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Mémoires de la cour d'Espagne, par M""' d'Aulnoy

2, Mémoires de la cour d'Espagne, par Al™= d'Aulnoy.

l88 APPENDICE III.

sait pas douteux que la fille d'un prince qui avait toujours défendu ses intérêts, grâce au chevalier de Lorraine, ne fût pour elle dans les mêmes sentiments ; et elle ne se trompait pas. Philippe d'Orléans l'avait recommandée très vivement à la jeune Reine. Mais, en attendant l'arrivée de cette princesse , lisons quelques fragments des lettres de la marquise de Villars, qui venait d'arriver à Madrid avec son mari, nommé ambassadeur de Louis XIV à l'occasion du mariage. Elles sont toutes adressées à Mme de Coulanges, cousine germaine de Louvois et amie intime de Mme de Maintenon .

D'abord, elle commence par nous faire un portrait de Mme Colonna, qui ne ressemble guère à ceux que nous avons vus, lorsqu'elle était à la cour de France : .

... « La connétable Colonne m'a envoyé visiter ^ Elle est toujours dans son couvent, dont elle s'ennuie fort ; elle espère en sortir quand la Reine sera ici, et loger chez sa belle-sœur, la marquise de los Balhases. L'abbé de Villars, qui l'alla voir l'autre jour, l'a trouvée très bien faite, et j'entends dire qu'elle n'est pas reconnaissable de ce qu'elle était en France : c'est une taille charmante, un teint clair et net, de beaux yeux, des dents blanches, de beaux cheveux. Elle a fait un livre de sa vie% qui est déjà traduit

i . Lettres de Madame de Villars à Madame de Coulanges, nouvelle édition publiée par M. Alfred de Courtois. H. Pion, 1878, un vol. in-8°. Madrid, 2 novembre 1679, pp. 84-85.

2. Apologie ou les véritables Mémoires de Madame Marie Mancini, connestable de Colonna. Cologne (Hollande), 1678, un vol in-12.

en trois langues % afin que personne n'ignore ses aventures ; il est fort divertissant. Elle est habillée à l'espagnole , d'un fort bon air, mais ayant retranché et augmenté, ce qui en effet est mieux. »

A la nouvelle de l'entrée à Madrid de la jeune Reine, M™e Colonna n'y tient plus ; son mari était parti ; elle oublie la parole par écrit qu'elle a donnée au Roi, que, si elle sort de son couvent, elle sera livrée sans merci au Connétable et elle s'échappe pour la cinquième fois.

ce Nous arrivions hier, M. de Villars et moi, dit la marquise % sur les dix heures du matin, quand nous vîmes entrer dans ma chambre une iapada 5, suivie d'une autre qui paraissait sa suivante. Je fis signe à M. de Villars que c'était à lui à se mettre en devoir de faire les honneurs ; la suivante se retira. L'autre fit signe qu'elle voulait que quelques gens qui étaient dans l'antichambre se retirassent aussi. Elle s'approcha d'une fenêtre avec M. de Villars^ me faisant signe en même temps de m'approcher. Elle leva son manteau, je n'en étais guère plus savante. Je me souvenais un peu d'avoir vu quelque personne qui lui ressemblait ; M. de Villars s'écria : C'est M°ie la connétable Colonne ! Sur cela, je me mis à lui faire quelques compliments. Comme ce n'est pas son style, elle vint au fait.

1. De ces traductions, on ne connaît que celle en italien. (Voir la dissertation de M. de Courtois, dans son édition de la Correspondance de Madame de Villars.)

2. M™« de Villars à M™« de Coulanges, Madrid, 27 janvier 1680.

3. Femme qui se cache le visage avec sa mantille ou son voile.

Elle pleura et demanda qu'on eût pitié d'elle. Pour dire deux mots de sa personne, sa taille est des plus belles. Un corps à l'espagnole, qui ne lui couvre ni trop ni trop peu les épaules. Ce qu'elle en montre est très bien fait : deux grosses tresses de cheveux noirs, renouées parle haut d'un beau ruban couleur de feu : le reste de ses cheveux en désordre et mal peigné; de très belles perles à son cou; un air agité qui ne siérait pas bien à une autre, et qui, pour lui être assez naturel, ne gâte rien; de belles dents... » Voilà un portrait tracé en deux ou trois coups de pinceau, et qui devait être fort ressemblant. Celui que nous a laissé à la même époque M^e d'Aulnoy est plus complet et n'est pas moins original : « Elle était fort aimable, quoiqu'elle ne fût pas dans la première jeunesse ; ses yeux étaient vifs, spirituels et touchants ; ses dents admirables, ses cheveux plus noirs que du jais et en quantité; sa taille belle et sa jambe parfaitement bien faite. » Ce qu'elle ajoute, pour peindre la physionomie morale de cette charmante personne, n'est pas moins intéressant : « J'écais fort des amies de cette dame..., elle était bonne, point médisante, et ce que Ton disait était bien vrai, qu'elle n'avait jamais fait de mal qu'à elle-même ; il aurait été à souhaiter qu'elle eût eu plus de prudence, et moins de facilité à croire les personnes qui la conseillaient bien mai^ »

Nous n'avons que l'embarras du choix entre les deux

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