fort pour contempler une si vive « lumière, il est dit aux avares : Ne vous amassez point € de trésors sur la terre, où la rouille et les vers détrui* c sentj et où les voleurs fouillent et licrobcnt mais thé" « saurùez pour le ciel, où la rouille et les vers ne rongent
« rien, où les voleurs ne fouillent ni ne dérobent. Car, là a où est votre trésor, là aussi est votre cœur ; s'il est dit aux a impurs : Celui qui sème dans la chair, de la chair recueilet 1er a la corruption; celui qui sème dans V esprit, recueila 1er a de V esprit la vie éternelle ; aux orgueilleux : Qui « s'élève sera humilié, et qui s'humilie sera élevé; aux a emportés : As-tu reçu un soufflet? tends Vautre joue; a aux hommes haineux : Aimez vos ennemis; aux super- « stitieux ; Le royaume de Dieu est en vous-mêmes ; aux a curieux : Ne cherchez point ce qui se voit, mais plutôt a ce qui ne se voit pas ; car ce qui est visible passe avec a le ietnps, ce qui est invisible demeure éternellement ; « enfin, s'il est dit à tous : a N'aimez point le monde, ni a tout ce qui est dans le monde ; car tout ce qui est dans « le monde est convoitise de la chair, convoitise des yeux a ou ambition du siècle.
« Si toutes ces maximes sont aujourd'hui lues partout a et partout entendues avec un respect mêlé de joie ; si, a après ces flots de sang répandu, ces immenses bûchers, 0 ces croix innombrables des martyrs, les églises se sont cr multipliées, comme les fruits d'un arbre fécond, jusa qu'au sein des nations barbares ; si nul ne s'étonne « plus de voir ces milliers de jeunes gens et de vierges « qui méprisent le mariage pour une vie chaste et pure ; « au lieu que Platon, après avoir choisi ce genre de vie, « sacrifia ensuite à la nature, dit-on, comme pour expier « une faute , tant il était esclave des opinions de son 0 temps ; s'il est vrai qu'aujourd'hui il serait aussi étrange « d'attaquer ce genre de vie qu'il l'eût été autrefois de le 0 défendre ; si, dans toutes les contrées du monde habie table, les mystères chrétiens sont confiés à ceux aui
a ont fait celte promesse et cet engagement ; si ces choses « sont chaque jour lues dans TEglise et publiées par les 0 prêtres ; si on se frappe la poitrine en travaillant à y o conformer sa conduite; si tel est le nombre de ceux a qui entrent dans cette carrière, que les hommes de a toute condition, qui abandonnent les richesses et les a honneurs du siècle pour se consacrer exclusivement au a service du Dieu suprême, suffiraient pour remplir les a îles jusqu'alors inhabitées et des déserts immenses; si, a enfin , dans les villes et les cités, les bourgs et les a hameaux, dans les champs mêmes et les habitations « isolées, le mépris des biens terrestres et l'attachement « au vrai Dieu sont en honneur au point que chaque a jour, dans le monde entier, le genre humain répond a comme de concert à Tinvilation du prêtre : Nous a tenons nos cœurs élevés vers Dieu; pourquoi rester encore rt indifférents devant ces infamies d'hier, et cheidier les a divins oracles dans des entrailles sans vie? Pourquoi, a lorsque nous discutons, avoir sans cesse à la bouche c le nom de Platon, plutôt quo de remplir nos cœurs de « la vérité? »
Ces maniues, ces faits et ces doctrines du christianisme, tout esprit qui les considérera sans préjugés ni passions d'aucune sorte, plein d'amour pour la vérité, avec la ferme résolution de suivre celle-ci jusqu'au bout, sans regarder en arrière, même au prix d'un sacrifice, parviendra nécessairement, entraîné doucement, mais avec force, jusqu'à la foi, juscju'au sanctuaire où elle réside. Cependant, reconnaître la certitude de la révélation, se livrer à la foi avec un entier abandon, est un fait de la volonté; c'est l'acte le plus grand et le plus noble
