L., G., XI, p
En parlant ainsi de lui-même, Bossuet nous met en garde contre ses propres « mouvements ». Non, leseuUyrisme ne confère pas à un homme l'autorité sans égale que celui-ci exerce sur nous. S'abandonner à lui sans réserve, c'est oublier que « le corps qui parle plus haut que Dieu même, ne dit jamais la vérité ^ » Si Bossuet n'a pas sur nous d'autre autorité que son lyrisme, s'il n'est qu'un grand orateur, il n'a pas droit à nous dominer.
Nous avons vu qu'il était autre chose et voilà, si je ne me trompe, le secret de son prestige. Par une rencontre extraordinairement rare, il s'est trouvé que les plus beaux feux du lyrisme français ont couvé dans la poitrine d'un grave, savant et patient docteur de Sorbonne : un homme a paru que l'on peut tour à tour comparer soit à Victor Hugo soit au grand Arnauld. Et pour donner encore plus de poids à la parole de cet invraisemblable génie, pour qu'il ne lui manque rien de ce qui assure à un homme l'autorité sur ses semblables, ce poète, ce docteur est en même temps « le plus simple de tous les hommes », le plus candide, le moins suspect d'artifice. On ne fait pas crédit à un homme simple qui n'est pas classé parmi les intellectuels et les sages ; on ne fait pas crédit à un docteur de moyenne force, d'abord parce qu'il est souvent très ennuyeux, ensuite parce qu'il n'offre pas plus de sécurité que le docteur d'en face; on ne fait pas crédit à un homme éloquent par la seule et décisive raison qu'il est éloquent. Mais, en revanche, simplicité, science,