Lettres sur la religion, F., I, pp
LA REVANCHE DU PUR AMOUR il')l
Espérons qu'on ne l'accusera pas do kantisme. Mais ne voyez-vous pas comme tout se tient chez lui?
Lorsqu'on a une fois saisi cette « suite nette et pré- •-»> )) on s'explique son obstination pendant la converse du quiétisme. Pour lui aussi, il y va de it. S'il est dans l'erreur sur le fond des choses, il
I a plus rien où appuyer sa vie intérieure, son activiô de prêtre. Le pur amour conduit à la foi et si l'on veut distinguer des autres la véritable Église, il n'y a qu'à voir où se trouvent en plus grand nombre les disciples les plus authentiques du pur imour.
est Tesprit d'oraison qui est l'âme de tout le corps des les ; c'est cet esprit unique et commun qui réunirait itôt à l'Église mère toutes les sectes, si chacun au lieu de
II iiuter, se livrait au recueillement. D'un côté, voyez la pure ^iMiitualité de saint François de Sales; de l'autre, voyez ses
cipes sur l'Eglise, dans ses Controverses : c'est le même t qui parle avec l'onction du même esprit de vérité dans lieux sortes d'écrits '.
La merveilleuse unité de cet esprit éclate plus
iicore, s'il est possible, lorsqu'on étudie de près les
res de direction proprement dites. Je sais de bons
rits qui ne sont pas de cet avis. Ils partagent, ils
,.t)isissent. Ils abandonnent le philosophe et retien-
nt^nt le directeur, ils exaltent les lettres spirituelles
tiennent pour plus ou moins suspects tous les
ils sur le quiétisme. Je crois, au contraire, qu'un
1 très étroit réunit Texpérience de Fénelon direc-
ii-aux théories de Fénelon philosophe et théolo-
: II. Son prétendu quiétisme répond aux besoins
i < âmes telles du moins qu'il les connaît^ tout comme
Lettres sur VEglise, F., I, p. 212.
le prétendu antiquiétisme de Bossuet répond àTexpé-i^i rience personnelle de celui-ci. Là est, si je ne m^ trompe, une des différences, et peut-être la différem capitale entre ces deux esprits, entre ces deui grâces, différence que je ne cherche pas à réduii parce qu'elle n'implique aucun désaccord sur \ei vérités de la foi. Le sujet est si intéressant, d'ailleurs, me semble-t-il, si nouveau, qu'on me pei mettra de m'y arrêter quelques instants.
Il est très vrai. Vue du dehors et de loin, la doctrine du pur amour semble décevante. Le moyen de monter si haut! Trop demander à une âme, n'est-ce pas l'empêcher d'atteindre à la chétive perfection qu'une conduite moins dure lui aurait facilitée? Ecoutez en effet notre despote, c'est Fénelon.
Pour moi, souvenez-vous que je ne vous suis donné que pour vous appauvrir et vous dénuer... Je ne vous suis bon qu'à vous faire décroître, qu'à vous rapetisser, qu'à vous accoutumer AU VIDE, au néant, à porter les privations en pure fui '.
Voilà qui est affreux, ne trouvez-vous pas? Mais enfm c'est dans la logique du système : édifier le pur amour sur les ruines de l'amour-propre. Fénelon théoricien, Fénelon directeur, cela ne fait qu'un. Et remarquez une chose capitale : Tamour-propre quil^ s*agit de réduire, ce n'est pas seulement la rechercha de nos aises ou les exigences de notre orgueil, c'ef le goût sensible de Dieu, ce sont les joies, 1<