‹ Apologie pour FénelonChapitre 181 sur 250 · Explication de V Apocalypse^ G., Il, p · texte numérisé non relu

Explication de V Apocalypse^ G., Il, p

désoriente ou les glace. S'il osait dire tout ce qu'il pense, Bossuet reprocherait à saint Thomas de poseï trop de questions.

Il raffine lui-même, quandille faut, sur les « pointillés » de la psychologie surnaturelle ou des autrei sciences, avec l'application obstinée qu'il est capable d'apporter à tout ; mais il le fait sans allégresse, maii sans rien qui rappelle la subtilité saine et lumineusi des maîtres de l'art. Il ne paraît triomphant qu'àceuj qui n'ont pas lu d'autres théologiens. En vérité, dèi qu'il s'engage dans un sujet compliqué. Bossue n*est plus lui-même. Il garde sa grande allure qu nous en impose à première vue, mais il hésite, il si contredit, il bégaie, il trouve, lui Bossuet, le moyei de n'être plus clair. Fénelon, royal escrimeur et qu connaissait le fort et le faible de son adversaire, lui donné plus de mal que les théologiens de la moderm Sorbonne ne se l'imaginent. Que d'objections tortu rantes, que de coups reçus en pleine poitrine. Quan( Bossuet reproche à Fénelon cet k esprit à faire peur » il faut prendre le mot au pied de la lettre ; ou celî ne veut rien dire, ou cela montre qu'il n'est pa commode de répondre à cet adversaire. Puisqu'il n( s'agissait pas d'une de ces questions que le gros boi sens suffit à résoudre, puisque la discussion roulai sur les problèmes les plus délicats de l'analyse inté rieure, l'esprit était plus de mise que l'éloquence Les vrais théologiens ne se battent pas à la dyna mite. Lisez de sang-froid les nombreux chapitres oi Bossuet tente vainement de se mettre d'accord ave< FEcole sur la définition de l'amour désintéressé -^ lisez notamment Je traité publié par M. Levesque -

V lis verrez un aigle qui se déchire aux barreaux de SI cage, vous saurez jusqu'où peut aller la détresse (1 un scolaslique maigre lui.

Pourquoi s'en alarmer? Le génie de Bossuet lui jitM-mettait de se montrer plus curieux et moins docile. De moindres que lui ont excellé en théologie et on critique. Il ne tenait sans doute qu'à lui de .onquérir cette gloire. Mais il n'en a pas voulu. Le vrai Bossuet n'estime la science qu'autant qu'elle est nécessaire à Tenlretien de la vie spirituelle. Pour savoir Jésus crucilié, pas n'est besoin de connaître Duns Scot ou Richard Simon. Je n'ai pas à rapporter ici les nombreux passages où ce méditatif formule ce qu'on peut appeler son pragmatisme. Or, on ne fait parfaitement que ce que l'on fait avec amour et de toute son âme. Est-ce manquer de respect à un si grand homme que de préférer les Elévations sur les mystères à la Défense de l'église gallicane et à l'apologie du P. Quesnel?

Pour l'instant, d'ailleurs, nous parlons théologie. C'est une science comme les autres. Nous voulons savoir s'il faut ranger Bossuet parmi les savants qui font autorité en ces matières. Docteur de Sorbonne, érudit, appliqué, solide, brillant, nous ne contestons pas son rare mérite, nous disons simplement que rhistoire de la spéculation dogmatique ne garderait pas même le nom de Bossuet si l'éclat de cette éloquence et de cette maîtrise littéraire ne rejaillissait en quelque sorte sur l'ensemble de ses œuvres. Controverse contre les protestants, défense du gallicanisme, écrits sur la grâce, voilà ce qu'il nous a laissé de plus imposant. Contre les protestants, qu'a-t-il

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ajouté à l'argumentation de IJellarmin et de du Pei ron ; que reste-t-il de son gallicanisme? Sur la gràci enfln, quel éclaircissement nous a-t-il donné? Note bien que je ne le mets pas en parallèle avec les maî très souverains de la science théologique, les Cajetan les Molina^ les Suarez, les Vasquez, lesLugo, ou tai d'autres géants dont il n'a pas même soupçonn Tévidente grandeur; je le compare à tel de ses cor temporains qui ne mérite pas de statue, au P. Dani< par exemple ou à Nicole. Les petits livres de ce dei nier sur la grâce nous apprennent quelque cliosi nous stimulent, nous orientent sur des routes nou velles. Moins timide, moins effrayé de sa propre ori ginalité, Nicole serait allé loin. Tel qu'il est pourtani combien ne reste-t-il pas supérieur à Bossuet ! J'ê honte, non de mon impertinence, mais de mol pédanlisme. Ces in-folio que je viens de vanter, lei ai-je lus, comme il le faudrait? Non, la vie est troj courte, les lettres humaines, hélas ! trop séduisantes et mon esprittrop frivole, mais je les ai entr'ouverts feuilletés, en sautillant comme une bête de FApoca lypse, je sais où ils sont et ce qu'ils valent. Leu latin, parfois sinistre, m'a donné des émotions qu je n'irai jamais demander au français de Bossuel Qu'un laïque tel que Brunelière — sur lequel il es clair que je n'ai d'autre avantage que d'avoir sui\ un cours régulier de théologie et sous de bons maîtres — qu'un laïque regarde Bossuet comme un théo logien non pareil et vante la richesse dogmatique di sermon sur les anges, cela se comprend. Voilà ui homme qui rencontre sous la plume d'un écrivaii merveilleux les lieux communs de la spéculatioi

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dogmatique. Double surprise et double ravissement; mais pour les hommes du métier, — grands ou petits, car enfin les plus chétifs doivent au moins savoir qui sont les vrais maîtres — l'idée ne peut même pas cur venir d'égaler bossuet théologien à ceux qui font autorité en théologie.

