Italianisme
3. C'est celui qui devint par la suite gendre du duc de Médina-Coeli, premier ministre d'Espagne,
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encore présent de quelques joyaux. A la fin de quarante jours, que je relevai de mes couches, il falloit me disposer à recevoir visite du sacré collège, des princesses et des autres dames de la ville, et, pour le pouvoir faire avec toutes les formalités requises, je me mis dans un lit qu'on m'avoit préparé pour mes premières couches, et qui ne servit que cette fois-là, et dont la nouveauté, aussi bien que la magnificence, causa une admiration générale. C'étoit une espèce de coquille qui sembloit flotter au milieu d'une mer, si bien représentée, qu'on eût dit qu'il n'y avoit rien de plus véritable, et dont les ondes lui servoient de soubassement. Elle étoit soutenue par la croupe de quatre chevaux marins, montés par autant de sirènes, les uns et les autres si bien taillés et d'une matière si propre et si brillante de l'or, qu'il n'y avoit pas des yeux qui n'y fussent trompés et qui ne les crussent de ce précieux métal. Dix ou douze Cupidons étoicnt les amoureuses agrafes qui soutenoient les rideaux d'un brocard d'or très-riche, qu'ils laissoient pendre négligemment, pour ne laisser voir que ce qui méritoit d'être vu de cet éclatant appareil, servant plutôt d'ornement que de voile.
Mon fils, qui se portoit déjà beaucoup mieux, et moi, qui en l'état que je me trouvois alors, je don-
nois^ au connétable des espérances d'un nouveau successeur, augmenta si fort sa joie que, de sa vie, il n'a témoigné d'être plus content. Et, comme pour l'être tout-à-fait, il ne lui manquoit que de me voir aussi satisfaite, il n'y avoit rien qu'il ne fit pour cela. Je voulus profiter de ces favorables dispositions, et ayant envie de passer le carnaval à Venise, je lui proposai de m'y mener, ce qu'il me promit et le cardinal son oncle y vouloit aller avec nous. Je le dis ensuite à Son Eminence qui fit, du commencement, quelque difficulté d'y consentir, me croyant enceinte ; mais, vaincu à la fin par mes prières, en lui assurant que je ne l'étois point, nous partîmes sur la fin de l'automne, et fîmes fort agréablement ce voyage, d'autant mieux que le connétable me laissoit faire tout ce que je voulois, allant tantôt en carrosse et tantôt à cheval, et même le plus souvent à toute bride : ce qui fit qu'en arrivant à Venise, j'eus le malheur de faire une fausse couche, dont je ne pris que quinze jours le lit, au bout desquels je me trouvai enceinte pour la quatrième fois, mais comme j'ai été assez heureuse que de me bien porter dans toutes mes grossesses, je passai ce carnaval le plus agréablement
I. Autre phrase incorrecte que n'eût pas écrite une personne née en France.
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du monde en comédies, en festins, en bals et autres pareils divertissements, jouant à la Bassette avec le duc de Brunswick, le duc de Mantoue et d'autres personnes de qualité, que le désir de se divertir avoit attirés à Venise, et qui étoient presque tous les jours chez nous.
Parmi tous ces grands plaisirs, je craignois incessamment de quitter une ville où l'on se divertissoit si bien et de retourner à Rome; quand enfin le connétable me vint dire qu'il étoit absolument nécessaire de se résoudre à partir, et que ma grossesse étant déjà fort avancée, il ne vouloit pas qu'il lui arrivât le même malheur qui lui étoit arrivé en entrant à Venise. J'avoue que cet ordre me fut extrêmement sensible, quoique je m'y fusse attendue; et, ainsi, pour m'y faire obéir, il fut obligé de me donner sa parole de revenir passer le carnaval suivant dans une ville si agréable. Ensuite de quoi nous partîmes et nous prîmes congé de tous nos amis, particulièrement du prince de Brunswick, qui se trouva si bien de notre compagnie et avoit été si charmé de toutes les
amitiés que lui avoit faites le connétable, dans tout le temps de notre connoissance, qu'il nous promit de venir exprés à Rome pour nous voir, et qu'il méneroit avec lui la princesse sa femme.
Je fis tout ce voyage dans une litière, et, comme nous allions fort doucement, nous n'arrivâmes à Rome qu'au commencement de l'été, où, après avoir passé toutes les grandes chaleurs, que ma grossesse me rendoit encore plus insupportables, j'accouchai enfin d'un second fils, au commencement de novembre, à la veille du départ du cardinal Colonna, qui alloit en Espagne, pour conduire l'infante Marguerite d'Autriche à l'empereur. Il ne se peut dire la joie qu'eut Son Éminence de voir la succession de sa famille soutenue d'un nouveau sujet, et, non content de me le témoigner par ses paroles, il les accompagna de présents beaucoup plus beaux et aussi riches que les premiers; et il partit en même temps pour suivre les ordres de Sa Majesté.
Par cette absence du cardinal, le connétable eut la disposition despotique de tous ses biens, dont l'administration avoit été laissée aux soins de Son Éminence, quand elle étoit à Rome. Peu de temps après nous fûmes à Cisterne, où le duc de Brunswick, qui étoit arrivé à Rome avec la duchesse sa femme, nous vint
chercher et fut trois jours avec nous. Le connétable et moi nous nous montrâmes extrêmement obHgés d'une courtoisie si extraordinaire, et, pour ma part, je lui rendis mille grâces de l'exactitude qu'il avoit gardée à me tenir sa parole. Je ne parlerai point ici de la générosité, de la valeur, de la courtoisie, de la magnificence, ni de mille manières nobles et obligeantes de ce prince. Ce sont des qualités aussi connues que son nom. D'abord que je fus arrivée à "Rome, j'allai rendre visite à la duchesse son épouse, et je trouvai en ses manières, en son humeur, en son esprit et jusqu'à l'air de s'habiller, un abrégé de toutes les perfections les plus charmantes et de toute la politesse la plus accomplie de France. Dans ce tempslà, mon frère, qui étoit allé à Venise, nous écrivit avec de grandes instances de l'aller trouver, ce que nous ne pûmes faire qu'au printemps, que nous nous mîmes en chemin, pour y être à l'Ascension, et voir cette célèbre fête et foire si renommée, qui, de toutes les parties de l'Europe, attire des curieux pour la voir aussi bien que des marchands. J'étois alors enceinte; néanmoins, comme j'allois avec un peu plus de précaution que la première fois, il ne m'arriva aucun accident^ ni en chemin ni durant tout le temps que nous fûmes à Venise, où ayant vu toutes les magnifi-
cences de la fête dont je viens de parler, nous partîmes pour Milan, au commencement de Tété, que nous passâmes assez agréablement, jusqu'au commencement de septembre, que le connétable fut obligé de passer en Espagne, me laissant avec son absence un extrême regret, que la marquise de Los Balbaces, le marquis son époux et mon frère, qui nous avoit voulu accompagner, tâchoient d'adoucir par mille bontés qu'ils avoient pour moi.
La mort du roi Philippe quatrième ' changeant les affaires, fit aussi changer de dessein au connétable, et lui inspira celui de s'en retourner, après avoir été quinze jours en cette cour, dans laquelle cette extraordinaire solitude, et, d'un autre côté, l'impatience de me revoir, ne lui permirent pas de s'arrêter plus longtemps. Pour satisfaire donc à ce désir et à la parole qu'il m'avoit donnée d'être de retour pour mes couches, il s'en vint par la France et arriva à