‹ Apologie pour FénelonChapitre 177 sur 250 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ce n'est pas une preuve suffisante pour croire une chose que de l'entendre dire par un homme qui parle avec zèle et avec gravité.

Malebranche, Recherche, IV, VII.

La critique est un exercice méthodique du discernement.

Joubert, XXIII, 153.

A fundamental mistake, to call véhémence and rigidity strength !

Carlyle, The hero as nian of letlers.

Fénelon aidant, n'allons pas reculer, si près de vaincre. Repousser une à une les attaques de l'adversaire, montrer que ses coups les plus mortels n'ont abattu que des fantômes, nous l'avons fait avec allégresse. Mais le combat reste incertain aussi long-temps que nous n'aurons pas poussé nos reconnaissances jusqu'à la vieille tour, chargée de trophées, sublime et menaçante, que les bossuétistes ne songent même pas à défendre, tant ils la jugent imprenable. Si tout est de granit dans ces fortes murailles, eh bien! nous reviendrons, quelque peu blessés et honteux.

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(I ins nos casemates pour y reprendre la défensive. 1 olle ou non, nous verrons bien, mais l'entreprise veut être tentée. Bossuet n'est pas un dieu et si on voit en lui un Père de l'Eglise — ce qui est vrai dans un certain sens que nous tacherons de définir — il n'y a pas ombre de sacrilège à lui appliquer les libres méthodes que lui-môme, à certains jours, permettait (jifon appliquât à « l'incomparable saint Augustin ». Au surplus, de quoi aurait on peur? Personne ne songe à renverser la Grande Diane des Ephésiens. Oue quelque pan de mur tombe, écrasant sous ses (l<'Combres plusieurs ennemis de Fénelon, on sait 1 ien que l'ensemble du monument bravera les siècles, (iomme une colonne dont la masse solide paraît le [)lus ferme appui d'une construction ruineuse, lorsf|ue cet édifice qu'elle soutenait fond sur elle sans l'abattre, ainsi Bossuet ne se montre jamais plus prand que lorsque après avoir longtemps porté le fciix d'une idolâtrie sans mesure, il survit à cette t:loire d'emprunt et n'est pas même courbé sous sa chute. Il ne faut pas dire : qui êtes-vous pour regarder ce géant dans les yeux? Je vous répondrais : qui êtes-vous pour le défendre? Qui exalte les grands hommes, les juge et qui les juge, les appelle, bon gré mil gré, à son tribunal. Et puis, serait-il plus formi- <lable et moi plus chétif encore, les faits et les textes jjarlent plus haut que nous tous. Montrez que je fausse l'histoire, que je ne sais pas lire les textes. Aucun autre argument ne convient à la gravité d'un pareil débat.

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