‹ ApologieChapitre 34 sur 59 · Décembre · texte numérisé non relu

Décembre

2. Janvier I657. Elle mourut des suites du saisissement que lui causa la nouvelle de la mort de sa mère. Ses deux fils furent l'un le duc de Vendôme, l'autre le prieur du même noir.

Ma mère étaat morte, on nous donna Madame de Venelle pour gouvernante; mais comme je ne là craignois pas tant que ma mère, je me trouvois un peu plus maîtresse de moi-même, et ma sœur Olympe ayant été mariée, je jouissois de tous les privilèges que le droit d'ainesse me donnoit sur ma sœur Hortense et ma sœur Marianne, qui étoit venue quelque temps après nous avec mon frère Alphonse, qui mourut fort jeune dans le collège de Clermont où il étoit en pension.

Je commençois donc de mener une vie fort douce et fort agréable, et la santé du corps dépendant presque toujours de la satisfaction de l'àme, je puis dire que la fortune faisoit en cela tout que ce que j'aurois pu souhaiter.

Cependant la manière familière avec laquelle je vivois avec le Roi et son frère, étoit quelque chose de si doux et de si affable, que cela me donnoit lieu de dire sans peine tout ce que je pensois, et je ne le

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disois pas sans plaire quelquefois. Il arriva de là, qu'ayant fait un voyage à Fontainebleau avec la Cour, que nous suivions partout où elle alloit, je connus au retour que le Roi ne me haïssoit pas, ayant déjà assez de pénétration pour entendre cet éloquent langage, qui persuade bien plus sans rien dire que les plus belles paroles du monde. Il se peut faire aussi que l'inclination particulière que j'avois pour le Roi, en qui j'avois trouvé des qualités bien plus considérables et un mérite beaucoup plus grand qu'à pas un autre homme de son royaume, m'eût rendue plus savante en cette matière qu'en toute autre.

Le témoignage de mes yeux ne me suffisoit pas pour me persuader que j'avois fait une conquête de cette importance. Les gens de cour, qui sont les espions ordinaires des actions des rois, avoient, aussi bien que moi, démêlé l'amour que Sa Majesté avoit pour moi, et ils ne me vinrent que trop tôt confirmer cette vérité par des devoirs et des respects extraordinaires. D'ailleurs les assiduités de ce monarque, les magnifiques présents qu'il me faisoit et, plus que tout cela, ses langueurs, ses soupirs et une complaisance générale qu'il avoit pour tous mes désirs, ne me laissèrent rien à douter là-dessus.

Il vint une tempête qui troubla pour quelque temps

DE MARIE MAXCIXI. I7

la douceur ce ces jours, mais elle passa bientôt Onparla de marier le Roi avec la princesse Marguerite de Savoie, fille de Madame Royale, qui fut depuis duchesse de Parme, princesse assurément d'un très grand mérite, et cela obligea la Cour de faire le vovage de Lyon. Cette nouvelle étoit capable de donner bien du trouble et de la peine à un cœur. Je le laisse à penser à ceux qui ont aimé, quel tourment ce doit être, la crainte de perdre ce qu'on aime extrêmement, surtout quand l'amour est fondé sur si grand sujet d'aimer; quand, dis-je, la gloire autorise les mouvements du cœur, et que la raison est la première à le faire aimer.

Comme mon mal étoit violent, il eut le destin des choses violentes : il ne dura pas longtemps, et ce mariage du Roi se rompit avec la même promptitude qu'il avoit été entamé.

Ce fut à Don Antonio Pimentel que j'eus cette obligation, qui étant arrivé dans le temps qu'on l'alloit conclure, avec les propositions d'un traité de paix, dont il avoit lui-même le projet, leurs Altesses s'en retournèrent en Savoie, et mon âme reprit en même temps sa première tranquillité. Les courtes peines, et qui sont suivies de bonheur, ne détruisent pas le goût des plaisirs, au contraire, elles l'aiguisent.

Ainsi, ayant le cœur délivré de toutes les peines passées, les témoignages sensibles que le Roi me donnoit de son amour avoient pour moi des charmes plus grands que jamais. Et j'avois d'autant plus sujet d'être contente, que la Reine, sa mère, me donnoit incessamment des preuves d'une estime particulière, et que j'en recevois encore de mon oncle de plus grandes qu'il n'avoit coutume de me donner.

Au milieu de tant de prospérités, je ne goûtois pas un contentement parfait, parce que mon bonheur alloit jusqu'à l'excès. Il me manquoit quelque chose pour respirer un peu, et j'aurois souhaité alors quelque petite disgrâce afin que, par l'opposition du mal, j'eusse pu mieux connoître le bien dont je jouissois. Mais, peu de temps après, la fortune ne seconda que trop mes désirs, comme je le dirai bientôt.

Étant de retour à Paris, nous ne songions qu'à nous divertir; et il n'y avoit pas de jour, je dis trop peu, il n'y avoit pas de moment qui ne fût destiné aux divertissements, et je puis dire que je n'ai de ma vie si bien passé mon temps.

Sa Majesté, qui avoit envie de fliire durer nos plaisirs, ordonna à tous ceux qui étoient de notre troupe de traiter la compagnie chacun à son tour. Et encore que toutes ces fêtes se passassent à la

campagne, on peut dire qu'il n'y avoit rien de plus magnifique. On se le persuadera aisément quand on saura que l'amour, qui est l'àme de ces sortes de choses, en étoit le premier motif, et qu'il n'y avoit pas un seigneur de la compagnie, qui étoient, comme on peut croire, les premiers et les mieux faits de la Cour, qui n'eût son inclination particulière. Par exemple, le Grand-Maître n'épargnoit rien pour régaler ma sœur Hortense; le marquis de Richelieu étoit occupé du même soin pour Mademoiselle de la Motte-Argencourt, le marquis d'Aluy ^ servoit Mademoiselle La Fouilloux-, qui étoit de notre confidence, et ainsi de tous les autres.

Il faudroit un volume entier pour raconter toutes les aventures de ces fêtes galantes : je me contenterai d'en rapporter une en passant, qui fera voir combien le Roi étoit galant et comme il savoit prendre les occasions de le témoigner. C'étoit, si je me souviens bien, au Bois-le-Vicomte, dans une allée d'arbres, où, comme je marchois avec assez de vitesse. Sa Majesté me voulut donner la main, et, ayant heurté de la mienne, même assez légèrement, contre

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