DIVINITÉ DE L'HISTOIRE ÉVANGÉUQUE
La BigniGcatioD des actions divines dans l'histoire évangéliqne en général. — Le Christ nous désigne ses miracles comme les preuves de sa mission. — Ses miracles sont en harmonie avec ses paroles et sa personne. — Symbolique du miracle. — Réalité des miracles attestée par Jésus-Christ lui-même et par des témoins oculaires. — Les circonstances qui accompagnent les miracles, prouvent leur caractère surnaturel. — Les miracles ne sont pas l'effet de forces naturelles occultes. — Le magnétisme et les miracles du Christ. — Les juifs et les païens eu présence des miracles. — Le motif des œuvres divines. — Le miracle de la résurrection. — La réalité de la résurrection. Les témoins de la résurrection. — Le grand miracle de l'Eglise. — Notei tdditionaelles.
« Celui qui ne croira point sera condamné* ». Au premier abord, sans doute, celte sentence est dure, mais elle doit être juste, car c'est la dernière parole, la dernière volonté du Seigneur avant de retourner vers son Père. Mais si l'incrédulité envers Jésus-Clirist est un crime si grave aux yeux de Dieu, il était de son devoir de prouver invinciblement et visiblement au monde la mission de son Fils et la divinité de Jésus-Cbrist ; il a dû imprimer en tiaits étincelanls, .«;ur la face de la terre, la marque aulheiiti(|ue de sa qualité d'envoyé du ciel. 11 faut que ioute la création lui rende témoignage; il faut que ce cri
* Marc, XVI, i9.
d*un centurion romain : « Vraiment cet liomme est le a Fils de Dieu*», soit celui du genre humain lui-même, et l'expression de la conviction la plus intime, la plus profonde et la plus vraie de l'humanité. Jésus-Christ devait nécessairement se manifester d'une manière assez frappante pour que ceux qui le voyaient et Tentendaient crussent en lui avec certitude, s'ils étaient de bonne volonté.
Telle est la signification véritable et l'intention des faits miraculeux et divins qui éclatent dans la vie de Notre-Seigneur. C'est par eux que la nature reconnaît son Maître et son Souverain, que la terre vient rendre hommage à son Créateur et à son Seigneur, que s'ouvrent les trésors cachés de la puissance créatrice de Dieu. Ils forment l'auréole resplendissante qui entoure l'auguste ligure de Jésus-Christ ; ils sont le sceau divin visible partout et pour tous, et que n'a pu obscurcir même la couronne d'épines. Jamais ses disciples n'auraient ajouté foi à ses paroles, si ses œuvres ne les avaient convaincus dft la vérité de sa doctrine *.
Voilà donc la raison des miracles du Seigneur ; sail^ eux le Christ n'aurait pas trouvé un disciple dans le peuple juif, ni un seul croyant parmi les Gentils. Sans les miracles, l'incrédulité envers lui ne serait pas un péché, sa doctrine ne serait pas une loi pour l'esprit, une obligation pour la volonté; car alors la voix de Dieu n'aurait point tonné dans les profondeurs de la terre m
* MaUh., XXVII, 54.
* Eusèbe, Démonsîr. évang,, 1. III, ch. vi.
DE l'histoire ÉVANGÉLIQUE. 265
di.s hauleuts du ciel, pour nous signaler «on Fil« bienaimé, que nous devons écoutera
Nous allons nous poser les trois questions suivantes :
1° Jésus-Christ a-t-il opéré des miracles?
S*» Comment Jésus-Christ a-t-il opéré ces miracles?
3° Pourquoi Jésus-Christ a-t-il opéré des miracles?
Et d'abord, Jésus-Christ a-t-il opéré des miracles? Après ce que nous avons dit dans le chapitre précédent sur l'authenticité et la crédibilité de l'histoire évangélique, il nous semble superflu de répondre en détail à cette question. Ouvrons saint Matthieu ; nous lisons : a Or, Jean
• ayant appris dans sa prison les œuvres merveilleuses de f Jésus-Christ, envoya deux de ses disciples lui dire :
• Etes-vous celui qui doit venir , ou devons-nous en f attendre un autre? Et Jésus leur répondit : Allez ra- € conter à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous fl avez vu : Les aveugles voient, les boiteux marchent, c les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts f ressuscitent , l'Evangile est annoncé aux pauvres*». Ainsi, le Seigneur lui-même parle de ses miracles et lis appelle en témoignage ; la pureté de sa morale, l'élévation de sa doctrine, la dignité et la sainteté de sa personne sont intimement liées à ses miracles. Sont-ils réels, toute la doctrine est vraie ; sont-ils faux, ce n'est qu'un échafaudage de mensonges qui doit s'écrouler sous le premier coup de la critique. Ce n'est pas une fois seulement Que Jésus en appelle à ses miracles comme aux tciuoins
« Matth., XVII, 5.
