Bibliothèque critique, I, pp
l'appel convaincu à l'unanimité des Pères. Si le mot : Fils de Dieu, sous la plume des évangélistes, peut être une seule fois entendu au sens impropre, on ne pourra plus se servir pour établir la divinité de Jésus d'aucun autre des passages oij le Fils de Marie est appelé solennellement Fils de Dieu. Par ailleurs, comment admettre qu'un seul Père ait hésité en face d'un dilemme aussi rigoureux? A quoi bon les relire? Soyez assuré que tous, unanimement, ils ont soutenu que Fils de Dieu, à chaque fois qu'il se rencontre dans l'Evangile, ne peut s'appliquer qu'au Verbe divin. Evidemment rien n'est plus simple, mais il serait encore plus simple d'affirmer que tous les canons de Nicée et de Trente se trouvent explicitement formulés dans l'Ecriture. Tout irait pour le mieux dans le plus clair des mondes. Par malheur il n'est pas ainsi. Le sic volo de Bossuet n'y changera rien ^
Ce que l'illustre censeur appelle un fait constant appuyé sur toute la tradition, est combattu par saint Ghrysoslome, par ceux de son école, et par plusieurs célèbres commentateurs de ces derniers siècles, qui n'ont pas cru pour cela donner un dénouement aux Sociniens afin d'éluder les autres
1. Je n'ai pas besoin de montrer combien ce procédé est dangereux. Faire dépendre tout ou presque tout d'un texte sur lequel des savants comme Maldonat refusent de s'entendre avec Bossuet, n'est-ce pas jeter une semence de doute chez qui se permet de croire le second moins érudit que le premier? C'est ainsi encore que Bossuet pousse un cri d'alarme à propos du mot de tradition (II Thess. II, 14), que Simon a traduit par : doctrine : « Ce ne peut être que pour contenter les protestants... cependant on n'a point de honte d'une telle traduction, ni d'ôter à l'Eglise un de ses \ plus forts arguments pour établir l'autorité de la tradition » G., V, p. 86. Ainsi, dans la controverse avec Fénelon, si le Pape ne condamnait pas le pur amour, c'en était fmi do l'Kgiise ; or le Pape ne l'a pas condamné. Donc...
380 APOLOGIE POUR FKWELON
passages où Jésus-Christ est appelé Fils de Dieu égal à son Père en toutes choses. Gomme il s'agit d'un fait, ce n'est point par de simples raisonnements qu'il faut le démontrer, mais par des preuves de fait, et les voici *.
Suivent des textes, drus comme grêle ^ ; mais qu'avons-nous besoin de textes? Une remarque nous suffit.
Il n'y a point d'apparence que Maldonat, qui de l'aveu de tout le monde a été très savant dans la théologie qu'il a enseignée pendant plusieurs années avec éclat dans Paris, ait ignoré ce que c'est que tradition. Ne se pourrai t-il point faiie que le censeur ait appelé tradition ce qui ne Test pas en effet 2?
11 n'y a rien à répliquer à cette évidence. On le voit bien dès qu'on prend la peine d'y regarder de plus près. Mais quoi ! La plupart de ceux qui admirent le ferme bon sens, l'argumentation érudite et vigoureuse de la Défense de la tradition et des S. S. Pères, iront-ils jamais lire le Discours apologétique pour Jean Maldonat accusé d'être favorable aux antitrinitaires? On se soucie bien de Jean Maldonat!
c) Après les subtils, après les savants, écrasons maintenant les politiques. Un mot suffira comme tou-j jours. Il s'agit d'un certain fou qui s'était permis do] proposer quelques restrictions au despotisme des! rois absolus.
Pour les frivoles raisonnements dont se servent les spéculatifs pour régler le droit des puissances qui gouvernent Funivers, leur propre majesté les e.n défemd, et il n'y aurait
1. Cf. p. 44. Gajetan sur le nom de Fits de Dieu, donné auMeS' sie par Marthe et par Gaïphe. Per hoc quod dicebant Clirislw Filium Dei, non iyitelligebanL secundam Trinilatis personam, sed\ excellens doniim divinae gratise. » Cf. ib., dautres textes.