‹ Apologie pour FénelonChapitre 193 sur 250 · Lettres; G., XI, p · texte numérisé non relu

Lettres; G., XI, p

iviteront néanmoins Bossuet à ne s'aventurer sur (lo semblables matières qu'avec la plus extrême prudence. Lui si bon et si confiant, lui qui goûte nlns que tout la mystérieuse idylle du Cantique, il

aindrait de ressembler à ces directeurs torturants ilont saint Jean de la Croix et sainte Tërôse nous

lit laissé le portrait.

Autant de fois que Dieu oint l'âme de quelque délicate onction de notice amoureuse... et qu'il la tient sans pouvoir goûter ni méditer chose aucune, ni dk cellks d'en haut, ni de celles d'ici-bas, il viendra quelqu'un qui ne fait que frapper sur l'enclume comme un forgeron et d'autant qu'il ne sait point d'autre leçon que cela, il tiendra tel langage : Allez, tirezvous de là ; car c'est perdre le temps et demeurer oisif : mais prenez cet autre exercice, méditezet faites des actes... car ces autres choses sont des abus, des tromperies et des amusements de personnes grossières et sans esprit... ilsnevoientpas que ces actes qu'il désirent de l'âme sont déjà faits... ainsi n'entendant pas que cette âme est déjà dans la voie de l'esprit, en laquelle il n'y a plus de discours et le sens cesse. .. ils jettent en l'âme d'autres onguents de notices grossières... leur persuadant de procurer ^des sucs et ferveurs — ce que ne pouvant faire, elles se croient perdues... Telles gens ignorent ce que c'est qu'esprit, ils font une injure signalée à la Majesté de Dieu, mettant leur main grossière où il opère ^.

Bossuet a lu cela comme nous et n'oubliera jamais tout à fait des affirmations aussi convaincantes. Mais ces états resteront pour lui la chose la plus incompréhensible du monde. Nous le voyons alors partagé entre sa docilité profonde et son goût naturel pour l'activité, pour « l'enclume » des lyriques : concédant d'une main aux mystiques ce qu'il leur

i. s. Jean delà Croix. Vive flamme d'amour. C'est un des mille textes recopiés par madame Guyon pour Bossuet. Les justifications de madame de J. M. B. de la Mothe Guion, etc., t. f, 38-41 (Cologne, 1720).

retire de l'autre, condamnant tour àtour et célébran les mêmes états. Vienne la fièvre du combat, les contraintes qu'il s'est imposées en esprit d'humilité et de foi devront nécessairement fléchir K

Je vais donner sur un point que tout le monde peut aisément contrôler, un exemple décisif de ce conflit et de ce fléchissement, invitant pour le détail les hommes du métier à l'analyse attentive du livre V de V Instruction sur les états d'oraison.

Plus hardie, plus outrée, mais incomparablement plus éclairée et plus habite que M'"^ Gornuau, M""^ Guyon se trouvait aussi parfois dans l'i mpuissance de produire des actes réfléchis. Mais, peu précautionnée dans ses termes, elle expliquait cet état de manière à laisser entendre qu'une âme mystique, parvenue à un certain degré, était toute passive et n'agissait plus jamais.

Je n'ignore pas — lui écrit Bossuet, avant la fièvre — certaines impuissances que des personnes très saintes ont observées et approuvées, en certains degrés d'oraison, maice n'est pas là ma difficulté, mais qu'il y ait un certain degr où permanemment et par état on ne puisse pas prier pour soi c'est ce qui me paraît opposé au commandement de Dieu 2.

Il parle d'or, comme vous voyez. L'Eglise lui donne formellement raison. Si tant est qu< M""^ Guyon ou Fénelon l'aient jamais cru, aucui

1. On sait qu'il a donné de l'état passif une définition que Fénelon a toujours combattue comme excessive. Je n'ai pas à entre dans cette question, je note simplement qu'en exagérant ainsi 11 passiveté de certains états, Bossuet tend instinctivement à lel montrer plus rares. Les outrer, c'est encore une façon de les réduire. 11 reconnaît, puisqu'il le faut bien, la cessation provisoire des actes, mais de bouche plus que de cœur.

2. Lettres relatives à V affaire du quiétisme. G., VI, p. 272.

orthodoxe, aucune personne raisonnable ne peut linettre une suppression habituelle de tous les actes. » <'s termes-là n'offrent aucun sens. Mais j'attire \ otre attention sur cette incidente : « ce n'est pas là ma difiiculté ». Pour ma part, je suis presque sûr (lu contraire. Sa difficulté, non celle qu'il se for- Miule à lui-même avec clarté, mais celle qui Tobde dans les profondeurs dé l'inconscient. Nous \enons de voir que c'était bien là sa difficulté en iace de M"'^ Cornuau qui ne parlait certes pas, la pauvrette, d'impuissance habituelle et constante. Suivez ligne à ligne, toute la controverse qui va se (It'cliaîner bientôt, vous verrez que c'est là, pour lui, une des difficultés capitales. Prier sans agir, au sens laborieux qu'il donne à ce mot — le forgeron et l'enclume — lui paraît aussi peu vraisemblable que penser sans images. Entre son lyrisme et la quiétude mystique, je vois un triple rempart. Cela est si vrai, que même lorsqu'il croit admettre cette impuissance, il se la représente comme le résultat d'un effort acharné et trépidant de la volonté propre. Il dit encore, à M""*-' Guyon, dans cette môme lettre :

« Déposez donc, madame, peu à peu ces impuissances prétendues ^ »

S'il s'agit d'une prétendue impuissance habituelle, il ne la faut pas déposer peu à peu, mais renoncer d'un coup à la soutenir. Ce n'est donc pas de cellelà qu'il entend parler. Mais insistons. On ne dépose que son activité personnelle. Si M'"*^ Guyon est envahie et subjuguée — comme M'"^ Cornuau —

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