‹ Apologie pour FénelonChapitre 138 sur 250 · F., IX, p · texte numérisé non relu

F., IX, p

lelon? Bref, pour toutes ces causes, le défenseur (le la tradition, sans aller toutefois aux excès des (li'ux années lamentables, se voyait aux prises, dans los ténèbres, avec mille fantômes d'hérésie d*autant plus effrayants qu'ils étaient plus insaisissables. La jxMir est contagieuse. Celle de Bossuet, nous Tavons déjà dit, gagna par moments jusqu'à Fénelon. Kn voilà assez pour que le ton des fameuses lettres nous éionne moins. C'est un prêtre affectueux et fidèle qui tâche de calmer un vieil évèque épouvanté : Non, non, Monseigneur, il n'y a rien là de si terrible. Vous

yez mon âme en péril, voici ma confession géné-

le; vous voyez chanceler l'Eglise; non encore; ...les un mot et je me rétracte. Que votre inquiète colère tombe ; ne voyez plus en moi qu'un « petit écolier » allègrement soumis au « très grand docteur ».

Ainsi la question de la soumission de Fénelon, telle du moins que les bossuétistes nous la posent, n'offre

^ le moindre intérêt. Prétendre, avec M. Levesque, • jue Fénelon ne s'est jamais soumis à Bossuet « qu'en

rôles », c'est empiéter sur le domaine de celui qui oui le moyen de sonder nos cœurs. Plusieurs paraissent soumis qui ne le sont point, plusieurs le sont qui ne le paraissent point. Qui fixera l'invisible minute où la foi vacillante se tourne en révolte, où l'inquiétude apaisée fait place à l'obéissance? Le

ipe-file des psychologues ne leur ouvre pas ces fondeurs. Non que je redoute pour Fénelon les

: iosités delà vraie critique. Je demande simplement ju'à propos d'un si magnifique sujet de recherches, nn ne néglige pas les rudiments de notre métier. " Sincérités successives », ces deux mois accouplés

n'ont pas de sens; ce qui vous arrête, ce sont plutô] des sincérités simultanées. Qu'un homme puisse toi ensemble être soumis et ne Tètre pas, voilà votrj scandale, le scandale des simplificateurs. Vouscroy^ qu'il existe en ce bas monde je ne sais quel monstn rigide qui serait l'être soumis en soi, soumis et rien que cela, pieux et rien que pieux, doux et rien que doux. Mais comment êtes-vous donc faits? Vous n'avez donc jamais chanté le cantique de Racine :

Mon Dieu, quelle guerre cruelle!

Je trouve deux hommes en moi...

Fénelon en trouve une douzaine, et sur les douze, sept ou huit qui goûtent médiocrement la férule de Bossuet. Si « le petit écolier » bien sage l'emporte, ce n'est pas sans un combat toujours renaissant. Estce là tout ce que vous entendiez nous dire ? Il nous l'avait déjà dit. Bossuet lui-même, moins habitué à se regarder vivre, à fait par moments la même rare découverte au fond de son propre cœur. S'il ne faut pour vous rassurer sur la sincérité de Fénelon que le spectacle de Bossuet divisé contre lui-même, opposez, page à page, la correspondance intime et les écrits destinés au public, vous serez bientôt satisfaits. Je vous soumets, pour faire court, un simple petit talisman dont l'elfel me semble infaillible pour mettre en fuite les lutins de la rhétorique simplifiante.

Le 31 mai 1698, Bossuet, qui vient d'achever la Relation, en somme assez peu mystique, écrit à M^ Cornuau :

Tapprouve les prières que vous faites pour la déclaration Ue la vérité. Le saint époux y paraît disposer son vicaire; ne

dites jamais qu'on décide en ma faveur, comme si c'était là mon affaire propre ou que j'y entrasse autrement que les autres fidèles '.

Nous savons comment on s'y prenait pour « disposer )) Innocent XII à foudroyer Fénelon. On ne s en remettait pas exclusivement au saint époux. Nous pourrions demander encore si Tindifférence, le détachement qui paraissent dans les dernières lignes correspondent de tous points aux impressions (le Bossuet. Mais, passe, voici l'autre face du talisman. Le 1*^^ juin 1698, au lendemain du jour oij fut écrite cette lettre, Bossuet parle à un ami sur un autre ton. Le document est précieux, parce qu'il nous ' ' montre dans l'entrain de la besogne littéraire et ssez semblable au commun des écrivains.

Ali! que je suis en bon train et que c'est dommage qu'on vienne me quérir pour vêpres ! Je vous prie de mander à M. de Mirepoix que j'approuve la comparaison d'Abélard et que de toutes les aventures de ce faux philosophe, je ne souhaite à M. de Cambrai que son changement 2.

Là-dessus, il prend son bréviaire et court à l'office.

Page 1