NE FUT MAITRE NI DE SON RESSENTIMENT, NI DE SES PAROLES. VOILA LA
PREMIÈRE CAUSE DES BKOuiLLERiES >. Mémoires, iV, p. 171.
2. « On doit donc, écrit M. Grouslé, renoncer à rendre madame de Maintenon et Bossuet responsables du mécontentement du roi à l'égard de l'archevêque de Cambrai. Tous deux se tiennent d'abord dans l'expectative, avec la plus grande discrétion » II, p. 130. Eh, sans doute, ils n'ont pas averti le roi. Et leur devoir et leur intérêt leur interdisaient cette sottise; mais ne rien dire au roi, et ne rien dire à d'autres qui ne soient pas tenus à la même discrétion en présence du roi, cela fait deux. Les journalistes d'aujourd'hui ne sont pas tous admis aux confidences du président du conseil. Soutiendra-t-on qu'ils ne lui apprennent rien? Quant à la discrétion, M. Crouslé l'affirme au t. II, il en était moins ?ûr au t. I. Il invoquait alors les circonstances inconnues.
IJ'S MÉSAVKNTURl-:S DE M. CROl'SLK 249
madame Guyon. Passons à une scène analogue mais plus poignante.
M. Crouslé vient de résumer la page de Tautobiographie où madame Guyon raconte une des terribles visites de son juge.
Pour nous, dit-il, il ne nous en reste [de ce récit) qu'une CERTAINE TRISTESSE, sans aucunc conviction, ou plutôt accompagnée d'une extrême défiance. On sent que les faits y sont altérés, sans pouvoir expliquer sûrement le travail de falsifications qui s'est produit dans un esprit plein de visions ^
Tous les mots sont malheureux dans cette phrase tâtonnante, le dernier comme le premier. Une visionnaire descend parfois du troisième ciel. Quand madame Guyon raconte quelque événement de la vie réelle, elle ne fait pas figure de visionnaire, pas plus que l'abbé Ledieu. Notez bien que M. Crouslé le remarque lui-même et précisément à propos du présent récit. Dans cet auteur « plein de visions » il reconnaît
la netteté, la finesse et le naturel d'un historien et d'un moraliste 2.
Tout cela ne donne-t-il pas à penser? M. Crouslé n'est pas convaincu, cela va sans dire, il se défie, mais enfin il est triste^ lui tantôt si paisible et si jovial en face des évolutions de l'abbé. Triste, pourquoi? Est-ce pitié pour une femme en délire? Non, il la voudrait plus folle encore afin d'être plus en droit de jeter au feu « ce chef-d'œuvre d'accusation ^). Il est triste, parce que, en regard du Bossuet
de Rigaud, le seul qu'il eût connu jusqu'à cette heure, il a vu soudain se dresser une autre image, moins sublime.
Avons-nous donc été dupes d'une sagesse qui n'était que dans les paroles, d'une grandeur d'arrangement et d'attitude ^?
Non, cela n'est pas possible! et pour mieux se convaincre qu'il est le jouet d'un rêve diabolique, il. exagère passionnément la laideur de cette autre image.
Personnage impossible et grotesque, niais et fou en même temps, qui tombe en frénésie... qui agit sans motif intelligible... le plus invraisemblable des évêques, un personnage fait à souhait pour un théâtre satirique 2.
Il crie, il se démène. Donc il a peur. Au demeurant, le tableau de madame Guyon est moins sinistre, Bossuet n'y fait pas figure de niais, mais d'homme très violemment en colère. Pareille chose a pu arriver même à des évêques très raisonnables.
Mais ne disputons pas à M. Crouslé cette planche de salut. Impressionné malgré tout par la hideuse tentation qu'il vient de subir, il se réfugie dans l'agnosticisme.
Non, qui veut trop prouver ne prouve rien... Nous admettons qu'il peut y avoir du vrai..., mais quelle est cette part de vrai? Nous n'en savons rien 3.
C'est la crise de Jouffroy, mais arrêtée par une réaction désespérée, Malgré tout, le coup a porté. La