Le faudra-t-il du moins tenir pour un docteur de tout repos? Non, pas davantage, à moins de décerner aussi le même titre au chimiste qui soutiendrait

ne à ligne toutes les opinions de Lavoisier. L'élève obstint'; d'un seul maître ne devient jamais lui-même un maître tout à fait sûr. Aussi que de pages caduques dans l'œuvre théologique de Bossuet, les unes frappées de la foudre, les autres mourantes de vieillesse! Pour un simple bref qui a condamné Fénelon je ne conteste pas l'autorité de ce document, mais je rappelle les atténuations voulues des censures-qu'il renferme et tout ce que l'histoire nous apprend sur la longue résistance d'Innocent XII — pour un bref, ne voyons-nous pas Tapologiste du P. Quesnel effleuré, si ce n'est plus, par une bulle solennelle et le suprême défenseur du gallicanisme en contradiction éclatante avec la décision d'un concile œcuménique? Sur le probabilisme, sur le prêt à intérêt, sur la définition du péché originel, sur la grâce, sur les dispositions à apporter au sacrement de pénitence, sur le sort des enfants morts sans baptême, n'est-il pas constant que la majorité des théologiens s'est écartée de plus en plus des opinions de Bossuet? S^curus judicat orbis terrarum; il juge et il écarte de son geste tranquille, non seulement les « novateurs », mais encore les conservateurs témé-

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raires. On ne fait pas un crime à ce beau géni< d'avoir soutenu ses idées, d'avoir quelquefois vouli barrer la route au torrent de la théologie vivante mais on ne peut pas non plus ne pas reconnaître qu sur bien des points qui ne sont pas accessoires, tro souvent semblable au grand Arnauld, un de se oracles, — « un si grand homme », — Bossue théologien fait figure de revenant.

Voici donc un Bossuet docteur de Sorbonne autorité de second ou de troisième plan. S'il n'est qu cela, il ne mérite pas plus de nous fasciner que c même grand Arnauld auquel d'ailleurs tout 1 xvn® siècle n'aurait pas permis qu'on le comparât Cette image quelque peu grise et chagrine s'éclair bientôt d'un rayon plus attirant. Rigide, immobih front de parlementaire ou de janséniste, ce docteu laisse voir néanmoins, quand on le regarde de plu près, la naïveté d'un primitif. On dirait parfois qu' a appris la religion moins en maniant ses in-foli» qu'en étudiant les vitraux d'une cathédrale. C< esprit d'enfance que le siècle de Louis XIII et d Louis XIV a regardé comme le but de la vie spiri tuelle, cette « petitesse » que Fénelon a tant prêché et sur laquelle il s'est façonné avec moins de peine qu'on ne le croit aujourd'hui, Bossuet n'a pas besoii de faire effort contre lui-même pour s'en pénétrer Il est, de nature, un de ces petits auxquels le royaume de Dieu a été promis. « Le plus simple d( tous les hommes », c'est lui qui le dit et non sani

une demi-ruse. Mais en somme il dit vrai. Simple de cœur et d'intelligence, naïf, candide, il semble né pour croire. On l'a trompé souvent et sans peine, mais, en revanche, la parole qui ne trompe pas n'est jamais tombée dans une âme plus confiante. La femme de Loth changée en statue de sel, Newman y croit délibérément, parce que, pour lui, la statue de sel reléguée dans le musée des légendes, toute l'Ecriture se dissout et tombe. Bossuet, au contraire, tient aisément ce miracle pour un « des plus avérés », non qu'il ait recueilli là-dessus une surabondance de preuve, mais parce que, tour à tour, dans la minute oii il le contemple, chacun des miracles bibliques lui paraît le plus avérée

Je ne puis qu'indiquer ici le curieux et joli chapitre qu'il faudrait écrire sur la candeur de cet aigle. Ce n'est pas la naïveté de saint François de Sales. Il lui manque le sourire. Elle a quelque chose d*austère. Elle nous semble même parfois un peu épaisse et trop exempte de cette malice qui se marie si bien à la tendresse dans Y Introduction à la vie dévote. Il se moque souvent, lui qui n'aime pas les moqueurs. De vive voix beaucoup plus encore que par ses livres — nous le savons par la Palatine — il faisait rire la cour à gros éclats sur le compte de M"'^ Guyonet de Fénelon. En d'autres circonstances, son ironie, accablante et brève, ressemble à celle qui accueille la confusion d'Adam et d'Eve, aux premiers chapitres de la Genèse. Plus voisin de Bunyan que de François d'Assise, même quand Bossuet plai-

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