‹ Apologie pour FénelonChapitre 23 sur 250 · F., t. IX, p · texte numérisé non relu

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2. 11 l'a soutenue de son mieux, mais dans la coulisse; je ne parle ici que des actes publics.

pourrait risquer ce geste. Fénelon ne le peut pas. Il n'a, lui, qu'une chose à dire et il Ta dite sans faiblir. Que l'on démonlre ou non que M'"'^ Guyon est hérétique de cœur et d'esprit, qu'elle est criminelle, je vous l'abandonne. Mais je ne rougis pas d'elle, mais je ne renie pas la M'"® Guyon que j'ai connue. Elle m'a toujours paru et bonne catholique et très pieuse. Si je me suis trompé sur elle, le- mal n'est pas grand. Encore un coup, tout cela n'a rien à faire ni avec mon caractère, ni avec mes écrits K

Puisque j'ai l'honneur dé le défendre, lui et non pas elle, je me conformerai étroitement à la tactique de Fénelon. Je dois ajouter pourtant que nous n'avons pas à rougir de celte femme. Si elle vivait de nos jours, de plus sages que moi afflueraient chez elle. Nous ferions parfois semblant, comme Fénelon, de lire ses manuscrits interminables, mais nous l'écouterions toujours. Je ne la place ni parmi les grandes mystiques, ni parmi les folles. Pour la sainteté de sa vie, la question ne se pose même pas. C'était une rare nature, très haute, très généreuse et merveilleusement douée. Qu'elle se soit trompée sur elle-même, qu'elle n'ait pas toujours distingué entre

1. « Peut-on montrer plus de faiblesse et de passion que de répondre à mes justifications précises et dogmatiques par des faitétrangers? Je parle delà charité... on me répond que M"" Guyoi se croit la pierre angulaire et que le P. La Combe queje nai jamai vu est un fanatique corrompu. Où en est-on quand on a recours . de tels moyens •. F., IX, p. 388. El quand même — ce qui n'est p *

— il n'aurait écrit ses Maximes que pour défendre M'"<= Guyon, Bc suet n'avait pas le droit de faire de cette intention— vraie ou faus-

— un moyen de preuve. Montrez, si vous le pouvez que les deu: doctrines se confondent, c'est de bonne guerre, mais taisez-vou sur les intentions de l'écrivain —je dis sur les intentions qu'il n. pas formulées lui-môme.

MADAME (iUYON 3*^

une certaine exaltation morbide qui l'entraînait parfois, et les vrais mouvements de Tesprit de Dieu, pour moi, cela ne fait aucun doute, mais je ne crois pas que tout soit illusion dans ses expériences personnelles, beaucoup moins extraordinaires qu'on ne le dit généralement et qu'elle ne semble penser. Ceux qui doutent d'elle, ne la connaissent que par les fameux passages que la maîtresse ironie de Bossuet a bien su choisir et que ce nouveau Pascal a voués peut-être à un ridicule immortel. Facile triomphe et que, sans avoir l'esprit de Voltaire, on remporterait aisément sur sainte Catherine de Gènes, sur telle vision de sœur Cornuau, que Bossuet n'a pas trouvée si comique, et sur Bossuet lui-même dans les nombreux passages où il interprète le Cantique des Cantiques. Elle a trop écrit, cent fois trop. C'était chez elle une sorte de besoin, une maladie. Mais n'oubliez pas qu'on lui en a donné le loisir. Que faire en une prison à moins que l'on n'écrive? Sa plume impétueuse nous étonne, nous choque parfois, mais saint Augustin n'a-t-il pas dit avant elle : non sufficit llngua mea cordi meo? Le plus souvent, « les termes extraordinaires ne viennent que parce que nous ne savons pas nous exprimer » *. Du reste, que de pages magnifiques dans tout ce fatras ! Comparez la méditation de Bossuet et celle de M"" Guyon sur les mages. Vous hésiterez peut-être à donner le prix. Si les deux pièces étaient anonymes, votre choix serait bientôt fait. Et puis, dès qu'elle descend des hauteurs, que de bon sens, chez elle, quel discernement, quelle

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