de sa liberté, car la doctrine, objet de la foi, ne force point racquiescement de rhomme. La substance de la révélation demeure toujours plus ou moins enveloppée de mystère *, la vérité de ses doctrines repose toujours sur le témoignage de Dieu qui les révèle, et non sur l'intuition propre*. Bien que l'homme reconnaisse avec évidence que la révélation est digne de croyance et que Dieu s'est réellement manifesté d'une façon extraordinaire, cependant cette évidence n*est toujours qu'extérieure et médiate, mais non intime et immédiate. Les choses mêmes que Dieu a révélées se dérobent diversement à notre esprit, et nous ne pouvons les saisir que par la foi. Mais la foi étant un acte libre, il est toujours possible d'y résister et de la combattre*. Ainsi, les phari-
* La foi est la persuasion de ce qu'on ne voit pas (Hebr., xi, 1.) L'objet de la foi est donc l'invisible, c'est-à-dire ce qui ne peut se percevoir ni par les sens ni par la raison. — (Cf. Thom., Summa theolog., Il, II, qu. i, art. 4 : Ce que nous percevons' par les sens {motiva credihilitatis), n'est qu'une préparation en quelque sorte à notre foi, et n'est pas du domaine de la foi.
* llle qui crédit, habet sufficiens inductivum ad credendum. Inducitur enim auctoritate divinœ doctrinœ miraculis confirmatœ, et quod plus est, interiori instincta Dei invita7itis. Unde non leviter crédit. Tamen non habet sufficiens inductivum ad sciendum et ideo non tollitur ratio meriti. (S. Thorn., II, II, qu. ii, art. 9.)
Evidentia credibilitatis sernper relinquit obscuram veritatem ipsam. Suarès, de Fide Disp. iv, secl. 5. Argumenta quœ cogunt ad fidem, non p^-obant (idem per se, sed probant veritatem annuntiantis fidem, et ideo de iis, quœ fidei sunt, scientiam non faciunt. (Thom. in III Sent., Dist. xxiv, art. 2 ad 4.)
' Bicendum quod actus nostri sunt meritorii, in quantum procedunt ex libero arbitrio moto a Deo pei" gratiam. Ips^lm autem credere est actm intellectus assentientis veritati divinœ ex imperio voluntatis motœ a Deo per g-ratiam. — Assensus scientiœ non subjicitur liber»
siens ne pouvaient nier les faits surnaturels de la vie du Sauveur; cependant ils refusaient de croire en lui. « Que « ferons-nous», dirent les prêtres et les pharisiens, « car a cet homme opère beaucoup de miracles * ?» a Ils dea mandent », observe judicieusement saint Augustin', a ce qu'ils doivent faire, mais pas un n'élève la voix pour a dire : Nous devons croire en lui ».
L'homme peut fermer les yeux de son esprit à la lumière de l'évidence ; il peut la fuir'^ car c'est toujours la volonté qui détermine l'intelligence à se mettre à l'œuvre *, soumet les objets à son jugement et soutient son attention. L'iioinme qui s'abandonnera à une molle
arbitno^ quia sciens cogitur ad assenticndum per effîcaciam démon' strationis, (Ttioni., /. c, qu. ir, art. 9.)
^Jcan, XI, 47. — Act. des Apàt.y iv, Itî. « Que ferons-nous à ces gens-ci? Car ils ont luii un miracie qui est cunnu de tous les habitants de Jcrusaleuj ; cela est certain, et nous ne pouvons pas le nier? »
» Tract. XUX, 26, iti Joan.
» C''nsidei'atio actiialù rei scitœ suljacet îibero arbitiio ; est entrn i/i iJuU>''ite ÎLuiniuis cun^iderarc vcl non cunsidtrare. (Tlioui., /. c.)
