‹ ApologieChapitre 53 sur 59 · M"'^ de Villars à M™'^ de Coulanges, 29 décembre · texte numérisé non relu

M"'^ de Villars à M™'^ de Coulanges, 29 décembre

2. La seule erreur que commette M""^ d'Aulnoy est de dire que le connutable était alors absent et qu'il ne revînt à Madrid qu'au mois de février léSi . La correspondance de M'"^ de Villars fait foi qu'il était bien à Madrid au mois de décembre précédent et que ce fut alors qu'il proposa l'étrange arrangement dont nous parlons.

3. Le marquis de Villars donne les mêmes détails et se livre aux mêmes réflexions dans ses Mémoires.

ment, soit qu'il la menât en Italie ou qu'elle demeurât en religion à Madrid, comme elle y avoit déjà été. Mais l'esprit du connétable et celui de sa femme étoient également aigris ; elle ressentoit jusqu'au vit l'indigne traitement qu'elle avoit reçu, et les sujets de chagrin qu'ils avoient l'un contre l'autre les empêchoient de consentir à ce qui auroit pu leur faire plaisir. Enfin le Connétable, pressé de la part de la Reine et conseillé par la marquise de los Balbases, proposa que sa femme se fit religieuse et qu'il se feroit chevalier de Malte ^ Cela parut fort extraordinaire à

I, On lit les mêmes détails dans les Mémoires du marquis de Villars. Voici comment sa femme les complète :

« Il y a douze ou quinze jours que ce mari dit au confesseur, qu'il ne pouvoit consentir que sa femme vînt à Madrid, si elle ne se faisoit religieuse dans le couvent où elle entreroit et que lui, il prendroit les ordres. Le confesseur a écrit cette proposition à la connétable, qui l'a acceptée. Je crois qu'il n'y a pas une moindre vocation que la sienne à la religion. Cependant, comme elle a fait dire à son mari qu'elle fera tout ce qu'il voudra, cela pourra l'embarrasser; car je ne crois pas qu'il ait aucune intention de la faire entrer dans Madrid... » (M™e de Villars à Mme de Coulanges, Madrid, 29 décembre 1680.)

« Il faut vous dire deux mots de la connétable Colonne, écrit M™e de Villars à Mme de Coulanges, le 26 janvier 1681. Je trouvai le confesseur de la Reine, il y a deux jours, au palais, qui avoit apporté une lettre pour la montrer montrer à cette princesse, avant qu'il la fermât. Il venoit de chez le connétable Colonne, qui l'avoit écrite à sa femme, en présence du confesseur. Elle contient que le mari consent qu'elle vienne à Madrid, dans un couvent nommé ; qu'elle prenne l'habit de religieuse le même jour qu'elle y entrera, et, trois mois après, qu'elle fasse profession. Je ne doute pas qu'elle n'accepte ces conditions pour quitter le lieu qu'elle habite présentement. Je ne conseillerois pas à la Reine de répondre qu'elle en sortira jamais,.. »

« . . L'on attend tous les jours ici la connétable Colonne, pour prendre l'habit de religieuse Son mari, qui est fort avare, dispute sur le prix avec le couvent où elle doit entrer. Elle écrivoit, l'autre jour, que sa sœur Maza-

tout le monde, et plus extraordinaire à la Connétable qu'à personne : car assurément elle n'en avoit aucune envie ; son esprit ne s'accommodoit pas tout à fait des trois vœux, d'une austère clôture et d'une règle sévère. Cependant le Connétable s'y opiniâtra d'une telle manière que tous les amis de la Connétable virent bien qu'il n'y avoit aucun moyen de tirer cette pauvre dame du château de Ségovie qu'en l'obligeant de donner les mains à ce qu'il voudroit. Ainsi elle y consentit, et on la ramena à Madrid le quinzième février 1681, où elle entra d'abord aux religieuses de la Conception de l'Ordre de San Jeronimo, Elle étoit si humble de son malheur, qu'elle ne voulut voir que ses enfants. Elle leur dit qu'elle s'estimoit la personne du monde la plus infortunée ; qu'elle alloit faire une démarche qui pouvoit lui coûter tout le repos de sa vie ; qu'elle en envisageoit les suites avec terreur ; mais que, cependant elle y étoit résolue puisqu'elle en avoit donné sa parole ^ »

<■(. La connétable Colonne arriva samedi dernier de fort bonne heure, dit M^e de Villars. Elle entra dans le couvent ; les religieuses la reçurent à la porte avec des cierges, et toutes les cérémonies ordinaires en pareille occasion. De là on la mena au choeur, où elle prit l'habit (de novice)

rin feroit bien mieux de venir se faire religieuse avec elle... » (M™* de Villars à M'"« de Coulanges; Madrid, 6 février i68i.) La duchesse Mazarin eut en effet cette singulière velléité. Jamais couvent n'aurait vu deux plus étranges pénitentes.

I , Mémoires de la cour d'Espagne.

avec un air fort modeste. Un Espagnol, qui étoit dans l'église, m'a conté tout ce qu'il vit. L'habit est joli et assez galant, le couvent commode. Je ne puis avoir bonne opinion, ajoute M^i^ de Villars, de l'esprit et de la pénétration de messieurs les Italiens et les Espagnols, de s'être persuadé que cette femme ait pu accepter de bonne foi la proposition de se faire religieuse, et d'espérer par là qu'elle va leur assurer tout son bien. » Quant à la marquise, elle ne croit pas le moins du monde que la Connétable soil de la race des La Vallière ; elle insiste à plusieurs reprises sur ce point :

Œ La première fois que j'entendis parler au confesseur de la Reine de la commission qu'il avoit du Connétable, d'écrire à sa femme, et de lui proposer ce parti, je crus que c'étoit une pure raillerie, dont je n'aurois jamais voulu me mêler. Le bon père écrivit et la dame n'hésita pas un moment à lui répondre qu'elle y consentoit. Pour moi, sans en savoir autre chose , je ne crois point du tout à cette subite vocation... » « Je crus au moins qu'étant entrée au couvent, elle déclareroit qu'elle se moquoit, et que tout ce qu'elle avoit promis étoit pour sortir de prison, mais, au lieu de cela, elle prend l'habit dès qu'elle a mis !e pied dans l'église ^.. » « Elle en est réduite à jouer la religieuse ^ ».

Ce n'étoit, en effet, qu'un jeu, qu'une mascarade ita-

1. M"" de Villars à Mme de Coulanges, Madrid, 19 février i68i.

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