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Helation, p

22() APOLOGIE POUR PÉNELON

— Phélipeaux n'est pas recevable sur des faits où il n'a eu aucune part, ou sur de vieux souvenirs personnels aigris par le ressentiment et défigurés en cours de route. Pour faire apprécier la méthode critique de M. Crouslé, je choisis deux des potins racontés par Phélipeaux, l'un très menu mais pittoresque] et qui montrera que nous n'avons peur de rien, l'autre beaucoup plus grave.

Un certain rayonnement de ferveur pénétrait] insensiblement les amis de madame Guj'on, lorsqu'ils restaient quelque tefnps en silence auprès] d'elle, Bossuet a ridiculisé pour toujours cette expérience qui n'est peut-être risible que dans les termes! où M*''^ Guyon la décrivait et qui n*est certaiJ nement pas inouïe dans l'histoire du mysticisme chrétien K Phélipeaux rapporte à son tour une maligne anecdote sur ces écoulements de grâce et M. Crouslé l'en croit naturellement sur parole ^

Quand vous serez assis auprès d'elle (madame Guyon) — aurait dit le duc de Chevreuse à Bossuet, — vous ressentirez infailliblement les mouvements de la grâce... Quelques jours après, il eut la simplicité d'en demander au prélat des nouvelles. « J'ai eu... répondit le prélat, de grands mouvements d'horreur »...

1. Citons quelques mots de M">e Guyon : « La main du Seigneurn'estpas raccourcie... si nos esprits étaient purs et simples, ils seraient illuminés, et cette illustration est telle à cause de la pureté el simplicité du sujet que les cœurs bien disposés qui en approchent, ressentent cette pénétration. Combien de saints qui s'entendaient sans se parler... Le fer frotté d'aimant attire comme l'aimant même... comme les hommes déréglés communiquent un certain esprit de dérèglement... Saint Augustin parie de ce silence dans ses Confessions... Lorsqu'on est deux ou trois assemblés au nom du Seigneur, on éprouve si fort qu'il y est, qu'il faut avouer que s'il y a de la tromperie, Dieu s'en môle... » Phélipeaux cite ces « extravagances » dans sa Relation, pp. 78, 79.

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Le trait est piquant. M. Grouslé a bien fait do le ramasser, mais il n'aurait pas dû lui attribuer plus d'exactitude que de pareilles anecdotes n'en méritent. Qui nous dira les transformations involontaires qu'un si mince événement a pu subir dans la merveilleuse imagination de Bossuet? Changez un mot ou deux, et tout le comique de la scène s'évapore. La simplicité n'était pas la vertu maîtresse du duc de Ghevreuse, homme des plus fins et qui savait son monde. Au lieu des niaises paroles qu'on lui prête, il a facilement pu dire à Bossuet : les doctrines de ]VI"'e Gruyon vous choquent, mais quand vous la verrez elle-même, vous sentirez bien qu'elle est sainte. La fameuse page sur le corset délacé avait été un des triomphes les plus éclatants du prélat. N'y a-t il pas eu chez lui une sorte de soudure inconsciente entre les paroles de M"*'' Guyon et celles de Ghevreuse? Je n'en sais rien, mais en tout cas je suis presque sûr que Bossuet ne s'est pas exprimé d'une manière si énergique en face du duc de Ghevreuse. Il ne lui a parlé ainsi que de loin et à plusieurs années de distance. J'en appelle à M. Rébelliau, la sagesse même ^

1. Gest comme la sublime parole : « Sire, j'aurais crié vingt fois plus fort » si vous aviez soutenu M. de Cambrai. J'espère, de tout mon cœur, que Bossuet n'a pas parlé de la sorte. S'il l'a fait, il a montré une fois de plus que les grands lyriques ne se connaissent pas eux-mêmes. Si Louis XIV avait été du côté de Fénelon, la querelle n'aurait pas duré dix jours et en tout cas, non seulement Bossuet n'aurait pas crié plus fort, mais il n'aurait pas crié du tout. Le roi, converti au protestantisme, aurait certainement trouvé Tévêque irréductiblement fidèle à l'Eglise et noua pourrions alors parler sur bonnes preuves, de l'héroïsme de BossueL M. Hebelliau n'est-il pas de cet avis, et n'est-ce pas là le secret de tout le monde ?

Ici du moins, nous étions à la source de l'anecdote. Entre le récit de Phélipeaux et les faits réels, il n'y avait eu que deux imaginations en branle, mais, sauf M. Crouslé, qui aurait jamais demandé à Phélipeaux des renseignements authentiques sur la soumission de Fénelon?

Son frère Vcxhortant à se soumettre, il (Fénelon) avait répondu qu'il fallait que le Pape lui intimât le bref, qu'avant cela il n était obligé à rien.

Vous voyez la grifïe ou le poison. Le pamphlétaire | n'ose meltre en doute un fait constant, admiré de! tous, mais il l'atténue et le déflore. Il a fallu qu'on exhortât le condamné et celui-ci a tâché de retarder,] avec assez de mauvaise humeur, l'heure de la soumission. Toujours honnête, M. Crouslé reconnaît! que le récit de Phéhpeaux a pu être inspiré « par des préventions hostiles ». Mais les partisans de Fénelon n'auraient-ils pas exagéré en sens contraire? Somme toute, mieux vaut Phélipeaux.

Le récit contemporain [non; c'est la version de Phélipeaux) paraît plus naturel... pourquoi? parce qu'il est plus circonstancié et MOmS FADE^.

Il serait encore moins fade s'il nous disait que Fénelon a hrùlé le bref sur le parvis de sa cathédrale. Mais, vous le voyez, tout est bon à M. Crouslé de ce qui flétrit la mémoire de Fénelon. Suivez ces règles de critique. Alexandre Dumas père vous paraîtra un historien plus exact que Tillemont^.

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