* Fer viodum agentis voîuntas movet intellectiim et oîimes animœ vires. — Objcctum voluntatis est Uinum et /ùas in communi. Quœli' ' ' 'ta cojnparatnr ad aliquod bonutn } ?* sibi
V <■ visiis ad pcrccyUioticm coloris et . :us ad
cognUioncm veri. (I.i. I, qu. LXXXU , arl. 4.) Sauil iUt)mas «it'cni ainsi l'inlluence des pas^lollssur la loi. (I, II, qu. xxxni, Iklrrtationes corporales itnpcdiuid tisum rationis triplici rutione ; pnvio (luvhm, ratinne distractiituis, f/wta ad eu. in (luibus deUc- /amur, nmltuin attuidimus. Secundo, rativnc otntranctatis, qxtia cvrrumpant existitnationcm ymdcnti(r, mm autnn existinnUiitneni sptculativain^ cui delectatio non cuntrariatur. Tertio modo^ sectinduni quamdam ligationem, in ifnantutn ad lUlectationem corporalnn se-
quttnr i/widam transmuta' ralis Quanto vehanmtius affi-
citUi'ai>iiditusadTemii' quam ad rem a<j;><Ht
paresse et à la jouissance du moment, sans aucune aspiration élevée, n'arrivera jamais jusqu'à cet examen. Il demeurera dans une ignorance complète et coupable. On ne peut nier, en effet, que la justesse, la finesse et la portée de l'esprit ne puissent être amenées, par Texercice, à un haut degré de perfection, comme les autres facultés, tandis qu'elles s'affaiblissent par le défaut d'application. Quelle différence, quel immense abîme entre rhonime vulgaire, qui vit dans une complète insensibilité morale, n'agissant que sous Timpulsion des sens, de régoïsme ou de la vanité, et celui dont toute la vie n'a été qu'un sacrifice perpétuel sur l'autel du devoir, dont la conscience a toujours été pure, la volonté droite et énergique. Celui-ci n'aura-t-il pas sur le premier une supériorité incontestable, pour reconnaître la vérité et résoudre des problèmes qui resteront insolubles pour celui-là ' ? Non-seulement la foi, mais la science elle-même est plus que le résultat d'une évolution nécessaire et logique des lois de la pensée ; elle a une haute signification morale fondée sur la liberté. La liberté agit au début de toute étude scientifique ; c'est elle qui en fait uaître l'idée. Nous pensons, non parce que nous le devons, mais parce que nous le voulons. Nous pouvons étudier un sujet à fond ou nous contenter d'un coup d'œil superficiel ; et, même quand notre esprit est dominé par les lois de la pensée, nous avons cependant conscience de notre liberté et nous poursuivons un but librement choisi*.
* Dœllinger, Erreur, doute, vérité, p. 30.
* Cf. DeutiDger, Renan und dos Wunder, ir* chap.
Aussi, Platon* demandait que l'àme qui se préparait à de hautes spéculations fût exempte de passions et détachée des choses terrestres ; car un cœur pur peut seul comprendre le vrai, le beau et Télernel* ; il se rapproche ainsi de Dieu et devient capable de le comprendre *. Pascal a donc raison en ce sens, lorsqu'il dit : a 11 faut « connaître les choses humaines pour les aimer, et aimer «les choses divines pour les connaître ». Plotin dit également : Le voyant ne peut jouir de celte vue des choses éternelles qu'après qu'il s'est rendu semblable à celui qu'il doit contempler. Jamais un œil ne regardera le soleil s'il n'est auparavant devenu ctincelant comme le soleil *. Il en est de môme de l'àme ; il faut déjà qu'elle devienne belle pour pouvoir ensuite jouir de la vue du beau. Quiconque donc aspire à voir Dieu et le beau doit déjà devenir beau et divin lui-même*. Car, a qui vient de «Dieu écoute la parole de Dieu d, dit l'Apùtre •. Voilà pourquoi l'intelligence seule ne suffit pas, indépendamment de la volonté, pour acquérir ces connaissances de Tordre moral dont les conséquences deviennent plus ou
« Vhœd.y p. 23, 27 ; Soyih., p. iiO.
' Vhœd.y p. 16.
I| » TheœUt., p. 247.
* ID.icii^t:;.
