Correspondance, III, p
LA DUPLICITÉ PRÉTENDUE DE FFîNELON 309
Le conflit.
A. — Pendant plusieurs années, c'est-à-dire de 1()05 à 1698, cette histoire de la quasi-confession fut connue de quatre personnes. Tronson avait lu l'écrit confidentiel avant Bossuet et ce dernier désira (jue Noailles, le troisième commissaire, en eut aussi communication \ Fénelon avait consenti à cette exigence un peu singulière, mais en insistant sur l'obli- ition du secret; précaution qu'il n'aurait certainement pas eu à prendre s'il s'était agi d'une confession proprement dite. Tout jusqu'ici est limpide comme «le l'eau pure. Voici maintenant le seul — je dis le oui — passage obscur de ce problème passionnant. Cet incident d'ordre trois fois intime et qu'il était seul à connaître avec trois autres prêtres, comment lîossuet a-t-il été amené à l'apprendre à la France et à l'Eglise entière? Qu'il en ait parié publiquement le premier, le fait est hors de doute. Pourquoi en a-t-il parlé?
A la rigueur, on pourrait soutenir qu'il l'a fait sans y prendre garde et que n'ayant pas voulu revenir sur cette première imprudence, il n'a plus cessé d'aggraver son cas par des justiOcations contradictoires.
Ce qui me paraît pourtant plus probable, c'est que,
1. Nouvelle occasion de mettre en doute le tact parfait que l'on prête à Bossuet Ces riens sont révélateurs. Noailles et Fénelon, anciens condisciples, étaient du môme âge. C'en était assez pour que Fénelon fût peu incliné à lui faire lire sa confession. De plus, en permettre la lecture à Noailles, équivalait à en accepter la dis- < Mission pendant les conférences à Issy, On ne dira jamais trop à quelles épreuves fut soumise la patience de Fénelon.
en prenant lui-même les devants sur cette question, Bossuet a voulu persuader au public qu'il n'était lié par aucune espèce de secret. En d'autres termes^ il aurait voulu faire croire que de Fénelon à lui il ne s'était rien passé qui l'obligeât à une discrétion particulière. Mais, dira-t-on, puisque le public n'était au courant de rien, pourquoi répondre d'avance à une question qu'on ne songeait pas à lui poser?
Sans doute, mais peut-être craignait-il qu'elle se posât quelque jour. Peut-être aussi avait-il de bonnes raisons pour croire que Fénelon n'avait pas caché le fait à ses amis intimes. Ecoutons-le :
Mais on dira : Pourquoi pariez-vous de confession ? J'ai dit ailleurs quelle vue j'avais^ : j'entendais de sourds reproches sur la confession; j'ai voulu prévenir les bruits par une précaution innocente^.
Pour présenter les choses sous le jour le plus favorable à Bossuet, voici le corps que l'on pourrait donner à ces « sourds reproches ». On sait que longtemps avant la guerre de plume, Fénelon et ses amis accusaient l'éveque de Meaux de ne pas assez veiller sur sa langue. On peut imaginer Ghevreuse par exemple disant dans un cercle intime : « Mais comment M. de Meaux se permet-il de tant parler? Toute cette histoire est un secret entre les commissaires d'Issy et M. de Cambrai. Nous savons du reste que
J. Ce qu'il en a dit ailleurs {Remarques sur la- réponse, art. 1, § III, 16 ; Lâchât, XX, 182, 183) ressemble par trop à une défaite. « On répandait dans le monde... que la manière dont nos articles ont été signés était un secret... sous le sceau de la confession. » Cette rumeur puérile, si elle a circulé jamais, ne méritait pas un démenti. En tout cas, cela n'a visiblement rien à faire avec la lettre de Fénelon sur la quasi-confession.