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300 APOLOGIE POUR FICNELON
était-ce agir de concert avec les deux prélats, était-ce . même agir, était-ce prendre plus de part à ce docu- j ment qu'il n'en avait pris à la Dénonciation? \\ hq \ pouvait d'ailleurs en dire plus long sans trahir un secret j que Noailles n'avait pas le droit de connaître, le secret \ de la correspondance entre Langeron et Chalmette. Vous demanderez comment il peut affirmer qu'il n'a lu le mandement qu'après le public. Oh ! sans l'ombre d'un scrupule. Lire l'esquisse plus ou moins formée d'une œuvre que son véritable auteur a reprise ensuite pour la développer p«ut-être et en tout cas pour la mettre au point, ce n'est pas lire cette œuvre elle-même. Restriction, direz-vous, non, ou du moins très innocente. D'ailleurs, rien ne prouve que cette esquisse même, Fénelon l'ait vue de ses yeux. , Voilà beaucoup de bruit pour rien du tout. En somme ; que voulait la maréchale? Sonder les sentiments de \ Fénelon au sujet de Noailles et de la propagande jan- \ séniste. On lui répond sans ambages :
Comme je veux toujours agir avec la droiture la plus scrupu- ï leuse, je dois vous avertir, Madame, que je me crois obligé en conscience de demeurer entièrement libre de faire en toute occasion ce qui me paraîtra nécessaire contre le progrès de ces nouveautés ^
1. F. VI II, p. 66. Fénelon était le plus sûr et par suite le plu secret des confidents. Or, pour ma part, je ne vois pas le moyen au moins dons plusieurs circonstances, de garder le secret sans avoir recours à quelque restriction mentale. Pour éclairer cette diséussion des petits mensonges — discussion assez ridicule, soit dit tout bas pour ne pas réveiller le spectre de Pascal — il faut se rappeler deux ou trois textes du Télémaque : v J'ai déjà vieilli dans l'habitude de ne dire jamais mon secret et encore plus de ne trahir jamais sous aucun prétexte le secret d'autrui. » F., VI, p. 412. « Il savait taire un secret sans dire aucun mensonge... ses meilleurs amis mêmes ne savaient que ce qu'il croyait utile de leur découvrir. » Ib., p. 508, tout le passage est à lire. Mentor à Accste:
E. Reste une dernière confirmation apportée par M. Masson.
C'est que (( tout homme est menteur », comme il aimait à 1 rappeler lui-même; c'est qu'il y avait en lui surtout, lime il le confessait avec une très belle humilité, un fond ,1 u mensonge » et d'insincérité '.
Faut-il que je le rappelle à un psychologue aussi ralliné, omnishomomendax, du moins sous la plume (le Fénelon, ne signifie pas que tout homme dit des mensonges, mais que tout homme est mensonge. Lisez d'ailleurs le texte auquel on nous renvoie.
Je n'ai rien à vous dire aujourd'hui de moi ; je ne sais qu'en dire ni qu'en penser. Il me semble que j'aime Dieu jusqu'à la folie, quand je ne recherche point cet amour. Si je le recherche, je ne le trouve plus. Ce qui me paraît vrai en le pensant d'une, première vue, devient un mensonge dans ma bouche quand je le veux dire -.
Yit-on jamais sincérité plus étincelante ! Je devais au lecteur ce beau texte pour lui faire oublier les fastidieuses mais nécessaires explications qu'il vient de subir. « Mon Dieu, je croyais vous aimer, et voici que je ne vous aime pas ! » Est-on gascon pour parler de la sorte? Est-ce bien là un mensonge au sens brutal de ce mol? Maurice Masson, Maurice
« Nous venons des côtes de la grande Hespérie et notre patrie n'est pas loin de là. Ainsi il évita de dire que nous étions grecs » (iô. p. 402). Or, notez bien, que dans l'espèce, le secret ne manquait I pas d'importance. Sans la permission expresse de Champflour, I Fénelon ne pouvait pas dire que Champflour s'était fait aider pour } son mandement. Cf. encore « Quiconque est capable de mentir est indigne d'être compté au nombre des hommes, et quiconque ne sait pas se taire est indigne de gouverner » /ô., p. 412. . 1. Masson, 1. c, XVIII.