^' ■ '/., I, fi. Mt"^mo ini.ipe «laiis saint Atlinnn?o, . • ., c. 57. — CI. NoU'S iulditioiiiielles du cl:a-
• / Jean, iv, 6.
Il AroL. DU Christ. — Tomk. II. !0
moins des lois pour la vie et imposent des restrictions, des devoirs même à la volonté. Cette remarque s'applique à l'étude du christianisme plus qu'à toute autre matière; car le christianisme n'est pas une lettre morte, il est au contraire une doctrine vivante et vivifiante, destinée à répandre l'activité et la force autour d'elle. L'esprit et le cœur, l'homme tout entier, en un mot, se trouve engagé au plus haut degré dans cet examen ; et, qu'il le sache ou non, sa volonté dirige son intelligence. Lors même que, triomphant de la paresse naturelle qui le porte à laisser errer son intelligence à sa guise, l'homme se livrerait à une étude approfondie des preuves du christianisme, il trouverait encore mille moyens d'échapper à leur force démonstrative ; son esprit, stimulé par l'intérêt qui lui conseille de se soustraire à une loi dure et onéreuse, devient ingénieux pour réfuter les arguments et susciter des objections ^ Cette tâche lui sera d'autant plus facile que la vérité du christianisme n'est pas une de ces vérités immédiates faciles à saisir à première vue, comme les prépositions mathématiques. Pour la reconnaître, il faut peser et juger une longue suite de faits historiques, puis examiner un enchaînement de doctrines qui heurteront souvent nos idées préconçues et feront obstacle à nos passions*. Si vous ne possédez pas une volonté ferme et
* Cf. L'aveu de Strauss, t. i, p. 35. — Deîectationes corporaîes corrumpunt existimationem prudentiœ, (c'est-à-dire, quand il s'agit d'uue connaissance qui a des conséquences pratiques), non autem existimationem speculaiivam, cui delectatio non contrariatur, Iputa, quod triangulus habet très angulos œquaîes duobus rectis, Tiiom. L c. Cf. t. i, p. 37.
* Saint Thomas d'Aquin indique en ces termes la différence
DE LA FOI RAISONNÉE. Wl
un profond amour de la morale et de la vérité, votre esprit deviendra semblable à un juge corrompu qui, négligeant l'examen des preuves ou ne les admettant que dénaturées par des préjugés, s'efforce de faire naître des objections et les développe avec feu et opiniâtreté. N'est-il pas toujours plus facile, au reste, de saisir Tobjection que de coiiiprendre la solution? de nier que d'affirmer? La foi est donc un acte libre, une manifestation de la ▼olonté, racle moral par excellence ; c'est d'elle que la morale tire sa vie et sa force*. La foi est une vertu, et je dirai plus, c'est la première et la plus haute vertu ; car sur elle reposent toutes les autres. Seigneur, je veiix croire ; aidez-moi à vaincre mon incrédulité '. Tel est le cri de la nature entière. L'homme doit être disposé à croire pour acquérir le plus précieux des trésors, qui est la foi. Il dépend de lui de connaître la crédibilité. Ses propres forces lui sufDsent pour franchir les premiers degrés du temple * ; mais, arrivé à la porle du sanctuaire, il ne peut y pénétrer si la main de Dieu ne l'y introduit. Pour reconnaître la vérité naturelle, il n'a besoin que d'un moyen naturel, c'est-à-dire de la raison ; mais, pour
entre rùviiloncc ' et îmm»'tliat««, f5/ •. M, H,
qij. I, art. 4):yls> . Uecius (pna ad hoi' / lyso ob-
jicto, 'luud est vel par se tpsum cfHjnitHm^ sicut jxitet in priiici^iis jitiuiis. quortim e$t intrllrrtus ; vcl pcr aliud cognitum, sicut patet de conrliL^ionibus, quorum est scient ta.
' FkIcs es>t radiT d fundamcntum omnis jtisfi/ïcûft'cmis. {Cône, Trid. Ses8. vi, c. vin.)
