Revue Bossuet, 25 janvier
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fortement cet évêque, parce qu'il ne passe pas pour être si dévot que ceux qui me parlent quelquefois * ». On s'explique très bien ce petit mot. Le vrai Bossuet — le seul du moins qui mérite qu'on le défende aussi passionnément que Fénelon mérite d'être défendu — le Bossuet des Méditations et des lettres spirituelles, n'était alors connu que de quelques rares intimes. Soit que le caractère ne fut pas toujours chez lui à la hauteur d'une foi pourtant profonde et comme absorbante, soit que son ambition eût fait par moments céder la rigueur sincère de ses principes, soit pour tout autre raison, ni le monde ni la cour ne le tenaient pour absolument désintéressé des choses humaines. Quant à sa vivacité extrême dans la discussion, il est, je crois, le seul à ne pas s'en être aperçu. Loin du combat, il parle de sa propre modération avec une candeur qui nous désarme sans doute, mais sans nous convaincre. Laissons Fénelon, M"''^ Guyon, Noailles, M. de Chartres poussés par lui avec l'impétuosilé que l'on sait, laissons le journal de Ledieu. Malebranche ne voulut jamais se mesurer avec ce fougueux adversaire. Pense- t-on que la dialectique de Bossuet lui ait fait peur? Paisible, conciliant jusqu'à la faiblesse, c'est bien là me semble-t-il le fond même de cette âme, mais dès que certains Texcitent ou que certains autres se permettent de le contredire, il est trois fois certain que Bossuet n'arrive ni même ne songe à maîtriser sa passion.
On fait toujours appel à son ferme bon sens. Nous reviendrons à ce sujet quand nous étudierons par le
menu les sortilèges de Bossuet. Le bon sens est en Fet son arme ordinaire. Gomme les polémistes iitîgatifs, si j'ose dire, comme ceux qui écrasent Tad- \ (Tsaire plus qu'ils n'éclaircissent la controverse, il (xcelle à réduire à Tabsurde, par une simplification pressante, tout ce qui le gône. Il réfuterait un sceptique en lui donnant des coups de bâton. « Je te frappe ; donc tu es ». Qui ne voit que dans une disiission épineuse, des arguments de ce genre laissent litières les positions d'un Maldonat ou d'un Fénelon? >iioi qu'il en soit, dans le domaine oii le boa sens irde tous ses avantages, on affirme bien mais on ne montre pas que Fénelon soit inférieur à son rival? Lequel des deux a le mieux connu les hommes et s'est le mieux connu soi-même, lequel a le mieux su administrer sa maison et son diocèse, s'entourer d'amis sûrs, éviter les intrigants, se défendre contre la pression de la cour et des partis? Dignité, fermeté, prudence, finesse, tact, justes défiances, tous ces mérites fort apparentés au bon sens, est-ce à Cambrai ou à Meaux qu'il en faut aller chercher le parfait modèle? Je n'oublie pas M'"^ Guyon. Elle me gène si peu ! Tout comme M""^ de Maintenon — la solidité même — Fénelon a cru, non pas aux visions, rien ne le prouve, mais à la très haute vertu de cette femme. Amplifiez son erreur autant que vous le voutlrez, pensez-vous que Bossuet n'ait jamais été dupé {)ar personne, pas même par son neveu ? Que si Ton veut aller jusqu'à ces régions plus hautes, où le bon as n'est pas notre meilleur guide, la modération iturelle de Fénelon, son humanité ne rayonnenties pas, non seulement dans sa conduite mais
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encore dans ses écrits sur le dogme et même — je \< montrerai plus tard sans paradoxe — dans ses idée sur le pur amour, l)ien moins chimériques, bien plus consolantes qu'on ne le croit d'ordinaire? Poui* l'instant, je vous abandonne le pur amour, mais on revanche veuillez mettre sur les deux plateaux d'une balance, d'un côté quelques raffinements d'analyse, quelques expressions forcées et malheureuses sur une matière interdite à la foule, et d'un autre côt< les outrances de Bossuet sur des questions qui intéressent directement toute âme chrétienne, la grâce, par exemple, et la confession. Lequel des deux ressemble davantage à Tertullien, lequel a le plus d'affinités avec Port-Royal? N'a-t-on pas vu, avec beaucoup de vraisemblance dans l'admirable traité sur la concupiscence^ une sorte d'appendice orthodoxe à YAugustinus^ et les théologiens universitaires qui goûtent si fort la parfaite mesure de Bossuet, ne confessent-ils pas, au moins par leurs actes, qu'il y a peut-être un peu d'exagération dans les Maximes et réflexions sur la comédie? Je ne décide rien. Je parle à vue de pays et me borne à recueillir un cei tain nombre d'indices propres, me semble-t-il, créer une atmosphère d'hésitation autour de temple où nous ne sommes pas encore entréi Entrons maintenant et tâchons de nous faire ua idée plus nette du prestige de Bossuet.