‹ Apologie pour FénelonChapitre 31 sur 250 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pas d'effet sans cause. La querelle entre Fénelon et Bossuet, si rien ne l'a préparée, si rien n'est venu la compliquer du dehors et la passionner, semble inexplicable. La moindre controverse doctrinale s'envenime, je le sais trop; mais une discussion des plus subtiles sur des matières que seuls, quelques initiés peuvent entendre, ne soulève pas, du jour au lendemain, la cour et la ville, ne remue pas les puissances, ne mobilise pas les bataillons secrets de la calomnie. Manifestement, il y a sous tout cela quelque mystère. Le magnifique duel oii notre imagination s'absorbe n'est que l'épisode éclatant d'une histoire plus longue et plus vaste. Par delà cette dispute scolastique, une autre partie se joue. Comme presque tous les drames, celui-ci se noue loin de la scène. Une force obscure met et remet inlassablement aux prises les deux protagonistes qui d'abord ne

demandaient qu'à s'entendre. Un — ou plusieurs — personnage invisible mène la pièce, rend inutiles toutes les tentatives de conciliation, déchire les traités de paix et souffle aux combattants une ardeur toujours nouvelle. Le nom de ce ou de ces personnages? Les inédits — il en reste encore des monceaux — nous le diront bien^ j'espère. En attendant, demandons aux imprimés de nous suggérer quelques conjectures.

« Intrigue de cour », écrit d'Aguesseau, homme grave, qui voit grand et d'ailleurs peu favorable à Fénelon. « Intrigue de cour », répète la pétulante Palatine et nombre de contemporains avec elle. Nous voilà sur la piste d'un premier complot.

Rappelez-vous, monsieur — écrit l'abbé de la Bletterie — qu'on voulait perdre dans l'esprit du roi l'archevêque de Cambrait

Fénelon avait déjà dit la même chose, avant la publication des Maximes^ avant le grand éclat de 1697. Notez qu'il s'adresse à l'abbé Boileau, un de ses adversaires et peu disposé à prendre le change.

Le second endroit (qui avait offensé l'abbé Boileau dans une lettre précédente) regarde les gens qui peuvent avoir eu, dans cette affaire, des vues humaines. Je n'ai voulu parler que de mille gens qui ont discouru avec curiosité et avec malignité. Les évoques (Paris, Meaux et Chartres) dont il n'est pas question ici et que je révère comme je le dois, vous diront euxmêmes combien de gens du monde ont voulu pénétrer dans cette affaire pour nous noircira la cour, surtout auprès des gens dont ils croyaient que nous avions trop l'amitié. (Maintenon et Louis XIV)2.

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