‹ Apologie pour FénelonChapitre 106 sur 250 · F., IX, pp · texte numérisé non relu

F., IX, pp

LKS MKSAVENTURKS DE M. CROUSLÉ 219

comme on voit, à minimiser les aveux du P. La Combe, sauf ensuite à laisser planer sur lui des soupçons plus graves. Il joue sur le mot « péclié », mais ce jeu est de mauvais goût et d'ailleurs fort inutile. Mettons encore une fois que le terme soit équivoque, Tunique chose qui nous intéresse est de savoir dans quel sens madame Guyon l'a pris. « Scélérat », « fripon », voilà sa réponse et M. Crouslé prétend qu'elle avoue.

Nous sommes ici à un de ces points critiques où un historien donne sa mesure. Laissons-le donc aller jusqu'au bout de son commentaire.

A Tentendre (madame Guyon), personne n'est plus soumis qu*cHe à l'autorité de l'Eglise, bien qu'elle conserve ses opinions vingt fois blâmées et condamnées. C'est la le point LMÉREssANT [Mais pus du tout ! Vous prenez un chemin de traverse où nous ne voulons pas vous suivre. Une entêtée n'est pas une impudique et nous discutons présentement les aveux de madame Guyon. Convaincue de crime^ que nous ferait sa doctrine mystique? Pars major trabit ad se minorem^. Car que nous importe de savoir jusqu'où purent aller les libertés indiscrètes que le P. La Combe se reproche dans sa conscience de religieux? Il nous suffit de savoir, et elle avoue IMPLICITEMENT, que cet hommo et cette femme ne se comportaient pas ensemble comme de purs esprits.

Les apologistes de La Combe concluent, avec madame Guyon, qu'on n'a jamais rien pu établir contre lui. Quanta ces misères, dont il vient d'être question, nous en faisons BON MARCHÉ. Mais il faudrait prouver que la dochine incriminée [encore la doctrine!) n'a pas été condamnée justement... On se rejette toujours sur la question des mœurs qui ne fut jamais soulevée par actes authentiques ^

Je le demande, est-ce là parler franc? M. Crouslé ne fait-il pas ici la figure d'un témoin qui n'ose

affirmer nettement un crime dont il est loin d'être sûr, mais qui, d'un autre côté, à force de réticences entortillées, voudrait bien empêcher l'acquittement de Taccusé? lia dit en pleine Sorbonne que Fénelon était un Tartufe. Eh bien ! qu'on nous montre, dans les dix volumes de Fénelon, une page aussi artid-^ cieusement embrouillée que celle qu'on vient de lire dans toute sa noble vie, un seul geste aussi louchj et aussi lâche. Je passe à M. Crouslé ses plaisant( ries. On sait bien qu'il n'avait pas « de Tesprit faire peur », mais je l'arrête encore, sur l'équivoquj très habile de ses derniers mots. Il n'a pas osé dirê^ que la question des mœurs ne fut pas soulevée, mais pour réduire à presque rien ce qui fut fait sur cette question, il nie qu'on l'ait jamais soulevée « par actes authentiques». De quels actes veut-il parler? Des actes de l'assemblée du clergé qui certainement n'a pas discuté, en séance solennelle, les mœurs de madame Guyon. Mais enfin, oui ou non madame Guyon a-t-elle été enfermée à Vincennes, oui ou non le lieutenant de police a-t-il enquêté sur ses mœurs, oui ou non Noailles Fa-t-il examinée sur la lettre du P. La Combe ? Sont-ce là des « actes authentiques » ? Pour ma part je n'en sais trop rien, n'ayant pas l'habitude de ce mot. Bossuet doit s'y connaître. Il écrit le 17 mars 1698 à son neveu :

Je travaille à faire qu'on prouve par actes la liaison du P. La Combe, de madame Guyon et de M. de Cambrai. Il faut espérer qu'à cette fois la tour de Babel et le mystère de la confusion sera détruit <.

Quelques jours après (23 mars), l'abbé Bossuet télé-

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