‹ Apologie pour FénelonChapitre 17 sur 250 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

FËNELON Et BOSSUET AVANT LE CONFLIT

L'abbé de Féflelori s'attache de bonne heure à Bossuet. Cette amitié leur fait honneur à tous deux, comme je vais dire, mais laissons d'abord parler l'ennemi. 11 llaire là-dessous quelque manège : Vous savez bien qu'il y a toujours du manège dans la conduite de Fénelon. L'heure approche où le petit duc de Bourgogne quittera les mains des femmes. Notre jeune ambitieux guette ce poste comme il guetterait aujourd'hui un siège à la Chambre. D'un prompt regard, il fixe son choix sur qui lui pourra faire la courte échelle, M. de Meaux^ par exemple. Là-dessus il se cramponne à Bossuet, il l'accable de louanges « empoisonnées » : il l'amuse et le prévient « par de piquantes railleries » sur le compte des autres com-* pétiteurs ; c'est le récit de Phélipeaux \

1. Récit fantaisiste, puisque le juge le plus prévenu et le plus' compétent le déclare tel. Bossuet, lui-même, à la lecture de ce passage, a demandé une correction qu'on a naturellement négligé de

2i APOLOGIE POUR FÉNELON

Il est piquant de voir naître cette légende misérable dans l'entourage môme de Bossuet. Ils savaient bien pourtant à quoi s'en tenir sur la chétive influence dont leur maître disposait. Lisez donc le journal de l'abbé Ledieu. N'est-il pas manifeste que le bonhomme enrage, de voir tant de médiocres prendre le pas sur M. de Meaux. Non. Bossuet dont la propre forlune fut, après tout, peu brillante, si on la compare à son mérite, Bossuet n'est pas à la source des grâces. Les vrais courtisans ne l'ignorent point; on l'estime, on Fadmire, on fait appel, en certains cas, à son incontestable prestige, et, si besoin est, on se servira de lui pour détruire Fénelon, mais enfin, sa recommandation pèse peu. L'abbé Bossuet l'apprendra plus tard à ses dépens et Fénelon aurait fait preuve de beaucoup plus de naïveté que de malice, s'il avait jamais compté se pousser beaucoup par le moyen de M. de Meaux.

Du reste, n'oubliez pas que pour s'attacher à ce dernier, il sacrifie un protecteur bien plus considérable. L'archevêque de Paris qui n'aimait pas Bossuet et qui avait de la sympathie pour Fénelon, avait fait au jeune abbé de longues avances. Bien qu'il n'eût plus dès lors auprès de Louis XIV le même crédit qu'autrefois, Harlay n'était certainement pas négligeable. Tant qu'ils vivent, un ambitieux ne heurte pas de

faire. Il dit en effet « qu'il ne fallait tant appuyer qu'il croyait qu'on avait fait sur Tenvie qu'avait M. de Fénelon et l'abbé de Langeronde se servir du crédit de M. de Meaux pour faire leur fortune et donner à entendre que M. de Meaux les eut en effet servis dans leur établissement à la Coui*. » 11 est vrai que Bossuet se ravise ensuite, mais le premier mouvement est le bon. Ledieu, 1, 226, 227.

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