‹ ApologieChapitre 32 sur 59 · Plus connue sous son prénom de Laure · texte numérisé non relu

Plus connue sous son prénom de Laure

DE MARIE MAXCINI.

ma sœur aînée, qu'il avoit été demander lui-même à mon oncle jusqu'à Cologne % dans le temps que son Éminence se vit obligée de se retirer de la Cour. Deux mois après que nous fûmes arrivées à Aix, la duchesse de Mercure, ma sœur, y vint pour nous tenir compagnie et, durant six mois que nous séjournâmes encore en cette ville, elle n'eut pas de plus grand soin que de nous divertir et de nous traiter avec une magnificence qui n'eut jamais d'égale.

Après que ces huit mois furent passés, que mon oncle nous avoit laissées à Aix, à dessein de nous faire un peu aux coutumes du pays, pour n'arriver pas comme des novices étrangères à Paris, il vint un ordre de nous acheminer en cette cour, où la duchesse de Mercure, qui étoit alors enceinte de son premier enfant, nous voulut à toute force accompagner.

Nous fumes un mois dans ce voyage, et étant arrivées à Paris, mon oncle ne nous vit d'abord qu'en secret, et nous reçut avec des témoignages de tendresse si particuliers, qu'il sembloit qu'il ne pouvoit assez exprimer sa joie. Et encore que ma sœur n'eût pas été comprise dans notre voyage, comme j'ai déjà

I. En 1651, Mazarin s'était retiré, à la suite de l'arrêt du parlement qui l'expulsait de France, à Bruhl, près Cologne.

dit, sa beauté servit assez d'excuse à ma mère, et mon oncle eut un très grand plaisir de la voir.

La première chose que nous fîmes, après nous être un peu remises de la fatigue du chemin, ce fut d'aller faire la révérence à leurs Majestés, qui nous reçurent avec de très grandes démonstrations de bonté, et véritablement dignes de leur royale grandeur. Mais cette pleine jouissance de félicité ne dura pas longtemps; nos plaisirs furent bientôt troublés par un triste changement, dont je vais dire l'origine.

Comme je n'étois pas encore tout à fait revenue de la fatigue et de la lassitude de notre voyage, certaine agitation procédée de mon humeur vive, et le peu de régie que je tenois dans ma manière de vivre, mangeant, sans distinction de ce qui me pouvoit faire bien ou mal, m'avoient réduite en un si pitoyable état, que le cardinal, mon oncle, résolut de me mettre dans un couvent, pour voir si je ne me remettrois pas.

Outre cette raison, il y en avoit encore une autre,

DE MARIE MAXCIXI.

qui étoit que je lui paroissois fort nouvelle, comme en effet je l'étois, et que je ne savois pas la langue du pays; ce qu'il jugeoit n'être pas un petit obstacle pour m'introduire, comme il vouloit, dans une cour aussi éclatante et aussi spirituelle que celle de France. Ma sœur, selon toutes les apparences, devoit, par les mêmes raisons que moi, suivre la même fortune; mais elle en fut dispensée à cause de son jeune âge, ou plutôt la beauté parla en sa faveur. On me mit donc dans le couvent de la Visitation au faubourg Saint-Jacques où, deux mois après, ma sœur me vint tenir compagnie par l'ordre de son Éminence, qui jugea qu'elle avoit du moins autant besoin que moi de passer quelque temps dans un couvent. On nous avoit mis sous la direction de la Mère de Lamoignon, qui prenoit soin de notre éducation et de nous apprendre la langue françoise, avec toutes les autres choses nécessaires à des filles qui dévoient tenir un grand rang dans le monde, de quoi elle s'acquitta avec beaucoup d'attachement et d'affection. 11 y avoit déjà un an et demi que nous étions dans ce couvent, quand mon oncle m'envoya Madame de Venelle, dame d'honneur de Madame la duchesse de Mercure, ma sœur, avec ordre de me mener à la Fère, ville en Picardie, où la cour étoit alors. Et la raison de ce

voyage étoit que son Éminence, ayant désiré de faire alliance avec le maréchal de la Millaray % il avoit proposé de me marier avec son fils le Grand Maître ^^ étant juste que, comme l'aînée, je fusse établie la première. Mais, comme les droits de l'amour sont fort différents de ceux de la raison, il importoit peu que son Eminence m'eût destinée au Grand Maître, si cet amant avoit déjà fait choix d'un autre objet, et s'il s'étoit dévoué à ma sœur Hortense, dés le premier moment qu'ill'avoit vue, avec des circonstances si particulières, qu'il avoit dit hautement qu'il passeroit plutôt sa vie dans un couvent que d'en épouser une autre qu'elle.

J'arrivai donc à la Fère, sans savoir rien des propositions qu'on avoit faites de me marier, si ce n'est quelque connoissance confuse du bruit que le peuple en faisoit, quand j'arrivai, en même temps que le traité, par la réponse du Grand Maître qui se montra constant à vouloir servir ma soeur. Depuis ce voyage, je ne quittai plus la cour, et comme l'âge et les soins qu'on avoit pris à m'instruire m'avoient donné

1. De la Meilleraye. Nous avons maintenu dans le texte l'orthographe de Marie Mancini, qui écrit ce nom de la même manière que Mazarin dans ses carnets.

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