Derniers éclaircissements, art. I ; L., XX, p
I 3. — La rédaction des articles d'Issy,
Je rappelle au lecteur que nous n'avons pas besoin, pour l'instant, de nous aventurer dans les profondeurs de la théologie mystique. Nous prenons les articles d'Issy, comme nous ferions le traité d'Utrecht, d'un point de vue strictement historique et psychologique. Les idées de Fénelon ne sont pas en cause, mais sa franchise. La question est d'ailleurs capitale. Il ne s'agit en effet de rien moins que de savoir dans quel esprit Fénelon a signé les fameux articles. L'a-t-il fait, contraint et forcé, avec un arrière-désir de revanche, ou de bon cœur et dans une conviction sincère? Lorsque dans son Ywvq àa^ Maximes^ il se présente comme simple commentateur des articles, donne-t-il le change au public et déguise-t-il sous une apparente soumission le projet de réhabiliter la doctrine même que les commissaires d'Issy ont condamnée? En d'autres termes, après avoir abjuré le guyonisme en adhérant aux articles, s'est-il proposé de le soutenir de plus belle en écrivant les Maximes? Telle est la question autour de laquelle s'est maintenue toute la controverse du quiétisme, sous la direction vigoureuse et tenace de Bossuet.
Celui-ci est persuadé que Fénelon les a tous dupés au moment de la signature. Les humbles protestations que l'évêque de Meaux a versées plus tard aux débats n'étaient qu'un manège; la soumission finale, une feinte. L'abbé de Fénelon a signé tout ce qu'on a voulu, sauf à reprendre ses avantages dès qu'il serait archevêque. Tel est bien l'axiome fondamental
I OÙ tout le reste découle. Voilà pourquoi Bossuet, tatigué par les subtilités de la discussion doctrinale et pressé d'en finir avec un adversaire de mauvaise foi, >'est rejeté impétueusement sur la fjucrelle des faits, tout assuré que sur ce terrain où les plus ignorants pourraient le suivre, l'imposture de Fénelon ', par suite, la fragilité de ses défenses éclaterait à
us les regards.
On comprend donc de quel intérêt il était pour i)Ossuet de réduire autant que possible la collaboralion de Fénelon à la rédaction des articles. Laisser (poire que son adversaire ne fut pas là simplement comme un enfant à qui Ton dicte sa leçon ou comme \u\ accusé qui courbe la tête en recevant sa sen- Itnce, reconnaître, au contraire, qu'il a discuté jxtint par point et que, sur ses instances, de graves modifications ont été apportées au projet primitif, c'était enlever du coup presque toute apparence à laccusation d'imposture. Celui qui joue une comédie (le soumission signe des deux mains tout ce qu'on lui propose. Qu'importe à Fénelon que les articles ( ondamnent son amie? Pour l'instant il laisse tout taire, et promettrait plus encore, sauf à se dédire en temps opportun.
Il y a cependant des évidences qu'on peut bien
sayer de tourner, mais qu'on ne nie pas en face. lu septembre 1696, c'est-à-dire avant le grand éclat <le 1697, Fénelon, disait à M"" de Maintenon, ilans une lettre qui devait passer sous les yeux de Noailles, un des trois commissaires d'Issy :
Ceux qui ont vu notre discussion doivent avouer que M. de Meaux, qui voulait dabord tout foudroyer, a été con-
traint d'admettre pied à pied des choses qu'il avait cent foii rejetées comme 1res mauvaises ^
Voilà qui semble assez clair et Noailles n'a pas dit non. Mais il y a moyen d'épiloguer môme sur des faits constants. Bossuet avouera bien que Fénelon s'est débattu avant de signer. Qu'importe à la thèse, puisque enfin l'accusé a dû se rendre, vaincu sur toute la ligne ?
Il nous apporta des restrictions à chaque article qui en éludaient toute la force et dont l'ambiguïté les rendait non seulement inutiles, mais encore dangereux : Nous ne grumes PAS NOUS Y DEVOIR ARRÊTER. M. de Cambrai céda 2.
La jolie phrase fait coup double. Si d'abord on n'a rien concédé à Fénelon, si, d'autre part, les restrictions proposées par lui et qui manifestement exprimaient sa pensée profonde, étaient non seulement inutiles mais « dangereuses », comment croire que la soumission ait été sincère?
Voilà, nettement arrêtées, les positions que Bossuet vient de prendre au début du conflit sur la signature. C'est lui qui a porté la guerre sur ce point précis et l'on peut bien croire que, ce faisant, n'a pas simplement voulu conter une anecdote indi férente. Quoiqu'il en soit, ses aflirmations sont fo melles. Ni lui ni les autres commissaires n'ont crû devoir s'arrêter à aucune des corrections proposées par Fénelon. Si je disais dès maintenant que les bossuétistes ont essayé de troubler cette eau claire, on ne voudrait pas me croire. De fait ils n'ont pas osé. Toute leur malice se borne à retarder autant que