Bibliothèque critique, II, p
> règles de la vie dévote, il découvre des abîmes
impiété dans l'incertitude d'un érudit qui hésite
I' le sens d'un mot. Sortilè^^e, encore une fois.
.ssurément, il ne séduira pas ceux qui savent, mais
M consternera les fidèles et fera gémir les professeurs
la moderne Sorbonne sur le christianisme équi-
({ue de Fénelon, sur le scepticisme de Richard
mon.
h) c( L'Ange dit à Marie : Le Saint-Esprit viendra
I vous et la vertu du Très Haut vous couvrira de
II ombre et c'est pourquoi ce qui naîtra de vous ra appelé Fils de Dieu ». Maldonat estime qu'à
cette place les mots de « Fils de Dieu » ne suffisent pas, par eux-mêmes, à établir la divinité de notre Seigneur. 11 s'explique à ce sujet avec sa franchise ordinaire, ne craignant pas de s« séparer des commentateurs qui l'ont précédé. Fatuité? Amour du paradoxe? Non, mais ce roi des exégètes ne veut pas qu'une seule des fondations sur lesquelles reposent nos dogmes offre le moindre prétexte au rationalisme des temps à venir. S'il s'est trompé sur ce point, je l'ignore tout à fait. Mais combien je l'aime d'être si loyal et si courageux, de trembler si peu! Un texte ne lui paraissant pas d'une force probante à toute épreuve, il l'abandonne, fidèle à la règle de probité littéraire qu'il a si bien formulée : non debemusy litteris sacris abutenies, hœreticos refutare.
Bossuet a reconnu, dans un texte célèbre, l'excellence de Maldonat. Avait-il passé rapidement sur cette interprétation des paroles de l'ange, ou l'ayant examinée de près, avait-il fermé les yeux sur la gravité
384 APOLOGIK POUR FKNELON
de celte défaillance, toujours est-il (jue pour en dénoncer le venin, il a attendu de trouver ou de retrouver ce texte dans un livre de Simon. Du reste, Maldonat n'aura rien perdu pour attendre. Cité par Simon, le voici digne du pilori *.
« De cette interprétation de Maldonat, dit le Censeur, il suit de deux choses l'une : ou que le titre de Fils de Dieu ne prouve en aucun endroit la Divinité de Jésus-Christ; ou que ce lieu où elle n'est pas doit être expliqué en un sens difl'érent de tous les autres 2, ce qui est un inconvénient trop essentiel pour être omis ». Toute la suite du discours de cet illustre censeur tend à faire voir^ que si Jésus-Christ, dans ce passage de saint Luc, n'est fils qu' « improprement, sans l'être comme le sont tous les autres fils véritables, de même nature que leurs pères », on ne pourra rien conclure de tous
LES AUTRES PASSAGES OU IL EST APPELÉ FILS DE DIEU, « et UB
sera-ce pas, ajoute-t-il, un dénouement aux sociniens pour en éluder la force? » C'est sur ce même pied que le censeur dans ses notes manuscrites assure que «• c'est une tradition constante de toute l'Eglise que Jésus-Christ est appelé Fils de Dieu, comme étant l'unique Fils de Dieu... C'est ainsi, ajoute-t-il, que s'entend le mot de Fils de Dieu dans tout le nouveau Testament, sans en excepter un seul endroit. Tous les Pères et tous les Docteurs unanimement soutiennent que—, Jésus-Christ est Dieu, dès là qu'il est appelé Fils de Dieu, aye( l'excellence dont ce titre lui est donné dans l'Evangile ^ ».
On voit le double procédé de simplification ora toire, et, je puis dire, les ravages du lyrisme appliqué à l'exégèse; d'abord le recours toujours efticacBj toujours écrasant du « c'est tout ou rien », puis
1. « Cet arminianisme et ce socinianisme des jésuites ^dénoncé par Port-Royal) est sans doute imaginaire. On peut dire la même chose du socinianisme dont Maldonat a été depuis peu accusé pai un illustre écrivain qui, voulant censurer un nouveau traducteui qu'il n'aimait pas, ne l'a pu faire qu'en condamnant Maldonat qu€ celui-ci a pris pour son guide. » Bibliothèque critique, I, p. 379.