‹ Apologie pour FénelonChapitre 12 sur 250 · F., p. X, .'JS · texte numérisé non relu

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DRAMATIS Pl!;RSONil<: 1 1

is;ser gagner par ces gens-là ». « Ce qui allongera, di&ait-il

iicore, c'est que la plupart des propositions condamnables,

//) rigore justitiœ, se trouvent dans Sainte Thérèse, Saint Fran-

■ 'is de Sales, Saint Jean de la Croix; mais il faut remédier à

(te dangereuse mysticité ». Il parle ailleurs de « l'esprit

-ul)til, fin, cauteleux, chicaneur et pervers de l'archevêque de

(-ambrai* ».

Les grands ordres religieux.

Dom Estiennot, qui représente à Rome les frères de Mabillon, est dans les meilleurs termes avec Bossuet. On en peut dire autant du R. P. Cloche, général des Dominicains. J'ai déjà parlé du P. Massoulié. Les Carmes sont très hésitants. Ils ont peur que la condamnation des Maximes discrédite la mystique et rejaillisse sur deux des plus grandes gloires de 1< ur ordre. Quant au Gesu, on peut le regarder comme la citadelle des fénéloniens. C'est avec les jésuites, et notamment avec le P. Dez, que Chantérac concerte ses défenses. Il y a donc pleine entente sur ce point entre le général et les jf-suites de France qui, dans l'ensemble, sont pour Fénelon.

'st là, me semble-t-il, un fait très important à qui veut con-

ïtre tous les dessous de cette histoire. Laissons parler le r. iMassoulié lui-même, dans la visite de condoléance qu'il fit à Chantérac après la condamnation. « Il m'est venu voir, écrit celui-ci à Fénelon, pour me témoigner, disait-il, le déplaisir qu'il avait du mauvais succès d'une affaire, etc.. J.e n'examinai point dans quel sens il pouvait dire vrai... Je vis seulement qu'il témoignait beaucoup plus de joie en effet de triompher des jésuites que de vous. Ce sont eux, disait-il, qui vous ont attiré tout ce désagrément... Tout cela me fut dit d'un air triomphant et qu'on voulait néanmoins rendre fort modeste 2 ».

Les agents de Port-Royal.

Car il en avait jusqu'à Rome. Torreil, du Vaucel, Maille accueillirent l'abbé Bossuet comme un enfant de la maison et lui rendirent les plus grands services. On peut leur adjoindre

1. M. Delplanque a découvert et publié les inédits de Giori dans l'appendice à la thèse déjà citée, pp. 93-98.

2. F., IX, p. p. 732, 733. Sur les sentiments de Fénelon à l'égard des jésuites, cf. F., vn, p. p. 368, 681.

lo p. Roslet, personnage passablement louche, qui faisait à Rome les affaires de Noailles».

La galerie

Les solitaires.

Rangé qui, pour un solitaire, lit beaucoup de journaux et use beaucoup de papier à lettres. Ses deux lettres à Bossuet contre Fénelon ne manquent pas moins de tact que de charité. 11 semble avoir regretté la publication indiscrète de ces lettres.

Les philosophes.

Malebranghe, Leibniz, le P. Lamy2.

1, M. Davin a publié des fragments singulièrement révélateurs de la correspondance entre l'abbé Bossuet rentré en France après le bref, et ses amis jansénistes de Home. {Bossuet, Port-Rogal et la Franc-maçonnerie. Paris, l.enlu.) Je sais bien que M. Davin délire quand il parle de Bossuet, aussi ne fais-je pas état de ses commentaires : mais il n'a pas inventé les textes qu'il cite et que tout le monde peut lire aux arcliives vaticaues.

