‹ Apologie pour FénelonChapitre 192 sur 250 · Disserlaiio de Psalmis, G., 1., p. 13G · texte numérisé non relu

Disserlaiio de Psalmis, G., 1., p. 13G

langue, ou il ne pense pas franchement. L'axiomj lui paraissait irréfutable, au moins contre Fénelon.

D'ailleurs on ne s'en tient pas à ces incantations générales, qui vont à nous désabuser une fois pour toutes, de Fénelon parce qu'il est subtil, de Simon parce qu'il est savant. A chaque détail de la controverse, Bossuet emploie le même sortilège ou d'autres analogues dont il varie la formule avec autant de conviction que d'éclat. Forcé de choisir dans une moisson opulente, je me bornerai à trois exemples qui portant sur des questions fort intéressantes par elles-mêmes, de mystique, d'exégèse et de politique, dédommageront le lecteur de la peine qu'il veut bien subir.

a) Une des Ans de la théologie mystique est de contrôler à la lumière, non du bon sens, mais du dogme révélé et des certitudes acquises, Texpérience personnelle des saintes âmes. Tâche délicate : en effet, si d'une part il importe d'opposer ki saine vérité aux illusions des faux mystiques, il n'est pas moins nécessaire de respecter, de seconder même le travail mystérieux que la grâce poursuit dans les âmes. Il faut craindre également d'entretenir la démence de faux mystiques, et de gêner chez les vrais les mouvements de l'esprit de Dieu. Le problème paraît encore plus compliqué si l'on se rappelle que l'illusion guette constamment les âmes les plus élevées et que tout n'est pas toujours exclusivement divin dans les impressions des vrais mystiques. Sainte Térèse a pu avoir de fausses visions, M°"® Guyon de véritables extases. Au directeur d'appliquer les règles générales à la mouvante variété des cas particuliers.

(le discerner les esprits, de ramener les égarés à la sécurité des voies communes, de redresser, quand il le faut, mais aussi d'encourager et de dilater ceux que Dieu appelle à une familiarité plus redoutable. Dans ces rencontres difliciles, quelle sera l'attitude (le Bossuet? Rien de mystique en lui, du moins au sens étroit de ce mot. La « littérature » du sujet lui est restée à peu près inconnue jusqu'au jour mémorable où pour obéir à un devoir de charité il s'est précipité dans cette nuit obscure. Il a sans doute entendu critiquer les nouveaux spirituels par ses amis de Port-Royal et feuilleté quelques livres qui ne lui ont pas laissé le désir de pousser plus loin une étude qu'il juge assez vaine. Les lettres de direction qu'il a écrites avant 1694 n'abordent jamais de front les difficultés de la mystique ^ Il se pourrait pourtant que Bossuet, dès avant 1694, ait frôlé parfois ce monde inconnu. Telle de ses dirigées. M"'*" Cornuau, connaissait peut-être d'expérience certains états ou proprement mystiques ou intermédiaires entre les deux voies. L'inquiète curiosité de ]y|me d'Albert s'aventurait peut-être aussi vers ces dangereuses frontières. Plusieurs autres de ses dirigées avaient besoin, sans qu'on sache bien à quel sujet, qu'on les rassurât contre l'illusion ou qu'on les ramenât sur le droit chemin. Eh bien, la chose est extrêmement significative; à toutes ces âmes, Bossuet, qui bientôt ne verra pourtant qu'illusion,

1. La « demoiselle de Metz » avait-elle expérimenté la « suspension des puissances ? » Peut-être, mais à ne lire que les fameuses lettres que Bossuet lui adresse on ne peut rien affirmer sur ce point.

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ordonne invariablement de ne pas Ireinbler. Qu'elles se tiennent tranquilles. Aucune d'elles ne se trompe. 11 en est trois fois certain K

Une seule fois, il dresse Toreille et fronce un instant le sourcil :

Je ne comprends pas bien encore cette difficulté de penser à vos péchés, qu'il me semble n'avoir pas encore observée en vous ; ne forcez rien 2.

« Ne forcez rien », c'est-à-dire, ne travaillez pas à secouer comme tentation ce qui est peut-être grâce. Recueillons-nous devant cette hésitation moins inquiète que respectueuse et prudente. Pour la première fois, le monde mystique se laisse entrevoir à Bossuet. Cette difficulté de produire des actes — de pénitence ou d'autres analogues — est, on le sait, un des signes oià le directeur reconnaît qu'une âme est peut-être appelée deDieu à quitter les voies ordinaires. L'inclination naturelle d'un lyrique toujours actif comme Bossuet, serait assurément de rejeter sans pitié un tel mystère et de conseiller une résistance énergique à ces tentations d'indolence. Mais il est sage. Ce qu'il n'a jamais éprouvé lui-même, ce qui renverse ses propres idées, il ne se reconnaît pas encore le droit de le condamner sans appel. 11 lira bientôt les mystiques. M"'*' Guyon lui proposera un torrent d'irrécusables témoignages, lesquels, s'ils n'ont pas tout à fait raison de cette répugnance instinctive pour tout ce qui n'est pas acte réfléchi,

1. < C'est un des défauts de la dévotion d'aujourd'hui de se trop observer dans l'oraison... je suis fort d'avis qu'on se laisse beaucoup aller à Dieu, sans tant craindre Villusion. » G., XI, p. 445.

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