Matth., XI, 2.
irrécusables de sa divine mission; il le fait à plusieurs reprises et dans les circonstances les plus diverses, cr Que « si je chasse les démons par l'esprit de Dieu, le règne de a Dieu est donc venu parmi vous ^ ». a Comme le Père a réveille les morts et les ranime, ainsi le Fils ressuscite G les morts comme U lui plaît* ». « Mais pour moi, j'ai a un témoignage plus grand que celui de Jean , les 0 œuvres que mon Père m'a donné pouvoir de faire; les 0 œuvres, dis-je, que je fais, rendent témoignage pour « moi que c'est mon Père qui m'a envoyé * ». Le Père a imprimé * sur lui son sceau, « afin », dit-il, a qu'ils « croient que c'est vous qui m'avez envoyé "^ ». Et plus loin : « Mon Père, qui demeure en moi, fait lui-même « les œuvres que je fais '. Ne croyez-vous pas que je suis « en mon Père et que mon Père est en moi ? Croyez-le au a moins à cause de mes œuvres' ».
» Matth., XII, 285
* Jean, xv, 21, » Ibid., h 36.
* Ibid., VI, 27; » Ibid., XI, 42;
* Ibid., XIV, 10.
■' Si Jésus défendait parfois de puDlier ses miracles {Mare, VII, 35), c'est parce qu'il ue croyait pas que le moment opportun et utile de leur divulgation fût encore venu, remarque Dœllinger {Christenth. und Kirche, p. 16); il craignait aussi une manilestaiion populaire qui aurait pris un caractère politique Bi l'eût porté sur le trône. En outre, il voulait que les malade» au'il aurait guéris pussent être examinés à loisir, et confirmer ainsi hmpression reçue.
DE l'uISTOIRE ÉVANGÉLIQUE. 2G7
a II fut puissant », dit saint Luc *, « en œuvres et en « paroles d. A quelque endroit que j'ouvre et que je lise le saint livre, j'y trouve racontées des œuvres miraculeuses, et les paroles du Seigneur ne viennent guère que pour expliquer, établir, interpréter et faire Tapplicalion des œuvres. Les miracles et la doctrine de Jésus-Christ forment un tout indivisible. La doctrine s*a[)puie sur le miracle, le miracle conflrme et précise la doctrine. Sa doctrine est un miracle *, et ses miracles une doctrine profondément significative *. La doctrine de Jésus-Clirist n'est jamais un exposé de théories abstraites, un système de principes et de démonstrations. La doctrine, chez lui, ne fait qu'un avec la vie; c'est le grand enseignement d'une miraculeuse vie. Diverses écoles rationalistes ont essayé de séparer la doctrine de Jésus-Christ de ses œuvres et de sa personne divine, se flattant de pouvoir maintenir celle-là en faisant bon marché de celles-ci ; c'était former une entreprise contradictoire et qui portait en soi un germe de mort *. 11 est la lumière du monde,
* Luc, XXIV, 49.
' « El les Juifs , en étant étonnés, disaient : Comment cet homme sail-il l'Ecrilure , lui qui n'a point t'Uuhé ». (Jean, vu, 15.)
• Dominus ac hedcmptor noster pcr Evangclium suujii altijuando terbis, alùinando rébus locjuitur. (Gre^or. M., Ilomil. XXXM in Evanij.) — llubcnt. mirar.ula lin<juam sunm; hnbrt aliquid intus hoc, quod viiraîuur foiis. (Augustin, Civ. Iki, xxil, .'l, 8.)
