‹ Apologie pour FénelonChapitre 226 sur 250 · Revue liossuet. 25 déc. 1907. p · texte numérisé non relu

Revue liossuet. 25 déc. 1907. p

lrouv.1 aucune erreur... En parlant à cœur ouvert avec M. Fleury, il m'a avoué qu'il croyait qu'il y avait eu un peu (1(^ passion dans la conduite de M. de Meaux. Ce grand homme avait, à la vérité, la meilleure intention du monde, mais il ne sopeut faire qu'il n'ait été séduit lui-m(^me par sa propre passion. Pourquoi tant écrire... pourquoi avoir dit hautement à Marly que M. de Cambrai était aussi hérétique que Luther^ ?

J'ai mieux encore. Il a paru, au milieu du xviii® siècle, un livre étonnant qu'ignore la facile érudition des bossuétistes, et dont M. Gosselin, luimême, qui le connaît pourtant, n'a soupçonné ni le vrai caractère ni l'importance. C'est le catéchisme mystique du P. de Caussade que je viens à peine de citer. L'auteur, écrivain spirituel des plus éminenls, s'est proposé dans ce livre de réduire en abrégé l'excellente doctrine de M. de Meaux. Feuilletés d'abord sans attention, j'avoue que le bossuétisme imprévu de ces dialogues me mit d'assez méchante humeur. Après tout VInstruction sur les états d'oraison est un livre de combat. Auprès de Sainte Térèse, de Saint Jean de la Croix et de tant d'autres, Bossuet n'est qu'un novice. Faire de lui une sorte de Saint Thomas de la mystique, comment pareille idée avait-elle pu venir à un homme que je savais d'ailleurs beaucoup plus près de Fénelon que de Bossuet? Je ne tardai pas à revenir de ma méprise. Bribe à bribe, l'auteur des dialogues me confia son piquant secret.

il s'en faut bien, en effet, que le P. de Caussade

1. Ce texte capital a été publié par M. T. de la Roque. {R. d'histoire Littéraire de la France, 15 juillet 1897), avec une faute de lecture relevée par M. Poidebard dans rédition — malheureusement si incomplète — qu'il adonnée de cette précieuse correspondance. Tamisey avait lu : « il se peut faire ». Il y a : « il ne se peut faire, etc. »

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tienne la fameuse Instruction pour un livre de tonlS repos. Il a trop vu, par une longue expérience, que le livre de M. de Meaux est devenu la plus dangereuse des armes entre les mains des ennemis de la mystique. Épouvantail pour les âmes pieuses qui, maintenant, crainte de tomber dans des illusions sans nombre, résistent à l'esprit de Dieu, rempart derrière lequel s'abrite l'ignorance dédaigneuse d'une foule de directeurs, ce livre est là bloquant les voies intérieures qu'il se flattait d'ouvrir toutes grandes.

Parmi ceux qui ont lu cet ouvrage... combien y en a-t-il qui, n'ayant guère pris garde qu'aux seuls abus des oraisons... craignent à présent, méprisent et détestent les uns et les autres, je veux dire et les abus et les oraisons même dont on a abusé...

Je ne sais combien de gens n'ont tiré de la savante instruction de M. Bossuetque des préventions plus fortes contre les saintes oraisons des vrais mystiques.

Depuis que par ces misérables préjugés, on s'est dégoûté de la lecture des vrais mystiques des derniers siècles, on ne voit plus, môme dans les cloîtres, un si grand nombre d'âmes intérieures*.

Que Bossuet n'ait pas prévu et n'ait pas voulu ce triste résultat, cela est de toute évidence. Mais comment s'expliquer qu'on ait pu corrompre de la sorte un texte excellent ? La raison est simple. D'un livre

1. Caussade, l. c, p. 13, 14, 8. Longtemps avant le P. de Gaussade, Malaval, l'admirable aveugle de Marseille, disait déjà : « De la manière outrée avec laquelle on écrit, il y a des âmes simples qui en seront troublées et scandalisées. Les âmes tièdes et pusillanimes craindront tout. II y en a même qui ont quitté le saint exercice de la méditation, parce que n'ayant pas de quoi s'entretenir une heure que leur oraison doit durer, elles soupçonnent le repos, elles s'ennuient dans la sécheresse, et elles n'osent se tenir longtemps à la présence de Dieu de peur que ce ne soit une oisiveté ou un quiétisnie. » (Lettre de M. Malaval à M. l'abbé deForesta-Colongue... Marseille. Penot, 1693, pp. 85, 86.)

qui se propose tout à la fois d'édifier et de détruire, le commun des lecteurs ne retient que la partie destructive. Pour peu qu'on soit déjà prévenu contre le mysticisme, on se persuadera aisément que liossuet n'exalte Sainte Térèse que pour mieux écraser mme Guyon ct commc d'ailleurs, vrais ou faux, les mystiques emploient des termes pre^^que semblables, après avoir bien ri des extravagances des uns, on se trouvera peu disposé à coûter les transports des autres.

Le mal serait-il si grand, demande le candide disciple? Certains esprits ne le trouvent pas. — Je le sais, répond le P. de Gaussade, mais

j'ai un argument sans réplique pour fermer la bouche à ceux dont vous voulez parler. Je sais que c'est principalement sur ces esprits forts ou savants ou prétendus tels que l'autorité de M. de Meaux va jusqu'à la vénération. Or ce profond théologien envisageait comme un si grand mal de faire regarder ces oraisons comme dangereuses... que de toutes les calomnies contre sa personne, c'est une de celles qu'il a relevées avec plus de force *.

Mais comment expliquez-vous que pareille calomnie ait eu cours, et comment se fait-il qu'aujourd'hui encore (1751) tant de gens se réclament de M. de Meaux quand ils veulent railler l'oraison de quiétude ou rejeter l'autorité de Saint François de Sales, nous dirions aujourd'hui, pour décrier Fénelon ?

Quelques-uns ont voulu dire que cela venait de ce que la bonne doctrine s'y trouvait quelquefois comme enterrée sous un tas de citations et de raisonnements nécessaires alors... Les autres ont dit... qu'il était arrivé à M. de Meaux, en combattant les quiétistes, de paraître quelquefois donner dans

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