' Marc, IX, !;il.
arriver au surnaturel, il lui faut une force surnaturelle, la grâce * ; il lui faut une seconde naissance, une régénération en Dieu et un motif surnaturel de certitude, l'autorité de Dieu ^. C'est elle qui lui rendra possible Tacte de foi à la vérité révélée en vertu de l'autorité de Dieu, vérité infaillible. Ici un monde nouveau s'ouvre pour Tesprit, celui de la révélation; la raison, qui jusque-là avait servi de guide à l'homme, cède le pas à la foi et la suit comme une autorité supérieure. ^
C'est ainsi que la raison commence l'œuvre et que la foi Tachève ^ Le croyant entre dans une nouvelle vie, une lumière supérieure s'est répandue dans son âme et
* Sîqtds diœerit, sine Spirifus sancti inspiratione atqiie ejiis adjutorio hominem credere posse... sicut oportet.., ut ei justificationis gratia conferaturj anath. sit. [Conc. trident. Sess, vr, can. 3. Cf. Ibid., cap. VI. — Déjà auparavant, le 11^ Concile d'Orangée avait déclaré contre les seini-pélagiens Q'an 529), can. 6 : Siquis sicut augmentum, ita etiam initium fidei ipmmque credulitatis affectam... non per gratiœ donum... sed naiuraliter nolis inesse dicit, apostolicis dogmatibus adversarius approbatur. — Quoique l'évidence de la crédibilité de la révélaiion se déploie sur le terrain de la nature (Cf. Suarès, De Fide, Disput. iv, Sect. vi), et que noire raison, après examen, puisse reconnaître d'ellemême et par elle-même les caractères de la révélation, c'est néanmoins la grâce qui éclaire l'esprit et détermine la volonté à poser l'acte surnaturel de la foi sur la base de cette crédibilité, œuvre à laquelle ne sulTi^ent point les forces naturelles de l'intelligence et de la volonté, n'ayant avec elle aucune proportion, là. 1. c. Disp. VI, Sect. viii.
^ Déus, quatenus est prima veriras in cognoscendo , quœ falli, ei prima veritas in dicendo, quœ fallere non potest, est fœ^male fidei objecfum. (Suarès, De Fîc?e, Disp. m, Sect. iv.) Lesmotits qui nous I portent à croire à la révélation peuvent être différents suivant les différentes personnes j mais le motif de la foi est le même pour tous.
• Clem. Alex., Slromat , i, n. 5.
une nouvelle activité s'empare de son cœur. C'est une racine bénie d'où s'élève Tarbre chargé des Iruils d'une vie sainte, et qui surpasse autant la simple moralité naturelle que la vertu de Dieu surpasse l'action de l'homme, que la pensée de Dieu est au-dessus du sens humain. Ce n'est pas aveuglément et sans raison que nous faisons ce pas et que nous entrons dans la vie de la foi. C'est la raison elle-même qui nous pousse et qui nous force par la crédibilité de la révélation, à l'évidence de laquelle cette même raison ne pouvait plus longtemps refuser de céder. Cette évidence varie selon le degré d'intelligence et d'instruction de chacun, mais elle est toujours suffisante , et sa clarté et sa force persuasive augmente à mesure que Tesprit avance et s'enfonce dans la vérité de Dieu. Comment pourrai-je ac(iuérir la foi? se demande-t-on souvent. Je voudrais croire ; je voudrais la consolation, la paix, la sécurité de la foi ; trouver en elle la réconciliation pour le passé, la force dans le présent, Tespoir pour l'avenir ; mais je ne puis croire.