! * « Croire ou ne pas croire les miracles do Jcsus u, dil Hup,
I [Zeitschr. fur dicGcistl.dea Erzbisth, Kh'iburp, IS'28, U* caluer ,
p. 91), « c'tîsl lie là (jue (iép»Mul la mission divine de Jésus-
Olirisi. Si Jésus n'a pas opéré de réels rteonstaiils miracles, ce
u'ost plus pour nous qu'un huuuno. Su parole csl une parole
Î2t)8 CHAPITRE XV. — DIVINITE
et c'est pourquoi il rend l'aveugle à la lumière du jour; il apporte au monde le salut, c'est pourquoi il guérit la plaie du malade ; il est impeccable, c'est pourquoi il dompte la révolte de la nature qui, reconnaissant en lui son Maître, se soumet à ses volontés en esclave docile *. Il est ia vie du monde, c'est pourquoi il rappelle les morts à la vie; il est le Rédempteur, c'est pourquoi ses œuvres sauvent du péché et de la damnation, sont une restauration de rétat bienheureux dont nous jouissions dans le paradis, et une anticipation des félicités de celte vie, où il n'y aura plus ni mort, ni tristesse, ni plainte, ni douleur; car, a voici », dit-il, a que je renouvelle toutes choses*». Jésus-Chxist, manifestation personnelle de la divinité dans la chair, l'immortel revêtu d'un corps périssable, est lui-même le miracle dans l'acception la plus haute du mpi, le miracle par excellence qui résume tous les autres. Le merveilleux forme autour de lui une auréole resplendissante qui Tenvironne depuis son entrée dans le monde jusqu'au jour de son ascension glorieuse.
humaine» sans efficacité salutaire pour le genre humain..... Que Ton place son image dans la maison à côté de celles des
grands hommes si les miracles du Christ sont dus à des
moyens naturels, ce n'est plus qu'uu médecin un peu plus habile que les autres. 11 y a plus : comme il voulait passer pour tout autre, c'est un imposteur; voilà à quelle extrémité on arrive pour vouloir expliquer naturellement les miracles.
Cf. La pèche miraculeuse {Luc, Y, 4).
• De même que les paraboles du Seigneur contiennent les principes de dogme et de morale que l'Eglise devait développer, ainsi les miracles prouvent les eiiels de son mode d'action qui est la grâce. Or, la grâce, dans le monde spirituel, est la contre-partie des miracles dans le monde corporel. (Cf. Wiseman^ MélangeSt 1. 1, p. IÇO),
DE l'histoire ÉVANGÉLIQUE. 200
Mais les miracles ont-ils eu réellement lieu comme les Evangiles nous les rapportent? N'étaient-ils pas le résultat de la fourberie ou du moins de l'hallucination ; la conséquence d'une observation inexacte, inintelligente et partiale ? Nous l'avons vu, le caractère moral de Jésus nous garantit suffisamment la vérité de ses miracles. D'ailleurs le récit évangélique répond de lui-même à ces questions, qui ne sont pas nouvelles, car elles furent faites dès que le Seigneur fit ses premiers miracles. Prenons un exemple au hasard :
Saint Jean ' raconte la guérison d'un aveugle-né qui mendiait sur la place publique, a Et le Seigneur lui dit : a Allez vous laver dans la piscine de Siloé, qui signifie a envoyé. Il y alla donc, il s'y lava, et il en revint voyant € clair. Ses voisins et ceux (jui l'avaient vu aui»aravant «demander l'aumône, disaient : N'est-ce }«as là cet t aveugle qui était assis et qui mendiait? Les uns répona daient : C'est lui ; d'autres disaient : Non , c'en est un qui a lui ressemble. Mais il leur disait : C'est moi-même ». Ce fait s'était promptement répandu, et on mena l'homme devant les pharisiens, qui lui firent de nouveau raconter l'histoire de sa guérison. Il n'y avait plus à en douter, l'aveugle avait recouvré la vue sur l'ordre de Jésus. Alors il s'éleva une discussion entre eux ; les uns, vaincus par i'cvidence du fait, disaient : Dieu (li>it élrc avec cet liouune, puiscju'il accomplit de semblables miracles. Les
Ires, aveuglés par leur haine contre le Seigneur, se
* Jean, IX. {. M. Uenan, dans sa vio de Jt^sus, passe sous silence cf passapo tout cnlicr, parce qu'il renverse compléleiiioul ses bypullièses.
refusaient obstinément à croire en lui ; mais, ne pouvant pas nier l'évidence du fait, ils cherchèrent à se persuader que le mendiant n'avait jamais été aveugle ; ils firent venir ses parents dans Tespoir de les intimider et de les faire parler selon leurs désirs. Mais ceux-ci répondirent simplement : Il est notre fils, et il était aveugle de naissance. Les pharisiens étaient donc forcés dans leurs derniers retranchements; aussi leur haine ne connut plus de bornes, et ils chassèrent de la synagogue Taveugle guéri miraculeusement. Telle fut toujours la conduite du monde : lorsque le mensonge se voit démasqué, il a recours à la violence.
