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de combattre le pur amour que les autres vertus chrétiennes. L'Université félicite Bossuet d*avoir dégonflé cette chimère. Elle n'attendait pas moins de sa robuste sagesse. Si, par malheur, elle l'a bien lu, c'est grand dommage pour Bossuet. Il est trop clair que ce théologien un peu impulsif, avec sa hiçon impétueuse de nier les principes qui le gênent et d'outrer les vérités qu'il veut défendre, semble bien souvent contraire, sur ce point, à la tradition de toute l'Église. Ce n'est plus un mystère pour personne que Bossuet n'a pas signé tous les articles d'Issy sans quelque répugnance. Ses amis euxmêmes l'abandonnent et de bons théologiens vont jusqu'à dire qu'un bref pontifical n'eût pas été de trop pour condamner ses erreurs'. Pour ma part, j'incline à croire qu'on se trompe quand on parle ainsi et que, même dans ses écrits sur le quiétisme, la pensée profonde de Bossuet se concilie,

1. Cf. M. Brugère cité parle P. Longhaye. {Histoire de la littéraiure française au xvii» siècle, III, 352.) Si celaest vrai et si, comme Bossuet le répète à satiété, c'est là le nœuddç toute la controverse, je ne vois pas bien à quelles enseignes le P. Longhaye peut dire que <• dans ce grand duel théologique, Bossuet iui parait de tous points supérieur », p. 355 Si Bossuet se butte contre l'erreur — et quelle erreur ! — comment dire qu'il « va pour l'ordinaire au simple, au solide, au vrai? » On trouve Kénelon trop souple. Il le serait moins s'il avait atlaire à un adversaire plus « franc d'allure », plus cohérent et plus vigoureu.x. La petite discussion que j'entreprends ici même montre à l'évidence que Bossuet est aussi insaisissable — beaucoup plus selon moi que Fénelon.

W.-G. Ward est du même avis que M. Brugère « Bossuet's exlreniely opposite thesis seems ta me quite as plainltj and undeniahly mistaken as Fenelons >, loc. cit. p. 402. Cette idée n est pas d'aujourd'hui. Au beau milieu de la controverse, le jésuite Caregna disait : Si l'on condamne M. de Cambrai pour avoir détruit l'espérance, il faudra condamner aussi M. de Meaux pour avoir détruit , la charité. Cf. G., XXIX. p. 486.

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sans un effort trop subtil, avec celle de Fénelon\ Laissons parler notre Père de Gaussade, toujours excellent.

D. M. de Meaux n'est pas si contraire qu'on le croyait ù l'amour pur, puisque il n'en veut qu'aux excès... Mais peutêtre qu'en reconnaissant les actes du pur amour ne reconnaîtil pas qu'on puisse parvenir à les produire et souvent et faciment?

R. Point du tout. Car quiconque reconnaît les actes de quelque vertu que ce soit, doit nécessairement reconnaître qu'on peut, et les réitérer souvent, et à l'occasion de leur fréquente répétition, acquérir la facilité de les produire.

Vous voyez, comme, sans le dire, il redresse gentiment Bossuet, en l'obligeant à tirer les conclusions de ses propres principes. A son habitude, il fénélonise Bossuet. Suivons-le. Il va nous montrer celuici renchérissant sur Fénelon.

D. Toutes les fois qu'on désire cette récompense (le ciel), se retire-t-on de l'amour pur?

R. Nullement, dit M. de Meaux, pourvu qu'on la désire surtout parce que Dieu la veut... Voilà ce que M. de Meaux appelle : VesîDérance qui s'absorbe dans l'amour... ce qui se fait en aimant cette récomjoense surtout pour Dieu et par rapport' à Dieu.

D. D'où vient donc qu'au lieu de nous apprendre à aimer la récompense en Dieu et pour Dieu, on nous dise (c'est Fénelon qui dit cela) qu'il vaut mieux pour l'ordinaire, ne point penser aux récompenses, afin de n'agir que dans la seule vue de Dieu?

1. Hier encore, M. Fr. von Hùgel dans son beau livre : The mystical élément of religion as siudied in Saint Catherine of Genoa arid her friends. (Londres, Dent. 1908,) soutenait la thèse contraire, cf. II> 152-181. M. de Hùgel se rallie pleinement aux vues de Gosselin : {Analyse de la controverse du quiétisrne.\ Je crois que si Gosselinet lui avaient étudié le texte publié par M. Levesque, et les dialogues du P. de Gaussade, ils auraient reconnu, comme moi, l'orthodoxie foncière de Bossuet. Du reste ce chapitre de M. de Hùgel me parait être ce que l'on a écrit déplus décisif, dans ces dernierstemps, en faveur de Fénelon.

R. C'est que ce dernier est bien plus facile - (ce dernier, encore une fois, c'est l'amour pur de Fénelon) — et (ju il sert comme de degré, pour monter à ce haut point de désintéressement dont parle ici M. de Meaux.

Je prie le lecteur de se rappeler que le Père de Caussade est un saint homme et qui parle de tout son cœur. Si je le croyais capable d'une ironie con-^ sciente, il égalerait ici l'auteur des Provinciales^ Mais le plus curieux, c'est qu'il a raison.

