Lettres relatives à V affaire duquiétisme, ih., p
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par quelque motion divine, — et c'est là ce qui es(| en question — on peut à la rigueur lui conseiller do se distraire, lui suggérer de tenter certains actes, de réagir, comme elle pourra, contre cette force dont on n'a pas encore pu discerner le mobile — mais on ne doit pas lui commander de déposer une impuissance dont on ne sait pas encore si elle est imaginaire ou réelle. D'ailleurs comment ferait-elle? A l'enfant que l'oiseau de Jupiter tient dans ses serres, vous ne conseilleriez pas de lâcher prise. jyfme Guyon décrit excellemment cette méprise révélatrice.
Il me paraît, monseigneur, par tout ce que vous dites, que vous croyez que j'ai travaillé à étouffer les actes distincts, comme les croyant imparfaits. Je ne Tai jamais fait et quand je fus mise intérieurement dans l'impuissance d'en faire, que mes puissances furent liées, je m'en défendis de toutes mes forces et je n'ai cédé au fort et puissant Dieu que par faiblesse. Il me semble même que cette impuissance de faire des actes réfléchis ne m'ôtait point la réalité de l'acte ; au contraire je trouvai que ma foi, ma confiance, mon abandon ne furent jamais plus vifs et mon amour plus ardent. Cela me fit comprendre qu'il y avait une manière d'acte direct et sans réflexion, et je le connaissais par un exercice continuel d'amour et de foi, qui rendait l'âme soumise à tous les événements de la Providence, qui la portait aune véritable haine d'elle-même, n'aimant que les croix. Il me semble que tous les caractères chrétiens et évangéliques lui sont donnés. J'avoue que sa confiance est pleine de repos, exempte de souci et d'inquiétude : elle ne peut faire autre chose que d'aimer et se reposer en son amour. Ce n'est pas quelle se croie bonne, elle n'y pense pas; elle est comme une personne ivre qui est incapable de toute autre chose que de son ivresse. Il me semble que la différence de ces personnes et des autres est que les premières mangent la viande pour se nourrir, la mâchent avec soin et que les autres en avalent la substance. Si je dis des sottises, vous me les pardonnerez, monseigneur ^
1. Lettres relatives à l'affaire du quie'tisme, G., VI, p. 279.
Non, madame, vous ne dites pas de sottises, mais i>n va bientôt vous en faire dire. Sauf ce mot oqui-
oque d' « acte continuel » — vous l'expliquerez i'ailleurs vous-même en vingt endroits et de façon excellente — les mystiques les plus autorisés vous ionnent raison. Je ne sais pas si vous êtes de leur
amille, mais vous décrivez là une expérience qu'ils décrivent tout comme vous. Pour ceux qui vous Broient si folle, ils doivent bien convenir que vous ne faites pas trop mauvaise figure dans cette rencontre avec le ferme bon sens de l'aigle de Meaux.
niin, quoiqu'on puissent dire tous les aigles du monde, vous parlez de ces choses saintes sur un ton qui ne semble pas trompeur.
Veut-on saisir, tout à fait sur le vif, cette étrange préoccupation que M"'*^ Guyon vient de découvrir dans la pensée de Bossuet. Que l'on compare un des articles dlssy avec le texte rédigé par ce grand lomme.
TEXTE DÉFINITIF ADOPTÉ PAR LES TEXTE PROPOSÉ PAR BOSSUET ET COMMISSAIRES d'iSSY QUI NE FUT l'AS ACCEPTÉ
(ï-es oraisons extraordi- ...Pourvu que l'on n'eïclue
naires) n'empêchent pas qu'on pas universellement et à tous ne demeure toujours disposé moments les actes \ à produire, en temps convenable, tous les actes ci-dessus marqués (a. XXI;.
Ce ne sont pas là de vaines subtilités, mais des précisions d'une extrême importance. Etre disposé à produire les actes, être disposé à ne pas les exclure, cela fait deux. Le premier texte n'implique aucune-
ment que le mystique aie jamais fait effort po^ exclure les actes : il ne s'aventure pas dans ce pH blême de psychologie surnaturelle que Bossuet abord» et tranche d'un mot, d'un mot auquel je tiens for parce que, la passion aidant, il va devenir bienlù une amorce à mille mouvements lyriques et um semence de sortilèges.
Songez donc aux faciles triomphes que cette hardie simplification prépare à un orateur. Est-il rien de plus absurde et de plus coupable que de renoncer, activement par système et, de propos délibéré, à la prière, à la pénitence, à l'espérance, à toute vertu 1 Un enfant comprendrait que M""*^ Guyon et Fénelon sont des êtres abominables puisqu'ils s'efforcent tous deux de ne plus penser à Jésus-Christ.
Il est étrange qu'on soit obligé à prouver les éléments de la foi, et on ne peut assez s'étonner que des chrétiens puissent assez perdre le goût du Fils de Dieu incarné pour reconnaître un état où il soit permis d'en éloigner la pensée \
c( Eloigner » la pensée du Christ, « exclure » les actes des vertus chrétiennes, Fénelon n'avait certainement pas interprété dans ce sens les impuissances toutes passives, subies et non voulues auxquelles, il fait allusion. Mais Bossuet ne veut pas entendre les explications qu'on lui donnera sur ce point. C'est une de ses idées fixes dont rien ne le fera revenir.
Le temps que nous perdrions à nous échauffer contre cette injustice trop évidente, j'ai préféré l'employer à vous faire deviner le lent travail de confusion involontaire qui a préparé l'éclosion de ce