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358 APOLOGIE POUR FÉiNELON
éloquence, que ne croira-t-on pas de celui chez qui Ton reconnaîtra sans hésitation possible ces trois caractères ?
Ce n'est rien encore. La candeur s'affadit à la longue ; la science nous lasse, Téclat d'une parole magnifique s'éteint avec cette parole elle-même. On rêve de quelque monument où se réuniraient, à doses savantes, la grâce persuasive de la candeur, la solidité de la science, l'ardeur du lyrisme. Oij trouver dans un même objet d'admiration cette fleur, cet airain et cette flamme, oii sinon dans la langue de Bossuet, simple, ferme, éblouissante ? Un air d'innocence qui n*est certes pas joué et qui cependant nous déguise l'habileté consommée d'un logicien toujours en éveil, une immense lecture, mais dont l'auteur est si possédé qu'il semble toujours écrire sous la dictée d'une inspiration soudaine, toutes les ressources du français, du latin, de l'hébreu peut-être, maîtrisées avec cet art suprême plus naturel que la nature, les images les plus libres et l'esprit le plus discipliné, une passion brûlante mais presque toujours esclave de la claire raison qu'elle anime, à quoi bon continuer cette définition d'une merveille qu'on ne verra pas deux fois? Sainte-Beuve lui-même n'arriverait pas à décrire la magie de Bossuet.
Car enfin c'est une magie et féconde en sortilèges. Plus nous reculons cette conséquence plus elle paraît inéluctable. Le ciment romain qui relie entre elles les pierres de cette muraille n'a pas changé leur nature. Après comme avant le travail du levain de séduction qui la soulève, cette masse reste ce qu'elle est, ce qu'une analyse loyale nous a fait voir qu'elle
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était. Poète ou non, savant ou non, un liomine candide reste sujet à se tromper et sur les autres et sur sa propre personne : la théologie d'un docteur de Sorhonne, môme lorsqu'un souffle de lyrisme la soulève jusqu'aux étoiles, ne devient pas, au cours de cette ascension, une science plus sûre ; pas plus qu'une belle reliure ne modifie le texte d'un livre, toutes les foudres du Sinaï ne feront pas d'un théologien moindre qu'Arnauld et que Nicole, je ne dis pas un Augustin, mais unMolina. Et d'un autre côté, ni les enluminures primitives que Bossuet dessine à la marge de ses in-folio sorboniques, ni les pesants livres d'où son lyrisme prend l'essor et sur lesquels il s'appuie, ne donnent une autorité infail- Hble à ces transports oii la chair et le sang ont une part et qui risquent toujours de nous égarer.
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