‹ Apologie pour FénelonChapitre 238 sur 250 · Instruction sur les Etats, (Levesque), p · texte numérisé non relu

Instruction sur les Etats, (Levesque), p

LA REVANCHE DU PUR AMOUR i(H

e retirera*. Mais laissons; ce qui suit est de toute mportance.

La source du mérite, c'est la charité, c'est l'amour, et d'imaginer un amour sans amour qui ne porte pas de délectation, c'est imaginer un amour qui ne porte amour et une union avec Dieu sans t.outer en lui le souverain bien qui fait e fond de son être et de sa substance 2.

Il y tient et comment n'y tiendrait-il pas? Là est sa ie à lui et de ce point de vue rigoureusement personnel, il a raison de dire qu'il y va de tout\ Sa direction est lyrique parce que sa vie intérieure l'est aussi, sa théologie, spéculative ou polémique, lyrique aussi et pour la même raison. Je suppose, en effet, qu'il n'est pas besoin de montrer ici que la délecta-

1. Je note à ce sujet la formidable hérésie de Nicole : t II est toujours vrai de dire que l'état de sécheresse diminue et affaiblit l'amour de Dieu ». Traité de l'Oraison p. 489 et encore, p. 491 « dans l'absence de la grâce, c'est-à-dire dans l'état de sécheresse ». Je supplie les théologiens de prendre garde à ces textes révélateurs. On ne dira jamais assez combien les jansénistes sont conséquents avec eux-mêmes dans leur hostilité contre Fénelon. Quand aux conséquences logiques du système en matière de direction, je n'exagère rien en les disant abominables. Pour les neuf dixièmes des âmes, c'est un moyen court d'arriver au désespoir.

2. Lettres, G. XI, 487. Notez bien l'argument ramassé dans la dernière ligne, et qui, visiblement, ne prouve rien du tout. C'est là pourtant une des équivoques fondamentales de toute sa polémique contre Fénelon. Fénelon, qui n'avait pas lu cette lettre, la discute admirablement, et montre le redoublement de confusion : uniri n'est pas beari; beari n'est pas frui. Cf, Dissertatio de amore puro. F., III, pp. 438, 439.

3. Je signale ici un fait qui intéressera les éditeurs de la correspondance de Bossuet. La lettre qu'on vient de lire est du 12 octobre 169o et est adressée à madame d'Albert: or, madame Cornuaua reçu en janvier 1692, une lettre où se rencontre le môme passage. G.. XI, p. 313. On sait que les dates sont un peu mises au petit bonheur, mais la rencontre n'en est pas moins significative. D'autres passages qu'on retrouverait aisément nous montrent Bossuet utilisant de la sorte les brouillons de ses lettres.

tion pieuse et le ferment lyrique ne font qu'un.

Tel est Faxiome fondamental de Bossuet directeur Fénelon, le moins lyrique des hommes, pai't d'ui axiome tout contraire. Ce sont là deux voies opposées, deux tendances, deux grâces. Reste à savoir, de ces deux directions, quelle est la plus humaine, la moins de'cevante, la plus pratique pour la foule des chrétiens. Une des pénitentes de Bossuet va nous aider à éclaircir ce problème. C'est M'"*" du Mans, une âme exquise que je crois bien que Bossuet n'a pas comprise et que je sais que Fénelon aurait aimée. Elle demande par écrit, laissant un blanc pour la réponse.

Ne savoir ce que c'est que de goûter Dieu, voilà ce qui m'accable.

Sentez-vous la portée de cette ligne désolée et voyez-vous que cette petite pierre obscure oppose à tous les torrents du lyrisme un obstacle infranchissable ? Bossuet ne goûtait pas beaucoup plus de telles questions que les « sophismes » de M. de Cambrai. Il répond pourtant — on répond toujours — mais quelle réponse !

Dieu sait se faire goûter dans un intérieur où le sens ni

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