‹ Apologie pour FénelonChapitre 225 sur 250 · Siècle de Louis XfV. Le quiéfisme · texte numérisé non relu

Siècle de Louis XfV. Le quiéfisme

L\ REVANCHE DU PUR AMOUR 4jb

Entendez-moi bien. On ne songe aucunement à réliahiliter les Maximes des saints^ mais on dit que les erreurs formulées dans ce livre n'ont pu avoir de bien solides racines dans l'esprit de Fénelon et de ses disciples, puisqu'il a suffi d'un souffle pour balayer cette mauvaise herbe et en stériliser la semence. Avouez que le jansénisme a mis plus de temps à mourir. Je sais bien ce que vous allez m'objecter : la secte n'a capitulé que pour la forme et son chef, deux fois perfide, ne s'est humilié que pour continuer sourdement et sûrement sa propagande. Les opuscules spirituels, les lettres de Fénelon, tout le montre jusqu'au bout entêté de son guyonisme. Oui, si vous voulez, mais prenez garde. Pleinement au courant d'une doctrine qu'elle a examinée pendant plus de deux années, dûment prévenue par Bossuet du danger qui la menace, Rome laisse faire tout ce qu'il veut au plus redoutable des séducteurs. Non seulement, elle ne le surveille pas, elle l'encourage. Il n'est pas de marque d'atfection et de conliance qu'elle ne lui donne. Ni son caractère, ni ses idées n'inquiètent personne, Bossuet seul excepté et le douteux Noailles. Relisez donc le bref d'Innocent XII. Sont-ce là par hasard de ces erreurs légères sur lesquelles le gardien de la doctrine peut fermer les yeux sans forfaire à son devoir? Système absurde et pervertissant, celui qui l'aurait vraiment soutenu d'esprit et de cœur, on pourrait bien, par politique, accepter sa soumission, mais on devrait le tenir éternellement pour suspect. Fénelon suspect? Qui le croira? Seciirus judicat orhis ter' ratum. Si cet homme-là se trompe, il a pour vie-

tiines et pour complices les âmes innombrables qui ont vécu, vivent et vivront de sa pensée ; si Fénelon est quiétiste, la moitié de TÉglise l'est avec lui ^

Sa doctrine est celle de M. de Meaux. 11 l'a redit cent fois lui-même, au grand scandale de M. Grouslé, qui ne voit là qu'un nouveau mensonge. Qu'en sait-il, en vérité ? Croyez-en plutôt les contemporains, ceux du moins qui ont jugé sans passion et en connaissance de cause. Écoutez, par exemple, l'abbé de Beaujeu, suppliant les deux rivaux de mettre fin à une guerre aussi vaine quCvUavrante :

A votre place, leur dit-il à tous deux, je n'oublierais rien pour persuader le public... que nous étant malheureusement divisés sur des questions fort abstraites, où il est très difficile de se bien entendre et de ne pas s'imputer des erreurs quand on ne tient pas le môme langage, quoiqu'au fond on ait la même doctrine sur les points essentiels, nous renonçons de bon cœur à toutes les subtilités qui ont donné lieu à cette dispute^...

Ami intime des deux prélats, l'abbé Fleury, sage entre les sages, pense de même.

M. Fleury m'a dit — raconte un contemporain digne de toute confiance, M. de Saint-Fonds — qu'il était convaincu que M. de Cambrai n'avait jamais eu d'erreur dans le cœur... Ce serait peut-être une chose ridicule de dire que les deux grands prélats s'accordaient dans le fond et ne disputaient que pour ne pas s'entendre. En voici pourtant une preuve qui paraît certaine. Un jour M. l'abbé Fleury s'avisa d'écrire une douzaine de propositions sur l'amour de Dieu, il les porta à M. de Cambrai et M. de Cambrai lui dit après les avoir lues : voilà ce que je pense, et si je suis hérétique, vous l'êtes aussi. 11 les porta ensuite à M. de Meaux et M. de Meaux n'y

1. « Fut-il jamais quiétiste? — demande le R. P. Longhaye. Hàtons-nous de dire que non. » [Histoire de la littérature française au xvii« siècle, I. III, p. 350.

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