2. Petits et grands voulurent donner leur avis. Je ne les ai pas tous lus. En voici trois de valeur inégale. J. Grancolas [Le quiétisme contraire à la doctrine des Sacrements. Paris, Anisson, 1G95). Pas la moindre originalité dans ce livre. Celui du P. Ameline {Traité d'' l'amour du souverain bien. Paris, Léonard, 1699), dédié à Noailles, est plus intéressant, bien qu'il reste fort loin de l'admirable livre du P. Massoulié [Traité de Vamour de Dieu, etc. Paris, Guilletat, 1103) dédié aussi à Noailles (protecteur des Dominicains comme cardinal de la Minerve.; Je n'ai pas besoin de rappeler ici la fameuse controverse entre Malebranche et le P. Lamy, ce dernier, fénélonien assez remarquable mais bégayant. Sur Leibniz, on trouvera des renseignements intéressants dans le si beau livre de M. Bahuzi [Leibniz et l'organisation religieuse de la terre. Alcan, 1907, pp. 429-435). Cf. aussi un livre peu connu, mais bien excentrique, attribué à Tabbé de Chèvremont [Le christianisme éclaircl sur les différends du temps en matière de quiétisme. Amsterdam, Gallet, noO). Cet auteur bizarre mais fort intelligent tâche de mettre d'accord Fénelon, Bossuet et Jurieu, en professant un curieux agnosticisme mystique (et d'ailleurs théologique). Les expériences des mystiques sont réelles et divines (contre Jurieu) ; tout essai de systématisation spéculative est absurde (contre Fénelon et Bossuet), H y a déjà beaucoup de la pensée d'A. Sabatier chez ce personnage.

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Les protestants.

JuuiEu suit très attentivement la querelle qui lui fournira matière à un long pamphlet contre Bossuet ^

Les mauvais plaisants de la cour, de la ville et même du clergé.

Pluie de chansons et d'épigrammes. Il faut entendre l'abbé de Longuerue se moquer des deux combattants. Un petit mot du Longueruana nous montre que, dès ce temps reculé, on liait volontiers des récits mystiques et nous aide à coml)rendre le succès foudroyant de la Relation de Bossuet. « Je u^arde le bréviaire romain comme une pièce curieuse. L'endroit du cœur de Saint-Philippe de Néri dilaté tellement par la charité qu'il avait brisé deux côtes n'est-il pas divertissant? l'n jour on voulut faire lire sa vie au séminaire de Saint- Magloire : mais on ne continua pas longtemps ; les séminaristes s'époufTaient de rire ^ ». Le corset délacé de madame Guyon dut mettre en joie beaucoup de monde

L'Église de France et les âmes simples.

a Cette paix, Messeigneurs, est désirée par tout ce qu'il y a d'honnêtes gens dans le monde », ainsi parle à Bossuet et à Fénelon l'abbé Quiqueran de Beaujeu, dans une lettre admirable. « Vous voyez mieux que personne l'avantage qu'en tireraient les libertins et les hérétiques ; ceux-là pour tourner en dérision le plus saint exercice de la piété chrétienne ; ceux-ci pour affaiblir dans l'esprit des peuples la soumission qu'ils doivent aux pasteurs légitimes ^ n.

En lisant d'Aguesseau et d'autres contemporains, on peut dessiner avec précision la courbe de l'opinion en cette affaire: première explosion contre Fénelon, assez vite arrêtée par les défenses du prélat que l'on croyait accablé sous les premiers coups de Bossuet. Insensiblement on commence à se passionner pour lui. Bossuet le sent bien et le constate en propres termes. Vient alors le coup étourdissant de la Relation. Fénelon semble perdu et ses fidèles eux-mêmes tremblent. Il répond. Ce fut, je crois, un des plus beaux triomphes littéraires qu'on ait jamais vus. Il retourna l'opinion et dès lors, sauf les'partisans dévoués de Bossuet, la cour et la ville sont avec M. de Cambrai. Bossuet n'exagère rien quand il « permet»

1. Traité hislovique contenant le jugement d'un protestant sur la théologie mgstique... Amsterdam, lfi99.

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