Les miracles ont-ils réellement été opérés? Qui sont ceux qui nous les racontent? Des témoins oculaires, comme dans le cas précédent ; ce que nous avons entendu^ vu de nos yeux^ éprouvé et touché de nos mains, nous vous le racontons K Et ceux qui n'ont pas vu de leurs yeux, comme saint Luc % s'en sont rapportés aux témoins oculaires. Peut-on accuser ces hommes d'être trop crédules, quand plusieurs fois le Seigneur leur reproche leur peu de foi et la dureté de leur cœur^? Est-ce encore de la crédulité, lorsque tous les disciples affirment avoir vu le Seigneur, et que Thomas doute encore, tant qu'il n'a pas touché do ses mains les augustes plaies*?
* Jean, i, i , 2, ^ Luc, I, i.
8 Ibid., xiTV, 23.
* Jean, xx, 25.
DE l'histoire ÉVANGÉLIQUB. 271
Sa. m Paul, de tous les écrivains le plus circonspect peut-elrc et le plus sensé, recommande chaque fois à ses fidèles de ne pas ajouter foi aux récits merveilleux qu'on débite sans preuve, mais de rester allachésau grand miracle de la vie et de la résurrection du Seigneur*. Et ses disciples, encourages par l'exemple de leur chef, affirment avec une constance inébranlable les œuvres miraculeuses de Jésus au milieu des tourments et des supplices; c'est avec le plus pur de leur sang qu'ils écrivent les faits du Seigneur dans les annales de l'histoire du monde.
Les circonstances où se produisent les miracles de Jésus, sont une garantie plus puissante encore de leur vérité et de leur importance. Où s'opèrent-ils? Ils s'opèrent publiquement dans le temple *, au milieu de villes populeuses, en présence d'une foule ' accourue de tous les points de la conti'ée, devant des hommes distingués
' / Tim., I, 4; iv, 7; // Tim., XLiv; Rom., xii, \-S; GahU-, m, B; 1 Cor., XII, 10, 29.
Saint I*iml en appelle à ses propres miracles (iii'il accomplissait par la puissance du nom de Jésus. - Saint Paul est à la fois témoin de ses propres miracles et des laits exlraordinaires qui avaient lieu ilaris les assemblées des preuneis fidèles; ces faits conllrment tes prodi;;es du Sei^Mieur. — Ïïe6r., II, 4.
Dieu a rendu témoi^Miape i);ir ues miracles lor/mv.;) , des prodiges (Tifioi), par les diirérenls eircls de sa puiss.uice (t;oixi- Xaiç ^uvàjnoi) et par la distribution des grâces du Sainl-Espnl.
I ■« Car lo roi est bien informé de tout ceci », dit saint Paul, « et jtî crois qu'il n'i^noro rien do ce que jo dis, parce que
*ce ne soiU |>as des choses qui se soient passées on secret ». {Actes des Apôtres, XX Vl, 20.)
•Non [)as en secret, comme le prétend M. Ueiiaii. — Lur^ vi, 47. — Mutth., XI, C. — Miirc, I, 32; II, 3.
par leur condition et leur instruction * ; ils excitent la haine et Tenvie des princes du peuple; ils éveillent Tatiention du roi * ; les tribunaux en font Tobjet de leurs délibéralions, les soumettent à des examens officiels, à des enquêtes judiciaires *. Loin de se restreindre à un cercle de fidèles et d'enthousiastes, il accomplit ses prodiges en présence de ses ennemis *, qui, ne pouvant nier les faits, les expliquent par la puissance du démon * ; ils arrivent à une époque où le peuple juif avait atteint Tapogée de sa civilisation, alors que le scepticisme s'étendait et envahissait les âmes ' ; Grecs, Romains et païens des pays voisins de la Judée se trouvaient mêlés à la foule des spectateurs "^ ; le Seigneur attire l'attention sur ses miracles et provoque les objections de ses ennemis, qui demeurent dans une rage impuissante^.
Comment Jésus a-t-il opéré ses miracles? Ce sont de grandes et surprenantes manifestations qui frappent les regards de tous, des pains multipliés, des aveugles gué-
* Marc, m, 22. — Jean, iv, 46.
* Matth., XXVII, 18. — Luc, xxiii, 8.
^ Jean, IX, 13; Xl, 47.
* Ainsi, ce n'est pas, comme le prétend Renan [Introduction à la vie de Jésus), en présence de personnes disposées d'avance à tout cjoire.(Jean, ix, 1.)
^ Jean, viii, 48. — Matth., ix, 34.
* Dœllinger, Heidenthum und Judenthum, p. 747, ^ Luc, VI, 17. — Matth , vu, 9.
« Jean, x, 37,