Comment l'homme parvient-il à la foi? Dieu veut pour tous les hommes le bonheur et la connaissance de la
rite. Dieu offre à chacun la grâce de la foi ; il suffit (l clendre la main pour la saisir, ou plutôt de se laisser saisir par elle. Faites votre devoir, et soyez sûr que Dieu, de son côté, fera le sien. Dieu ne refuse point sa grâce à qui fait ce (lui dépend de hii '. Otez le verrou qui ferme votre cœur ; dépouillez cette |)aresse, celte horreur de toute pensée sérieuse. Votre esprit est fermé, votre cœur
• Cf. T. I, p. 20.
est mort; comment la vie serait-elle dans un cadavre? On n'a point de foi par le même motif que l'on n'a point de religion ; on n'a point de religion parce que Ton n'est pas et que l'on ne veut pas se mettre en règle avec la morale. La foi n'est pas seulement une science, c'est aussi une vertu, comme la chasteté et la tempérance sont des vertus ; la foi ne veut pas seulement être apprise comme la science, elle veut aussi être pratiquée comme les vertus. Lorsque la foi s'est emparée du cœur d'un homme, elle en prend pleinement possession ; elle règne en souveraine sur ses pensées et ses désirs, dont pas un ne se soustrait à sa salutaire influence. Qu'une passion, qu'une inclination de son âme ne puisse soutenir l'éclat de la vérité divine, ce sera assez pour le fixer dans son incrédulité. « Il ne voulait pas réfléchir», dit le psalmiste, * a afin de ne pas être obligé de faire le bien ». Rompez avec voire passion, dit Pascal, et demain vous croirez. Pour persister dans l'incrédulité, l'homme n'a rien à faire qu'à s'abandonner à ses habitudes déréglées. La foi demande des sacrifices, de Théroïsme, des privations; aussi, un croyant prouve plus en faveur de la foi que mille sceptiques en faveur de l'incrédulité ; et l'homme devient plus accessible à la foi dans les heures difficiles de la vie, lorsque la douleur ou la mort brisent les attaches du cœur à tout ce qui est périssable.
Le cœur doit se préparer à la grâce de la foi en abattant les obstacles qui le séparent de la vérité : pour obtenir la foi, il doit agir comme pour acquérir la raison. La
* Ps. XXXV, 4.
DE LA FOI RAlSONxNÉE 151
mi^re donne à son fils les premières notions de la raison à l'aide des mots qu'il répète et qui lui apprennent peu à peu à penser; de même TEglise, celte mère sublime de riuimanité, initie ses enfants aux notions de la foi. La foi vient de la prédication *, que la grâce accompagne :1a j)rière et les bonnes œuvres y préparent. L'histoire du centurion Corneille' nous en offre un frappant exjemple. La grâce agit et opère dans les cœurs, pendant que la prédication retentit au dehors *.
La vie elle-même apporte un dernier témoignage à la V4Îrité : Pratiquez ma doctrine , et vous verrez qu'elle vient de Dieu *. De même que dans l'ordre de la nature la vie accomplit ses fonctions, s'entretient et fleurit avant même que la science ait déterminé le but de chacune d'elles, de même que la raison déploie son activité avant que la philosophie ait déterminé les lois de la pensée; ainsi, l'homme qui s'adonnera à la vie sainte dont la doctrine et la vie du Sauveur lui offrent le divin idéal, reconnaîtra, à la lumière croissante qui inondera son esprit, à la paix de plus en plus profonde de son cœur, à l'amô-
• Uom.f X, 17.
• Actes, X, {.
• Actes- des A\)àtres, xvi,24. — oDJeii apit sur leur cœur, afin qu'ils rrusseiU ce que Paul cnscip^nait ». (r,r.3/<i/r/»..xxvni, '20.) « Pi»ur nous, dit saiiil Augusliu, nous Iravaillons au dehors;
^ imiis s'il n'y avait personne qui travaillai au dedans. l'arbre ne verilirait point el ne porterait ni lleurs ni fruits. L'est pourquoi l'ApiSlre dit (l Co\\ , m, 7): Celui qui plante n'est rien, ni celui (pu arrose; mais c'est Dieu qui adonné l'accroisiemeul ».
(StTTM. Cl.II.^
^ iewi, vu, 17.
lioration de sa volonté toujours plus pure et plus forte, la justesse de ces paroles de l'Apôtre ' : Je ne rougis pas de l'Evangile ; c'est une force que Dieu donne à tout fidèle pour arriver au bonheur éternel, au juif d'abord^ puis au genti
* Rom., jj IC^