‹ Apologie pour FénelonChapitre 155 sur 250 · Lettre du 16 mars 1711. F., VllL pp · texte numérisé non relu

Lettre du 16 mars 1711. F., VllL pp

LA nUPLlClTK PRKTKNDUE DK FÉNKI.ON 205

« Je n'ai pas fait... Je n'ai pas eu de part. » Le hossuétisme se hérisse : comment vous n'avez pas eu de part à ce livre dont l'auteur fut encouragé et aidé par vous! — Laissez donc parler Fénelon. Il avoue explicitement tout ce qui peut donner l'idée d'une collaboration à l'ouvrage. Si vous restez sa dupe, ne vous en prenez qu'à vous-même.

M. Masson veut-il maintenant qu'on lui dise pourquoi Fénelon a donné moins d'éclaircissements au P. Le Tellier, je lui répondrai : l** Que le P. Le Tellier en savait déjà là-dessus aussi long que Fénelon lui-même; 2^ que cette lettre « ostensible » adressée au confesseur devait être mise sous les yeux du roi; 3^ que Louis XIV ne permettait pas à l'archevêque de Cambrai de remuer le petit doigt ni de travailler môme indirectement à quelque ouvrage que ce fût sans une autorisation expresse; 4*^ que le torrent des moralistes nous autorise à éluder et, à plus forte raison, à ne pas éveiller la curiosité du « tyran ». A Louis XIV, Fénelon n'avait certainement pas besoin d'expliquer tout le détail de cette affaire. Cela ne regardait pas le roi. La Dénonciation était un coup droit contre Noailles. A Noailies lui-mémej Fénelon avoue loyalement qu'il n'a pas été étranger à ce coup et que tout en regrettant certaines vivacités de style, il approuve pleinement la doctrine de ce travail. Aveu d'un gentilhomme et qui n'a pas peur. Pour ma part, si j'étais bossuétiste, j'appellerais la lettre à la maréchale non pas un mensonge, mais une bravade et je m'étendrais, une fois de plus, sur l'impertinence ordinaire de Tarchevêque, duc de Cambrai et prince du Saint Empire.

D. Que d'autres questions pourraient se poser à son sujet, que toutes appelleraient la même réponse .. par exemple l'afraire de la publication des Maximes et du Télémaque... la question du trouble involontaire, etc., etc., etc.

R. Oui, vingt questions, mais téméraires. Aux etc, je ne réponds rien. Sur les trois points indiqués nous avons la parole de Fénelon. J'entends bien que c'est peu de chose, mais encore faut-il des preuves pour avoir le droit de lui donner un démenti. M. Masson n'a certainement pas de preuves. Pour la publication précipitée des Maximes^ Fénelon, absent de Versailles, avait donné ses pleins pouvoirs à Chevreuse. Un homme au moins, et son plus cher ami et quel ami! aurait su que Fénelon mentait effrontément en rejetant sur autrui la responsabilité de cet acte. En tous cas, vous n'en savez rien. Pour le Télémaque, la question m'est moins familière. Néanmoins Taffirmation de Fénelon, prise en soi, dans les circonstances et indépendamment de la valeur morale de celui qui Ta portée, me semble plus vraisemblable; enfin, pour le « trouble involontaire » attribué au Christ dans un passage des Maximes, Fénelon, jusque dans son propre testament, s'est défendu solennellement d'avoir jamais écrit la malencontreuse épithète. Je ne me reconnaîtrais pas le droit d'élever un doute sur une parole quelconque de Tabbé Bossuet lui-même donnée dans de pareilles circonstances. Je ne ferai pas à M. Masson rinjure de croire qu'il ait jamais lu ou du moins qu'il n'ait pas entièrement oublié le testament de Fénelon.

D. Que d'autres questions... par exemple celle des évoques de La Rochelle et de Lucon ?

LA DUPLICITK PRKTENDUE DE FÉNELON 297

R. Cette aventure étant moins connue que la ( liute du premier homme, on me permettra de suppléer à la sténographie de M. Masson. Celui-ci vient (!o rappeler un autre chapitre important de l'histoire (lu jansénisme.

Le lecteur pressé n'a que faire de ces détails et IVra hien de passer la page. Mais les curieux ne seront pas fâchés de trouver ici quelques précisions sur un épisode qui a fait couler heaucoup de mauvaise encre et qui ne laisse pas que d'être intéressant.

Les évêques de La Rochelle et de Luçon publièrent en 1710 un mandement anti-quesnellien jue Noailles commit l'insigne maladresse de regar- 'ler et de punir comme une injure personnelle. On sait oii se porta la vengeance du très doux prélat et que, soit par lui, soit par la secte, le mandement fut attribué à une manœuvre clandestine de Fénelon et (les jésuites. Le problème est de savoir quelle est Il part de Fénelon dans ce mandement.

Entre Cambrai et Luçon, il n'existe pas — que je sache — la moindre trace d'un entente quelconque. Nous sommes plus renseignés sur les relations entre Cambrai et La Rochelle. L evêque Champflour avait auprès de sa personne un ancien commensal de Fénelon, l'abbé Chalmette, resté dans les meilleurs termes avec ses anciens amis de Flandre, notamment avec Langeron, « le petit abbé ». L'éveque de La Rochelle n'avait certes pas hesoin qu'on le mît en mouvement contre les jansénistes. Simple prêtre, bien avant le fameux mandement, on l'avait vu sur le terrain et en bonne ligne. D'oià lui vint l'idée d'écrire contre les Réflexions morales de Quesnel,

ni xM. Masson ni moi nous n'en savons rien. Ce fui (l'abord un projet vague et à longue échéance. On y' travailla — oh! pas tout d'une haleine — pendant deux ans. A la fin de 1707, Chalmette soumet à Langeron une première ébauche. Le « petit abbé » nous est bien connu comme un théologien des plus subtils. Lié avec Fénelon, mais sans avoir rien abdiqué de son originalité propre, la correction d'un mandement ne dépassait pas ses forces. On suit toute l'histoire dans les lettres de Langeron. Celui-ci rumine ses corrections, les propose de vive voix à l'archevêque, laisse peut-être sur le bureau du prélat ses notes ou celles de Chalmette. Fénelon qui, je crois en être sûr, n'aimait pas les besognes inutiles ni la lecture des manuscrits, jette un coup d*œil sur ces papiers qu'il sait bien qu'il n'a pas besoin de lire à fond, puisque son ami, hier encore, à la promenade, lui en a parlé. On peut tordre tant qu'on voudra les lettres de Langeron, on n'y trouvera rien de plus explicite sur la collaboration de Fénelon. Tout indique d'ailleurs^ que, fond et forme, ensemble et détails, le travai exécuté loin de Cambrai n'a été que revu par Lan geron. Un mot dit tout. Pour couper court à 1 rumeur janséniste qui prétendait leur ôter la res ponsabiUté du mandement, les évêques de Lî Rochelle et de Luçon ne trouvèrent rien de plu décisif que de publier ces mêmes lettres de Langeroi dont on essaie aujourd'hui de se servir pour insinue le contraire. Ces lettres, disent les deux évêques « sont une pleine démonstration que c'est nous seul qui avons composé noire Itistructiofi pastot'aleK »

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