D. Expliquez-moi d'où vient qu'il est plus aisé de faire l'un que l'autre ?

R. C'est qu'il en coûte beaucoup moins à l'amour de nousmêmes, de nous désintéresser assez pour rapporter à Dieu seul nos petits services dans l'abstraction des récompenses (chimère de Fénelon), que de lui rapporter ces mêmes récompenses, en les aimant principalement pour lui, à la vue si attrayante de ces mêmes récompenses (chimère de Bossuet).

Tout cela est clair comme de l'eau. 11 nous présentait tantôt en la personne de Bossuet un bon élève de Fénelon ; il nous prouve maintenant que l'élève a dépassé le maître et que le pur amour de celui-ci n'est qu'un jeu d'enfant auprès du pur amour de celui-là.

Un amour médiocre suflit pour le premier désintéressement, mais quant au second qui est de désirer la gloire, la félicité éternelle, bien moins pour notre propre bonheur que pour la plus grande gloire de Dieu, quel amour dominant ne faut-il pas ' ?

1. Caussade, /oc. czï., p. 133-138. Nicole, ranti-chimériquo Nicok-, un des maîtres de Bossuet, est bien forcé lui aussi, par les textes des Pères, d'approuver cet amour beaucoup plus pur que celui que demandé Fénelon. Cf. Traité de l'Oraison, édit 1779, p. 401. 402.

On peut lire notamment à ce sujet dans les divers écrits de Bossuet, L. XXI. X, p. 264-26S : a Nous avons à sacrifier quelque chose de meilleur qui est Tamour même de la récompense... non pas en le retranchant, mais en le poussant plus haut et en le rapportant à la charité. »

Mais Bossuet a dit le contraire? Je le sais bien. Qu'est-ce que cela prouve? Serait-ce la première fois que nous le prendrions en flagrant délit de défigurer sa propre pensée? Mais tout cela est bien subtil? Qu'y faire? Il faut beaucoup de subtilité pour ramener à l'unité une intelligence bondissante et tout à la fois tâtonnante comme Test celle de Bossuet quand il s'aventure dans la foret mystique. Si vous voulez dire qu'il est plus facile de donner un sens orthodoxe aux affirmations les plus outrées de Fénelon, je suis pleinement de votre avi>s.

Nous en verrons bien d'autres, mais sans aller plus loin pour l'instant, le lecteur me semble préparé à lire sans surprise ce que Fénelon écrivait à Noailles (17 octobre 1696) sur les oppositions apparentes entre sa propre doctrine et celle de Bossuet.

Je ne crains rien (pour les Maximes dont il venait de remettre le manuscrit à Noailles). Les autorités de la tradition sont décisives, les raisonnements sont reçus de toutes les écoles. Il n'y a que le tout que la plupart des théologiens ne sont pas assez accoutumés à voir dans toute Vétendue d'un système suivi. Mais ce tout n'est composé que des parties qu'ils ont cent fois admises...

11 ne craint que « pour les expressions » qu'il est prêt à corriger, si Noailles lui en signale qui soient dures et équivoques.

Je parie, sans avoir lu le livre de M. de Meaux {Vlnstruction pastorale que Bossuet préparait alors), qu'il admet coxfl-

SÉMENT, ET PAR MORCEAUX DÉTACHÉS, TOUT CE QUE j'aDMETS DE MON CÔTÉ DANS UNE SUITE NETTE ET PRÉCISE. MaIS IL LE FAIT SA>-

SUITE, ET PLUS EN REFUTANT CE QU'lL VEUT TOUJOURS RÉFUTEa QU'bN ÉTABLISJ^ANT DE BONNE FOI ET DE SUITE TOUTE l'ÉTENDUE DE CE

qu'il est obligé d'avouer '.

Il parle à un intime et dans la première liùvre de l'amour aveugle que Ton a souvent pour un livre nouveau-né. Nous savons aussi que, dans les Maxi' ïiies, sa plume a trop souvent trahi sa pensée. Au demeurant, que tout cela est bien vu ! Comme il excelle à définir Bossuet théologien et à se définir lui-même ! « Un tout », une suite nette et précise w, M. Grouslé et d'autres lui reprochent son incohérence et de ne pas savoir ce qu'il veut. C'est exactement le contraire qu'il faut dire. Synthétique, systématique, il Test presque trop. Dans sa pensée, comme dans sa vie, tout se tient et l'édifice, dont l'unité est aussi voulue qu'elle est consciente, repose sur le pur amour. Je veux le montrer pour que l'on sache bien que ce ne sont pas là pour lui des subtilités en l'air, mais un système, un engrenage moral, une règle de vie intérieure et d'apostolat.

Écartons d'abord l'idée saugrenue qui traîne dans tant de livres. Fénelon n'est pas un mystique au sens propre du mot. L'oraison qu'il pratique et qu'il prêche et à laquelle, comme je vais diri3, il ramène tout, ne suppose en aucune façon les expériences extraordinaires d'une sainte Térèse, ni même d'une M'"*' Guyon-. D'esprit moins curieux de ces phéno-

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